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Les “médias”, agents conservateurs de l’ordre social ? Programme RT37 Congrès AFS 2021

Dans le cadre du IXe Congrès de l’AFS qui porte sur le thème « Changer ? », le réseau thématique « Sociologie des médias » (RT37) propose un programme de sessions qui interroge le rôle des médias dans la transformation et la conservation de l’ordre social.

Le programme regroupe six sessions, chacune animée par un.e discutant.e. L’une des sessions est croisée avec le RT50 « Socialisations ».

17 communications scientifiques préparées par 24 auteur.e.s sont présentées. En raison de la situation sanitaire, l’ensemble des échanges est dématérialisé.


Université de Lille | Campus scientifique de Villeneuve-d’Ascq

En ligne | 6-9 juillet 2021

Programme des sessions du réseau thématique « Sociologie des médias » (RT37)

Les “médias”, agents conservateurs de l’ordre social ?


Session 1. Critiques de l’ordre médiatique et légitimation politique | Mardi 6 juillet 2021 | 10h30-12h30

Discutant : Samuel Bouron (Université Paris Dauphine, IRISSO)

  • Alan Ouakrat (Université Paris 3, IRMECCEN) et Jérôme Pacouret (Université Paris I, CESSP), « Consécration politique et légitimation médiatique des idées d’extrême droite, le cas Valeurs Actuelles. »

La communication porte sur le « médiactivisme » réactionnaire porté par l’hebdomadaire Valeurs Actuelles (VA) et les conditions de sa légitimation auprès d’autres médias et de professionnels de la politique. Sur les plans théorique et méthodologique, l’enjeu de cette communication est de concilier l’approche monographique d’un titre de presse avec une approche relationnelle du champ journalistique. La position de Valeurs Actuelles dans le champ journalistique, objectivée à l’aide de données statistiques sur les circulations d’informations, sera rapportée à une stratégie économique, éditoriale et numérique de conquête de l’espace public. La légitimation de Valeurs Actuelles apparaît être le résultat d’un travail de construction de respectabilité, dont il importe de comprendre les ressorts dans sa capacité à orienter le débat public en mettant à l’agenda politique et médiatique un certain nombre de thèses et de personnalités réactionnaires. Nous proposons d’analyser l’attrait exercé par VA dans les champs journalistique et politique, malgré un lectorat relativement faible comparativement à d’autres médias. À partir des données statistiques sur les circulations d’informations collectées par l’INA, d’entretiens semi-directifs auprès de journalistes et de responsables de la rédaction de l’hebdomadaire et d’autres professionnels du groupe Valmonde, ainsi que d’entretiens auprès de journalistes d’autres titres, nous explorons les déterminants du relatif succès de la stratégie de VA. Par ailleurs et en complément, l’étude de la médiatisation de VA par les controverses que le média suscite dans le champ journalistique, et en particulier auprès des médias dominants de la presse écrite, permet d’objectiver dans quelle mesure et dans quels termes l’hebdomadaire provoque des réactions qui participent aussi à la légitimation de sa place et de ses idées dans l’espace médiatique et politique.

  • Ariane Bénoliel, (Université Paris 2, CARISM), « Lutter contre l’invisibilisation sans chercher à devenir visible ? Les pratiques médiatiques et politiques de collectifs militants féministes antiracistes français (23 novembre 2019 – 8 mars 2020) »

La critique des modalités de représentation des groupes minoritaires – notamment leur invisibilisation ou leurs traitements stéréotypants – est au cœur des revendications portées par les militantes féministes antiracistes. Si celles-ci s’emparent des outils numériques afin de produire des contre-discours politiques, cette communication propose de rendre compte des stratégies médiatiques et politiques de collectifs et d’associations moins visibles que des figures militantes ou des producteur-ice-s de contenus en ligne et plus axés sur des actions de terrain. Elle se fonde sur une observation ethnographique, des entretiens semi-directifs ainsi qu’une étude de contenus en ligne menés dans le cadre d’un travail de mémoire de recherche de Master 2.

  • Raphaël Lupovici (Université Paris 3, IRMECCEN), « Les Gilets jaunes, des critiques face aux institutions médiatiques? »

Le mouvement des Gilets jaunes s’est distingué par un rejet des médias qui a conduit certains d’entre eux à s’interroger publiquement sur les raisons de ce désaveu. Cette communication aura pour objet de présenter les résultats préliminaires d’une enquête exploratoire qui questionne les conditions sociales de possibilité de cette « défiance » dans le rapport des Gilets jaunes aux médias – conçus comme des institutions. Nous supposons que l’hégémonie des discours médiatiques s’est heurtée aux dispositifs numériques tels que les réseaux socionumériques (RSN). En offrant aux acteurs l’accès à des points de vue alternatifs, ces derniers les ont aidés à s’émanciper des représentations médiatiques dominantes. En nous appuyant sur des entretiens compréhensifs visant à éclairer le rapport des participants au mouvement des Gilets jaunes aux médias et à l’engagement politique à l’ère des RSN, nous analyserons également le rôle de ces derniers dans l’accès aux représentations de la réalité sociale, et dans la possibilité pour les acteurs de rapprocher leur vécu de celui des autres, permettant ainsi de sortir de l’isolement puis de s’investir dans un mouvement de contestation.


Session 2. Médias, socialisation et formation des dispositions individuelles | Mercredi 7 juillet 2021 | 9h-10h30 (session croisée avec le RT50)

Discutant : David Pichonnaz (Haute école de travail social, HES-SO Valais-Wallis)

  • Maialen Pagiusco (IEP de Toulouse, LaSSP), « Homosexualités et socialisations par les ‘médias’. Le rôle variable des pratiques médiatiques dans les biographies sexuelles »

Si l’homosexualité semble toujours plus visible et plus explicite dans les « médias », le passage de l’invisibilité à l’omniprésence ne doit pas tromper sur la question de leurs « effets » d’autant que les travaux disponibles nous apprennent peu de choses, non seulement des sources et cadrages médiatiques opérés sur ces sujets, mais surtout sur la réalité des appropriations du côté des publics. Cette communication s’intéresse ainsi à la façon dont les « médias » peuvent contribuer à la formation de représentations, de pratiques et d’identifications non-hétérosexuelles. On se concentrera sur les variations de ces effets socialisateurs, d’une part au cours des trajectoires, en analysant les différents temps de socialisation, et d’autre part au sein de l’espace social. La comparaison entre une cinquantaine d’enquêté.e.s de divers milieux sociaux et genres éclairera à la fois la construction de rapports différenciés à l’homosexualité et la pluralité des réceptions et des appropriations de contenus médiatiques en lien avec les questions LGBT+.

  • Muriel Mille (Université de Versailles-Saint Quentin, PRINTEMPS), Florence Eloy (Université Paris 8, CIRCEFT-ESCOL), Morgane Mabille (Chargée d’études socio-économiques, Musée du Louvre) & Constance Thierry, « La fiction en famille. Contextes de réception et effets socialisateurs du feuilleton Plus belle la vie »

La communication propose d’analyser les processus de socialisation en jeu dans la consommation régulière d’un feuilleton télévisé quotidien français, Plus belle la vie (PBLV), en portant l’attention sur les contextes de réception, en particulier celui de la famille. Elle repose sur une enquête collective combinant entretiens et observations (n=32) avec des téléspectateur.trices de PBLV, recruté·es par interconnaissance dans des milieux variés. Selon la position sociale, l’âge, le genre et la configuration familiale, la consommation du feuilleton est plus ou moins collective et objet de «conversations télé ». Les effets socialisateurs du feuilleton sont ainsi modulés selon les contextes de réception du feuilleton et les réseaux de sociabilité ou les pratiques culturelles qui lui sont associées. L’analyse des résultats ne révèle donc pas d’effet socialisateur « direct » de la consommation du feuilleton, mais montre bien davantage comment les effets socialisateurs du feuilleton s’ancrent dans les contextes de réception. Ces contextes orientent par exemple la manière de s’approprier les messages politiques portés par le feuilleton dans une logique comparable à celle du two-step flow of communication décrite par Katz et Lazarsfeld. Nous nous intéresserons alors à la manière dont l’appropriation et l’interprétation des intrigues varie alors selon leurs contextes de réception et de socialisation des enquêté·es.

  • Noémie Roques (Université Sorbonne Paris Nord, EXPERICE), « Pratiques numériques et socialisation des adolescents aux déplacements dans la France rurale »

Cette communication propose d’interroger la socialisation à la mobilité des adolescents sur un territoire français rural à l’aune du numérique, notamment du smartphone et des diverses applications de discussion en ligne. Prenant appui sur une enquête monographique, cette communication souhaite mettre en lumière le phénomène d’hyper-coordination entre parents et enfants ainsi qu’entre les enfants et ce qu’il implique en termes d’autonomie juvénile sur le territoire.


Session 3. Formation et variations des représentations du métier de journaliste | Mercredi 7 juillet 2021 | 11h-13h

Discutant : Géraud Lafarge (Université de Nantes, CENS)

  • Ysé Vauchez (Université Paris I, CESSP), « Form(at)er à la “bonne information” : de l’éducation aux médias en milieu scolaire »

Ce travail se propose d’analyser empiriquement des cours d’éducation aux médias et à l’information (EMI), tels qu’ils se développent en France depuis 2016 pour des publics scolaires, en tant que dispositifs de socialisation aux et par les médias. A travers une série d’observations et d’entretiens, il apparaît que selon les dispositions sociales des acteurs menant ce type de dispositifs, les normes transmises ou diffusées varient profondément : dans le rapport au système médiatique et à sa critique, comme dans le type de pratiques médiatiques valorisé voire imposé.

  • Nathalie Nouailles (Université Toulouse 3, LERASS), « L’éducation à l’information par les journalistes : entre justification et inclusion des publics »

Cette communication s’intéresse aux rôles que se donnent les journalistes dans les dispositifs scolaires en éducation aux médias et à l’information. Notre étude s’appuie sur neuf entretiens semi-directifs menés avec des journalistes intervenant dans le cadre de résidences et d’ateliers consacrés aux fake news. De l’application d’un genre journalistique comme démarche pédagogique à la mise en avant d’une approche créative de l’éducation à l’information d’actualité, en quoi ces démarches permettent-elles de réduire la défiance des collégien.nes et lycéen.nes à l’égard de l’information, des médias et des journalistes ?

  • Camila Moreira Cesar (Université Paris 3, IRMÉCCEN / Université Laval, GRCP), « Le journalisme au pluriel : profils, motivations et définitions de l’activité selon des étudiant-e-s en journalisme en France »

Quelle(s) conception(s) du journalisme inspire(nt) les étudiant-e-s s’orientant vers cette profession en 2021 en France ? Comment définissent-ils le journalisme par rapport à d’autres activités voisines, à l’instar des métiers de la communication ? Quels liens peut-on établir entre les expériences de socialisation de ces acteurs et les rapports différenciés qu’ils entretiennent au journalisme ? Sans prétendre à l’exhaustivité, cette communication vise à répondre au moins en partie à ces questions. L’analyse est basée sur les résultats d’une enquête exploratoire menée auprès d’un échantillon d’étudiant-e-s inscrit-e-s dans différents établissements de formation en France.


Session 4. Les médias, agents de conversion et de conservation idéologique | Jeudi 8 juillet 2021 | 9h-10h30

Discutant : Philippe Riutort (IRISSO/Dauphine/CNRS)

  • Ariane Benoliel (Université Paris 2, Centre d’analyse et de recherche interdisciplinaires sur les médias – CARISM), Ysé Louchet (Université Paris 2, Institut Français de Presse – IFP) & Elsa Régnier (EHESS, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales), « Une politisation du récit écologique ? La collapsologie dans les médias de 2015 à 2019 »

À travers une étude de la médiatisation de la « collapsologie » dans la presse généraliste française, cette communication pose la question de savoir si le traitement journalistique du récit « collapsologique » relève d’une politisation des enjeux écologiques dans les médias. L’étude porte sur un corpus composé de 197 articles publiés entre janvier 2015 et octobre 2019 dans 13 journaux généralistes ainsi qu’une dizaine d’entretiens menés avec des « collapsologues » et des journalistes. L’introduction de propositions politiques – telles que la décroissance ou la valorisation de l’action locale – ainsi que l’inscription des questions environnementales en dehors des rubriques scientifiques constituent une transformation politisante de leur cadrage médiatique. Toutefois, celle-ci n’est que partielle : les « collapsologues » ne sont pas « autrement socialisés » que les entrepreneurs de cause traditionnellement médiatisés et le récit qu’ils portent ne relève d’aucune grille de lecture politique – institutionnelle ou militante. Ce travail s’inscrit, dans ce sens, dans une réflexion plus large sur le rôle des organisations médiatiques et des journalistes dans la transformation et/ou la reproduction de l’ordre social et politique.

  • Antoine Aubert (Université Paris I Panthéon-Sorbonne, CESSP), « Les médias, principaux acteurs de la ‘révolution conservatrice’ des années 1980 ? »

Cette communication revient sur le rôle des médias français dans la “révolution conservatrice” des années 1980. A partir d’une dense enquête prosopographique sur le devenir d’intellectuels révolutionnaires actifs entre 1968 et 1981 (n=813), à laquelle s’ajoute un important travail de dépouillement d’archives et la conduite d’une centaine d’entretiens, il s’agit de revenir sur le double rôle des médias, qui furent à la fois les principaux acteurs de l’invisibilisation des marxismes au sens large mais aussi de la justification du tournant, comme le montre le cas de Libération. Le principal résultat de l’enquête est que, parmi les intellectuels étudiés, très rares sont ceux dont la trajectoire au cours des années 1980 est marquée par le « changement » et donc par une conversion idéologique. Ce résultat ne signifie pas que les années 1980 ne sont pas marquées par une emprise croissante des idées conservatrices dans le champ intellectuel français, mais il nous encourage à déplacer le regard vers le rôle des médias dans ce changement.

  • Martin Baloge (Université Paris I Panthéon-Sorbonne, CESSP / Université de Lorraine, CREM), Nicolas Hubé (Université de Lorraine, Centre de Recherche sur les Médiations – CREM) & Pierre Mayance (Université Paris I Panthéon-Sorbonne, CESSP), « Jean-Jacques Bourdin au service de la démocratie ? Sociologie des rôles et conflictualité lors des interviews matinales »

En France jusqu’alors, l’apparition du politique à la télévision a fait l’objet d’une analyse sociologique, consistant pour l’essentiel à analyser les logiques structurales de domination d’un capital médiatique et de la représentation politique. Nous proposons de nous pencher sur ces manières d’agir en public en observant les interactions fines des journalistes et des élu.e.s en interview, moment à partir desquels se donnent à voir la “bonne distance” entre les deux acteurs. Nous cherchons à voir comment en pratique se joue la transformation/reproduction de l’ordre social et politique à travers les interviews politiques. Notre communication s’appuie sur un corpus de 64 interviews télévisées tirées de deux chaînes de télévision, l’une publique (France 2) et l’autre privée (BFM TV), et de deux chaînes de radio, l’une publique (France Inter) et l’autre privée (RTL) lesquelles diffusent des émissions politiques matinales (respectivement Les quatre vérités présentée par Caroline Roux, Bourdin direct, présenté par Jean-Jacques Bourdin ; l’interview de 7h50 présentée par Léa Salamé et l’invité de RTL, présenté par Elizabeth Martichoux). Pour l’analyse, nous avons développé avec l’INA un outil numérique d’aide à l’annotation. L’objectif ce faisant est d’identifier les dynamiques précises des interactions, en particulier celle des interruptions et des coupures de paroles. En effet, cette analyse des formes oppositionnelles des échanges permet de mesurer les effets de domination (de genre, de classe ou statutaire) d’un acteur sur un autre : qui peut « se permettre » d’interrompre son interlocuteur ? sur quels sujets ? et qui accepte une telle interpellation ? Notre enquête cherche à croiser l’analyse de discours, l’analyse positionnelle, les effets de conjoncture et les propriétés socio-biographiques des intervenants. C’est donc une sociologie dynamique quali-quanti des échanges sur un plateau lors de ces moments matinaux stratégiques que nous proposons.


Assemblée générale du RT37 Vendredi 9 juillet 2021 | 13h-14h


Session 5. La conservation/transformation de l’ordre social par la production des biens symboliques | Vendredi 9 juillet 2021 | 14h-16h

Discutante : Julie Sedel (Université de Strasbourg, SAGE)

  • Keyvan Ghorbanzadeh (Université Paris I Panthéon-Sorbonne, CESSP), « Le miroir et la boule de cristal. L’ajustement des positions conservatrice et progressiste au sein de la régulation publicitaire »

Cette communication revient sur la polarisation des positions “conservatrices” et “progressistes” au sein de la régulation publicitaire en France. En s’appuyant sur une enquête ethnographique au sein des espaces de construction et d’évaluation de l’ordre du discours publicitaire, on montrera qu’en fonction des espaces les acteurs revendiquent un rôle et une fonction différente pour la publicité. D’un côté, il y a une institution presque centenaire, l’ARPP, qui définit la publicité en tant que “miroir de la société” : elle ne devrait que reproduire cette dernière. De l’autre, des jeunes entrants regroupés au sein d’associations de “communication responsable” estiment que la publicité devrait être “en avance sur son temps” et faire advenir un ensemble de changements sociaux (écologie, genre, diversité etc.). La régulation est alors pour eux une démarche de définition positive. Ces jeunes entrants étiquettent leurs aînés en tant que “conservateurs” et revendiquent une étiquette “progressiste”, mais au-delà de cette opposition pertinente au premier abord, on verra dans un second temps que ces deux registres sont en réalité complémentaires et permettent ensemble la réaffirmation des effets du message publicitaire.

  • Sandrine Leveque (Sciences Po Lille, CERAPS), « La frivolité comme « combat politique » : le projet journalistique des fondatrices du magazine ELLE, entre émancipation et conservatisme »

Cette communication revient sur la création du magazine ELLE en cherchant à comprendre, à partir d’une analyse du projet éditorial et des trajectoires des journalistes qui l’ont porté, comment s’invente un discours journalistique à la fois émancipateur et conservateur de l’ordre social. Il s’agit de comprendre les fondements de l’identité d’une presse féminine prise dans ce double discours d’émancipation des femmes et de conservation de l’ordre du genre. A partir du dépouillement de la collection du magazine ELLE de la date de sa création en octobre 1945 à 1970 (date à laquelle sont organisés les Etats généraux de la Femme) et d’une analyse biographique des journalistes, nous chercherons à montrer comment s’invente alors une lectrice-consommatrice à la fois suffisamment émanciper pour acheter les produits dont le journal fait la promotion et suffisamment « femme » pour les consommer et rester sans son rôle. Nous mettrons en relation ce positionnement éditorial avec les conditions même de production du journal et nous chercherons à comprendre à partir d’une analyse sociologique des dispositions de celles qui ont porté ce projet comment s’impose une forme de journalisme qui servira pendant longtemps de « maitre étalon » du journalisme au féminin.

  • Ivan Chupin (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, Printemps), Pierre Mayance (Université Paris I Panthéon-Sorbonne, CESSP), « La presse agricole, une presse de libertés ? »

A priori rien n’est plus dépendant politiquement et économiquement qu’une presse professionnelle. La presse agricole apparaît comme dépendante du syndicalisme majoritaire auquel elle appartient majoritairement sur un plan capitalistique, elle apparaît comme dépendante économiquement des annonceurs (phytosanitaires, machinisme…) auxquels elle vend ses pages et ses encarts. Cet espace ne saurait donc revendiquer une autonomie tant il semble hétéronome de prime abord. L’analyse du rôle d’une telle presse dans la reproduction de l’ordre social et politique serait ainsi a priori entendue. Or, nous montrerons que cette presse n’exclut pas d’abord tout un mouvement d’autonomisation professionnelle perceptible au travers de la création d’une association spécialisée (l’Association française des journalistes agricoles – AFJA) depuis les années 1950. Elle cherche à se construire comme un sous champ spécialisé autonome, dans lequel les journalistes constituent une avant-garde de l’affirmation du monde agricole dans l’espace social et sont les accompagnateurs de ses changements sociaux. Sur le plan de la dépendance syndicale, cette presse apparaît ensuite dans son contenu comme relativement autonome. En effet, son caractère très technique (plus de 70% des articles produits dans la France agricole par exemple) et, par là, faiblement syndicalisé lui permet de se prémunir des interventions directes des actionnaires. Cette presse si elle parvient à s’assurer, contre toute attente, une certaine autonomie à l’égard des actionnaires et des annonceurs n’échappe pourtant pas au néo-libéralisme. Son caractère de presse de conseil d’achats en fait un outil de conservation d’un ordre social au service du marché agricole. C’est de ce point de vue, que l’étude de la presse professionnelle entend concourir à une étude du néolibéralisme et de l’emprise marchande.


Session 6. Analyser le changement de l’idéologie dominante sur le temps long | Vendredi 9 juillet 2021 | 16h30-18h

Discutant :  Julien Duval (CNRS, CESSP) (sous réserve)

  • Salomé Do (ENS, LATTICE / Sciences Po Paris, Médialab), Étienne Ollion (Ecole polytechnique, CNRS), Rubing Shen (Sciences Po Paris, Médialab / ENSAE, CREST), « La langue du pouvoir. Le journalisme politique d’hier à aujourd’hui, une étude outillée par l’intelligence artificielle. »

L’étude du récit politique produit par les journalistes nous renseigne sur les intrications entre le champ journalistique et le champ politique. Si la montée d’une narration stratégiste et des schèmes censés révélés les coulisses sont désormais des résultats classiques de la sociologie des médias, d’autres questions telles que les étapes et la chronologie des évolutions, l’ampleur de diffusion, et bien sûr ses causes, sont toujours sujettes à débats. Dans cette intervention, nous nous proposons de revisiter cette question classique en déployant une méthodologie innovante issue du domaine de traitement automatique du langage (Natural Language Processing) via un recours raisonné à des algorithmes d’apprentissage profond. Une fois entraînés par un humain expert sur un échantillon limité, l’algorithme annote un corpus massif d’articles de presse avec succès. L’étude présente cette méthode, qui pourrait être utile pour une sociologie du journalisme intéressée au contenu des textes. Elle permet aussi d’actualiser et compléter les résultats classiques sur ce sujet ( l’augmentation de la place consacrée aux politics au détriment des policies, la montée d’une couverture stratégiste, l’importance croissante des révélations des coulisses…), mais aussi de les préciser en montrant des étapes et des chronologies différenciées de ces évolutions. Ce faisant, on revient empiriquement armé sur les différentes hypothèses sur les causes de ces transformations (concurrence économique, montée du journalisme d’investigation, renouvellement générationnel des journalistes…).

  • Boris Attencourt (Université de Paris / EHESS, CESSP), « La visibilité intellectuelle dans la légitimation de l’idéologie dominante : le cas des conférences savantes à diffusion élargie »

À partir des années 1970, on assiste à l’émergence de tout un ensemble de circuits de visibilité des intellectuels : presse de qualité, revues intellectuelles à grand tirage, grands établissements culturels, cercles de réflexion, instances de conférences, émissions culturelles de radio et de télévision, maisons d’édition, organismes d’études parapublics, commissions gouvernementales, conseils d’administration de grandes entreprises, etc. En instaurant une circulation circulaire à grande échelle des idées et de leurs porteurs au sein des univers du pouvoir (médias, haute administration, personnel politique, patronat, lieux neutres, etc.), de tels circuits ont fini par s’imposer au milieu des années 1980 comme l’un des principaux espaces où s’actualise l’idéologie dominante par laquelle la classe dirigeante fonde sa domination. Dans cette communication, il s’agira d’établir que les instances de conférences savantes à diffusion élargie ayant acquis une place cardinale au sein de ces nouveaux circuits de célébration culturelle participent depuis la fin des années 1980 de la subordination de représentants du monde intellectuel aux ordres économique et politique.


Comité d’organisation

Berthaut, S. Dahani, B. Ferron, C. Gousset, P. Mayance

Comité scientifique

Hadj Belgacem, F. Brisset-Foucault, J. Berthaut, I. Chupin, S. Dahani, B. Ferron, C. Gousset, N. Hubé, N. Kaciaf, P. Mayance, J. Sedel, K. Souanef


Créé en 2002, le réseau thématique « Sociologie des médias » (RT 37) est l’un des cinquante réseaux thématiques de l’Association Française de Sociologie. Il vise à fournir un espace de travail commun à l’ensemble des chercheurs travaillant sur le journalisme et les médias dans une perspective sociologique. Ce domaine de recherche analyse la structure et les dynamiques d’autonomisation du champ journalistique, en particulier vis-à-vis des champs politique, économique et culturels ; les conditions de travail et les propriétés sociales des journalistes et des autres professionnels des médias ; le fonctionnement et les formes d’organisation des différentes organisations et institutions médiatiques ; l’analyse des productions et des visions du monde social que véhiculent les médias ; et enfin leur réception et leurs usages par les publics. Dans une démarche sociologique critique, l’objectif est d’articuler ces différents niveaux d’analyse pour réinscrire la sociologie du journalisme et des médias dans une sociologie générale. Le RT37 entend ainsi structurer un espace de débat scientifique en sociologie du journalisme et des médias, lui donner une meilleure visibilité académique, y compris internationale, et développer les échanges et passerelles avec les autres secteurs et spécialités de la sociologie.


Contact : rt37afs.sociologiedesmedias@gmail.com

Page Web : https://afs-socio.fr/rt/rt37/

Groupe Facebook : https://www.facebook.com/groups/534322137039485/

Carnet Hypothèses : https://sociomedias.hypotheses.org/




Une profession « en crise » ? Luttes pour l’autonomie professionnelle aux frontières du champ journalistique

Le réseau thématique “Sociologie des médias” (RT37) de l’AFS a le plaisir de vous inviter à une journée d’étude qui se tiendra en ligne le 8 avril 2021.

Une profession « en crise »? Luttes pour l’autonomie professionnelle aux frontières du champ journalistique

L’objectif de ces journées d’étude du réseau thématique « Sociologie des médias » (RT37) de l’Association Française de Sociologie est de revenir sur les dynamiques contemporaines du champ journalistique en prenant pour objet les pratiques, les logiques de structuration, les identités vécues ou assignées, ou encore les propriétés et dispositions sociales des « nouveaux entrants » – ou supposés tels – du champ de la production de l’information.

Un accent particulier sera mis sur l’étude des relations entretenues ou revendiquées avec les pôles dominants du champ professionnel : comment les représentants de « l’élite » du journalisme et de l’entreprenariat de presse accueillent-ils ces agents qui pour certains pratiquent le journalisme sans nécessairement être reconnus comme journalistes ? Quelles sont les conditions d’acceptabilité ou de rejet de leurs stratégies – d’empiètement, d’annexion, de subversion ? Voit-on l’apparition de « garde-frontières » et de réflexes corporatistes de rejet ? Quelles sont les différentes pratiques d’imitation ou d’emprunts à l’identité journalistique ? Quelles pratiques, codes ou discours – issus d’espaces professionnels différents – les nouveaux entrants apportent-ils dans la sphère journalistique traditionnelle ? Cela remet-il en cause les règles du jeu et les frontières de ce champ professionnel ? En d’autres termes, comment se configurent les rapports de domination, de compétition et de coopération à l’aune de l’intégration/rejet de nouveaux agents ?

Il s’agira aussi, plus largement, d’étudier ce que ces phénomènes font au journalisme comme profession : l’entrée de ces profanes redéfinit-elle les indicateurs qui déterminent classiquement l’appartenance au journalisme comme groupe professionnel, à l’instar de la carte de presse ? Le « flou » ne constitue en rien un dysfonctionnement, mais bien un marqueur constitutif de ce groupe professionnel (Ruellan, 1993). Finalement, c’est donc une réflexion sur ce lien entre « flou de la profession » et ces « nouveaux entrants » qu’il s’agit de développer : ces acteurs sont-ils véritablement « nouveaux » ? Trouve-t-on dans l’histoire du journalisme des exemples similaires d’acteurs « hérétiques » qui viennent interroger ou bouleverser les frontières de la profession ? Ceux qui hier étaient considérés comme des « nouveaux entrants » sont-ils devenus des joueurs intégrés au champ ? Et enfin, quels effets cela a-t-il sur les logiques de légitimation professionnelle ?

Trois questions, relatives aux trois axes proposés par cette appel à communication, pourront guider la soumission de propositions de communication. Quelles sont les conditions sociales de production et de légitimation de ces discours de « crise » (Axe 1) ? Quelles sont les logiques de régulations du champ à l’œuvre à l’égard de ces nouveaux entrants (Axe 2) ? Comment ces transformations des croyances et représentations collectives de la crise font-elles évoluer les pratiques professionnelles (Axe 3) ?

Programme complet disponible sur le Carnet Hypothèses du RT37:

https://sociomedias.hypotheses.org/22

 

COMITÉ D’ORGANISATION :

SAFIA DAHANI (LASSP)

SIMON MANGON (CHERPA)

YSÉ VAUCHEZ (CESSP)

KEYVAN GHORBANZADEH (CESSP)

 INFORMATIONS/INSCRIPTIONS :

FRONTIERESJOURNALISME@GMAIL.COM

S’inscrire ICI

 

 

 




Lancement du Carnet “Hypothèses” du RT37 Sociologie des médias

Le réseau thématique 37 “Sociologie des médias” de l’Association Française de Sociologie a le plaisir d’annoncer le lancement d’un Carnet Hypothèses, grâce à l’aide de Charlotte Bouvier, actuellement en stage au sein du RT37. Vous pouvez y accéder et jeter un œil sur les premières publications à l’adresse suivante : https://sociomedias.hypotheses.org/
Ce Carnet vient s’ajouter à ceux déjà mis en place par d’autres RT (Sociologie politique, sociologie du droit, sociologie des associations, etc.). Espérons qu’il contribuera à mieux inscrire les travaux du réseau “sociologie des médias” dans le paysage de la sociologie française !



Les “médias”, agents conservateurs de l’ordre social ? AAC RT37 Congrès AFS 2021

IXe congrès de l’Association Française de Sociologie

Université de Lille | Campus scientifique de Villeneuve-d’Ascq

Lille | 6-9 juillet 2021

Appel à communication pour les sessions du réseau thématique

« Sociologie des médias » (RT37)

Les “médias”, agents conservateurs de l’ordre social ?

Dans le cadre du IXe Congrès de l’AFS qui portera sur le thème « Changer ? », le réseau thématique « Sociologie des médias » (RT37) retiendra des propositions de communication relevant de trois axes principaux. Il s’agira tout d’abord d’analyser, dans une perspective socio-historique et/ou comparative, la place et le rôle des organisations médiatiques et des journalistes dans la transformation et/ou la reproduction de l’ordre social et politique (axe 1). Il s’agira ensuite d’interroger les entreprises – corporatistes, politiques, juridiques, bureaucratiques, militantes ou “citoyennes” – qui affichent publiquement leur volonté de réformer les médias et/ou de construire en problèmes publics des enjeux propres au champ journalistique (axe 2). On cherchera enfin à saisir à quelles conditions la socialisation hors travail des agents participant à la production et à la consommation des contenus médiatiques est susceptible d’exercer des effets sur la structuration de leurs espaces professionnels, et dans quelle mesure les industries médiatiques peuvent contribuer à renforcer ou à modifier les dispositions incorporées des professionnels et des publics (axe 3).

Axe 1. Les organisations médiatiques et la transformation/reproduction de l’ordre social et politique

Ce premier axe interroge, dans une perspective sociohistorique et/ou comparative, la place et le rôle des organisations médiatiques et des journalistes dans la transformation et/ou la reproduction de l’ordre social et politique.

Le premier volet portera sur la dimension socio-historique de cette problématique. Dans un récit longtemps dominant des luttes pour la liberté de la presse, un front uni de journaux et de journalistes épris de démocratie aurait, au XIXe siècle en France, fait plier des gouvernements autoritaires et voter la loi de 1881 sur la liberté de la presse. Des historiens ont montré que cette interprétation historique relevait largement d’une lecture rétrospective propre aux courants libéraux et républicains : en-dehors de conjonctures révolutionnaires (1830, 1848, 1871) qui peuvent aboutir à de fragiles avancées politiques et législatives grâce à l’action de quelques avant-gardes loin d’être toutes acquises aux idées propres à ces courants, la presse n’a-t-elle pas plutôt joué, historiquement, un rôle d’agent conservateur de l’ordre social et politique et des rapports de domination – de classe, de genre, de race – qui le structurent ? La facilité avec laquelle les grands journaux commerciaux se plient à la censure et à la propagande officielle quand une guerre éclate (1914) ou qu’un gouvernement autoritaire prend le pouvoir (1940) ne remet-elle pas en question le récit politique et historiographique dominant ? Le mythe d’une presse naturellement portée à défendre la liberté et la « démocratie », est rituellement réactivé et diffusé au-delà des seuls professionnels de l’information, dans le champ politique, le droit, le système d’enseignement, la recherche, la culture et les arts. C’est également un schème interprétatif que l’on retrouve dans d’autres espaces nationaux. Comment cette doxa est-elle parvenue à s’imposer, quelles luttes et rapports de force cristallise-t-elle ? Et, au final, quels ordres sociaux et politiques ce récit libéral participe-t-il lui-même à naturaliser ? Les contributions de ce premier volet pourront donc porter sur des études de cas historiques ciblées et/ou sur les luttes plus contemporaines pour l’imposition d’une lecture légitime de l’histoire de la presse et du journalisme, en France ou dans d’autres espaces nationaux.

Un second volet portera sur les luttes d’interprétation du rôle « progressiste » ou « conservateur » des médias aujourd’hui, à travers des études de cas en France, à l’étranger et/ou adoptant une approche comparative. Il s’agira d’une part de s’interroger sur la manière dont les médias mettent en scène le « changement » et les ressorts qui contribuent à la qualification de certaines dynamiques sociales comme « progressistes », « conservatrices » ou « réactionnaires ». A quelles conditions et à partir de quels normes, indicateurs ou seuils un « changement » est-il identifié comme tel par les professionnels des médias, en particulier les journalistes ? En quoi et de quelles manières participent-ils de la création « d’évènements » supposés fondateurs ou moteurs de changement ? Cette dimension pourra permettre d’interroger le rôle des différents médias et des processus de médiatisation dans la reproduction de l’ordre politique. Si le champ journalistique tend à naturaliser l’ordre interne des organisations et, plus généralement, les rapports de force qui structurent le champ politique national, comment le processus d’assignation et de reconnaissance auquel participent les agents du champ journalistique exerce-t-il des effets sur les agents du champ politique ? Dans quelles conditions la médiatisation devient-elle une ressource distinctive ?

Il s’agira d’autre part de questionner les pratiques et représentations collectives des « changements » (développements, progrès, crises, retards, etc.) dans les entreprises de presse et le champ professionnel du journalisme, en lien avec les temporalités propres à ces univers sociaux. L’industrialisation de la presse écrite, les développements de la radio, de la télévision et d’Internet au XXe siècle ont institutionnalisé les “médias de masse” et contribué à transformer les conditions de production et de réception des informations. Le champ journalistique s’est professionnalisé et autonomisé en se dotant de statuts spécifiques, de codes et chartes déontologiques, d’écoles de formation spécialisées, de syndicats et d’associations professionnelles, d’un marché du travail tendant à exclure les non-professionnels. Tandis que les médias sont érigés en « pilier de la démocratie représentative » et célébrés pour leur rôle de « contre-pouvoir », leurs activités sont, depuis les ordonnances de 1944-1945 sur la presse, encadrées par la loi et soutenues par l’Etat afin de favoriser le pluralisme et d’éviter la mainmise des « puissances d’argent ». Au début du XXIe siècle, le marché des médias a pourtant atteint, en France, un niveau élevé de concentration des entreprises de presse, au sein de grands groupes possédés par un patronat de moins en moins issu du monde du journalisme, contribuant à imposer des rythmes de production de l’information toujours plus intenses. L’écart croissant entre une petite fraction privilégiée de journalistes « faiseurs d’opinion », souvent hommes, blancs, urbains et diplômés, cumulant tous les avantages financiers et symboliques associés à leur fonction, et une masse de journalistes précaires – plus d’un tiers de la profession, souvent femmes et jeunes -, conduit beaucoup de ces derniers notamment à une forme de désenchantement professionnel et à ne voir plus dans leur métier, de plus en plus technique, répétitif et dépolitisé, qu’un gagne-pain comme un autre. Un tel constat pose des questionnements aussi complexes que stimulants : parmi quels segments professionnels et de la population, la doxa du rôle « progressiste » des médias se maintient-elle et inversement, est-elle battue en brèche ? Comment la sociologie est-elle volontairement ou involontairement, mise à contribution dans ces luttes ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles les contributions à ce second volet pourront proposer des éléments de réponse en se basant sur des enquêtes empiriquement étayées pouvant associer des retours sur expérience.

Axe 2. Changer les médias ? Entreprises réformatrices et construction des problèmes publics

Le second axe propose de s’intéresser aux entreprises collectives qui se donnent pour objectif de « changer » les médias, érigeant ainsi des enjeux sectoriels, journalistiques, au rang de problèmes publics.

Le premier volet de cet axe cherchera à saisir les conditions de transformation des « médias » (les organes de presse, leur fonctionnement, leurs agents, leur cadre juridico-institutionnel) en des enjeux de mobilisations, de controverses politiques et d’action publique. La sociologie des problèmes publics s’est attachée à analyser le rôle des « médias » dans le travail de catégorisation du monde social. La question de leur contribution à la construction sociale de la réalité a été rapidement érigée en un objet d’étude à part entière. Des travaux ont montré le rôle d’intermédiaires joué par les organes de presse écrite ou audiovisuelle entre différents entrepreneurs de cause en lutte pour l’obtention d’un traitement médiatique ample, durable et favorable. Ces entrepreneurs de cause se sont ainsi ajustés au nouveau jeu politique en incorporant les routines professionnelles instituées des journalistes et en anticipant la force de frappe symbolique des médias de grande diffusion, capables de peser fortement sur la définition et la problématisation des enjeux des débats publics. Les « médias de masse » sont ainsi souvent appréhendés dans la littérature scientifique internationale comme occupant une position doublement médiatrice entre la « société civile » et l’Etat et entre les différentes fractions des élites au pouvoir. Une telle approche tend toutefois à reprendre dans l’analyse la doxa du « rôle démocratique » des médias et à occulter l’existence de luttes pour la définition du périmètre légitime des institutions médiatiques et la caractérisation de leur rôle social et politique, y compris en contexte autoritaire. Quelles sont les conditions structurelles et les conjonctures qui contribuent à ce déplacement de problématique à travers lequel les médias d’information passent du statut d’intermédiaires dans la construction des problèmes publics à celui d’objets de débats publics pouvant déboucher sur des mobilisations institutionnelles ou protestataires et la transformation du cadre légal et institutionnel qui définit leur place et leur rôle dans l’espace social global ? Les contributions mettant cette problématique en lien avec la montée de la contestation organisée des médias dominants (actions collectives les ciblant de manière spécifique, montée d’un sentiment de rejet de la part de certains journalistes) et l’essor de médias citoyens, militants, locaux ou en ligne proposant des contre-discours ou des narrations dites alternatives (comme les médias liés aux groupes « complotistes » ou qui se réclament de la « réinformation »), seront les bienvenues.

Le deuxième volet interrogera plus spécifiquement la manière dont se constitue comme problème public le « pouvoir » des médias, y compris dans des espaces peu légitimes de débat. Les critiques du « pouvoir des médias » s’inscrivent dans une controverse ancienne (que l’on pense aux travaux critiques de l’école de Francfort), qui furent souvent adossées à un ethnocentrisme lettré, et ont été réactualisées avec l’avènement du numérique (par exemple autour de l’usage des « écrans »). Les communications réflexives prêtant attention aux rapports (souvent) ambivalents entre professionnels des médias et sociologues/politistes et relatifs à la concurrence entre ces producteurs de vision du monde social sont encouragées. Les propositions pourront également s’intéresser aux entreprises de moralisation, comme la mise en place de classes d’éducation aux médias en réponse à la menace supposée des « fake news » : quel est le travail politique et symbolique sous-jacent ? Par qui et au nom de quoi est-il mené ? Au-delà des missions attribuées, les intervenants professionnels parviennent-ils à transformer, en partie et sous certaines conditions, le rapport aux médias des élèves dont ils ont la charge ? Si non, quelles résistances rencontrent-ils ? Ce volet pourra également être l’occasion de questionner les contestations « profanes » des médias – qu’elles soient explicites ou implicites (comme l’attention oblique des classes populaires décrite par R. Hoggart) – en rapportant, autant que faire se peut, ces (prises de) positions critiques au contexte social, familial, scolaire, politique, donc aux dispositions et aux dispositifs qui les ont rendues possibles. En effet, si d’ordinaire il semble qu’il soit plutôt rare de mobiliser une « vision alternative » des médias, de nombreux dispositifs notamment d’autopublication – chaînes Youtube, blogs, réseaux sociaux, etc. – tendent à fonctionner comme des espaces infrapolitiques d’expression dans lesquels de telles visions, socialement peu légitimes, peuvent se donner à lire, à voir et à entendre.

Axe 3. Socialisation et formation des habitus chez les professionnels et les publics des médias

Le troisième axe porte sur la socialisation « hors travail » des journalistes et sur la dimension socialisatrice des « médias ». De quelle façon contribuent-ils à la (trans)formation des façons d’être, de penser, de se tenir ?

Un premier volet de réflexion portera sur la socialisation hors travail des journalistes, c’est-à-dire en dehors des heures de travail et des espaces professionnels (e.g. espaces de sociabilité festifs, relations aux anciens camarades de promotion, etc.). Les communications proposées devront interroger les socialisations secondaires des journalistes dans d’autres contextes et aux contacts d’autres catégories d’agents (e.g. espace d’habitation, vie familiale, pratiques culturelles, en tant que parents d’élèves…). Ceci permettra de comprendre les éventuels déplacements dans l’espace social pour les rares transfuges de classes, ou les formes d’ascensions sociales pour les enfants des classes moyennes qui accèdent à des fractions supérieures et voient leur structure en capitaux évoluer (quartiers d’habitations, responsabilités exercées qui les confrontent aux représentants des classes dominantes) mais, aussi, les (risques de) déclassements et efforts de maintien dans leurs positions sociales d’autant plus forts dans un contexte réputé difficile pour l’emploi dans les médias. Cette perspective incite à faire un pas de côté par rapport aux enquêtes classiques relatives à la socialisation professionnelle des journalistes en s’intéressant à leur temps libre et à ce qui ne se livre « pas d’emblée ». Toutefois, cela n’induit pas de dissocier artificiellement le travail du hors-travail mais, au contraire, d’observer ce que le travail engendre dans la sociabilité hors travail et les dispositions « amenées » au travail et les changements que cela produit.

Un second volet de réflexion portera, dans le cadre d’une session croisée avec le RT50 “Socialisations”, sur les « médias » considérés en tant qu’agents de socialisation. Souvent mentionnés parmi les instances centrales de socialisation, les « médias » souffrent pourtant d’un relatif désintérêt en sociologie de la socialisation. Hormis quelques enquêtes de réception, souvent consacrées aux classes populaires, la socialisation « par les médias » et la socialisation « aux médias » restent des dimensions rarement étudiées pour elles-mêmes. Cette session croisée invite à ne pas inférer la socialisation d’analyses de contenus, et d’aller au-delà des schèmes inscrits dans les contenus médiatiques. Les communications proposées devront insister sur la dimension socialisatrice des « médias » et la manière dont ils contribuent à la formation et/ou à la transformation des dispositions individuelles (i.e. manières de penser, de sentir et d’agir). La plupart des recherches sur les consommations médiatiques juvéniles s’intéressent à « l’influence des médias » sur les « comportements ». Or, saisie sous cet angle, l’administration de la preuve reste relativement fragile. Si les analyses en termes d’influence sont possibles et encore trop peu menées, il vaut la peine également de dépasser le postulat d’un face-à-face entre un individu et un contenu pour observer les pratiques en situation et les contextes d’usage des médias. Il convient en outre de rompre à la fois avec une vision homogénéisante des publics, et avec une vision monolithique des « médias » (en évitant d’utiliser des catégories aussi abstraites que « les écrans »). La sélection des communications valorisera par conséquent la production de matériaux empiriques permettant d’éclairer les conditions sociales de réception des produits médiatiques.

Construire l’objet – et le regard – de manière à considérer les « médias » comme agents de socialisation nécessite de ne pas les isoler des autres instances de socialisation et de les penser relationnellement. Ainsi, la consommation des médias est en partie déterminée par la socialisation familiale, ne serait-ce que par l’exposition sélective à laquelle contribuent les parents. C’est le cas, par exemple, de la télévision, qui donne lieu à des pratiques éducatives socialement différenciées selon les classes et les fractions de classes considérées. Certaines consommations médiatiques échappent pourtant au regard parental, et les usages contemporains des écrans individuels pourront être interrogés. Les communications devront donc s’appuyer sur des études précises qui saisissent la socialisation au concret, fût-elle saisie a posteriori par une exploitation secondaire des données empiriques visant à saisir l’objet « médias » et les appropriations différenciées du côté des publics. Une attention particulière devra être portée aux cadres de socialisation et, autant que faire se peut, aux effets (distinguant le court du moyen terme). Cette session fournira en outre l’occasion de mettre à l’épreuve empirique les « grands modèles » de la réception des contenus médiatiques mais, aussi, de poser des questions d’ordre méthodologique sur les manières de faire de la recherche pour rendre compte de ces processus.

Modalités de soumission

Les propositions de communication (environ 5000 signes, espaces compris) devront comporter :

– une présentation de la thématique proposée, de son lien avec la problématique sociologique de l’appel à communication, et de l’axe auquel elle se rapporte ;

– une présentation du terrain et de la démarche empirique mise en œuvre ainsi que du cadre théorique d’analyse mobilisé ;

– quelques références bibliographiques.

Elles devront être déposées sur le site Web de l’AFS (https://afs-socio.fr/rt/rt37/) entre le 15 novembre 2020 et le 15 février 2021.

Les propositions de communication feront l’objet d’une évaluation en double aveugle par les membres du comité scientifique. Les auteurs seront notifiés des résultats de la sélection des propositions le 20 mars 2021. Des conseils pourront alors leur être transmis quant à l’intégration de leur communication dans la problématique des sessions.

Pour les propositions retenues, les textes définitifs (45 000 signes, espaces compris) devront être remis au plus tard le 31 mai 2021.

Comité d’organisation :

Berthaut, S. Dahani, B. Ferron, C. Gousset, P. Mayance

Comité scientifique

Hadj Belgacem, F. Brisset-Foucault, J. Berthaut, I. Chupin, S. Dahani, B. Ferron, C. Gousset, N. Hubé, N. Kaciaf, P. Mayance, J. Sedel; K. Souanef


@ rt37afs.sociologiedesmedias@gmail.com

Retrouvez l’actualité du RT37 “Sociologie des médias” sur :  https://sociomedias.hypotheses.org/ et le groupe Facebook Sociologie des médias RT37-AFS Public Group




AAC – Une profession « en crise » ? Luttes pour l’autonomie professionnelle aux frontières du champ journalistique

Appel à communication pour des journées d’étude du réseau thématique « Sociologie des médias » (RT37)

Centre Pouchet-CNRS | 59, rue Pouchet | 75017 Paris

15-16 mars 2021


Le 31 juillet 2019, la société Reworld devient, en rachetant Mondadori France, le premier groupe de presse magazine français[1]. Le groupe oriente sa ligne éditoriale et son modèle économique vers le brand content, pratique consistant à rédiger des articles promotionnels financés par des marques ou commandés à la rédaction par la régie publicitaire. Face aux actionnaires et à cette réforme, 60% des journalistes font jouer leur clause de conscience et quittent le groupe, arguant du fait que cette stratégie menace à terme leur indépendance éditoriale.

Cet épisode illustre une tendance, largement documentée par la sociologie du journalisme et des médias depuis une trentaine d’années : la subordination croissante du champ journalistique au champ économique et ses effets dans et hors de l’espace professionnel (Bourdieu, 1996 ; Benson, Neveu, 2005 ; Savoir/Agir, 2018).

 Transformations contemporaines du champ journalistique

Cette forme de domination structurale, le plus souvent invisible et indirecte, s’articule à d’autres formes de dépendance (Chupin, Nollet, 2006), en particulier à l’égard du champ politique et des champs de production culturelle (Champagne, 2016 ; Darras, 2017 ; Duval, 2019). Elle participe d’une recomposition des rapports de force qui structurent le champ journalistique, qui favorise son pôle commercial au détriment de son pôle professionnel qui peine à imposer ses critères d’excellence :

  • information low cost ajustée aux contraintes publicitaires plutôt qu’investissements dans de longues et coûteuses enquêtes journalistiques (Cagé et al., 2017) ;
  • course à l’audimat et aux « clics » redéfinissant les critères de newsworthiness, les formes et formats d’écriture, et l’espace des possibles éditoriaux (Christin, 2014) ;
  • contenus dépolitisés et infotainment au détriment de la prise de risque éditoriale ou de positionnements hétérodoxes (Kaciaf, 2013 ; Leroux, Riutort, 2013), etc.

Cette subordination tendancielle du journalisme à l’économie favorise également un repositionnement de ses producteurs et de ses productions dans l’espace social. Celui-ci contribue, dans un contexte de poids croissant du numérique, à :

  • l’entrée de nouveaux agents intermédiaires ou périphériques comme par exemple les communicants, les publicitaires ou encore les développeurs (Neihouser, 2015, Eldridge, 2018, Tandoc, 2019),
  • la normalisation de nouvelles pratiques dans les rédactions (Belair-Gagnon et Holton, 2018), comme celle du « bâtonnage » des dépêches d’agence (Eustache, 2020)
  • la consécration de nouveaux discours métajournalistiques (Carlson, 2015) – à l’instar du « journalisme de solution » qui peut être analysé comme un « cheval de Troie du marketing » (Amiel et Powers, 2018).

Enfin, cette recomposition n’est pas sans effets sur les luttes, orientées vers l’imposition d’une définition légitime de l’excellence professionnelle, qui se jouent aux frontières du champ journalistique. Celles-ci opèrent sur différents fronts :

  • la formation des journalistes à travers l’enjeu de l’autonomie des écoles spécialisées vis-à-vis des contraintes du marché du travail (Marchetti et Lafarge, 2011, 2017 ; Chupin, 2018 ; Bouron, 2018 ; Lafarge, 2019) ;
  • les carrières et statuts d’emploi, de plus en plus précaires notamment pour les plus jeunes et les femmes (Accardo, 2007 ; Frisque et Saïtta, 2010) ;
  • les conditions de travail au quotidien avec l’enjeu du rapport à des sources d’information qui tendent à professionnaliser leur communication (Politiques de communication, 2014) ;
  • la restructuration des services spécialisés notamment du fait du poids croissant du numérique dans la vie des rédactions (Smith, 2017 ; Belair-Gagnon et Holton, 2018 ; Eldrige, 2018) ;
  • le rôle ambivalent des organes représentatifs destinés à défendre les intérêts de la profession (Dupuy, 2016) ;
  • le financement des entreprises de presse à travers les enjeux des aides publiques à la presse, de la publicité commerciale ou des fondations privées (Benilde, 2007 ; Cagé, 2015 ; Benson, 2018) ;
  • la concentration croissante de la propriété des entreprises de presse entre de grands groupes dominés par un patronat de plus en plus étranger au monde du journalisme (Cagé, 2017, Sedel, 2020, à paraître) ;
  • la résurgence d’entreprises de presse à vocation militante œuvrant à des formes de journalisme « indépendant », voire politiquement engagé, qui vise à redonner ses lettres de noblesse à une profession dont les idéaux fondateurs auraient été, aux yeux de leurs promoteurs, trahis.

Conditions objectives et vécus subjectifs de la « crise du journalisme »

Ce panorama illustre une tendance « largement documentée » (Degand, 2012 : 127) désignée par une expression aussi redondante que galvaudée, la prétendue « crise du journalisme ». Elle permet d’abord de constituer un point d’entrée afin de repenser la question des luttes de définition des frontières de la profession qu’on peut envisager ici comme un processus de « désectorisation », au sens de « changement d’états des ensembles sociaux complexes (…) principalement de la réduction de l’autonomie des secteurs affectés par les mobilisations, du désenclavement des espaces de confrontations qui leurs sont liés et du phénomène d’évasion des calculs que l’on peut alors observer » (Dobry, 2009 : 126). Cette analyse de la perte d’autonomie des espaces sociaux en temps de crise permet de questionner les transformations des hiérarchies et des pratiques professionnelles dans un contexte d’emprise croissante de l’économie sur le champ journalistique (Lévêque 1999 : 98-101).

La « crise » permet aussi de prendre au sérieux les discours produits sur la crise, comme moteur de recomposition des frontières des champs professionnels, notamment en alimentant des sociodicées justifiant ces mêmes recompositions. L’expression « crise du journalisme » est largement utilisée en dehors de l’espace académique, à l’instar de la « crise de la représentation » (Gaxie, 2003 ; Offerlé, 2016), et instrumentalisée comme cette dernière, dans l’espace même qu’elle entend décrire. On assiste, et ce depuis la naissance de la presse (Lemieux, 2000) au développement de discours, y compris chez les professionnels de l’information, sur la « crise » de leur profession qui serait due à la « défiance » des publics (Neveu, 1997), à la qualité moindre de l’information produite, voire à des critiques virulentes des formes journalistiques militantes qui ne répondraient plus aux normes d’objectivité » de la profession. « La crise » correspondrait alors à une forme de marronnier réflexif que les journalistes, mais aussi les patrons de presse et dirigeants de médias, utilisent pour décrire la situation de la profession. Ces discours ainsi publicisés, construisent donc directement la représentation publique du groupe, « autour d’une nouvelle interdépendance à l’opinion », réponse classique aux crises rhétoriques professionnelles (Paradeise, 1985).

Pour le dire autrement, le concept de crise, au sein du champ journalistique, fait à la fois office de paradigme explicatif de l’ensemble des évolutions du champ, et de moteur de ces transformations. Il est toutefois paradoxalement peu analysé en tant que tel, alors même qu’il contribue à décrire la recomposition permanente des frontières du champ et la capacité de la profession à intégrer ou non des agents exogènes, ce « potentiel du renouvellement hérétique » (Neveu, 1997).

*****

L’objectif de ces journées d’étude du réseau thématique « Sociologie des médias » (RT37) de l’Association Française de Sociologie est donc de revenir sur les dynamiques contemporaines du champ journalistique en prenant pour objet les pratiques, les logiques de structuration, les identités vécues ou assignées, ou encore les propriétés et dispositions sociales des « nouveaux entrants » – ou supposés tels – du champ de la production de l’information.

Un accent particulier sera mis sur l’étude des relations entretenues ou revendiquées avec les pôles dominants du champ professionnel : comment les représentants de « l’élite » du journalisme et de l’entreprenariat de presse accueillent-ils ces agents qui pour certains pratiquent le journalisme sans nécessairement être reconnus comme journalistes ? Quelles sont les conditions d’acceptabilité ou de rejet de leurs stratégies – d’empiètement, d’annexion, de subversion ? Voit-on l’apparition de « garde-frontières » et de réflexes corporatistes de rejet ? Quelles sont les différentes pratiques d’imitation ou d’emprunts à l’identité journalistique ? Quelles pratiques, codes ou discours – issus d’espaces professionnels différents – les nouveaux entrants apportent-ils dans la sphère journalistique traditionnelle ? Cela remet-il en cause les règles du jeu et les frontières de ce champ professionnel ? En d’autres termes, comment se configurent les rapports de domination, de compétition et de coopération à l’aune de l’intégration/rejet de nouveaux agents ?

Il s’agira aussi, plus largement, d’étudier ce que ces phénomènes font au journalisme comme profession : l’entrée de ces profanes redéfinit-elle les indicateurs qui déterminent classiquement l’appartenance au journalisme comme groupe professionnel, à l’instar de la carte de presse ? Le « flou » ne constitue en rien un dysfonctionnement, mais bien un marqueur constitutif de ce groupe professionnel (Ruellan, 1993). Finalement, c’est donc une réflexion sur ce lien entre « flou de la profession » et ces « nouveaux entrants » qu’il s’agit de développer : ces acteurs sont-ils véritablement « nouveaux » ? Trouve-t-on dans l’histoire du journalisme des exemples similaires d’acteurs « hérétiques » qui viennent interroger ou bouleverser les frontières de la profession ? Ceux qui hier étaient considérés comme des « nouveaux entrants » sont-ils devenus des joueurs intégrés au champ ? Et enfin, quels effets cela a-t-il sur les logiques de légitimation professionnelle ?

Trois questions, relatives aux trois axes proposés par cette appel à communication, pourront guider la soumission de propositions de communication. Quelles sont les conditions sociales de production et de légitimation de ces discours de « crise » (Axe 1) ? Quelles sont les logiques de régulations du champ à l’œuvre à l’égard de ces nouveaux entrants (Axe 2) ? Comment ces transformations des croyances et représentations collectives de la crise font-elles évoluer les pratiques professionnelles (Axe 3) ?

Axe 1 : Les logiques sociales de production des discours sur la « crise » du journalisme

Le premier axe interroge les conditions sociales de production des discours sur la « crise » du champ journalistique. Ces discours se répètent périodiquement dans l’histoire, à chaque nouvelle invention technologique ou face à l’entrée d’un nouvel acteur dans le champ : la « crise » est alors vécue sur le mode d’une conjoncture exceptionnelle. Le prétendu bouleversement du journalisme par les réseaux sociaux ou la propagation des fake news sont les derniers éléments déclencheurs d’un nouveau cycle sur la crise du champ.

Depuis le XVIIIe, moment de développement considérable de l’imprimerie, chaque étape de transformation des modes d’information, dans un double processus de démocratisation et de marchandisation, a généré un discours de crise, au cours de laquelle se sont exprimées critiques et inquiétudes. Après l’industrialisation de la presse, et le développement des « mass media »[2], le développement d’Internet aurait donc mené à une quatrième crise, provoqué par la démonopolisation de l’accès à l’écrit, et plus largement au savoir.

Cette « crise » est parfois expliquée par des éléments exogènes au champ, économiques (manque de moyens financiers) ou politiques (dépendance à l’égard du pouvoir), mais peut aussi être décrite par l’analyse de la structure même du champ journalistique. Nous invitons les propositions à s’intéresser à la diversité des agents (institutionnels, politiques, économiques, médiatiques) producteurs de ces discours, et à leurs intérêts politiques et professionnels à faire circuler une telle représentation du champ. Pourquoi et comment l’idée de crise du champ journalistique est cultivée par de multiples acteurs, à l’extérieur ainsi qu’à l’intérieur du champ ? Pourquoi « la fin du journalisme » (Benson, 2004) est-elle continûment diagnostiquée, sur la base d’une évolution de ses « bonnes » pratiques professionnelles, de l’éthique du métier, de sa formation, ou encore de son rapport au public ? Comment est objectivé le diagnostic d’une perte de confiance des publics au-delà du marronnier du Baromètre annuel de confiance réalisé par des instituts de sondage, et qui provoque chaque année les mêmes productions informationnelles sur la crise ?

Ces questions nous amèneront finalement à analyser l’impact de ces discours de « crise » sur les logiques corporatistes du champ, sur ses pratiques professionnelles ou sur ses (nouvelles) frontières. A titre d’exemple, de nouvelles pratiques et valeurs d’excellence professionnelle (fact-checking, journalisme de données, journalisme de solution) sont réaffirmées en réaction au diagnostic de perte de confiance dans la parole des journalistes. Il s’agira au cours de ces journées d’étude d’articuler différentes disciplines autour de cet objet : les contributions de sociologues et de politistes, mais aussi d’historiens sont les bienvenues.

Axe 2 : La régulation du champ journalistique comme cause et conséquence de la “crise”

Plutôt que de chercher à identifier les causes de ladite “crise” du champ journalistique, nous analysons ici la « fabrique et le gouvernement de la crise” (Critique internationale, 2019/4) à savoir les dispositifs de régulation du champ censés résoudre le phénomène. Ce deuxième axe interroge à la fois la fabrique du « diagnostic » face au problème, la production de “bonnes pratiques” perçues comme des antidotes à la crise et les modalités de la régulation du champ qui en découlent.

L’accent pourra être mis sur les leviers qui structurent et incitent à de « bonnes pratiques » professionnelles. Pourront ici être étudiés les dispositifs légaux, de la loi de 1881 sur la liberté de la presse, jusqu’aux textes contemporains qui reconfigurent les conditions d’expression publique des journalistes, à l’image de la loi de lutte contre la manipulation de l’information ou la loi sur le secret des affaires. Les propositions pourront aussi revenir sur les mécanismes de régulations dits « souples » (modération, auto-discipline, formations, programmes pédagogiques, labels etc.) qui participent des droits d’entrée dans le champ et de la construction des routines. On pense ici à la réactivation d’un mythe professionnel, celui du « journaliste objectif », énonciateur d’une vérité (Tuchman, 1972), comme c’est notamment le cas avec la consécration des fact-checkeurs dans les rédactions (Bigot, 2019, Graves, 2016).

Cette question amène à formuler l’hypothèse d’une régulation à distance par les contraintes matérielles de production, notamment les dispositifs de subvention, d’aides de l’État ou d’entités privées, comme c’est le cas dans d’autres industries culturelles (Esquerré, 2019 ; Kryzhanouski, 2017 ; Sociétés contemporaines, 2018/3). On pourra se demander à la suite d’E. Neveu (2002) si les leviers économiques ne reconfigurent pas un nouveau « répertoire de l’influence des États » sur la production médiatique. Les différentes contributions pourront revenir sur cette « censure douce » (Méon, 2003) au quotidien dans la production et la diffusion de l’information, mais aussi, à travers une approche plus empirique, sur ces nouveaux acteurs au sein des rédactions occupant ces fonctions de contrôle et de régulation de l’information. Enfin il s’agira, d’étudier les réactions des producteurs de l’information, les potentielles formes de résistances, d’adaptation à ces nouvelles formes de régulations qui participent des discours sur la crise du journalisme.

Axe 3. (Re)définir les pratiques journalistiques au nom de la crise de la profession ?

Dans ce troisième axe, il s’agira d’interroger les pratiques journalistiques considérées comme « nouvelles » ou « émergentes » – et les agents ou institutions qui participent de ce travail de labellisation. Les discours sur la « crise » du champ sont produits dans différents pôles du champ journalistique et permettent de légitimer des pratiques d’information et de communication qui invitent à redéfinir l’habitus journalistique. Les communications pourront d’abord revenir sur l’intégration progressive des professionnels de la communication (Riutort, 2020 : 13 ; Legrave 1996) sur l’intégration d’agents du champ économique et commercial dans la production de l’information (marketing journalistique, presse d’entreprise, etc.) ainsi que celle du champ politique (communicants politiques, auto-médiatisation partisane, etc.) et ainsi participer à l’actualisation des données sur la double dépendance (Champagne, 2016)

D’autre part, les communications proposées pourront analyser l’institutionnalisation de pratiques journalistiques spécifiques censées répondre à la « crise » du métier et à la « crise de confiance » (Neveu, 1997) supposée des publics face aux médias. Ici, on pense par exemple à la promotion du journalisme dit « de solution » (Amiel, 2017), ou au poids croissant du journalisme « participatif » (Hubé, Olivesi, 2016). Quelles sont les possibilités d’émergence de ces nouvelles formes journalistiques ? Qui sont les journalistes qui y sont recrutés ? Comment travaillent-ils au quotidien ?

Enfin, cet axe pourra accueillir des communications permettant de comprendre les pratiques d’auto-médiatisation, voire de « réinformation » (Stéphan, Vauchez, 2019), produites du côté des profanes (Leteinturier, 2013). Ainsi, des organisations partisanes, des militants, des activistes sont également investis dans la pratique de l’information, notamment sur les réseaux sociaux. Ces nouveaux entrants participent-ils, à leur manière, au discours de « crise du journalisme » ?

[1] Reworld Media, Communiqué de presse, « Reworld Media annonce l’acquisition définitive de Mondadori France », 31 juillet 2019. Disponible sur : <https://snjcgt.fr/wp-content/uploads/sites/11/2019/07/Communique%CC%81-Reworld-Media-31-juillet-2019.pdf>

[2] Pour un aperçu de l’évolution de l’interdépendance entre champ politique et champ journalistique, on pourra se référer à l’article d’E. Darras, “Des liaisons dangereuses ? Les trois âges de la relation entre professionnels de l’information et professionnels de la politique”, in Pour une gauche de gauche, coordonné par B. Geay et L. Willemez, Editions du Croquant, 2008.

 

Bibliographie

Aguiton Sara Angeli, Cabane Lydie, Cornilleau Lise, « Politiques de la mise en crise », Critique internationale, 2019/4.

Amiel Pauline, Le journalisme de solutions, Presses universitaires de Grenoble, 2020, 250p.

Belair-Gagnon V and Holton AE, « Boundary Work, “Interloper Media and Analytics in Newsrooms. An Analysis of the roles of Web Analytics Companies in News Production », Digital Journalism 6(4), 2018, p. 492-508.

Benson Rodney, « La fin du Monde ? Tradition and change in the French press ». French Politics, Culture & Society, vol 22, n° 1, 2004.

Bigot Laurent, « “Le fact-checking ou la réinvention d’une pratique de vérification” », Communication et langages 2017/2 (N°192), p. 131-156, 2019.

Bourdieu Pierre, « L’emprise du journalisme », Actes de la recherche en sciences sociales, 101-102, 1994, p. 3-9.

Bourdieu Pierre, Sociologie générale. Vol. 1. Cours au Collège de France 1981-1983. Paris: Seuil & Raisons d’Agir, 2015 (notamment p. 481-485 sur les stratégies de luttes et les frontières du champ)

Bucher Rue et Strauss Anselm, « Profession in process », American journal of sociology, n°46, 1961.

Carlson Matt and Lewis Sett C., Boundaries of journalism: Professionalism, practices and participation. Abingdon & New York: Routledge, 2015.

Carlson Matt, « Metajournalistic Discourse and the Meanings of Journalism: Definitional Control, Boundary Work, and Legitimation », Communication Theory, Vol. 26, Issue 4, 2015.

Champagne Patrick, La double dépendance. Sur le journalisme, Paris Raisons d’agir, 2016.

Champagne Patrick, « Le journalisme et l’économie ». Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 131-132, 3-7, 2016.

Chupin Ivan, Les écoles du journalisme. Les enjeux de la scolarisation d’une profession (1899-2018), Rennes, Presses Universitaires de Rennes, coll. « Res Publica », 2018.

Chupin Yvan, Hubé Nicolas, Kaciaf Nicolas, « Histoire politique et économique des médias en France ». La découverte, Paris, 2009.

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Degand Amandine, Le journalisme face au web: reconfiguration des pratiques et des représentations professionnelles dans les rédactions belges francophones, Louvain, Presses Universitaires de Louvain, 2012

Dupuy Camille, Journalistes, des salariés comme les autres ? Représenter, participer, mobiliser, Rennes, PUR, Res Publica, 2016.

Duval Julien, « L’autonomie sous contrainte du journalisme et du cinéma », Biens symboliques / Symbolic Goods [En ligne], 4, 2019.

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Eldridge II Scott A., Where do we draw the line? Interlopers, (Ant)agonists, and an Unbounded Journalistic Field. Media and Communication 7(4): 8-18, 2019.

Esquerré, Arnaud, Interdire de Voir. Sexe, violence et liberté d’expression au cinéma, Paris, Fayard, 2019

Gaxie, Daniel, La démocratie représentative, Paris, Montchrestien, 2003

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Kryzhanouski, Yauheni. « Gouverner la dissidence. Sociologie de la censure sous régime autoritaire : le cas du rock contestataire biélorusse », Critique internationale, vol. 76, no. 3, 2017, pp. 123-145.

Olivesi, Aurélie, et Hubé Nicolas. « Présentation du dossier. Des ‘vraies gens’ aux ‘followers’. Médias numériques et parole politique », Politiques de communication, vol. 6, no. 1, 2016, pp. 5-17.

Lafarge Géraud, Les diplômés du journalisme, Rennes, PUR, Res Publica, 2019.

Lafarge Géraud, Marchetti Dominique, « Les hiérarchies de l’information. Les légitimités ‘professionnelles’ des étudiants en journalisme », Sociétés contemporaines, 106, 2017, p. 21-46.

Lafarge Géraud, Marchetti Dominique, « Les portes fermées du journalisme. L’espace social des étudiants des formations « reconnues » », Actes de la recherche en sciences sociales 4/2011 (n° 189), p. 72-99

Legavre Jean Baptiste, « D’un groupe à l’autre. Le passage de l’expertise en communication à la pratique politique professionnelle », Politix, 1996/3 (n° 35), p. 131-148.

Lévêque Sandrine, “Crise sociale et crise journalistique. Traitement médiatique du mouvement social de décembre 1995 et transformation du travail journalistique”, Réseaux, volume 17, n°98, 1999, p. 87-117.

Leteinturier Christine, “La légitimation des journalistes professionnels en France”, Sur le journalisme – About journalism – Sobre jornalismo – Vol 2, n°2 – 2013.

Méon, Jean-Mathieu., L’Euphémisation de la censure. Le contrôle des médias et la protection de la jeunesse : de la proscription au conseil, thèse de science politique, Université Robert Schuman, IEP Strasbourg, 2003.

Neveu, Erik, « Les répertoires de l’influence des Etats », Dossiers de l’audiovisuel, n°106, novembre-décembre 2002, p. 12-15

Neveu Erik, “Des questions jamais entendues. Crise et renouvellement du journalisme politique à la télévision”, Politix, 1996.

Noël Sophie, Pinto Aurélie, “Indé vs Mainstream : l’indépendance dans les secteurs de la production culturelle”, Sociétés contemporaines, 2018/3.

Riutort, Philippe, Sociologie de la communication politique, Paris, La Découverte, 2020

Ruellan Denis, Le journalisme ou le professionnalisme du flou. Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, 1992.

Souanef Karim, “Écrire sur les footballeurs d’un club professionnel. Contribution à l’analyse des logiques de production de l’information sportive”. Actes de la recherche en sciences sociales, 2015.

Tuchman Gaye, « Objectivity as Strategic Ritual: An Examination of Newsmen’s Notions of Objectivity », American Journal of Sociology, vol. 77, n°44, 1972.

Stephan Gaël, Vauchez Ysé, « Réinformation » Publictionnaire. Dictionnaire encyclopédique et critique des publics. Mis en ligne le 14 novembre 2019. Dernière modification le 15 novembre 2019. Accès : http://publictionnaire.huma-num.fr/notice/reinformation.

Tandoc Edson C., « Journalism at the Periphery », Media and Communication, Vol. 7, Issue 4, 2019, p. 138-143.

 


 

Calendrier

  • Date limite de proposition de communication : 15 décembre 2020.
  • Notification d’acceptation : 15 janvier 2020
  • Envoi des contributions : 1er mars 2020
  • Journée d’étude : 15 mars 2020, Centre Pouchet (salle à confirmer).

Format

Les propositions attendues, de 5000 signes max (bibliographie comprises) devront présenter clairement la problématique, les données empiriques mobilisées et l’axe des journées d’étude dans lesquels elles s’insèrent. Elles seront évaluées à l’aveugle par les membres du comité scientifique. Elles sont à envoyer avant le 15/12/2020 à l’adresse suivante : frontieresjournalisme@gmail.com

Pour les propositions sélectionnées, un texte de 40.000 signes (hors bibliographie) devra être envoyée trois semaines avant les journées d’étude.

 

Comité scientifique

  • Benjamin Ferron, Université Paris-Est, CEDITEC
  • Jérome Berthaut, Université de Bourgogne, CIMEOS
  • Julie Sedel, Université de Strasbourg, SAGE
  • Karim Souanef, Université de Lille, CERAPS
  • Eric Darras, Sciences Po Toulouse, LaSSP
  • Magali Nonjon, Sciences Po Aix, CHERPA
  • Nicolas Hubé, Université de Lorraine, CREM.
  • Clémentine Berjaud, Université Paris I Panthéon-Sorbonne, CESSP.
  • Erik Neveu, IEP de Rennes, Arènes
  • Dominique Marchetti, EHESS, CESSP
  • Christian Delporte, Université Versailles Saint-Quentin, IECI

Comité d’organisation

  • Safia Dahani, Sciences Po Toulouse, LaSSP.
  • Keyvan Ghorbanzadeh, Université Paris I Panthéon-Sorbonne, CESSP.
  • Simon Mangon, Sciences Po Aix, CHERPA.
  • Ysé Vauchez, Université Paris I Panthéon-Sorbonne, CESSP.

Retrouvez l’actualité du RT37 “Sociologie des médias” sur :  https://sociomedias.hypotheses.org/

 




Reporté – Soirée projection-débat autour de la série “Jeux d’influence” | 5/11 18h-20h | Cinéma Majestic Bastille

EN RAISON DE LA SITUATION SANITAIRE, CET EVENEMENT EST REPORTE A UNE DATE ULTERIEURE
A l’occasion de la publication du sixième numéro de la revue Biens Symboliques consacré à la production de la télévision, auquel ont contribué plusieurs membres du RT37, le séminaire Séries et sciences sociales et le réseau thématique “Sociologie des médias” de l’Association Française de Sociologie ont le plaisir de vous inviter à une soirée projection-débat le 5 novembre prochain de 18h à 20h au cinéma Le Majestic Bastille (2-4 boulevard Richard Lenoir 75011 Paris). 
Le débat portera sur la série Jeux d’influence (Arte, 2019), dont le premier épisode sera projeté en première partie. Il se fera en présence du réalisateur de la série Jean-Xavier de Lestrade, du chercheur Jean-Noël Jouzel (Centre de sociologie des organisations de SciencesPo), spécialiste de la question des pesticides et des enjeux de santé environnementale, et des contributeurs et contributrices du numéro thématique de Biens Symboliques “Faire (de) la télévision” coordonné par Séverine Sofio et Muriel Mille.
L’entrée est libre et gratuite sur inscription : https://framadate.org/JHclWls4cxaQQGZV
En raison du contexte sanitaire, le nombre de places est limité à 150 (un siège sur deux) et le port du masque est obligatoire.
Télécharger l’affiche de l’événement
Renseignements : contact@biens-symboliques.net 

Synopsis de la série « Jeux d’influence » :
Un agriculteur, Michel Villeneuve, tombe inanimé au pied de son tracteur, alors qu’il vient d’épandre un pesticide. L’entreprise qui le fabrique cherche à obtenir l’autorisation de mise sur le marché d’un nouveau produit présenté comme écologique, et s’attache les services d’un cabinet de lobbying, alors qu’un député mène un combat pour l’interdiction des pesticides les plus toxiques. La série s’inspire de l’affaire Monsanto, qui a vu, en France, l’agriculteur Paul François attaquer en justice la firme américaine, après être tombé malade en ayant utilisé un de leurs produits.

Retrouvez les actualités du RT37 “Sociologie des médias” sur : https://sociomedias.hypotheses.org/




La formation de l’information : actualité de la recherche en sociologie du journalisme. Séminaire RT37 6/11/2020

Le réseau thématique 37 “Sociologie des médias” de l’Association Française de Sociologie organise un séminaire consacré à l’actualité de la recherche en sociologie du journalisme, autour du thème de “la formation de l’information”, qui a lieu en distanciel intégral le 6 novembre 2020 de 14h30 à 17h30 sur Zoom (https://zoom.us/j/99608298690?pwd=MkVnTWlOTnFWczBMbVREWWUzT3ovQT09).

Quels sont les déterminants sociaux de la sélection et de la formation des journalistes ? Comment se structure l’espace polarisé et hiérarchisé des écoles de journalisme ? Quels sont les effets de ces formations scolairement et donc socialement sélectives sur les dispositions incorporées et les trajectoire professionnelle de l’élite des journalistes ? Dans quelle mesure ces mécanismes de socialisation professionnelle pèsent-ils sur la division du travail journalistique (presse nationale/locale, généraliste/spécialisée, etc.) et plus généralement sur le travail quotidien de production de l’information ? Pour apporter des éléments de réponse à ces questions, le séminaire réunit les auteurs de trois ouvrages récents publiés dans la collection Res Publica des Presses Universitaires de Rennes, qui seront discutés par Frédéric Nicolas :

Ivan, Chupin, Les écoles du journalisme. Les enjeux de scolarisation d’une profession (1899-2018), Rennes, PUR, coll. « Res Publica », 2018.

Les médias occupent une place particulière dans nos démocraties contemporaines. Les journalistes sont souvent critiqués pour leur conformisme et leur « formatage ». Mais on ne sait rien de la manière dont ils sont formés en pratique(s). Jusqu’à quel point des écoles peuvent-elles rester autonomes par rapport à l’Etat ou des entreprises de médias ? Comment ces savoir-faire se sont-ils codifiés ? Comment le contenu des formations est-il défini ? Pour répondre à ces questions, ce livre propose une socio-histoire des écoles de journalisme en France depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours. Il offre un nouveau regard sur le lien peu exploré entre formation et profession. Il repose sur l’exploitation d’archives inédites, d’observations et d’entretiens auprès des acteurs de cette histoire. Il raconte comment le journalisme est parvenu suite à l’affaire Dreyfus à se scolariser alors même que la plupart des professionnels considéraient à l’époque qu’il était possible de l’apprendre directement « sur le tas ».

Géraud Lafarge, Les diplômés du journalisme. Sociologie générale de destins singuliers, Rennes, PUR, coll. « Res Publica », 2019.

Le journalisme est un secteur qui semble touché par une crise durable, massive et double. Une crise économique qui ne cesse de réduire la nombre et la taille des rédactions. Une crise symbolique avec une défiance croissante envers une profession dont les membres et les productions sont contestés et rejetés parfois violemment. La critique de professionnels formatés et d’un monde où la diversité sociale n’a pas sa place vient la renforcer. Pourtant les formations au métier de journalistes se multiplient et les vocations sont nombreuses. Porter une attention particulière aux propriétés et trajectoires sociales des étudiants en école de journalisme comme le fait cet ouvrage qui s’appuie sur une enquête statistique et des entretiens permet de sortir de ces paradoxes et de mettre en lumière les conditions sociales de l’entrée et du maintien dans la profession de journaliste. Si la raréfaction des postes combinée à la course au diplôme tend à accroître la sélection à l’entrée, c’est à un espace hiérarchisé de formations que sont confrontés les prétendants au métier dont les exigences sont aussi celles de la reproduction sociale du groupe familial. Les ressources décisives pour l’entrée dans ces écoles (économique, culturelle mais aussi sociale), le sont aussi pour les carrières professionnelles qui confirment la hiérarchie de ces établissements. Ces différences se retrouvent dans les trajectoires singulières vécues par les étudiants montrant la nécessité sociale derrière la singularité des carrières individuelles. Ces évolutions traduisent l’institutionnalisation croissante de cet univers a priori incertain qu’est le champ journalistique.

Karim Souanef, Le journalisme sportif, Sociologie d’une spécialité dominée, Rennes, PUR, coll. « Res Publica », 2019.

Le journaliste sportif serait un « beauf » populiste, proche de la figure du supporter. À rebours de ce cliché, et des analyses qui réduisent la spécialité à un journalisme de connivence sous l’emprise des intérêts marchands, ce livre restitue la pluralité des pratiques et la complexité des logiques qui les sous-tendent. Des rédactions de médias nationaux aux terrains sportifs, en passant par les écoles de journalisme et les associations professionnelles, l’enquête lève le voile sur ce métier peu singulier, caractéristique de la double évolution du journalisme contemporain. D’un côté, la concurrence médiatique et le renouvellement du personnel ont pour effet une diversification des modèles d’excellence avec notamment le déploiement de registres critiques et caustiques. Cette tendance est d’autant plus forte que les institutions (sportives) médiatisées renforcent leur contrôle sur l’information engendrant, en réponse, des stratégies de contournement de la part des reporters. De l’autre, cette autonomisation est très fortement limitée par les contraintes pesant sur le travail quotidien des producteurs de l’information de grande diffusion (pression managériale, alignement sur les attentes supposées du public, course au scoop, écriture dans l’urgence, dépendance aux sources officielles, …). Produit d’un ensemble de facteurs mis en évidence dans cet ouvrage, l’offre médiatique dominante nourrit un spectacle dit « populaire », participant, ainsi, à la reproduction du sport professionnel et de son ordre socio-économique inégalitaire.

Merci de signaler votre présence au préalable en vous inscrivant sur le framadate suivant : https://framadate.org/lt3WFD3lXl3qnGzo

Email du RT37 : rt37afs.sociologiedesmedias@gmail.com

Vous pouvez également suivre les actualités du RT37 en vous inscrivant sur le groupe Facebook : https://www.facebook.com/groups/534322137039485/

 

 




Le RT 37 en grève : suspension des activités en soutien aux mobilisations contre la réforme des retraites

Motion des membres du RT Sociologie des Médias de l’A.F.S

Nous, membres du Réseau Thématique Sociologie des Médias (RT37) de l’Association Française de Sociologie, déclarons suspendre les activités scientifiques du réseau en soutien aux mobilisations contre la réforme des retraites.

La mobilisation continue en cette nouvelle année, suite au maintien des propositions du rapport Delevoye, avec pour objectif une proposition de loi qui continuerait à creuser les inégalités sociales et détruirait notre système actuel de retraite. Pour nous, personnels titulaires ou jeunes chercheur.e.s de l’ESR, comme pour d’autres salarié.es du privé et du public, il s’agit d’un nouveau recul de notre rémunération et d’un coup de plus donné à la reconnaissance de nos métiers.

Face à l’absence de prise en compte des propositions des syndicats par le gouvernement, face à l’absence de reconnaissance des mobilisations en cours, face à un horizon de plus grande précarité déjà fortement institutionnalisée dans l’E.S.R, nous nous opposons à cette réforme et appelons à la mobilisation et à la grève.

Les activités scientifiques du RT sont donc suspendues et nous espérons vous voir nombreux.ses en manifestation et dans les diverses mobilisations.

Les membres du RT37 Sociologie des Médias de l’AFS, le 10 janvier 2020.




Reporté – La formation de l’information : actualité de la recherche en sociologie du journalisme. Séminaire RT37 6/11/2020

Evénement reporté




Media and Social Violence / Médias et violence sociale – JE RT37/LaSSP à SciencesPo Toulouse le 20 novembre 2019

  Le Réseau Thématique « Sociologie des médias » (RT37) de l’Association Française de Sociologie et le LaSSP (Laboratoire des Sciences Sociales du Politique – SciencesPo Toulouse) ont le plaisir de vous inviter à une journée d’étude :

Médias et violence sociale | Media & Social Violence

20 novembre 2019 |SciencesPo Toulouse

Cette journée d’étude se propose de profiter de la venue de Silvio Waisbord (Université George Washington, Editor-in-chief du Journal of Communication) en tant que professeur invité à Sciences Po Toulouse pour explorer une des thématiques qu’il a récemment étudié (notamment dans : News of Baltimore: Race, Rage and the City, Routledge, 2017) en rassemblant la communauté des chercheurs toulousains et français sur le journalisme et les médias et/ou travaillant des objets pertinents pour la problématique (travaux sur l’urbain, l’action collective, la construction des problèmes publics, etc.). Il s’agit ainsi de visibiliser les travaux sur le journalisme et les médias au sein de ce champ de recherche tant au niveau national qu’international. L’ambition est en effet de mieux faire connaître les derniers travaux français au sein de la communauté de recherche internationale en engageant un dialogue fructueux avec l’un de ses acteurs majeurs.

Cette journée d’étude répond à deux objectifs principaux. Il s’agit tout d’abord d’avancer scientifiquement dans une meilleure connaissance de la contribution des médias à l’émergence et à la mise en forme et en publicité de problématiques (et des mouvements qui leurs sont liés) ayant trait aux divers phénomènes de violence sociale. Promouvoir une réflexion en termes de violence sociale permet de ne pas en rester aux réalités les plus visibles et les plus stigmatisées (violences urbaines, faits-divers) qui concernent les franges les plus dominées de l’espace social mais d’analyser de front d’autres modalités, longtemps (et parfois toujours) invisibilisées ou euphémisées, de violence sociale émanant d’autres groupes sociaux souvent plus dominants (violence de classe, de genre, raciale, des rapports au travail, etc.). En envisageant de manière globale ces phénomènes, on s’autorise à ne pas en rester aux différences faciales et à mieux comprendre les logiques générales de leur médiatisation (ou de leur non-médiatisation). Il s’agit ensuite de contribuer à la visibilité de la recherche française sur ces questions à l’échelle internationale en profitant de la présence d’un de ceux qui fait office de « passeur » international des problématiques et des travaux dans l’espace scientifique mondial (Silvio Waisbord publie tant en anglais qu’en espagnol, est et a été à la tête de revues centrales : International journal of Press/Politics, puis du Journal of Communication). Pour ce faire les présentations se dérouleront en anglais.

La thématique retenue est volontairement large. Si bien entendu elle s’adresse à la communauté de recherche sur le journalisme et les médias, elle vise surtout à faire dialoguer ces recherches avec d’autres menées dans d’autres sous-espaces scientifiques (sociologie urbaine, conflits du travail, action collective et mouvements sociaux, sociologie politique) qui sont confrontées à la question de la médiatisation des phénomènes qu’ils observent sans toujours pouvoir en faire un aspect central de l’analyse. Cette journée d’étude sera donc l’occasion d’un enrichissement mutuel des problématiques et des connaissances et de constituer en objet scientifique ce qui est traditionnellement analysé de façon séparée. L’ambition est de travailler ensemble la médiatisation de ces rapports de force et les logiques sociales communes qui président à leur médiatisation ou à leur absence de médiatisation : routines professionnelles des journalistes, rapport structuré des journalistes à la société au travers de leurs réseaux de sources d’information, cadrages médiatiques dominants, etc.

S’il existe parfois une proximité d’objet (les travaux sur la communication et le journalisme se retrouvant tout à la fois en sociologie, en science politique et en information-communication) elle ne s’incarne par toujours, par un effet classique de fonctionnement disciplinaire, dans des espaces communs de dialogue et d’échange scientifique. Par ailleurs, le thème retenu invite aussi des chercheurs qui travaillent de manière prédominante sur des objets et selon des perspectives qui ne font pas de la question de la médiatisation un aspect central de l’analyse à explorer cet angle mort voire ce « remords de recherche » à l’occasion de cette rencontre. La journée est organisée en partenariat entre le LaSSP (Laboratoire des Sciences Sociales du Politique) et le réseau thématique « sociologie des médias » (RT37) de l’Association française de sociologie. La discussion des communications sera assurée par Erik Neveu (Arènes, UMR 5061).


Program

| 9h-9h20 | Welcome & coffee

| 9h20-9h30 |Media and Social Violence: international and interdisciplinary perspectives“, introductory speech by Olivier Baisnée (LaSSP, SciencesPo Toulouse) & Benjamin Ferron (Céditec EA3119, UPEC)

| 9h30-12h30 | The Media, witnesses or agents of social violence?

  • Julie Sedel (Strasbourg University, SAGE-UMR 7363) & Jérôme Berthaut (Bourgogne University, CIMEOS EA 4177), “Building consensus on social problems: the media coverage of French inner cities
  • Paul Le Derff (Lille University, CERAPS-UMR 8026), “Between silence and scandal: a police deadly use of force event analysis in France (1990-2016)
  • Silvio Waisbord (George Washington university), “Back to News of Baltimore: Race, Rage and the City (Routledge, 2017)

| 12h30-14h | Lunch break

|14h-17h | The (auto)mediatization of social conflicts as political work

  • Ysé Vauchez (Paris Sorbonne University, CESSP/CRPS, INA), “French ’Re-information’: producing, mediatizing, legitimizing a racist and reactionary discourse
  • Nikos Smyrnaios & Brigitte Sebbah (Toulouse III University, LERASS), “What do the Yellow Vests say online about violence and what the media say about them? A discourse analysis
  • Olivier Baisnée, Jérémie Nollet, Cyriac Gousset & Alizé Cavé (SciencesPo Toulouse, LaSSP), “Between denial, testimony and riot porn: disclosing physical violence, disguising social violence in  the media coverage of the Yellow Vests movement

Discussion: Erik Neveu (Arènes, UMR 5061)


Contacts : Olivier Baisnée (olivier.baisnee@gmail.com) & Benjamin Ferron (benjam1ferron@gmail.com)

Adress : SciencesPo Toulouse, 2 Ter Rue des Puits Creuses, 31000 Toulouse