Le Congrès 2019 de l’AFS dans l’œil de Tommy Dessine!

Vous l’avez peut-être croisé “en vrai” dans les amphithéâtres et les couloirs de l’université d’Aix, carnet de dessin et crayons sous le bras : de l’affiche à ses croquis quotidiens, Tommy Dessine a marqué de sa patte et de son regard affûté la 8e édition du congrès de l’AFS !

En guise de souvenir et pour égayer – un peu – cette pluvieuse fin de novembre, voici un compte-rendu dessiné de la folle semaine sociologique à laquelle nous avons toutes et tous pris part fin août. Une manière de vous souhaiter, parce qu’il n’est jamais trop tard, une bonne rentrée académique 2019-2020 et de nous faire patienter jusqu’au prochain congrès à Lille en 2021.

Le CE de l’AFS

NB: le site de Tommy pour suivre son travail – https://www.tommydessine.com/




Des attaques inadmissibles en démocratie – Tribune dans l’Obs – Mars 2021

L’AFS, ASES, ANCMSP, APSES et AECSP réagissent au contexte d’attaque contre l’université.

Ces derniers mois, individuellement ou collectivement, des enseignantes chercheuses et enseignants chercheurs sont pris à partie dans l’espace public en raison de leurs travaux de recherche, avec une grande violence, certains menacé·es de mort – comme Éric Fassin, le 17 octobre dernier. Sans aucun fondement, ils et elles sont accusé·es par les plus haut·es dirigeant·es politiques du pays d’attiser par leurs recherches les divisions et conflits du corps social, voire d’alimenter le terrorisme. Ils et elles sont menacés par des Parlementaires de devoir légalement se conformer à des « valeurs de la République » à la fois floues et réifiées ou de faire l’objet de missions d’information parlementaires pour des « dérives intellectuelles idéologiques ». Ils et elles sont aujourd’hui menacé·es d’être soumis·es à une enquête sur « l’islamo-gauchisme » à l’université, par la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche elle-même, reprenant à son compte un anathème absurde et une notion forgée par l’extrême-droite dépourvue de toute assise scientifique. Ce climat de défiance et de violence vis-à-vis de la recherche scientifique ne peut que susciter de profondes inquiétudes sur l’état de notre démocratie. Nous, sociétés savantes et associations professionnelles, affirmons notre soutien et notre entière solidarité envers nos collègues menacé·e·s.

Est-il besoin de rappeler le principe fondamental d’autonomie du champ scientifique à l’égard du politique ? En dehors d’y destiner des moyens publics, les acteurs politiques n’ont pas à intervenir dans la logique d’élaboration et de diffusion des savoirs scientifiques, sous peine de remettre en cause la valeur scientifique de ces savoirs. Et le Conseil constitutionnel a rappelé, en 1985, le caractère primordial du principe des libertés académiques, principe « d’une pleine indépendance et d’une entière liberté d’expression dans l’exercice de leur fonction d’enseignement et dans leurs activités de recherche, sous les réserves que leur imposent […] les principes de tolérance et d’objectivité » conformément « aux traditions universitaires » et à la loi1. L’autonomie du champ scientifique constitue en effet la condition d’une élaboration libre de savoirs susceptibles – par leur scientificité et leur pluralité – de nourrir le débat public et de contribuer à l’émancipation de chacun·e et de tou·tes et au progrès de nos sociétés. Des chercheuses et chercheurs en sciences sociales nourrissent notamment ces débats par des enquêtes et transmettent par leurs enseignements des constats de domination et de discrimination sur la base du genre, de la classe ou de la race – celles et ceux-là même qui se trouvent attaqué·es. Ces enquêtes et constats sont discutés, évalués et reconnus ou réfutés par leurs pairs, en fonction de critères épistémologiques et méthodologiques débattus, formalisés et partagés au sein d’une communauté scientifique qui dépasse largement l’ici et le maintenant de la France en 2020. Ces recherches montrent que ces dominations et ces discriminations continuent d’organiser notre société, en contradiction avec les principes réaffirmés comme notre socle commun – en particulier l’égalité.

Dès
lors, les récentes attaques, et leur virulence, à l’encontre de ces
chercheurs et chercheuses sont inadmissibles. D’autant plus dans un
contexte où l’Enseignement supérieur et la Recherche sont depuis
plusieurs années fragilisées par les politiques menées. La loi de
programmation de la recherche, adoptée cet automne malgré le rejet de
l’écrasante majorité de la communauté scientifique et les critiques de
multiples institutions, ne contribue qu’à ébranler davantage des
structures déjà fortement éprouvées : sous-financement massif et
chronique ; précarisation accrue des travailleurs·euses pourtant bien
souvent déjà au bord de la rupture ; mise en concurrence généralisée des
personnels, des établissements et des étudiant·es au profit d’un
système de plus en plus inégalitaire ; généralisation d’une logique de
financement par projet aux effets inégalitaires et redoublant les tâches
bureaucratiques au détriment des activités de recherche : l’université
est portée à bout de bras par des personnels éreintés, mais pour combien
de temps encore ? Ces réformes mettent aussi à mal les principes
pluriséculaires d’auto-organisation des universités et des carrières
universitaires.

Les discours et les réformes portées par le gouvernement et le Parlement ne peuvent qu’inquiéter sur l’état de notre démocratie. Non seulement ils ne renforcent et ne défendent pas les principes qui fondent la production et la diffusion des savoirs scientifiques ainsi qu’une formation de qualité ouverte à toutes et tous ; mais pire, ils les sapent. Non seulement le gouvernement et le Parlement ne protègent pas et ne défendent pas les enseignant·es-chercheur·es dans l’exercice de leurs fonctions publiques ; mais pire, par leurs silences ou leurs attaques, ils accroissent les menaces qui pèsent sur eux, y compris pour leur intégrité physique. Nos associations professionnelles jugent ces faits inacceptables. Ils sont le signe d’une grave remise en cause de l’autonomie scientifique et d’une instrumentalisation dangereuse du débat public et du débat scientifique.

Tribune parue dans l’Obs: lien




Pseudo concept et vraies attaques contre les libertés académiques

Ce communiqué du CE de l’AFS fait suivre aux propos tenus par la Ministre de l’Enseignement Supérieur au cours de la semaine passée

L’Association Française de Sociologie s’associe aux réactions de nos associations professionnelles et à celles la Conférence des Président.e.s d’Université et du CNRS et condamne fermement les attaques récentes de la Ministre Frédérique Vidal, faisant suite aux déclarations de plusieurs Ministres et du Président de la République, à l’égard d’une partie de la communauté des sciences humaines et sociales. Il est clairement établi que « l’islamo-gauchisme » est un pseudo-concept sans fondement, un fantasme qui vise à décrédibiliser des courants de recherche, voire à les exclure du monde universitaire.

Ces attaques produisent des effets très graves de disqualification de nos disciplines et de mise en accusation de courants de recherche qui documentent et analysent des processus de domination. Nous tenons à rappeler que ces approches nourrissent les travaux présentés et discutés, sur la base de l’échange académique, au sein de l’Association Française de Sociologie. Ces approches font partie intégrante de la richesse des approches sociologiques et plus largement des sciences sociales comme l’a rappelé le communiqué du 2 novembre 2020 d’un collectif de revues de SHS. Nous disposons déjà de nombreux rapports et de nombreuses productions scientifiques qui permettent de faire un état des lieux de ces recherches ; il n’est nul besoin que le CNRS commande une enquête à ce sujet, surtout dans un tel contexte.

L’AFS tient à apporter son soutien à celles et ceux qui font l’objet d’attaques publiques de la part notamment de membres du gouvernement. L’AFS rappelle en revanche, avec une grande partie de la communauté, que les universités et les établissements de recherche ont un besoin urgent de soutien concret de la part de leur Ministère. Les étudiant.e.s de nos départements connaissent des conditions de vie et d’études particulièrement dégradées.

Les sociologues, comme les collègues des autres disciplines, ne sont pas en mesure aujourd’hui de mener leurs missions de recherche et d’enseignement dans des conditions satisfaisantes. La situation est en particulier très grave pour les doctorant.e.s et docteur.e.s non titulaires qui devraient bénéficier de mesures d’urgence. Le seul danger qui pèse sur nos universités se situe à ce niveau.     

Le CE de l’AFS




Création du Collège des Sociétés Savantes Académiques de France

Communiqué de presse annonçant la création du Collège des Sociétés Savantes Académiques de France dont l’AFS est désormais membre

Pandémie, crises environnementales ou climatiques, transformations sociales, utilisation de technologies émergentes : les sciences et la recherche scientifique sont souvent évoquées lors de la prise de décision politique. Pourtant, les réflexions sur la place des sciences et des scientifiques dans notre société restent isolées et parfois polémiques.

Depuis deux ans, des sociétés savantes académiques, regroupant
plusieurs dizaines de milliers de professionnels de la recherche et de
l’enseignement supérieur, ont commencé à travailler ensemble et à
coordonner leurs activités. Cette démarche a abouti à la tenue, le
samedi 6 février 2021, de l’assemblée constitutive d’une association loi
1901 nommée “Collège des Sociétés Savantes Académiques de France”
indépendante de tout groupe d’intérêt politique, syndical ou économique.

Les 49 membres fondateurs, listés ci-dessous, représentent un large
spectre de disciplines couvrant les Sciences et Technologies, les
Humanités et les Sciences du vivant. Ils incluent des associations à
l’interface entre le monde académique et la société française.

Le
Collège a pour objectifs de renforcer le dialogue entre les champs
disciplinaires, de porter une réflexion de fond sur les enjeux, les
moyens et l’organisation de la recherche et de rendre compte aux
citoyen-nes et aux responsables politiques, administratifs et
économiques des différentes options concernant les grands enjeux de
demain et de leurs conséquences sur l’avenir de notre pays. Les statuts,
le règlement intérieur et la composition du conseil d’administration
sont consultables sur le site web du Collège.

Membres actifs, sciences et technologies :
Association Française d’Intelligence Artificielle ; Association
Française de Mécanique ; Météo et Climat ; Société Chemoinformatique ;
Société Chimique de France Société Française des Microscopies ; Société
Informatique de France ; Société de Mathématiques Appliquées et
Industrielles ; Société Française d’Acoustique ; Société Française
d’Astronomie et d’Astrophysique ; Société Française d’Exobiologie ;
Société Française de Bioinformatique ; Société Française de Physique ;
Société Française de Statistique ; Société Mathématique de France.

Membres actifs, sciences du vivant : Société
Botanique de France ; Société des Neurosciences ; Société Française
d’Alcoologie ; Société Française d’Écologie et d’Évolution ; Société
Française de Génétique ; Société Française de Biologie du Développement ;
Société Française de Microbiologie ; Société Française de Myologie ;
Société Française de Virologie ; Société Française pour l’Étude du
Comportement Animal. 

Membres actifs, lettres, langues, sciences humaines et sociales :
Association Française de Science Politique ; Association des
enseignant·e·s et chercheur·e·s en Sciences de l’Éducation ; Association
des Enseignants Chercheurs de Psychologie des Universités ; Association
des Historiens Contemporanéistes de l’ESR ; Association Française
d’Études Américaines ; Association Française de Sociologie ; Association
Française d’Économie Politique ; Association Française d’Ethnologie et
d’Anthropologie ; Comité d’information et de liaison pour l’archéologie,
l’étude et la mise en valeur du patrimoine industriel ; Comité National
Français de Géographie ; Société d’Études Anglo-américaines des XVIIe
et XVIIIe siècles ; Société de Sociologie du Sport de Langue Française ;
Société des Anglicistes de l’Enseignement Supérieur ; Société des
Historiens Médiévistes de l’Enseignement Supérieur Public ; Société des
Professeurs d’Histoire Ancienne de l’Université ; Société Française
d’Études Irlandaises ; Société Française de Numismatique ; Société
Française de Psychologie.

Membres associés: Association des Professeurs
d’Histoire et de Géographie ; Les Petits Débrouillards ; Femmes et
Mathématiques ; Femmes & Sciences ; Société Française de Neutronique
; Société Française de Phytopathologie.

Version pdf du communiqué de presse




Hommage à Marie-Pierre Bès

Marie-Pierre
Bès a été emportée le 15 février par une maladie foudroyante
détectée en septembre 2020. Economiste de formation, elle s’est
progressivement convertie à la sociologie dont elle appréciait tant
les éclairages théoriques que les méthodes. Elle a soutenu une
habilitation à diriger des recherches en 2007 et venait d’être
élue en 2020 professeure de sociologie à l’Université de Toulouse
2 Jean Jaurès.

Chercheure
de talent, elle était devenue une figure reconnue dans le domaine de
l’analyse des réseaux sociaux, contribuant fortement à développer
l’étude des chaînes relationnelles. Elle était également une
enseignante passionnée, qui a consacré de nombreuses années à
initier avec enthousiasme les élèves ingénieurs en aéronautique
aux sciences sociales, et une militante associative et politique,
engagée depuis longtemps en faveur des transports décarbonnés.

Membre de l’AFS depuis la fondation de l’association, Marie-Pierre avait rejoint le CE lors du congrès d’Aix, et participé à nos réunions et activités depuis un an et demi, avant d’annoncer tout début janvier qu’elle préférait se retirer du CE à cause de ses problèmes de santé. Nous allons garder le souvenir d’une collègue de CE entière et passionnée, très investie dans nos réunions et percutante, et qui appréciait et partageait ce qu’elle décrivait comme le dynamisme et l’enthousiasme du CE pour la discipline et la profession.

Michel Grossetti et le CE de l’AFS




Jean-Claude Chamboredon (1938-2020) : un collège invisible

Rares sont les étudiants en sociologie de la génération du baby-boom en France qui n’ont pas lu et relu Le métier de sociologue (1968), tout à la fois traité, programme et anthologie qui a décisivement contribué à la refondation critique de la discipline12. Trois signatures normaliennes : Pierre Bourdieu, Jean-Claude Chamboredon et Jean-Claude Passeron. Le premier et le troisième des auteurs s’étaient déjà fait connaître des milieux éducatifs et des médias pour leur essai, Les héritiers (1964), mettant au jour le capital culturel, agent majeur de la reproduction des inégalités scolaires. Le second, pourtant cheville ouvrière de l’anthologie de textes, était moins connu. Plus jeune que les deux philosophes, cet agrégé de lettres classiques (1962) s’était formé à la sociologie à leur contact sous l’égide de Raymond Aron, fondateur du Centre de sociologie européenne (1960). Sa carrière intellectuelle s’affirmera d’abord dans l’ombre de ces hautes figures du renouveau sociologique puis de manière de plus en plus indépendante à la fin des années 1970, sans être pour autant solitaire ni en marge des évolutions de la discipline. Les derniers retours sur son œuvre, et tout récemment encore à l’occasion de son décès, révèlent la postérité de ses travaux et les attachements qu’il a noué avec plusieurs générations de sociologues, d’ethnologues, d’historiens et de géographes.


en 1938 à Bandol, dans un milieu de classe moyenne issue des
campagnes méridionales, Chamboredon fait ses lettres à Toulon puis
Marseille. Entré à la rue d’Ulm en 1959, le provincial se
rapproche d’Aron et de Bourdieu dont il sera l’assistant en
sociologie à la fac de Lille. Il devient chef de travaux à la 6e
Section (EPHE), assurant le secrétariat du CSE, puis en 1968
maître-assistant à l’ENS où, premier « caïman » en
sociologie, il joue un rôle essentiel dans la formation aux sciences
sociales entre l’ENS et l’EPHE-EHESS et en direction des lycées
(agrégation créée en 1977). Élu directeur d’études à l’EHESS
en 1988, il rejoint Passeron dans l’unité de recherche de la
Vieille Charité à Marseille (qui deviendra l’actuel Centre
Norbert Elias) jusqu’à la retraite officielle au milieu des années
2000.

Outre
sa participation active au renouvellement des règles de la méthode
sociologique (rationalisme appliqué, construction de l’objet,
vigilance épistémologique, réflexivité, interdisciplinarité,
etc.) ses premiers travaux marquent le cours de la Revue française
de sociologie
dont il devient membre de la rédaction (1967-90).
Trois articles-clés devenus des classiques sont à rappeler :
sur la « proximité spatiale » engendrant la « distance
sociale » dans les grands ensembles d’habitat collectif
(1970), sur la définition de la « délinquance juvénile »
qui y sévit (1971), sur le « métier d’enfant » comme
construction sociale de l’âge de la maternelle (1973). Trois coups
inauguraux comme au théâtre marqués au sceau de l’enquête de
terrain (Antony), de la statistique « morphologique » des
peuplements et âges sociaux, de l’analyse sémantique serrée des
désignations et interactions sociales, de l’inscription réflexive
de l’étude dans un ensemble de savoirs passés et présents qui se
rapportent à son objet. Que ce soit sur les thèmes de la coprésence
sociale, de la déviance ou du cycle de vie, thèmes au cœur des
politiques urbaines et sociales d’alors, le sociologue se distingue
par sa critique des vulgates politico-savantes et par sa formule
pluraliste de recherche reconstruisant l’objet à travers les
multiples facettes d’une visée qui relie les structures d’ensemble
aux microphénomènes.

Tout
au long des années 1980, ce programme se densifie en multipliant
l’analyse des objets et représentations culturelles travaillés
par le temps, l’espace et la mémoire collective : le mythe
paysan dans la peinture du XIXe siècle, le roman régional, les
bastides provençales, la chasse, les parcs naturels, etc. Se dessine
en filigrane une approche relationnelle des œuvres et champs
culturels, sciences humaines comprises, attentive aux temporalités
multiples, aux appartenances et références territoriales et au
feuilletage des identités sur fond de tensions de classe. Trois
textes majeurs l’illustrent notamment : le premier sur le
temps de la biographie et de l’histoire appliqué au romancier
régional Jean Aicard (1983), le second sur la réception politiste
et moraliste des œuvres de Durkheim (1984), le troisième
élargissant la perspective dans un discours de la méthode sur la
production symbolique et les formes sociales (1986). Thèses toujours
inspirantes aujourd’hui pour qui veut faire l’histoire de la
sociologie en intégrant les approches en termes de morphologie
sociale des acteurs et auteurs, de configuration de places et
d’emplois, de style de recherche et de retraduction des conflits
politiques et idéologiques.

Foisonnante
et dispersée en de multiples supports éditoriaux, cette œuvre
originale, érudite et impitoyable à l’égard des vulgates
sociologiques montantes tant du côté de Bourdieu que de Boudon, ne
s’est pas traduite en livres de synthèse. Quand j’ai côtoyé ce
maître en tant que doctorant au tournant des années 1990, il avait
en chantier un essai de sociologie de la socialisation, fil rouge de
ses nombreux travaux. Hélas, les symptômes d’une psychose
maniaco-dépressive, trop longtemps déniée et non soignée, se sont
aggravés au fil des années. Ils l’ont empêché de mener à bien
ses projets individuels et collectifs, notamment ce qui aurait pu se
dessiner comme une « école de sociologie de Marseille »
à l’instar de celle de Chicago. La variable
« ethnico-culturelle », si présente aujourd’hui dans
un espace public de communication aux prises avec le courant
« décolonial », aurait sans doute trouvé là matière à
développement au sein du cadre théorique qu’il avait construit.

Ses
articles majeurs ont été plus ou moins ponctuellement exhumés au
fil du temps suivant la conjoncture politique, par exemple son
enquête fracassante de 1970 sur le paradoxe de la proximité
spatiale facteur de distance sociale lors de la mise en place de
politiques de mixité urbaine dans les années 1990. Mais globalement
son œuvre est longtemps restée parcellisée au gré des lectures de
spécialistes ou d’initiés. On doit récemment à Florence Weber,
directrice de la collection « Sciences sociales » aux
Éditions Rue d’Ulm (ENS), ainsi qu’aux jeunes sociologues Paul
Pasquali et Gilles Laferté, la réunion de ses principaux travaux en
trois volumes3.
Après son décès le 30 mars dernier dans une maison de retraite
médicalisée de la banlieue parisienne, de nombreux articles de
presse (Le Monde, Libération, AOC), de revues (Revue
française de sociologie, Genèses, Sociologie
) et de sites
(EHESS, Centre Norbert Elias, ENS) ont déjà fait franchir un pas
supplémentaire à cette réhabilitation expresse. Ils sont pour
l’essentiel le fait d’élèves qui ont bénéficié des
enseignements du « caïman » de la rue d’Ulm (outre
Florence Weber, Jean-Louis Fabiani, François Héran, Pierre Michel
Menger, Gérard Noiriel, Stéphane Beaud) auxquels se joignent divers
compagnons de route (François Chazel, Jacques Revel), derniers
doctorants (Pierre-Paul Zalio) et ultimes collaborateurs (Pierre
Fournier). En ressort l’image d’un « grand lettré »,
« humaniste aussi modeste et discret que chercheur puissant »,
« inventif, généreux et exigeant » qui « abattait
dans la pratique les barrières corporatistes issues des découpages
scolaires », tout à la fois « tourmenté et drôle,
chaleureux ou sarcastique », « au côté ombrageux »
– dernière allusion sans doute aux traits polémiques qui parsèment
l’œuvre de flèches à l’humour ravageur déployé en cascade
dans des notes de bas de page qui prennent parfois la place du texte
(« Réponse à MM. Boudon et Bourricaud, auteurs du
Dictionnaire », Revue française de sociologie, XXV-2,
1984).

Une
telle salve d’hommages dessine un premier cercle de proches et de
disciples qui inclut les plus hautes instances académiques comme le
Collège de France (Héran, Menger), l’ENS (Weber à Ulm, Zalio,
actuel président de l’ENS Cachan) ou l’EHESS (Fabiani, Revel).
On pourrait y joindre les hommages rendus par Chamboredon lui-même à
des auteurs qu’il avait fréquenté ou cultivé (Georges
Canguilhem, Raymond Aron, Raymond Williams, Philippe Ariès, Georges
Dumézil). Sans parler, au-delà de Bourdieu avec lequel il avait
rompu à la fin des années 1970, du grand cercle des classiques
proches ou lointains qu’il s’était plu à commenter ou à faire
découvrir à ses étudiants (Durkheim, bien sûr, mais aussi
l’ethnographe Marcel Maget, le géographe Marcel Roncayolo ou le
sociolinguiste Basil Bernstein). Ainsi se forme la densité morale et
conceptuelle d’un collège invisible qui inscrit et fait vivre une
œuvre dans le temps long.

Pierre Lassave, CéSor (EHESS-CNRS)

1
Une première version de ce texte a paru dans le Bulletin
d’histoire de la sociologie-RT 49
, N° 11, décembre 2020.

2 Ce classique vient d’être récemment réédité dans la nouvelle collection de poche des Éditions de l’EHESS : P. Bourdieu, J.-C. Chamboredon, J.-C. Passeron, Le métier de sociologue. Préalables épistémologiques, (Texte présenté par P. Pasquali), Paris, Éditions de l’EHESS, 2021, 576 p.

3
Jean-Claude Chamboredon, Jeunesse et classes sociales, (éd.
P. Pasquali, préf. F. Weber), 2015, 262 p. ; Émile
Durkheim, le social objet de science
, (préf. D. Schnapper),
2017, 112 p. ; Territoires, culture et classes sociales,
(éds. G. Laferté, F. Weber), 2019, 389 p., Paris, Éditions Rue
d’Ulm, coll. « Sciences sociales ».




Réforme de la formation des enseignant·e·s: contre des recrutements “au rabais”

L’AFS est cosignataire de cette tribune alertant sur les risques de la réforme du CAPES aux côté de plus de trente associations d’enseignant·e·s, publiée dans le Journal du Dimanche le 12 février 2021.

Le ministère de l’Education nationale vient de publier un arrêté réformant, pour la troisième fois en une dizaine d’années, le recrutement et la formation des professeurs de collèges et lycées. S’il est bien des constats communs à tous les formateurs dans nombre de matières, c’est l’actuelle faiblesse de beaucoup de candidats dans les connaissances académiques et la perte d’attractivité des métiers d’enseignement. Cette réforme y répond-elle? Assurément pas. Les universités et les instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation (Inspe), en charge de la formation des futurs enseignants et de la préparation des concours des Capes et Capet, sont sommés d’improviser des maquettes applicables dès la rentrée de septembre 2021. Cette précipitation reflète un constat lourd de conséquences : celui du refus ministériel de discuter sereinement d’une réforme majeure pour l’avenir de la jeunesse et du système éducatif, donc pour la société tout entière.

Deux
nouveautés sont particulièrement inquiétantes, dans les épreuves des
Capes et Capet et dans l’organisation des deux années de master MEEF qui
préparent à ce concours. Une épreuve orale à fort coefficient
consistera désormais en un entretien de motivation non disciplinaire,
qui aboutira sans doute à la récitation mécanique et creuse d’une leçon
de morale civique, réduisant d’autant la possibilité d’évaluer les
connaissances que le futur professeur devra transmettre à ses élèves, et
ce dans l’ensemble des disciplines qu’il devra enseigner. Par ailleurs,
dans la nouvelle organisation du master, les étudiants devront, au
cours de la deuxième année, cumuler la préparation du concours, la
rédaction d’un mémoire de recherche, et un stage très lourd devant
plusieurs classes, alors que jusqu’à présent ce stage s’effectuait une
fois le concours obtenu, laissant à l’enseignant en formation le temps
et la disponibilité pour apprendre véritablement le métier. Cela
offrirait au ministère de gros bataillons de stagiaires scandaleusement
sous-payés – peut-être est-ce là la vraie raison, purement comptable, de
cette réforme – mais mettrait devant les élèves des enseignants dont le
niveau disciplinaire n’aurait pas encore été évalué, et dont la charge
de travail rendrait impossible l’investissement nécessaire dans la
préparation des cours et l’apprentissage du difficile métier
d’enseignant. Les premières victimes en seraient les élèves et les
jeunes enseignants, sacrifiés sur l’autel de la rigueur budgétaire.

Ne
nous y trompons pas : ces changements, qui peuvent apparaître
techniques, mineront en profondeur la qualité de l’enseignement qui sera
offert aux futures générations. Les professeurs n’exercent pas un
métier comme les autres : ils forment les adultes et les citoyens de
demain. Ils sont porteurs d’un savoir qu’ils transmettent à leurs
élèves, souvent avec passion, et ce savoir doit plus que jamais être
défendu comme une valeur centrale de l’enseignement, à l’heure où il est
menacé de toutes parts par des ‘vérités alternatives’ portées par des
groupes et des individus prêts à les imposer par la violence et même le
crime. Ce savoir ne s’oppose pas à l’apprentissage de la didactique,
mais est au contraire le socle indispensable d’une pédagogie solide qui
permet au professeur de transmettre les connaissances et de former à
l’esprit critique les futurs citoyens. Affaiblir le premier au prétexte
de renforcer le second, au nom d’une professionnalisation mal pensée,
prétexte depuis si longtemps à tous les mauvais coups portés à la
formation des enseignants, est une absurdité qui ne conduira qu’à
affaiblir cet équilibre nécessaire.

Quels professeurs
voulons-nous pour les générations de demain? Des techniciens de
l’enseignement, formés et évalués suivant un système de compétences
transdisciplinaires qui tendent à se substituer aux contenus et méthodes
de nos disciplines, immédiatement employables et à qui l’on demandera
simplement de restituer un savoir officiel, dûment contrôlé? Ou des
professeurs maîtrisant pleinement leurs savoirs et capables à partir de
là de construire une pédagogie adaptée à leurs élèves? En amputant
drastiquement la part de contrôle des connaissances dans les épreuves du
Capes et du Capet, en réduisant la formation disciplinaire des futurs
enseignants, en sacrifiant leur année de stage pour faire des économies
budgétaires, le ministère a fait un choix lourd de conséquences, qui n’a
pas fait l’objet d’un débat public contradictoire. L’enjeu est aussi
celui de l’attractivité du métier d’enseignant pour les étudiants, du
rôle de l’Université dans la formation des maîtres et celui de la
revalorisation symbolique et matérielle des professeurs. Recruter au
rabais, qu’est-ce promettre à la jeunesse?

C’est pourquoi nous demandons que cette réforme mal préparée soit reportée et qu’une nouvelle version des arrêtés soit précédée d’une authentique concertation avec tous les acteurs du secteur éducatif, et non imposée à la va-vite dans le contexte de crise sanitaire actuel.

lien vers la tribune




Parution ‘L’enfance en danger face aux radicalités musulmanes – Représentations, pratiques et ambivalences des intervenants sociaux’, sous la direction de Manuel Boucher, éd. L’Harmattan

VIENT DE PARAÎTRE

L’ENFANCE EN DANGER FACE AUX RADICALITÉS MUSULMANES – Représentations, pratiques et ambivalences des intervenants sociaux

Sous la direction de Manuel Boucher

Préface de Gilles Kepel

Avec Mohamed  Belqasmi, Hervé Marchal, Agathe Petit, Régis Pierret, Brigitte Baldelli, Dominique Sistach

 

Face aux radicalités musulmanes, en tant que maillons essentiels du lien social, les intervenants  sociaux sont en première ligne. Ceux-ci sont explicitement appelés à participer à la mise en œuvre d’une politique naissante de prévention de la radicalisation juvénile.

À  partir d’une enquête  de terrain réalisée  dans plusieurs  départements français au sein de la protection de l’enfance, cet ouvrage décrit la réalité de la prévention par les intervenants sociaux des risques de radicalisation politico- religieuse et de replis identitaires d’une partie de la jeunesse.

Avec  une équipe  de chercheurs,  Manuel Boucher  analyse  les discours, représentations et actions des acteurs sociaux impliqués  dans la prévention des passages à l’acte violents de jeunes musulmans radicalisés. Les chercheurs interrogent aussi les façons dont ces intervenants sociaux pensent et agissent le «  point aveugle   » de la radicalisation  qui concerne une population  plus large que le nombre limité d’individus envisageant d’utiliser la violence mais qui partage les mêmes valeurs, les mêmes indignations, les mêmes espoirs dystopiques, tout en restant passive.

Au fond, conscients que la tentation  islamiste constitue un terreau propice à la légitimation  de la violence, cet ouvrage questionne  l’ambivalence des intervenants sociaux déchirés entre leur volonté de participer à la politique publique de prévention de la radicalisation et leur crainte de contribuer  à la stigmatisation des musulmans.

 

Manuel Boucher est professeur des universités en sociologie à l’Université de Perpignan Via Domitia. Il développe une « sociologie des turbulences » à partir de travaux sur les désordres urbains et leur régulation, les transformations de l’intervention  sociale, l’ethnicisation  et la racisation des rapports sociaux. Il a dernièrement  publié La gauche et la race (2018)  ; Banlieues, cités, ghettos, bidonvilles avec Hervé Marchal (2019) ; Radicalités identitaires.  La démocratie  face à la radicalisation islamiste, indigéniste et nationaliste (2020).

La collection «  Recherche et transformation sociale »  privilégie la publication d’ouvrages valorisant des résultats de recherche produits par des chercheurs des organismes de la formation et de l’intervention sociales pouvant contribuer à la transformation sociale.

 

Flyer
Bon de commande

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CR colloque « Des mineurs comme les autres ? » (RT 2 et 15) – 29-31 janv. 2021

Le colloque s’est tenu les 29 et 30 janvier 2021 « à distance », avec le soutien de l’Association française de sociologie (via ses RT 2 et 15), de l’Université Sorbonne Paris Nord (USPN) / IUT de Bobigny, de l’Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (IRIS – EHESS, USPN, CNRS, Inserm), de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP) et du laboratoire Migrinter. Les membres du comité d’organisation remercient ces différentes institutions pour leur soutien.

Le colloque était organisé par Lisa Carayon (USPN, IRIS), Julie Couronné (INJEP), Sarra Chaïeb (USPN, IUT de Bobigny), Julie Mattiussi (UHA, CERDACC), Daniel Senovilla-Hernández (CNRS, Migrinter), Arthur Vuattoux (USPN – IRIS).

Ces deux journées de colloque ont réuni plusieurs centaines de participant·es, avec 850 inscrit·e·s et environ 300 personnes connectées simultanément. Même si nous regrettons d’avoir dû, à cause du contexte sanitaire, faire ce colloque en ligne, les échanges ont été nourris, y compris avec le public, grâce à un système de modération / retransmission des questions du tchat auprès des intervenant·e·s.

Le colloque a réuni des chercheur·e·s et professionnel·les (c’était l’ambition de départ), français, mais aussi suisses, italiens et camerounais. Nous pensons désormais publier des actes du colloque sous une forme à déterminer, mais incluant sans doute une retranscription des communications et la mise en ligne des interventions audio.

Objet du colloque

Les mineurs qualifiés par l’administration de « non accompagnés » (MNA), auparavant désignés comme « mineurs isolés étrangers » (MIE), sont des jeunes étrangers arrivant seuls sur le territoire français et étant reconnus mineurs par l’administration, ce qui leur permet d’être protégés au titre des services départementaux de la Protection de l’enfance. De nombreuses recherches ont été réalisées dans les dernières années concernant l’évaluation de l’âge de ces jeunes.

Si la recherche s’est, ces dernières années, principalement concentrée sur les difficultés de l’évaluation, la réalité des prises en charge une fois les jeunes reconnus mineurs demeure peu questionnée, et ce alors même que les acteurs de la Protection de l’enfance, au sens large (éducateurs et éducatrices de l’Aide sociale à l’enfance, associations de défense de ces mineurs ou associations délégataires des Départements, associations nationales d’aide aux migrant·e·s, acteurs de l’Éducation nationale ou du soin, etc.) alertent sur les difficultés des Départements s’agissant du suivi de ces mineurs, le plus souvent à budget constant ou trop réduit au regard des besoins.

L’objectif de ce colloque était donc faire un état des lieux de l’évolution des recherches sur la prise en charge des MNA, de faire se rencontrer des chercheur·e·s de diverses disciplines (droit, sociologie, sciences de l’éducation, histoire, sciences médicales et paramédicales…) prenant pour objet la prise en charge de ces mineurs, et de faire discuter chercheur·e·s et acteurs, puisque le colloque laissera une large place au débat avec les professionnel·le·s de l’intervention sociale auprès des MNA.

Ce colloque était en outre issu d’une recherche en cours sur la prise en charge des MNA dans les Départements français, réalisée par Lisa Carayon, Julie Mattiussi et Arthur Vuattoux et financée par l’INJEP et la MSH-Paris Nord.

Le colloque a été organisé autour de cinq tables rondes thématiques, et les intervenant·e·s avaient 15 minutes pour exposer leur propos, format court justifié par le format du colloque. Outre l’animation / modération par les organisatrices et organisateurs, Tommy Dessine produisait, en direct, des dessins illustrant le colloque (certains de ces dessins sont présentés ci-dessous).

Brève synthèse des tables-rondes

Une première table ronde portait sur les expériences individuelles de l’institution, saisies à partir d’enquêtes ethnographiques, tout en apportant une dimension historique à ces expériences. Julien Long a ainsi rappelé la genèse du/des statut(s) de mineur étranger en France depuis 1945, invitant notamment à inscrire l’histoire de ces mineurs dans la matrice coloniale française. Cléo Marmier et Marion Perrinont quant à elles présenté des ethnographies originales des lieux d’accueil de MNA, qu’il s’agisse de foyers ou d’accueils familiaux – Marion Perrin parlant notamment en tant que chercheur·e·s et en tant qu’éducatrice / accueillante familiale.

Tommy Dessine ©

La deuxième table ronde questionnait la diversité territoriale des pratiques de prise en charge. Cette table ronde permettait, en outre, d’illustrer la pluridisciplinarité des recherches menées aujourd’hui sur les mineurs non accompagnés, à travers une communication de Sarah Hias (juriste)sur la disparité des capacités d’hébergement selon les départements. Suivait une communication de Virginie Baby-Collin (géographe) et de Cécile Persini (étudiante à SciencesPo Aix) sur une situation locale (à Marseille) et autour des enjeux de scolarisation dans le secteur privé. Simon Protar et Emeline Zougbede (sociologues) s’intéressaient également à une situation locale, celle de la prise en charge spécialisée des MNA en Seine-Saint-Denis.

Tommy Dessine ©

La troisième table ronde, dernière de la première journée du colloque, visait à apporter un éclairage international sur la prise en charge des mineurs non accompagnés. Deux équipes de recherche / action suisse ont présenté leurs travaux. Celle de Sylvia Garcia Delahaye et de Luca Decroux, en collaboration avec la photographe Valérie Frossard, présentait un dispositif de recherche avec les jeunes permettant, via des séances de photo à plusieurs jeunes, d’exprimer des constats ou attentes vis-à-vis des institutions suisses. Celle de Vista Eskanderi et de Nesa Zimmerman, de la law clinic de Genève, permettait de présenter les enjeux de l’accès au droit des jeunes MNA dans le contexte particulier du droit suisse, distinguant jeunes en demande d’asile ou non. Williams Nyanda Mkamwa est intervenu à propos de la situation camerounaise, en présentant la législation en vigueur et les enjeux de prise en charge des mineurs étrangers dans ce pays, et Anna Granata a présenté une typologie des lieux de prise en charge des MNA en Italie.

Tommy Dessine ©

Le deuxième jour du colloque, une quatrième table ronde a permis de traiter des enjeux de santé dans la prise en charge des MNA. La table ronde s’est ouverte sur la présentation d’un dispositif local, le « Passeport santé » pour les MNA de la Somme, présenté par Laure Hadj, socio-démographe et Sophie Duménil, médecin référent en protection de l’enfance. Solène Plana et Hinde Maghnouhi, ainsi qu’Héloïse Bertin, ont quant à elles traité des difficultés dans l’accès au soin des MNA, notamment en termes de représentation légale de ces jeunes, et des répercussions psychiques sur des mineurs ayant souvent d’important besoin de soin.

Tommy Dessine ©

La cinquième et dernière table ronde s’est concentrée sur le moment critique du passage à la majorité des jeunes isolés étrangers. Sarra Chaïeb et Isabelle Frechon sont revenues sur leurs travaux concernant la fin de parcours à l’Aide sociale à l’enfance (ASE), en se basant notamment sur les données de l’enquête ELAP (INED). Professionnelles de l’ASE, Marine Giannini et Aude Lecroisey ont fait écho des situations locales vécues sur leur territoire, la Gironde.

Tommy Dessine ©

Il serait intéressant de revenir sur les débats qui ont suivi les communications, et nous espérons que les actes à paraître permettront de les restituer dans leur intégralité. La richesse de ce colloque tient sans doute à sa pluridisciplinarité, mais aussi à l’engouement qu’il a suscité parmi les professionnel·les de la prise en charge des jeunes, très nombreux à la suivre, marquant sans doute en creux une absence de dialogue entre les univers académiques portant sur les MNA et celles et ceux qui les prennent en charge au quotidien.

Programme complet ici

Illustration par Tommy Dessine




S’intégrer par le sport ? Comparer les terrains européens. Appel à contribution pour la revue Culture e Studi del Sociale.

Culture e Studi del Sociale

Appel à contribution (Résumés) – Vol. 6(1), 2021 (Version française) http://www.cussoc.it  ISSN 2531-3975

S’intégrer par le sport ? Comparer les terrains européens

Au cours de la dernière décennie, l’Europe a été rejointe via la mer Méditerranée et les Balkans par un nombre sans cesse plus important de migrants en provenance d’Afrique, du Moyen-Orient et de l’Asie du Sud-Est. Ce phénomène a eu des conséquences politiques et sociales importantes. Dans ce contexte de « crise migratoire », comment accueillir des migrants nouvellement arrivés et faciliter leur intégration ? Malgré les larges débats sur ces mouvements migratoires, l’Union européenne n’a pas pour autant adopté de politique commune de solidarité et d’accueil, même si certains pays européens, dont l’Italie et la France, ont lancé des initiatives couvrant divers domaines tels que l’éducation, l’emploi, la participation active et l’inclusion sociale pour aider les nouveaux arrivants à s’intégrer dans la société d’accueil.
En réponse à la fragmentation des communautés nationales annoncées ou observées en Europe, le sport a souvent été présenté comme un puissant ciment ou du moins un modèle d’intégration pour la “jeunesse issue de l’immigration” (Gasparini, 2008) et un vecteur de citoyenneté pour les populations étrangères. Comme les activités sportives permettent un dialogue interculturel sans exiger la maîtrise de la langue du pays d’accueil, les difficultés d’apprentissage sont atténuées et des processus de socialisation par le sport émergent. Les associations sportives et les ONG à vocation sportive ont ainsi proposé de nombreux dispositifs pour ces nouveaux migrants, dont les formes et les effets sont largement méconnus.
Croisant la sociologie des migrations et la sociologie du sport, le dossier vise à étudier d’une part les processus qui conduisent au recours au sport et aux activités physiques dans les programmes d’intégration pour les migrants nouvellement arrivés et, d’autre part, à comprendre la signification des actions et les effets qu’elles produisent tant à l’égard des migrants que de la société d’accueil. Pour comprendre la genèse des politiques publiques et des dispositifs associatifs en la matière, il convient également d’analyser leur contexte d’application lié à l’histoire de l’immigration.
Au vu des nouvelles vagues migratoires et de la pandémie du coronavirus qui réduit drastiquement les initiatives en matière d’activité physique, le sport reste-t-il un outil incontournable pour favoriser le dialogue interculturel et l’intégration ? Selon quelles modalités, avec quelles pratiques et pour quels effets ? Comment les différents pays européens gèrent-il la “diversité” et de quelle manière le sport peut-il encore être considéré comme un moyen d’accéder à un espace civique commun qui dépasse les communautés d’origine ? La participation sportive permet-elle aux migrants de devenir une composante active de la société d’accueil ?
Ce numéro thématique privilégie la publication d’articles qui présentent les résultats originaux tirés d’enquêtes (sans exclure les propositions qui ont une approche théorique critique) visant à illustrer comment, dans le contexte européen, le sport et l’activité physique sont utilisés à des fins d’intégration sociale et citoyenne. Dans cette optique, les contributions attendues devront analyser dans les différents pays européens les modèles et les pratiques qui témoignent de réussites d’un sport intégrateur ou, au contraire, qui l’invalident.

Rédacteurs invités
William Gasparini (Université de Strasbourg, France) Giovanna Russo (“AMS” Università di Bologna, Italie)

Modalités de soumission et calendrier

Un résumé détaillé -en italien, en anglais ou en français- (800 à 1000 mots, références bibliographiques comprises) doit être envoyé avant le 15 mars 2021 en pièce jointe à l’adresse électronique de la revue : rivis- tacussoc@unisa.it et Rédacteurs invités (william.gasparini@unistra.fr; giovanna.russo6@unibo.it).

Le résumé doit être soumis avec le titre complet et cinq mots clés, et doit également inclure le nom du ou des auteurs, l’affiliation de tous les auteurs et l’adresse électronique pour la correspondance. En cas d’auteurs multiples, l’auteur référent doit être indiqué. Le résumé détaillé doit illustrer clairement le sujet, le cadre théorique, le travail de recherche et la pertinence scientifique.

La notification des résumés sélectionnés pour la soumission des articles complets (35 000 à 60 000 signes, notes, références bibliographiques et espaces inclus) sera faite avant le 31 mars 2021.

La soumission des articles complets doit avoir lieu avant le 15 juin 2021 par le biais de la plate-forme électronique OJS de la revue et celle-ci doit respecter les directives. En outre, les articles qui seront soumis en langue italienne ou anglais doivent également inclure le titre et le résumé en anglais (http://www.cussoc.it/index.php/journal/about/submissions).

Communication des résultats du processus de révision : 15 septembre 2021. Présentation de l’article révisé : 15 octobre 2021.
Décision finale sur l’article révisé : 15 novembre 2021
Publication : décembre 2021.

 




Déposer une proposition de communication pour le congrès: marche à suivre

Vous avez envie de déposer une proposition de communication pour le futur congrès de l’AFS? Voici un court tutoriel vous détaillant la marche à suivre ici.

ATTENTION: si vous disposez déjà d’un compte sur le site, vous pouvez passer la première étape (création de compte).