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Le Congrès 2019 de l’AFS dans l’œil de Tommy Dessine!

Vous l’avez peut-être croisé “en vrai” dans les amphithéâtres et les couloirs de l’université d’Aix, carnet de dessin et crayons sous le bras : de l’affiche à ses croquis quotidiens, Tommy Dessine a marqué de sa patte et de son regard affûté la 8e édition du congrès de l’AFS !

En guise de souvenir et pour égayer – un peu – cette pluvieuse fin de novembre, voici un compte-rendu dessiné de la folle semaine sociologique à laquelle nous avons toutes et tous pris part fin août. Une manière de vous souhaiter, parce qu’il n’est jamais trop tard, une bonne rentrée académique 2019-2020 et de nous faire patienter jusqu’au prochain congrès à Lille en 2021.

Le CE de l’AFS

NB: le site de Tommy pour suivre son travail – https://www.tommydessine.com/




AAC Revue ‘Sciences et Actions Sociales” : Danser seul(e)s : la jeunesse entre individualisation, individualisme, singularité, auto-entrepreneuriat et nouvelles formes de sociation

Appel à contributions pour un dossier de la Revue Sciences et Actions Sociales

Danser seul(e)s : la jeunesse entre individualisation, individualisme, singularité, auto-entrepreneuriat et nouvelles formes de sociation

 

Coordination

Enzo Colombo et Paola Rebughini, Département de Sciences Sociales et Politiques, Université de Milan

 

Contexte général

Les jeunes nés à la fin du XXIe siècle se sont trouvés au milieu de deux crises globales pendant les années de leur formation et de leur entrée dans le monde du travail : la crise économique commencée autour de 2008, et jamais vraiment terminée, et la crise socio-économique provoquée par la pandémie du Covid-19. Par conséquent la « condition de la crise » – comme événement historiquement répété mais à chaque fois singulier dans ses caractéristiques (Mannheim, 1952) – avec sa configuration spécifique d’inégalités et incertitudes, est devenue une condition permanente et presque invisible pour cette génération, une condition souvent acceptée et acquise d’avance dans leur expérience quotidienne. Ce contexte d’individualisation est aussi profondément imbriqué avec des phénomènes historiques et structurels comme la globalisation et la société du risque, c’est-à-dire l’hyper connexion des événements et des leurs conséquences systémiques. Ce contexte a également favorisé dans la jeunesse contemporaine la transformation des idées de présent et de futur, d’appartenance et de citoyenneté, d’individu et de communauté, d’action collective et de participation politique (Colombo, Rebughini, 2019).

Pour cette raison nous pouvons parler d’une nouvelle expérience générationnelle, où chacun doit apprendre à « danser seul(e) » face à la sensation de ne pas pouvoir s’appuyer sur modèles, conceptualisations, langages, références et certitudes de la génération de leurs parents et grands-parents pour faire face à l’expérience quotidienne de l’individualisation dans une incertitude toujours plus marquée. Métaphoriquement, les pas de danse à apprendre sont toujours nouveaux face à l’accélération du changement technologique, environnemental, sociétal, avec leurs conséquences en termes de relations interpersonnelles, parcours éducatifs et professionnels.

L’effondrement des références collectives caractéristiques de la modernité – comme les appartenances de classe et culturelles, les rôles sociaux liés au genre, les attentes standardisées par rapport au futur – que la culture de la société industrielle avait construit et la société post-industrielle avait contesté et démantelé n’ont pas été remplacées par des nouvelles références autant solides (Dubet, 2019). Cela a provoqué une certaine pression vers l’institutionnalisation de l’individualisation (Beck, Beck-Gernsheim, 2001), ainsi que vers des subjectivations auto-référentielles, des singularités mutuellement dépendantes, des processus d’individualisation orientées à la maximalisation des incertitudes mais aussi à la recherche de relations sociales capables de reconnaître la spécificité individuelle (Martuccelli, 2010).

La génération née entre les deux siècles vit au milieu de tensions opposées. D’une part, l’augmentation de la différenciation sociale et la perte de références partagées condamne les individus à la présentification, au « plaisir immédiat », donc à la recherche d’une satisfaction narcissique et éphémère (Sennett, 1976 ; Lasch, 1979 ; Lipovetsky, 1983, 1992 ; de Singly, 2005 ; Benasayag, Schmit, 2003). Cela provoque souvent la sensation d’impuissance par rapport à la possibilité d’avoir un rôle concret dans les choix les plus importants de sa propre vie, alors que le choix semble presque sans frontières dans d’autres domaines comme la communication digitale ou la consommation. Cette présentification produit scepticisme par rapport au futur, souvent perçu comme menaçant par une génération touchée de plein fouet par la crise économique, environnementale et ensuite, avec le Covid-19, aussi sanitaire. Cependant, d’autre part, l’appel à l’autonomie et à l’autodétermination (Beck, 2016 ; Bauman, 2001) pousse vers une sorte de « soi-entrepreneur », ou auto-entrepreneuriat, en construction permanente et constamment incomplet. Il s’agit d’un processus de subjectivation qui produit souvent des formes d’auto-régulation et d’assujettissement, sous la direction d’une obligation à l’efficacité, la disponibilité, l’assertivité, la créativité et l’autonomie individuelle face aux situations d’incertitude (Bröckling, 2016). Orientée par les principes culturels du néo-libéralisme, la recherche de la construction d’un soi-entrepreneur ne semble laisser aucun véritable libre choix à cette génération, sinon la possibilité de choisir parmi des alternatives qui ont été prédisposées par une situation de précarité, incertitude et inégalité des chances.

 

Thèmes d’analyse possibles

  1. a) Comment dans la vie quotidienne de la jeunesse contemporaine – dans des différents contextes culturels, sociaux et géographiques – se concrétise l’articulation des dimensions de : l’individualisation (avec sa portée d’incertitude, risque, fatigue dans la réalisation d’un projet de vie adulte) ; la privatisation des risques liés à ce même modèle d’individualisation, où précarité et incertitudes systémiques sont considérées comme un problème privé et personnel ; l’injonction à l’autonomisation face à une palette – souvent purement virtuelle – des choix possibles et de différentes directions possibles pour le futur ; enfin l’accélération de ces processus avec la nécessité de s’adapter très rapidement au changement (Rosa, 2010 ; Melucci, 1996). Cela peut être exploré, entre autres, dans la vie quotidienne, dans la relation au travail, ou encore par rapport aux projets pour le futur.
  2. b) Comment, dans ce contexte de crise, instabilité et individualisation, se développent des nouvelles formes de sociation, de sociabilité, d’individualisme solidaire (Berking, 1999), connectées à la vie des autres, donnant lieu à des expériences nouvelles de résistance, solidarité, coopération, encadrement, mise en commun et participation politique (consommation, environnement, égalité sociale, respect des différences, etc.).
  3. c) Explorer les outils analytiques que nous permettent d’encadrer les processus d’individualisation de cette génération ; quelles sont, par exemple, les significations et les limites de notions typiquement modernes comme individu, autonomie, émancipation, récognition dans l’analyse de la vie quotidienne de cette génération de jeunes.
  4. d) Comment la collocation sociale, l’intersection de conditions liées au genre, à l’ethnicité, aux ressources économiques et éducatives, à la situation familiale et de logement et plus en général aux contextes ont une influence sur la perception de l’incertitude et sur les tactiques pour faire face aux situations de crise.
  5. e) Comment l’expérience de l’individualisation et de l’isolement est intériorisée, exprimée, expliquée dans ses significations, ou contrastée à travers des nouvelles formes d’encadrement institutionnel, local, mais aussi autogéré, comme microformes de résistance, pratiques dialogiques et de communication.

 

Bibliographie

Bauman Z. (2001), The Individualized Society, Cambridge, Polity Press.

Beck U., Beck-Gernsheim E. (2001), Individualization: Institutionalized Individualism and its Social and Political Consequences, London, ed. Sage.

Beck U. (2016), The Metamorphosis of the World, Cambridge, Polity Press.

Benasayag M., Schmit G. (2003), Les passions tristes. Souffrance psychique et crise sociale, Paris, éd. de La Découverte.

Berking H. (1999), Sociology of Giving, London, ed. Sage.

Bröckling U. (2016), The Entrepreneurial Self: Fabricating a New Type of Subject, London, ed. Sage.

Colombo E., Rebughini P. (eds) (2019), Youth and the Politics of the Present. Coping with Complexity and Ambivalence, London, ed. Routledge.

de Singly F. (2005), L’individualisme est un humanisme, La Tour d’Aigues, éd. de l’Aube.

Dubet  F. (2019), Le temps des passions tristes, Paris, éd. du Seuil.

Lasch C. (1979), The Culture of Narcissism, New York, ed. Warner.

Lipovetsky G. (1983), L’ère du vide, Paris, éd. Gallimard.

Lipovetsky G. (1992,) Le crépuscule du devoir, Paris, éd. Gallimard.

Mannheim K. (1952), « The Problem of Generations » in Kecskemet P. (ed.), Essays on the Sociology of Knowledge: Collected Works, Volume 5, New York, ed. Routledge. p. 276-322.

Martuccelli D. (2010), La société singulariste, Paris, éd. Armand Colin.

Melucci A. (1996), The Playing Self. Person and Meaning in the Planetary Society, Cambridge, Cambridge University Press.

Rosa H. (2007), Alienation and Acceleration: Towards a Critical Theory of Late-Modern Temporality, Malmö, NSU Press.

Sennett R. (1982), The Fall of Public Man, Cambridge, Cambridge University Press.

 

Procédure d’évaluation des propositions de contributions

En lien avec la ligne éditoriale de la revue (voir présentation de la revue [http://www.sas-revue.org/]), les textes proposés doivent être originaux et ne pas avoir déjà fait l’objet d’une publication dans des revues. Néanmoins, à la condition qu’il demande l’accord préalable à la revue Sciences & Actions Sociales, l’auteur d’un article dans la revue SAS peut publier son article dans un ouvrage ou des actes de colloque à la condition de citer la source de première publication, c’est-à-dire la revue Sciences & Actions Sociales.

Les propositions de contribution doivent respecter les recommandations aux auteurs présentées dans la rubrique : « proposer un article ». Ces propositions doivent être envoyées par courrier électronique au format .doc ou .rtf à l’adresse suivante : redaction@sas-revue.org au plus tard le 31 mars 2022. Un accusé de réception est alors adressé en retour. Les textes font l’objet d’une évaluation anonyme par trois lecteurs désignés au sein des comités de rédaction et scientifique de la revue. Sur la base de leurs évaluations, après une discussion de l’article au sein du comité de rédaction, une décision collective est prise : accepté en l’état, accepté avec modifications mineures, accepté sous réserve de modifications majeures, refusé.

  

Calendrier de l’appel à contributions

Les propositions d’articles sont à envoyer à redaction@sas-revue.org au plus tard le 31 mars 2022.

Les retours aux auteurs sont prévus pour le 30 avril 2022, pour une publication dans le numéro de mai 2022.

 

Plus d’informations : https://sas-revue.org/19-appels-a-contribution/appels-thematiques/220-appel-thematique-n-15




[Vient de paraître] Castoriadis et le temps. Le Kairos

Vient de paraître :

Castoriadis et le temps. Le Kairos

par Sergueï Gachkov et Antigone Mouchtouris, aux éditions de l’Harmattan, coll. Logiques sociales, Série Sociologie de la connaissance

Argumentaire : Cornélius Castoriadis fut un libre penseur. Il a réactualisé le kairos : ce temps de l’action politique et de l’imaginaire créatif. Cet ouvrage est consacré à l’analyse et à l’interprétation de son apport majeur concernant le kairos : ce moment propice et opportun, qui est le temps de l’acteur et de l’action. Son œuvre est porteuse d’espoir ; il ne s’est pas attardé sur les côtés obscurs de la société et ses souffrances, mais s’est préoccupé avant tout de sa libération.
Pour lui, l’anthropos est à la recherche de la maîtrise du temps, et il possède un imaginaire créatif. Castoriadis a ainsi rétabli la possibilité que possède l’être humain de pouvoir innover et intervenir dans sa société en la modifiant.

Présentation sur le site de l’éditeur : ICI 

FDP – CASTORIADIS ET LE TEMPS




Diffusion de la plénière en direct – Lille 2021

Vous pouvez suivre ci dessous la plénière du 9e congrès de l’AFS à Lille “Changer?” – avec Hartmut Rosa, Olivier Schwartz et Fatou Sow!

https://pod.univ-lille.fr/live/congres-afs-socio/




Colloque scientifique international « Où va le travail social ? Contrôle, activation et émancipation », 28-29 octobre 2021, Université de Perpignan Via Domitia

Ce colloque a pour objectif de comprendre les enjeux politiques, économiques, déontologiques et éthiques du travail social et plus largement de l’intervention sociale. À partir de l’analyse des épreuves et des réactions des acteurs du champ social (travailleurs et intervenants sociaux, populations-cibles, formateurs et chercheurs), il s’agit d’améliorer la compréhension de la transformation du champ social et de ses conséquences sur la logique émancipatrice qui devrait pouvoir être fondatrice du travail social.

Alors que nous assistons à la complexification du champ social dans les pratiques d’intervention sociale (logiques hyper-gestionnaires qui impactent les modes d’intervention orientés vers l’activation des personnes accompagnées), de la formation (développement de la concurrence entre les écoles du travail social sur fond de réingénierie et d’universitarisation des diplômes) et de la recherche (débats épistémologiques et politiques sur l’opportunité de promouvoir une recherche spécifique au travail social), ce colloque interroge l’ambivalence du travail social et se demande à quelles conditions les acteurs de l’intervention sociale, de la formation et de la recherche peuvent-ils participer au développement d’ un travail social émancipateur ?

Ce colloque est organisé par le Pôle ressource intervention sociale Occitanie Méditerranée (PRISOCM) et le CORHIS-UPVD en partenariat avec l’Institut Régional du Travail Social (Montpellier, Perpignan – Faire-ESS), l’IRTS Marseille Paca et Corse, Erasme Toulouse, l’IRTS-IDS Normandie, l’Université de Toulouse 2 Jean-Jaurès, l’Université Paul Valéry Montpellier, le Réseau Thématique 3 « Normes, déviances et réactions sociales » de l’Association Française de Sociologie (AFS), l’Association des Chercheurs des Organismes de la Formation et de l’Intervention Sociales (ACOFIS), le Comité de recherche 01 « Identité, espace et politique » de l’Association Internationale des Sociologues de Langue Française (AISLF).

Programme

Inscription en ligne




Résumé de l’intervention d’Hartmut Rosa à la plénière de l’AFS 2021

Pourquoi nous avons besoin de changement – Ce que la sociologie peut faire – Et pourquoi c’est maintenant !

Hartmut Rosa

Dans ma présentation, j’aimerais avancer trois points :

1) Très souvent, les sociologues sont interrogés par des journalistes ou des politiciens qui leur demandent : « A quoi ressemblera le monde post-Covid ? Y aura-t-il plus ou moins d’égalité ? Plus ou moins de solidarité ? Plus de privatisations ou plus de politiques étatiques ? Etc. »
A mon avis, il est très important de réaliser que la sociologie ne peut pas le prédire – et les économistes ou les futurologues ne peuvent pas le faire non plus, car ce n’est pas une question de prédiction ou de pronostics : cela dépend de nous, acteurs humains, et de la politique. Alors que la plupart des formes d’action sociale évoluent suivant une « dépendance de sentier », et sont donc prévisibles, en cas de crise sociale grave, les choses peuvent changer. C’est ce qu’Hannah Arendt entend lorsqu’elle parle de « natalité », ou ce que Hans Joas a en tête lorsqu’il parle de la créativité de l’action sociale. Nous pouvons appliquer le modèle de la science normale et de la science révolutionnaire de Thomas Kuhn à cette situation : En temps normal, l’action sociale s’inscrit dans de longues chaînes d’interaction et suit des routines et des réglementations strictes. Elle se situe dans un mode de « résolution de problèmes quotidiens ». Les variations ou les déviations sont ici très peu probables, en particulier dans les sociétés complexes et dynamiques. Mais une fois que les chaînes d’interaction sont brisées, que les routines régulières ne fonctionnent plus, nous atteignons un point de « bifurcation », où un changement de voie devient une réelle possibilité. Je prétends que la Covid-19 crée un tel point de bifurcation, une telle crise, car pour la première fois dans l’histoire moderne, le monde a réellement ralenti, et il l’a fait grâce à une action politique commune et coordonnée !

2) Dans de telles situations, lorsqu’elle parvient à de tels points de bifurcation, la société dans son ensemble doit décider si elle doit reprendre les anciens chemins aussi vite que possible, revenir à l’ancienne normalité, ou si elle doit s’engager dans quelque chose de nouveau. Dans de telles conditions, les voix et les actions individuelles peuvent faire une différence cruciale. Bien sûr, le désir de revenir à la normale est fort. Ce que la sociologie peut faire dans une telle situation est d’indiquer les options et les alternatives. Je pense que dans de telles situations, le public demande des « comptes » concernant la difficile situation dans laquelle nous nous trouvons : quels sont les enjeux, où en sommes-nous, à quel type de carrefour sommes-nous ? Ici, il ne suffit pas de présenter des recherches empiriques. Ce dont nous avons besoin ici, ce sont des récits d’envergure qui sont conceptuellement et théoriquement développés, empiriquement fondés et normativement justifiables. Si la sociologie refuse de développer de tels récits et de les ouvrir à la « sociologie publique », c’est-à-dire à des débats et discussions publics et politiques qui modifieront ces récits, d’autres acteurs interviendront et présenteront des suggestions politiques, religieuses ou idéologiques concernant les problèmes, les options et les solutions. Par conséquent, je crois qu’il incombe à la sociologie d’essayer de proposer une « meilleure » analyse de la situation socio-historique dans laquelle nous nous trouvons, et cette analyse devrait elle-même s’efforcer de s’appuyer sur toutes les sources possibles de connaissance et d’interprétation.

3) Bien sûr, la sociologie ne peut pas dire aux acteurs sociaux ce qu’ils doivent faire et où ils doivent aller ensuite. Mais les sociologues peuvent et doivent souligner, je crois, que l’ « ancienne normalité » était tout à fait pathologique, et qu’un changement s’impose. Une « meilleure analyse » sociologique, selon moi, doit répondre à trois questions fondamentales :

a) Analyse : Quels sont les structures et mécanismes fondamentaux de la société moderne ?

b) Critique : Qu’est-ce qui ne va pas (si tant est que quelque chose n’aille pas) ?

c) « Thérapie » : Comment pourrait-elle être différente ?

Ma propre « meilleure analyse » répond à ces questions comme suit :

a) Une société moderne est caractérisée par le fait qu’elle ne peut reproduire sa structure et maintenir son statu quo institutionnel que dans un mode de stabilisation dynamique. Cela signifie qu’elle a structurellement besoin d’une accélération technologique, d’une croissance économique et d’une innovation culturelle incessantes pour maintenir ses institutions économiques, sociales, culturelles et politiques.

b) Le problème que cela pose est que le mode de stabilisation dynamique nécessite l’investissement ou l’infusion de toujours plus d’énergie physique, politique et psychologique, il produit littéralement de plus en plus de chaleur : il est trop rapide pour les écosphères (réchauffant l’atmosphère) et trop rapide pour les individus (consumant leur psyché), et conduit même à une désynchronisation politique : la démocratie est trop lente pour suivre le rythme du turn-over économique et des marchés financiers, de la circulation des médias, des changements culturels, etc. L’accélération sociale conduit à une situation d’ « inertie polaire » (Paul Virilo), ou à un immobilisme frénétique, où nous devons courir de plus en plus vite juste pour demeurer sur place.

c) Comment pourrait-il en être autrement ? Ce dont nous avons besoin, c’est de passer d’un mode de stabilisation dynamique à un mode de stabilisation adaptative qui autorise la croissance, l’accélération et l’innovation lorsqu’elles sont souhaitables, mais ne les exige pas pour maintenir le statu quo. Pour y parvenir, la société a besoin non seulement d’un changement économique structurel, mais aussi d’un changement culturel pour aller vers une définition de la vie bonne qui n’est pas elle-même orientée vers l’augmentation, la croissance et l’accélération, mais vers un mode de résonance.




Les candidatures au CE de l’AFS (Lille 2021)

Vous rêvez de vous investir davantage dans l’AFS ? Rejoignez le Comité Exécutif (CE) pour les 4 prochaines années !

Le CE, kézako ? Une équipe sympathique et dynamique composée de sociologues de tous statuts, issu.es de toute la France, qui se réunit environ une fois par mois pour parler de sociologie, répondre aux questions qui lui sont posées, ouvrir des chantiers de réflexion sur la discipline et la profession et organiser des évènements en lien avec la sociologie. Une de ses activités principales est d’organiser le Congrès bi-annuel de l’Association Française de Sociologie.

Il y a actuellement 14 postes vacants au maximum (8 membres du CE, élu·e·s il y a deux ans, restent encore pour deux ans).

Les 24 candidatures pour la prochaine mandature du CE de l’AFS sont disponible ci-dessous. Les élections sont prévues lors de l’AG de l’association, le 08 juillet prochain.

Yannick Le Henaff

Statut: Maître de conférences – Institution: Université de Rouen Normandie/DySoLab

Déclaration: Maître de conférences à l’université de Rouen, dans un département de sociologie où je suis en charge de la licence, mes travaux s’inscrivent dans le champ de la santé au croisement du genre, des groupes professionnels et du sport. Depuis mon premier congrès à Paris en 2009, j’ai eu plaisir à naviguer entre plusieurs RT (1 ; 17 ; 19 ; 31 ; 41), et à participer activement ces dernières années au bureau du réseau santé, médecine, maladie et handicap dont j’ai été coresponsable. Cet engagement m’a permis d’entrevoir l’importance de l’interface entre les RT et le CE, et plus largement l’ensemble des tâches liées au fonctionnement de notre association (dont l’organisation du prochain congrès n’est pas des moindres) et auxquelles je souhaite apporter ma contribution. Ce sont aussi des questionnements que l’on qualifie souvent sous l’étiquette “éthique” que je souhaite porter et développer avec cette candidature. Quelques mésaventures (le passage devant un comité médical d’éthique pour ne citer que cet exemple désagréable), parfois vécues de manière solitaire, m’ont convaincu : ces problématiques doivent aussi être portées au sein de l’AFS, dans un contexte plus global de remise en question de nos pratiques scientifiques. Si le champ de la santé expose particulièrement à des logiques et des épistémologies différentes, et à la mise en œuvre de concurrence disciplinaire, c’est plus largement notre autonomie qui est menacée comme l’ont montré les différents évènements de ces mois passés.

Emmanuelle Guittet

Statut: Chercheuse postdoctorale – Institution: Labex Icca/CERLIS

Déclaration: Sociologue du numérique, de la culture et des loisirs, j’ai soutenu en 2018 une thèse sur la prescription littéraire et sa réception par les lecteurs et lectrices de romans. Mes travaux récents explorent notamment les thématiques des usages des réseaux et plateformes socionumériques, de la numérisation des pratiques culturelles et de loisirs et du travail de production et d’intermédiation dans les industries culturelles. Depuis le début de ma thèse, je me suis beaucoup investie au sein de différents collectifs et institutions (notamment le bureau du Réseau des Jeunes Chercheur·es du LabEx ICCA et le bureau du RT14 “Sociologie des arts et de la culture” depuis 2015), qui m’ont amenée à développer des compétences d’organisation et de coordination autour de nombreux événements. Je souhaite aujourd’hui rejoindre le CE de l’AFS pour participer à ce travail collectif qui me semble fondamental, particulièrement dans un contexte où notre discipline est autant attaquée et nous avons encore plus besoin de nous retrouver lors d’événements fédérateurs. Je me sens particulièrement concernée par les thématiques de l’égalité femmes-hommes, des violences sexistes et sexuelles dans l’ESR et de la précarité, et suis également partante pour endosser des responsabilités pratiques de type lien avec les RT, organisation, animation du site ou des réseaux). Je suis également particulièrement sensible à l’effort tourné vers le zéro-déchet lors des derniers congrès et aurai à coeur d’y participer.

Antoine Larribeau

Statut: Doctorant – Institution: Université Sorbonne Paris Nord / EXPERICE

Déclaration: Actuellement en fin de 2e de thèse, je suis rattaché au laboratoire EXPERICE tout en poursuivant une charge d’enseignement en sociologie au sein de l’ENS de Lyon. Mes recherches s’inscrivent au croisement des travaux sur la socialisation, la sociologie de l’éducation et des pratiques culturelles, avec une attention particulière à la dimension scientifique et technique du capital culturel. Je garde un souvenir très fort du congrès d’Aix-en-Provence qui clôturait ma deuxième année de Master. Cette expérience n’a fait que renforcer mon envie de contribuer à la valorisation du “regard” sociologique, la portée politique de ses résultats ainsi que la rigueur avec laquelle notre discipline permet de comprendre le monde social. Mon souhait de participer activement au CE de l’AFS s’inscrit dans une volonté de faire vivre notre discipline, en particulier dans le contexte délétère que nous vivons entre remise en cause des résultats scientifiques, suspicions délirantes et autres attaques désormais trop régulières sur l’université et le monde de la recherche en général. Mon intérêt pour les trajectoires individuelles d’étudiant-es en informatique ne sont pas sans lien avec certains de mes hobbys : j’aimerais par conséquent mettre à profit mon expérience dans la maintenance du site internet ainsi qu’à l’animation de différents réseaux sociaux, activités qui seraient pour moi une grande source de motivation. Par ailleurs, je serais particulièrement enthousiaste à l’idée de contribuer à l’organisation du prochain congrès de l’association.

Jean-Luc Deshayes

Statut: Professeur des universités – Institution: Université De Tours / CITERES-COST

Déclaration: Je suis professeur de sociologie à l’Université de Tours et membre du laboratoire CITERES. J’ai auparavant été longtemps professeur de sciences économiques et sociales au lycée de Longwy puis maître de conférences en Sociologie à l’Université de Lorraine. Mes recherches s’inscrivent, sur une longue période, dans un bassin de Longwy successivement bastion ouvrier et paternaliste marqué par les conflits contre les fermetures d’usines, territoire d’expérimentation des politiques publiques de reconversion et espace de travail transfrontalier vers la Belgique et le Luxembourg. Cette sociologie socio-historiquement située croise diverses sociologies (salariat, travail, école, territoire, frontières, patrimoine, mouvements sociaux, socialisation…). Je suis particulièrement convaincu de l’importance de l’AFS dont je suis adhérent depuis sa création et qui a contribué à ma socialisation sociologique. Je suis membre du bureau du RT5 (classes, fragmentations, inégalités) dont j’ai été co-responsable pendant 8 ans. Je souhaite participer aux actions contre les réformes actuelles de l’Université qui fragilisent tous les étudiants et personnels et menacent la discipline. J’aimerais aussi être associé pour l’AFS aux réflexions avec l’association des professeurs de sciences économiques et sociales.

Florence Ihaddadene

Statut: Maîtresse de conférences – Institution: Université De Picardie Jules Verne

Déclaration: Recrutée en décembre 2020 comme maitresse de conférences en sciences de l’éducation à l’Université Jules Verne Picardie, j’y enseigne la sociologie de l’éducation et de l’éducation populaire. Mes recherches portent sur le service civique et les volontariats en France hexagonale, dans les territoires ultramarins et à l’international. Je suis aussi impliquée dans une recherche collective sur la dématérialisation des services publics. Membre de la coordination du RT35 (mondes associatifs) depuis 2013, j’y ai organisé le séminaire ainsi qu’une journée inter-RT. Je me porte candidate pour entrer au CE de l’AFS principalement pour m’y investir sur la lutte contre la précarité et sur la place des femmes dans l’ESR. Engagée plusieurs années dans des collectifs de « précaires », j’aimerai prolonger cette lutte après mon recrutement. Or, il me semble qu’elle ne saurait être déconnectée des enjeux d’inclusivité dans notre milieu.

Efi Markou

Statut: Ingénieure d’études – Institution: Service Des Enquêtes Et Des Sondages/INED

Déclaration: Ingénieure d’études au Service des enquêtes et des sondages de l’Ined, je participe à la conception méthodologique, au montage et à la réalisation sur le terrain des enquêtes quantitatives menées par l’institut. J’ai en particulier collaboré à des enquêtes auprès des personnes sans domicile ; sur les violences et les rapports de genre ; ou, actuellement, sur les relations familiales et intergénérationnelles. Je suis de ce fait membre du RT 20 Méthodes de l’AFS et du réseau Méthodes Analyses Terrains Enquêtes en SHS (MATE-SHS). Parallèlement, j’ai soutenu en 2020 à l’EHESS une thèse en sociohistoire (qui n’a rien à voir avec les enquêtes quantitatives). C’est en tant que sociologue personnel d’appui à la recherche que je candidate à la CE de l’AFS : tout en participant substantiellement à la recherche dans toutes ses phases (de la conception aux publications), les ingénieur.es intègrent très rarement les instances savantes, notre travail étant souvent ramené à des aspects « techniques ». Or, il me semble important de porter une telle voix à la CE d’une association de sociologues – et plus généralement d’y défendre des positions dans la recherche et des parcours qui s’écartent des voies « d’excellence » de la profession. Engagée syndicalement, je suis d’ailleurs mobilisée de longue date contre la précarisation, la « politique d’excellence » et les réformes néolibérales de la fonction publique.

Alice Feyeux

Statut: Doctorante – Institution: Université Paris-Dauphine

Déclaration: Je suis doctorante en sociologie à l’Université Paris-Dauphine et rattachée à l’IRISSO (UMR 7170). Ma thèse porte sur les thérapies familiales et psychiatrie et s’inscrit dans plusieurs sous-champs de la sociologie : sociologie de la famille, sociologie des professions, sociologie de la santé mentale et études de genre. Je me suis par ailleurs intéressée aux socialisations de genre hospitalières de jeunes pris·e·s en charge au sein d’institutions psychiatriques. Je souhaiterais tout particulièrement m’investir au sein du groupe Éthique, dont les missions me tiennent à cœur, et participer à la revue Socio-Logos. Familière du champ de la psychiatrie, j’aimerais notamment initier un groupe de réflexion portant sur la santé mentale des sociologues (doctorant·e·s, post-doctorant·e·s, titulaires, etc.), dont beaucoup font l’expérience de la précarité et/ou de conditions de travail difficiles. Chargée de cours, j’ai bien conscience que ces difficultés concernent également nombre d’étudiant·e·s en sociologie, dont la santé mentale s’est trouvée particulièrement affectée au cours de ces derniers mois. La réflexion pourrait à terme déboucher sur un dossier dans Socio-Logos dédié à ces questions. Un autre groupe de réflexion pourrait également être consacré aux usages « thérapeutiques » possibles de la sociologie. La sociologie clinique en propose certaines formes, mais au-delà de ce type de pratique, quels pourraient être les croisements entre sociologie et pratiques « psy » ? Enfin, je suis prête à contribuer à l’organisation du Congrès de l’AFS, et notamment à entreprendre des démarches administratives et pratiques nécessitant une présence sur place si d’occasion il devait se tenir à Paris.

Marion Maudet

Statut: Maîtresse de conférences – Institution: Université Lumière Lyon 2/Centre Max Weber

Déclaration: Maîtresse de conférences en sociologie et démographie à l’Université Lumière Lyon 2 et au Centre Max Weber, je souhaite déposer ma candidature au CE de l’AFS, afin de m’investir au sein de la communauté des sociologues et d’animer un espace collectif de la recherche, au sein duquel de nombreux sous-champs de la discipline peuvent se rencontrer et discuter. J’ai toujours pris un grand plaisir à participer aux congrès de l’AFS, qui sont l’occasion d’échanges scientifiques et de sociabilité. Actuellement membre du bureau du RT28 « Recherches en sciences sociales sur la sexualité », mes thématiques de recherche croisent les domaines du genre, de la sexualité et des religions. Je porte un intérêt particulier pour le croisement des méthodes et l’usage raisonné des méthodes quantitatives en sciences sociales, ainsi que pour les discussions transversales aux sous-champs de la discipline. Dans cette perspective, être au CE de l’AFS serait une façon de m’investir dans l’organisation des prochains congrès et de contribuer plus largement aux discussions entre les RT, qui me paraissent essentielles. Mon expérience tant dans l’organisation de journées d’étude et de colloques que dans la coordination de numéros de revue et d’un ouvrage collectif, ainsi que la participation à des instances collectives (laboratoire junior, représentante des doctorant.es, etc.) pourront être utiles. Je souhaiterais aussi pouvoir contribuer aux discussions autour des violences sexuelles et sexistes dans l’ESR et en dehors.

Lucile Dumont

Statut: Doctorante – Institution: Ehess/ CESSP-CSE

Déclaration: Actuellement doctorante à l’EHESS, je termine (enfin!) ma thèse en sociologie. Dans mes travaux de recherche, je m’intéresse aux trajectoires intellectuelles et académiques, à l’histoire sociale des sciences humaines et sociales, à la littérature et à ses institutions, et aux conséquences de l’asymétrie des échanges internationaux. J’enseigne également la sociologie depuis le début de ma thèse auprès de différentes institutions (Paris 1, Nanterre, EHESS…) et sur différentes thématiques (socialisation, groupes sociaux, politiques sociales, sociologie des inégalités, méthodes qualitatives).  Au sein de l’AFS, je suis membre du bureau du RT 27 (sociologie des intellectuels et de l’expertise) depuis le congrès d’Amiens en 2017. Je souhaite m’investir dans le CE pour participer au travail collectif de défense de la sociologie, dans un contexte où elle fait l’objet d’attaques à plusieurs niveaux – sur son éthique professionnelle, ses fondements scientifiques ou par le biais d’accusations de compromissions idéologiques. Je suis par ailleurs convaincue que cette défense de la discipline est indissociable de la lutte contre la précarité qui traverse la discipline et caractérise le parcours de nombreux·ses d’entre nous, parfois sur le long terme. Je suis moi-même passée par différents statuts et suis actuellement enseignante vacataire. Au-delà de ces deux thématiques essentielles, le groupe de travail dédié à Socio-Logos m’enthousiasme particulièrement. Mon parcours et mes intérêts de recherche me portent également vers le groupe de travail qui se consacre aux relations de l’AFS avec les associations internationales.

Artemisa Flores

Statut: Maîtresse de conférences – Institution: Université Paris-Est Créteil/LIRTES

Déclaration: Maîtresse de Conférences en sociologie à l’Université Paris-Est Créteil (UPEC) depuis 2020, je suis rattachée au Laboratoire Interdisciplinaire de Recherche sur les Transformations des Pratiques Éducatives et des Pratiques Sociales (LIRTES). Mes activités de recherche portent principalement sur la consubstantialité des rapports sociaux de sexe, de classe et de race dans les pratiques scientifiques, éducatives et artistiques. Je participe depuis 2009 au Réseaux thématique 24 (Genre, classe et race. Rapports sociaux et construction de l’altérité), au début en tant que membre du bureau et ensuite comme coresponsable. Je souhaite me porter candidate pour travailler au sein du CE de l’AFS afin de participer aux réflexions sur nos conditions d’exercice professionnel en sociologie, et défendre l’autonomie scientifique de la recherche publique et les savoirs critiques aujourd’hui menacés (notamment depuis les dernières atteintes aux recherches sur le genre et l’intersectionnalité). Je serais ainsi ravie de pouvoir prendre plus activement part aux initiatives et aux activités du CE. Plus précisément, je suis déterminée à suivre les initiatives visant à dénoncer les violences sexistes et sexuelles dans l’ESR et me propose de continuer et promouvoir le lien avec l’Association de Sociologues Enseignant.e.s du Supérieur et de créer une rapprochement entre l’AFS et l’Association Latinaomericaine de Sociologie (ALAS). Je voudrais enfin contribuer à informer et visibiliser les conditions dégradées de l’enseignement supérieur et de la recherche. Aujourd’hui, les procédures de recrutement sont de plus en plus difficiles à vivre pour les candidat.e.s, tandis qu’il devient compliqué de les mettre en œuvre de façon satisfaisante pour les membres de comités. Les perspectives actuelles ne laissent présager aucune amélioration de ce point de vue, ce qui promet d’aggraver une situation déjà dramatique, notamment pour les docteur.es. Je voudrais m’engager en faveur d’une plus grande transparence des procédures de qualification et de recrutement dans notre discipline.

Pierre Bataille

Statut: Maître de conférences – Institution: Université Grenoble-Alpes/LaRAC

Déclaration: Je suis membre du CE depuis 2017. Durant mes quatre années de mandat j’ai été secrétaire de rédaction de Socio-logos, co-responsable du site internet, et depuis 2019, je suis secrétaire général de l’association et actif dans le groupe de travail gérant la coordination entre les RT et le CE. Je choisis de me présenter à nouveau pour un mandat de deux ans. La principale raison de cette nouvelle candidature est que la transmission des savoirs faire pratiques entre “ancien·ne·s” et “nouveaux” membres du CE a largement pâti des deux années que nous venons de traverser – où les activités du CE se sont déroulées à distance. C’est pour assurer cette transition en douceur que je me représente pour un demi-mandat. Ce second mandat est aussi motivé par le fait que j’ai toujours à cœur de défendre notre discipline et – plus largement – l’université et la recherche, régulièrement attaqués de toutes parts. J’aimerais travailler à la constitution d’outils de veille sur l’état de la profession en France (conditions d’emploi, évolution des carrières) et sur l’enseignement de la sociologie en France. Par ailleurs, durant les deux années à venir, j’aimerais mettre mon expérience au sein du CE au service de la gestion des relations avec les RT.

Marie Thiann-Bo Morel

Statut: Maîtresse de conférences – Institution: Université de La Réunion

Déclaration: Je suis une sociologue réunionnaise, mes travaux portent sur la sociologie de l’environnement et des risques, plus spécifiquement ces dernières années en justice environnementale. Je suis membre du bureau du RT38 depuis le congrès de Grenoble en 2011. Les congrès de l’AFS ont été l’occasion pour moi de faire mes armes : j’ai participé à mon premier congrès en 2006 à Bordeaux, doctorante impressionnée par ce « small world » de chercheur.se.s que je n’avais connu qu’à travers les mots de David Lodge et ai effectué ma première communication 2 ans plus tard à Paris. De l’AFS à l’AISLF, à l’ISA puis à l’ESA, les colloques m’ont donné la possibilité de faire de belles rencontres humaines et non humaines (merci Sonal :). Je m’y suis forgée une culture du métier de sociologue que j’essaye de transmettre aux étudiant.e.s de l’Université de La Réunion. Je suis très attachée à la question de la précarité et des discriminations dans l’ESR, et dans mon établissement, je milite au bureau du SNESUP. Au sein du CE de l’AFS, je souhaiterai également participer à faire reconnaître la vitalité des travaux ultramarins en sociologie.

Igor Martinache

Statut: Maître de conférences – Institution: Université De Nanterre/ISP

Déclaration: Elu au CE de l’AFS lors du Congrès d’Amiens en 2017, je me présente de nouveau car j’ai faite mienne la devise du “discipulus simplex” de Léonard (clin d’œil aux amateurs.rices de BD) : “Je sers la science et c’est ma joie”. Plus sérieusement (encore que…), je souhaite rester au CE d’abord pour contribuer à la transmission entre ancienne et nouvelle équipe et continuer à travailler sur certains sujets qui m’importent particulièrement : tout d’abord la question de l’enseignement de la sociologie au-delà des départements de sociologie (je rejoins un département de Staps à la rentrée après avoir navigué en sciences de l’éducation, en science politique, travail social et économie…), et notamment au lycée à travers les SES. Ensuite, les relations entre l’AFS et d’autres associations de sociologues à l’étranger (notamment du Sud de l’Europe – Portugal, Espagne, Italie, etc.) avec lesquelles des contacts ont été pris qu’il s’agirait de renforcer dans l’avenir proche vus nos enjeux communs). Enfin l’animation de la revue de l’association, “Socio-logos”, qui constitue un lieu précieux de réflexion sur nos pratiques et de relâchement (partiel) de certains carcans académiques. L’AFS elle-même constitue un lieu important, parmi plusieurs autres, de défense de notre discipline contre des attaques publiques, et plus insidieuses, particulièrement vives qu’elle subit depuis plusieurs années et je suis convaincu que son activité vaut bien plus d’une heure de peine. A côté de ça, j’adore distribuer des badges et tickets-repas, orienter des congressistes perdu.e.s, récupérer les tickets-repas tout en indiquant la file des repas végétariens au RU, promener des micros sans fil dans un amphi, organiser des fils de vote par ordre alphabétique, etc. : autant de “compétences”/aptitudes/savoir-faire/capital humain (rayez les mentions inutiles voire nuisibles) fort utiles pour organiser un congrès de l’association que l’on espère en “100% présentiel” dans deux ans !

Alex Mahoudeau

Statut : Docteur sans poste – Institution: N/A

Elu au CE de l’AFS depuis 2017, j’ai principalement eu l’occasion de m’investir en plus de la préparation des congrès de 2019 et 2021 dans la communication numérique de l’association. Lors de ma première candidature, j’avais défendu l’idée de procéder à des rapprochements entre l’AFS et les mondes de la vulgarisation. Malgré des prises de contact prometteuses, ce projet n’a pas encore pu être mené à bien. Si je suis réélu en 2021, je continuerai à travailler sur ce chantier, tout en m’investissant dans les autres pôles de relations extérieures de l’association, vis-à-vis des autres sociétés savantes comme à l’international.

Stéphane Dufoix

Statut: Professeur des universités – Institution: Université Paris-Nanterre/Sophiapol

Déclaration: Mes responsabilités au sein de l’AFS sont relativement récentes. J’ai intégré le bureau du RT 49 sur l’histoire de la sociologie au Congrès de 2010 à Aix avec la volonté d’ouvrir ce champ de recherches à une vision plus large dans le temps mais aussi dans l’espace avec une meilleure prise en compte des sociologies non-occidentales et des questions épistémologiques que certains sociologues latino-américains, africains, arabes, asiatiques ou océaniens posent à la discipline à l’échelle mondiale. Mon envie d’intégrer le CE repose sur la volonté de pouvoir participer aux réponses que l’AFS devrait pouvoir apporter à trois défis rencontrés par la sociologie française à l’heure actuelle : se défendre contre les accusations de non-scientificité lancées contre elle depuis plusieurs années ; contribuer à un renouvellement des approches sur l’histoire de la discipline, en France comme ailleurs dans le monde ; s’engager pour réfléchir à l’approfondissement des formes possibles d’internationalisation de l’AFS par la création ou la consolidation de liens avec d’autres associations sociologiques nationales, régionales ou internationales, ou bien par la mise en place collaborative d’événements nationaux, régionaux ou internationaux. Actuellement professeur de sociologie à l’Université Paris-Nanterre (UR 3932 Sophiapol) et membre senior de l’Institut universitaire de France, j’enseigne également sur la question des sociologies mondiales à l’Université de Paris et à l’EHESS.

Virginie Blum

Statut: Doctorante – Institution: Université Lyon 2 / Centre Max Weber

Déclaration: Elue lors du congrès à Amiens, en 2017, après ces 4 années très formatrices au sein du CE, je souhaite me représenter pour un demi-mandat afin de participer et de m’investir pour le prochain congrès de 2023. Durant ces 4 années, j’ai énormément appris des rouages et des enjeux de l’enseignement supérieur et de la recherche en m’investissant à ma mesure. Il y a 2 ans, à Aix, j’ai eu le plaisir d’être parmi celles-eux à avoir mis en place l’exposition photographique que j’ai renouvelée pour cette édition. Je serai ravie de poursuivre mon engagement au sein du CE de l’AFS jusqu’au prochain congrès. Et malheureusement, je n’aurai pas le plaisir de pouvoir vous déclarer en présentiel (comme en 2017) que voter pour moi, c’est pouvoir voter “Blum” 😉

Olivier Martin

Statut: Professeur de sociologie ; directeur du CERLIS – Institution: Université De Paris/CERLIS

Déclaration: Proposer ma candidature au CE de l’AFS est motivé par mon souhait de participer à la vie collective de la communauté des sociologues, en dehors des établissements et des instances non-électives. Faire vivre et renforcer notre discipline à une échelle nationale me parait essentiel en cette période où la logique des établissements tend à affaiblir les dimensions nationales des disciplines scientifiques, où les sciences sociales font l’objet de diverses accusations, où le rôle des pairs est parfois mis en cause, où des instances non électives voient leur pouvoir renforcé (HCERES notamment). Probablement en raison d’un début de carrière inscrit dans le domaine de la sociologie historique des sciences, je suis tout particulièrement sensible au rôle essentiel que jouent les sociétés savantes, les communautés de pairs et les instances électives dans la dynamique de la recherche. J’ai d’ailleurs déjà occupé des fonctions à une échelle nationale (président du CNU 19 de sociologie-démographie de 2011 à 2015 ; membre du CE de l’AFS entre 2006 et 2011 ; créateur et animateur du RT29 lors de la fondation de l’AFS…). Je suis actuellement professeur de sociologie à l’Université de Paris et directeur du CERLIS (Centre de Recherche sur les Liens Sociaux, UMR 8070, Université de Paris, CNRS, Université Sorbonne Nouvelle). Mes recherches s’inscrivent surtout dans les domaines de la sociologie historique de la quantification et de la sociologie du numérique (spécifiquement les liens sociaux numériques). Mes enseignements sont notamment consacrés à ces thématiques, ainsi qu’aux démarches quantitatives en sociologie.

Sylvain Begon

Statut: Doctorant-vacataire – Institution: Université Jean Monnet / Laboratoire Max Weber

Déclaration: Qui suis-je ? Doctorant-Vacataire à l’Université Jean Monnet et au Labo Max Weber, je travaille sur l’éducation à l’oralité dans toutes ses dimensions (corps, voix, émotions, argumentation, mots, identité, altérité, parole) en lien avec les dynamiques citoyennes qu’elle conduit à repenser. Je suis également coordinateur du pôle de l’oralité, projet unique en France, en lien avec les sciences humaines et sociales. Mes thèmes de prédilection ? Je m’intéresse à la transdiciplinarité et suis partisan de l’ouverture. Ainsi, je me rappelle mon parcours transdisciplinaire (Science Politique – Histoire – Sociologie), et m’inscrit dans plusieurs Réseaux Thématiques (Jeunesse – Formation – Education – Corps – Politique) notamment. Mes projets et engagement ? J’aimerais travailler à la valorisation de la sociologie de ses réflexions et de ses travaux notamment à l’université mais aussi au lycée, pour qu’elle soit plus visible, plus dynamique, en favorisant notamment des projets d’ouverture, une plus grande sensibilisation des lycéens aux projets, publications et travaux sociologiques notamment en lien avec les outils de l’AFS. J’aimerais proposer d’amorcer des réflexions sur les savoir-faire oratoires des sociologues.

Marie Sonnette

Statut: Maîtresse de conférences – Institution: Université d’Angers

Déclaration: Maîtresse de conférences en sociologie à l’Université d’Angers depuis 2016, je travaille en sociologie de la culture, principalement sur les musiques hip-hop. Après avoir réalisé une thèse sur les engagements politiques des artistes, je conduit actuellement une enquête sur les processus de légitimation des musiques populaires. J’enseigne la sociologie à des non-spécialistes, suis responsable d’une licence de sciences sociales parcours “animation socioculturelle” et serai responsable dans un an d’un master “médiation culturelle”. J’ai été membre du RT14 (arts et culture) de l’AFS durant 8 années, et j’y ai organisé 4 colloques inter-RT. Engagée dans la lutte contre la LPR en 2019/2020, je souhaite entrer au CE de l’AFS pour porter deux thématiques : 1/ La défense de la sociologie en tant que discipline de sciences sociales et particulièrement de ses champs les plus attaqués par des responsables politiques depuis les accusations “d’islamogauchisme”. Face à l’organisation de campagnes médiatiques à notre encontre, les sociologues, en lien avec d’autres sociétés savantes et collectifs, doivent être en capacité de défendre leurs travaux collectivement. 2/ La lutte contre la précarité: la sociologie est particulièrement touchée par le manque de poste (seulement 15 cette année contre 40 dans les années 2000) et les conditions de travail de nos collègues sans poste sont inacceptables. Nous devons continuer de porter la revendication de création massive de postes, dans les universités et dans les EPST, pour régulariser ces situations mais aussi pour que la discipline puisse continuer à exister en tant que bien public.     En tant qu’association professionnelle reconnue, l’AFS peut permettre par le travail scientifique et par l’organisation collective de poursuivre la défense de notre discipline et de nos professions.

Alexandra Tilman

Statut: Post doctorante – Institution: Université Paris-Saclay, Université De Lausanne

Déclaration: Alexandra Tilman, sociologue et documentariste, chercheuse FNS Senior, Université de Lausanne, Suisse Membre de la faculté des sciences sociales et politique, SSP ISSUL Associée au Centre de recherche sur les parcours de vie et les inégalités (LINES) Associée du Centre Pierre Naville, Paris-Saclay Directrice du CIREC, Centre de recherche-création sur les mondes sociaux (www.cirec.online) Titulaire d’un doctorat réalisé au sein de l’axe Sociologie visuelle et filmique du Centre Pierre Naville, Université d’Évry Paris-Saclay, Alexandra Tilman pratique la sociologie et le documentaire, dans une approche mêlée de recherche-création. Actuellement chercheuse à l’Université de Lausanne au sein de la faculté des sciences sociales et politiques et de l’Institut des sciences du sport (ISSUL/SSP), elle travaille à une étude d’archives de la télévision Suisse (RTS) pour le projet FNS intitulé : « Sociohistoire audiovisuelle des rapports à l’invalidité et au handicap en Suisse Romande » (dirigé par Anne Marcellini). Diplômée de l’EICAR (école de cinéma et de télévision à Paris), Section Réalisation et qualifiée en section 19 du CNU, elle enseigne en lien avec sa double pratique filmique et scientifique. Elle réalise des documentaires (filmiques ou sonores) et collabore à divers projets dans le cadre de productions de recherches qui se situent aux croisements entre arts et sciences. Son film de thèse Cadences (2014, France) a été sélectionné dans plusieurs festivals internationaux et diffusé dans une vingtaine d’évènements scientifiques à travers le monde (USA, Grèce, Italie, Espagne, Pologne). Elle est également cofondatrice et directrice du CIREC – le Centre de recherche-création sur les mondes sociaux, qui regroupe des chercheur.e.s qui articulent art et sciences sociales dans leur travaux afin d’éclairer les grands enjeux sociaux de notre monde. Les questions de marge et de trajectoires déviantes constituent le cœur de ses travaux en sciences humaines dans une approche interdisciplinaire et multi médias. Membre élue de l’association internationale de sociologie visuelle (IVSA), du RT47 sociologie visuelle et filmique de l’AFS, et co-fondatrice du Groupe “recherche et création” de l’association internationale des sociologues de langues françaises (GTE11, AISLF), elle serait heureuse d’être élue membre du CE de l’AFS afin de participer au développement du champs de la recherche-création sur les mondes sociaux dans le cadre de cette grande organisation française.

Sophie Colas

Statut: Doctorante (fin 2ème année) – Institution: University De Lille Et Ku Leuven (Belgique)

Déclaration: Doctorante en cotutelle entre l’Université de Lille et KU Leuven University je souhaiterais m’investir au sein de l’AFS en rejoignant son Comité exécutif. Je suis motivée à l’idée de pouvoir rejoindre une équipe qui s’engage autour de la discipline sociologique en ouvrant des espaces de réflexion, en impulsant des discussions autour du métier de sociologue ou de la discipline en elle-même, ou encore en organisant des évènements tel le congrès qui a lieu cette année à (e)Lille. Je suis particulièrement intéressée, de par ma double affiliation universitaire, par la branche du CE qui s’occupe des relations avec les associations internationales de sociologie. La question de l’enseignement de la sociologie est une thématique de l’AFS sur laquelle j’aimerais également pouvoir me pencher en intégrant le CE. Chargée d’enseignement à l’université depuis peu j’aimerais pouvoir réfléchir et travailler sur avec l’équipe de l’AFS sur ce sujet.

Loïc Mazenc

Statut: Postdoctorant – Institution: Institut National Polytechnique De Toulouse

Déclaration: Bonjour, je m’appelle donc Loïc Mazenc. Je suis postdoctorant en sociologie à l’Institut National Polytechnique de Toulouse. Mes travaux de recherche s’inscrivent en sociologie des professions, en sociologie du travail et en sociologie rurale. Je m’attache plus particulièrement à étudier les manifestations du capitalisme agricole et ses effets sur les travailleurs et travailleuses agricoles. Au cours des quatre années ma thèse, j’ai défendu, au sein de mon institution en tant que vice président de la commission recherche, les doctorantes et les doctorants en conflit avec leurs directrices et directeurs de thèse. J’ai pu voir des situations de grande précarité et de harcèlement qui m’ont poussé à informer et à mobiliser par différents canaux (listes de diffusion, réunions de labo, réseaux sociaux) les permanents et les non-permanents avec lesquels j’étais en lien. Depuis la fin de ma thèse et le début de mon postdoctorat, je poursuis ce travail de manière moins “encadrée”, sans statut particulier. Je souhaiterai donc rejoindre le CE de l’AFS afin de poursuivre cet investissement.

Frederic Rey

Statut: Mcf – Institution: Cnam/Lise

Déclaration: Maitre de conférences en sociologie du travail et des relations professionnelles au Cnam, je participe à l’AFS depuis le congrès de 2004. Mes travaux de recherche portent sur l’innovation syndicale, les régulations collectives dans les “zones grises” du travail et de l’emploi, ainsi que sur les relations sociales dans les petites entreprises. En 2008, je crée avec plusieurs collègues le RT18 “relations professionnelles”. Toujours membre du bureau de ce RT depuis sa création, j’en ai assuré la responsabilité durant un mandat (congrès de Grenoble). Ma candidature est motivée par l’envie de contribuer au fonctionnement de l’association à une échelle plus large, qu’il s’agisse de participer à ses prises de position vis-à-vis des défis auxquels la discipline est confrontée (lutte contre les violences sexistes et sexuelles, campagnes de recrutements, politiques publiques…), à la diffusion des connaissances par la revue Socio-logos et l’organisation d’évènements collectifs (congrès, accompagnement et soutien aux RT/GT), ou encore à son ouverture vers l’international et les sociétés savantes…

Raoul Marmoz

Statut: Docteur en sociologie – Institution: Aucune

Déclaration: Je suis candidat au CE car je souhaite m’investir davantage au sein de l’Association Française de sociologie. Je suis docteur en sociologie depuis le 27 novembre 2017 et j’ai publié au mois d’octobre 2020, un livre : SOS Racisme un mouvement collectif et des trajectoires individuelles aux éditions l’harmattan. J’aimerai travaillé à la relance de réflexions sur la sociologie professionnelle.




Didier Lapeyronnie (1956-2020): sociologue de terrain, penseur des marges

Didier Lapeyronnie est parti trop vite. Son décès a été un véritable choc, même si on le savait malade1. Pour sa famille, ses collègues et ses ami.es qui l’ont côtoyé pendant des décennies en diverses circonstances, ses étudiant.es d’ici et d’ailleurs, également pour nombre de militants et d’éducateurs, de femmes et d’hommes des quartiers populaires (où il aura beaucoup traîné ses guêtres, comme il disait), pour tous ceux et celles qui l’estimaient et utilisaient ses travaux dans leur activité, cette disparition laisse un vide.

Célèbre et reconnu pour ses livres, successivement chercheur au CNRS, membre historique du CADIS, professeur à Bordeaux puis à Paris-Sorbonne, il aimait se définir avant tout comme un sociologue de terrain. De même appréciait-il de parler – de temps en temps, feignant la colère et s’en excusant presque – comme un « vieux marxiste », c’est-à-dire en termes de rapports de classes et de conflits sociaux. Il était tout cela et bien plus : son intelligence des relations sociales nourrie d’influences multiples, de Talcott Parsons et Alain Touraine à Edouard F. Thompson, sa capacité à rentrer dans la logique et la subjectivité des acteurs, la vaste érudition notamment historique (mais aussi philosophique, littéraire, cinématographique, musicale) qu’il mobilisait (ou pas : dans la seule conversation) le disputaient à un humour souvent irrésistible et un goût prononcé pour la controverse. Ces quelques pages voudraient porter la trace de ce style et penseur singuliers, en toute reconnaissance et amitié.

Inscrit en thèse à l’université de Bordeaux avec François Chazel sur La CGT à Bordeaux : 1947-1980, soutenue en 1983, il rentre au CNRS en 1985. À cette époque, il fait partie avec Adil Jazouli de l’équipe de François Dubet qui enquête sur l’expérience de la « galère » aux Minguettes, Orly, Champigny, Sartrouville, et surtout Seraing. Arrivé peu après la première Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983, partie des Minguettes, il y consacre son premier article dans la Revue française de sociologie2 portant sur le caractère exceptionnel de l’événement – sa contingence toute tocquevillienne –, considéré comme la rencontre entre facteurs externes et facteurs internes. À partir de terrains et d’interventions sociologiques en Belgique, il élabore avec ses collègues un modèle de communauté ouvrière encore chevillée par une conscience de classe au nom du mouvement ouvrier et une version défensive du syndicalisme susceptible de rendre compte des différences des conduites des jeunes ouvriers échappant aux trois logiques des jeunes de la galère mises au jour en France (l’exclusion, la désorganisation et la rage). Là où ces derniers ont le sentiment de vivre dans un monde anomique, « à l’opposé, ceux de Seraing sont pris dans un système de contrôle et de régulation encore solide »3. Cette opposition sera prolongée au regard de la spécificité du rôle de l’État en France et de son rapport aux jeunes4. Par suite, c’est le déplacement de la question sociale aux problèmes sociaux qui fournira la thèse du livre, Les quartiers d’exil, publié en 19925 et très discuté. « Ces quartiers dont on parle »6 apparaissent alors comme l’épicentre d’une « nouvelle question sociale »– y compris, par euphémisme, dans la fameuse politique de la ville, à travers le déni de la place qu’y occupent les minorités ethniques7.

Devenu professeur dans ce haut lieu de la sociologie française qu’est l’université de Bordeaux, en 1992, Didier Lapeyronnie participe activement au département de sociologie aux côtés de François Dubet et Charles-Henry Cuin, et à la vie académique (CNU, CNRS, etc.), tout en conduisant de nombreuses recherches (sur la Roumanie, le monde étudiant, la politique de la ville, les opérations « Vies vacances », etc.). Il publie dans cette période deux livres « mineurs », l’un avec son ami Bernard Francq sur la sidérurgie8, l’autre avec Jean-Louis Marie sur l’expérience des étudiants, Campus Blues9, ainsi qu’une partie de sa thèse10.

En 1993, Didier Lapeyronnie publie son premier livre en propre, L’individu et les minorités11. Celui-ci porte sur les transformations induites par l’entrée dans un monde postindustriel et postnational dans la redéfinition des identités collectives et le rapport aux étrangers, les immigrés et les minorités, à partir d’une analyse comparée de la France et de la Grande Bretagne basée sur des enquêtes menées dans neuf villes situées de part et d’autre de la Manche. Ce livre majeur porte sur le « processus de désintégration socio-nationale générale » de ces deux sociétés12. Il analyse comment les individus cherchent à répondre à cette dislocation entre individualisme, renouveau de l’ethnicité et communautarisme civique. Plutôt que d’opposer terme à terme modèle d’intégration de type universaliste (ou républicain) et modèle différentialiste de type communautaire (ou civil), alors que les émeutes dans les banlieues et les inner cities démontraient de vraies similitudes, ou pire encore de choisir entre les deux (la défense du citoyen ou la gestion multiculturelle), Didier Lapeyronnie montrait la nécessité de réinventer une culture de la démocratie, entre les minorités et l’individu, le ghetto et le marché. Il y exposait les différences historiques dans la gestion de l’immigration, le rapport à la nation et à l’État, les définitions de la citoyenneté, les différences et complémentarités des politiques publiques et des rapports entre villes, immigrés et minorités, les dimensions de l’expérience du racisme et de la ségrégation à l’origine de la revendication de dignité et de justice, cristallisée par la confrontation jeunes/police, qui donnera lieu depuis les années 1970 à de violentes émeutes (urbaines, anti-policières) dans les deux cas (plus spécifiquement inter-ethniques outre-Manche). Outre ces thèmes qu’il n’a cessé de creuser, on trouvait aussi une lecture croisée brillante de Simmel et Arendt (p. 90-92). Peut-être la présence de la philosophe n’est pas pour rien – si on considère aussi ses premiers travaux – dans cette idée qu’il avait chevillée au corps que la question posée à nos sociétés était celle d’un profond déficit démocratique.

Reconnu pour ses travaux comme « expert » dans les institutions et les médias, Didier a fortement renégocié ses engagements lors des dix ans qui ont suivi. Parfois en se lançant dans des enquêtes longues et passionnantes (sur les femmes seules ou les émissions de Sky Rock, Fun radio et Ici maintenant, ou encore sur l’antisémitisme dans les banlieues populaires). Restées inachevées – ou peu valorisées -, on en retrouvera trace plus tard. Il lit beaucoup ; notamment la littérature nord-américaine des années 1960 et suivantes. Il dira souvent son admiration pour Dark ghetto de Clarke (1966), Tally’s Corner de Liebow (1967), Soulside d’Hannerz (1969), avant Slim’s table de Duneier (1992), Codes of the Street d’Andersson (1999) et bien d’autres ouvrages peu connus en France. En en plaisantant, il expliquait que la connaissance de ces enquêtes ethnographiques aurait rendu moins arrogante la production sociologique sur les banlieues… Est-ce de ce point de vue aussi qu’il a lu et relu Bourdieu et de nombreux sociologues s’inscrivant dans son champ intellectuel ? A-t-il été inspiré par la controverse publié dans l’American Journal of sociologie en 2002 avec la triple recension de Loïc Wacquant et les réponses d’Elijah Anderson, Mitchell Duneier et Katherine Newman ? 13 Toujours est-il qu’il publie, en 2004, un second article dans la Revue française de sociologie, qui fera grand bruit dans la profession. Il s’y livre à une critique frontale des derniers travaux et de la posture de Pierre Bourdieu, qu’il qualifie d’« académisme radical »14. Peut-être une manière, elle-même « radicale », de sortir de l’entre soi et d’assumer le débat intellectuel, le conflit.

C’est dans Ghetto urbain15, en 2008, que Didier Lapeyronnie renoue avec ses premiers terrains et centres d’intérêts et le succès public. Si le débat sur les « cités-ghettos » défrayait la chronique depuis le début des années 1990 en France, alors que les sociologues nord-américains apparaissent plus divisés16, il propose de renouveler la lecture de la situation sociale dans les banlieues qui n’a cessé de se dégrader (comme l’ont amplement démontré les émeutes de 2005), par l’analyse des transformations sociales qui font ghetto. Opposé au double raisonnement refusant l’appellation de ghetto pour le cas français (un « anti-ghetto » ou « contre-sens sociologique ») pour la réserver aux États-Unis et forger le terme d’hyperghetto pour qualifier les nouvelles formes de marginalité urbaine planétaire 17, il met à jour les logiques propres du ghetto considérées à partir de l’interprétation par des ambivalences des acteurs et des tensions qui en résultent : l’ambivalence de l’enfermement (« prison aux murs invisibles », écrivait Clarke) et de la protection (« cocon », refuge), la segmentation (sociale et ethnique), l’embrouille (et sa capacité à activer des chaînes de solidarité). Ces logiques s’articulent certes, s’additionnent parfois, se soustraient aussi dans certains cas, mais n’en sont pas moins distinctes. Surtout, il montre que le racisme occupe une place spécifique non seulement dans les zones de marginalité urbaine mais au sein de la société et de la culture françaises18. La restitution de ces logiques à partir d’enquêtes de terrain de plusieurs années en région parisienne et dans le Sud-Ouest débouche sur une théorie « à moyenne portée » se tenant à égale distance du modèle états-unien et de son imaginaire français – tout autant d’ailleurs que d’une lecture de l’oppression en termes de classe, de race et de genre. Cette théorie apparait dans la figure du « décalage » ou du « désasjustement » des individus « coupés en deux », entre structure et culture, et se traduit par une profonde ambivalence entre responsabilité et victimisation leur interdisant d’être acteurs de leur vie, marqués qu’ils sont par l’image du ghetto et leur quête de la « vraie vie ».

Ainsi, la dernière partie de Ghetto urbain (« La race des hommes, le sexe des femmes »), la plus originale à mon sens, montre comment la situation sociale et le racisme incitent les jeunes garçons à fabriquer un monde de rôles sociaux stricts imposés parfois par la violence. D’un côté, ils s’efforcent d’expulser la sexualité du ghetto en tant qu’elle pourrait mettre en danger cette construction sociale et morale ; de l’autre, ils imposent un contrôle étroit sur les femmes, obsédés qu’ils sont par leur capacité de les trahir, empêchant toute forme de féminité dans le ghetto. Les jeunes femmes sont dans une situation inverse : si leur féminité et leur scolarité les protègent du racisme à l’extérieur du ghetto, elles souffrent à l’intérieur d’être désexualisées ; elles doivent supporter l’héritage familial qui les assigne à des rôles imposés. C’est pourquoi leur socialisation de l’adolescence à l’âge adulte va consister à se resexualiser, c’est-à-dire à se réapproprier leur corps et leur sexe. Elles seraient donc séparées d’elles-mêmes plus que les hommes, en tout cas autrement, ce qui se traduit par un sentiment d’étouffement dans la sphère familiale dans laquelle elles sont enfermées, mais aussi par des violences conjugales plus répandues que les estimations ne le laissent croire (violences systématiquement évacuées dans les discussions collectives mais longuement abordées dans les entretiens individuels). « En ce sens, si la violence envers les femmes est présente dans tous les milieux sociaux, elle s’exacerbe dans le ghetto au fur et à mesure que les individus se replient et se crispent autour de rôles traditionnels »19.

Refaire la cité20 est né d’un désaccord sur l’interprétation du « vide politique » dans les quartiers populaires remplis – « la nature ayant horreur du vide » – par l’antisémitisme, et plus généralement la religion et le trafic comme forme d’organisation sociale. Ce petit livre d’intervention a proposé une lecture politique de la question dite des « banlieues » : à problème politique, solution politique. Didier avait l’habitude de dire qu’au XIXe siècle, la question des « classes dangereuses » n’avait pas été résolue par les dames de charité mais avait trouvé sa solution dans la lutte des classes, la formation des syndicats ouvriers et la création d’une démocratie industrielle. Il en va de même aujourd’hui, écrivions-nous : « Il est urgent que les habitants deviennent des citoyens à part entière, c’est-à-dire des acteurs de la vie démocratique, quitte à nourrir une certaine dose de conflictualité. Lutter contre le chômage de masse, la délinquance et les nuisances qui pourrissent le quotidien est une nécessité ; mais, au préalable il faut refaire la cité. L’intégration politique doit être la priorité ». Près de dix ans plus tard, je ne serai pas aussi affirmatif. De nombreux travaux ont souligné l’exacerbation de la violence non seulement sociale et économique mais raciale dans ces territoires, elle-même cristallisée par la répression policière, la discrimination systémique et l’islamophobie. On en est donc loin.

Les dernières années, Didier avait accepté de présider le Conseil national de l’innovation pour la réussite éducative. Quand il le pouvait, mais jusqu’au bout, il travaillait à un livre sur l’ennui. Nous en avions parlé à de nombreuses reprises. Cette expérience de l’ennui ne nous était pas étrangère, tant elle colore par moments l’ambiance des cités. Il existe des formes sociales de l’ennui, de celui par défaut des lascars à celui par excès des petits bourgeois. Mais le propos de Didier était plus large et original. Il s’agissait de considérer l’ennui comme figure inversée et alternative de la modernité, elle-même structurée par l’action – comme la science sociale naissante. D’où l’ouverture d’un vaste chantier passant par une relecture de la tradition sociologique et de cette expérience négative ou épreuve qu’est l’ennui, manifestation directe du dilemme de l’individu contemporain, mais aussi la littérature européenne et nord-américaine, de Charles Baudelaire à Saul Bulow, et le cinéma américain et les films des années 1950 sur le mariage. Il était fasciné par cette série de portraits de femmes donnant à voir une sorte de temps de l’ennui, tel Suzon peinte par Édouard Manet, qui ouvre son livre lumineux. Avec sa publication posthume21, il reste une pensée singulière et le prolongement d’un échange.

Michel Kokoreff

1 C’est une journaliste qui m’a appris la nouvelle en me demandant… un papier « à chaud », après un week-end également marqué par la disparition tragique de l’historien Dominique Kalifa. Il aura fallu du temps pour m’y mettre. Je remercie Muriel Darmon, Marco Oberti et Serge Paugam de m’y avoir convié.

2 D. Lapeyronnie, « Assimilation, mobilisation et action collective chez les jeunes de la seconde génération de l’immigration maghrébine », Revue française de sociologie, vol XXVIII, 1987, 287-318.

3 F. Dubet, La Galère : jeunes en survie, Paris, Fayard, 1987, 215.

4 F. Dubet, A. Jazouli, D. Lapeyronnie, L’État et les jeunes, Paris, Les éditions ouvrières,1985.

5 F. Dubet, D. Lapeyronnie, Quartiers d’exil, Paris, Le Seuil, 1992.

6 Collectif, En marge de la ville, au cœur de la société, Éditions L’Aube, La tour d’Aigues, 1996.

7 Si la bibliographie est abondante, on citera les ouvrages de J. Donzelot et R. Castel sur ce point. Sur les critiques adressées à cette lecture au sein de la sociologie et science politique françaises, voir notamment les travaux de S. Tissot, L’État et les quartiers. Genèse d’une catégorie de l’action publique, Paris, PUF, 2009.

8 D. Lapeyronnie, B. Francq, Les deux morts de la Wallonie sidérurgique, Bruxelles, Editions Ciaco, 1990.

9 D. Lapeyronnie, J.-L Marie, Campus Blues. Les étudiants face à leurs études, Paris, Seuil, 1992.

10 D. Lapeyronnie, Un communisme syndical : la CGT à Bordeaux, Paris, Arguments, 1991.

11 D. Lapeyronnie, L’individu et les minorités. La France et la Grande Bretagne face à leurs immigrés, Paris, PUF, 1993 ; voir mon compte-rendu dans Sociologie du travail, XXXVII, 2/1995.

12 Cet ouvrage a été publié au moment où d’autres chercheur.es développaient des travaux comparatifs sur ces deux pays, entre sociologie urbaine, science politique et anthropologie politique. Je pense en particulier à P. Le Galès, C. Neveu et A. Raulin. Les comparaisons européennes se sont élargies dans cette période à l’Italie et à l’Allemagne en particulier, et sont devenues polycentriques. Il marque en cela un tournant.

13 American Journal of sociology, vol 107, n° 6, May 2002, 1468-1599.

14 D. Lapeyronnie, « L’académisme radical ou le monologue sociologique. Avec qui parlent les sociologues ? » Revue française de sociologie, 2004/4, vol 45, 621-651.

15 D. Lapeyronnie, Ghetto urbain. Ségrégation, violence, pauvreté en France aujourd’hui, Paris, Robert Laffont, 2008.

16 Voir notamment, L. M. Small « Four reasons to abandon the idea of “The ghetto’’ », City & community, 7, 4, 2008, 389-398.

17 L. Wacquant, Parias urbains. Ghetto, banlieues, État, Paris, La Découverte, 2006.

18 Voir M. Kokoreff, « Ghetto et marginalité urbaine : lectures croisées de Didier Lapeyronnie et Loic Wacquant », Revue française de sociologie, 2009, vol 50, 533-572.

19 D. Lapeyronnie, Ghetto urbain, op. cit, 565-566.

20 M. Kokoreff, D. Lapeyronnie, Refaire la cité. L’avenir des banlieues, Paris, Seuil coll. « La République des idées », 2013.

21 D. Lapeyronnie, L’ennui, ombre de la modernité, Paris, à paraître chez Robert Laffont. Le manuscrit initial a été préparé pour l’édition par Sandrine Rui, que je remercie pour nos échanges.




Le programme des RT du 9e Congrès (Lille 2021) est disponible!

Il est tout chaud sorti de l’imprimeur et disponible ici!

On vous laisse déguster le copieux mais néanmoins alléchant menu concocté par les équipes des RT.




Publication Revue Sciences et Actions Sociales : “Les sciences sociales face à la pandémie, entre nouvelles et vieilles marginalités en Europe. Un regard croisé à travers les réalités italiennes”

Publication du numéro 15 de la Revue “SAS”
“Les sciences sociales face à la pandémie, entre nouvelles et vieilles marginalités en Europe. Un regard croisé à travers les réalités italiennes”

 

Nous vous informons de la sortie du numéro 15 de la revue en ligne “Sciences et Actions Sociales”. Cette revue publie les résultats de recherches, terminées ou en cours, en sciences sociales (sociologie, anthropologie, sciences politiques, sciences de l’éducation, histoire sociale …) dans et sur le champ social.

Ce dossier est coordonné par : Anna Elia, Walter Greco

avec les contributions de : Teresa Grande, Emanuela Chiodo, Valentina Fedele, Lucia Montesanti, Francesca Veltri, Sabrina Garofalo, Donata Chirico’, Assa Kamara, Jenny Ros, Séverine Demoustier, Ayité Claude Mawussi.

La revue “SAS” est accessible, gratuitement, à cette adresse : http://sas-revue.org

Bonne lecture !

redaction@sas-revue.org




Les “médias”, agents conservateurs de l’ordre social ? Programme RT37 Congrès AFS 2021

Dans le cadre du IXe Congrès de l’AFS qui porte sur le thème « Changer ? », le réseau thématique « Sociologie des médias » (RT37) propose un programme de sessions qui interroge le rôle des médias dans la transformation et la conservation de l’ordre social.

Le programme regroupe six sessions, chacune animée par un.e discutant.e. L’une des sessions est croisée avec le RT50 « Socialisations ».

17 communications scientifiques préparées par 24 auteur.e.s sont présentées. En raison de la situation sanitaire, l’ensemble des échanges est dématérialisé.


Université de Lille | Campus scientifique de Villeneuve-d’Ascq

En ligne | 6-9 juillet 2021

Programme des sessions du réseau thématique « Sociologie des médias » (RT37)

Les “médias”, agents conservateurs de l’ordre social ?


Session 1. Critiques de l’ordre médiatique et légitimation politique | Mardi 6 juillet 2021 | 10h30-12h30

Discutant : Samuel Bouron (Université Paris Dauphine, IRISSO)

  • Alan Ouakrat (Université Paris 3, IRMECCEN) et Jérôme Pacouret (Université Paris I, CESSP), « Consécration politique et légitimation médiatique des idées d’extrême droite, le cas Valeurs Actuelles. »

La communication porte sur le « médiactivisme » réactionnaire porté par l’hebdomadaire Valeurs Actuelles (VA) et les conditions de sa légitimation auprès d’autres médias et de professionnels de la politique. Sur les plans théorique et méthodologique, l’enjeu de cette communication est de concilier l’approche monographique d’un titre de presse avec une approche relationnelle du champ journalistique. La position de Valeurs Actuelles dans le champ journalistique, objectivée à l’aide de données statistiques sur les circulations d’informations, sera rapportée à une stratégie économique, éditoriale et numérique de conquête de l’espace public. La légitimation de Valeurs Actuelles apparaît être le résultat d’un travail de construction de respectabilité, dont il importe de comprendre les ressorts dans sa capacité à orienter le débat public en mettant à l’agenda politique et médiatique un certain nombre de thèses et de personnalités réactionnaires. Nous proposons d’analyser l’attrait exercé par VA dans les champs journalistique et politique, malgré un lectorat relativement faible comparativement à d’autres médias. À partir des données statistiques sur les circulations d’informations collectées par l’INA, d’entretiens semi-directifs auprès de journalistes et de responsables de la rédaction de l’hebdomadaire et d’autres professionnels du groupe Valmonde, ainsi que d’entretiens auprès de journalistes d’autres titres, nous explorons les déterminants du relatif succès de la stratégie de VA. Par ailleurs et en complément, l’étude de la médiatisation de VA par les controverses que le média suscite dans le champ journalistique, et en particulier auprès des médias dominants de la presse écrite, permet d’objectiver dans quelle mesure et dans quels termes l’hebdomadaire provoque des réactions qui participent aussi à la légitimation de sa place et de ses idées dans l’espace médiatique et politique.

  • Ariane Bénoliel, (Université Paris 2, CARISM), « Lutter contre l’invisibilisation sans chercher à devenir visible ? Les pratiques médiatiques et politiques de collectifs militants féministes antiracistes français (23 novembre 2019 – 8 mars 2020) »

La critique des modalités de représentation des groupes minoritaires – notamment leur invisibilisation ou leurs traitements stéréotypants – est au cœur des revendications portées par les militantes féministes antiracistes. Si celles-ci s’emparent des outils numériques afin de produire des contre-discours politiques, cette communication propose de rendre compte des stratégies médiatiques et politiques de collectifs et d’associations moins visibles que des figures militantes ou des producteur-ice-s de contenus en ligne et plus axés sur des actions de terrain. Elle se fonde sur une observation ethnographique, des entretiens semi-directifs ainsi qu’une étude de contenus en ligne menés dans le cadre d’un travail de mémoire de recherche de Master 2.

  • Raphaël Lupovici (Université Paris 3, IRMECCEN), « Les Gilets jaunes, des critiques face aux institutions médiatiques? »

Le mouvement des Gilets jaunes s’est distingué par un rejet des médias qui a conduit certains d’entre eux à s’interroger publiquement sur les raisons de ce désaveu. Cette communication aura pour objet de présenter les résultats préliminaires d’une enquête exploratoire qui questionne les conditions sociales de possibilité de cette « défiance » dans le rapport des Gilets jaunes aux médias – conçus comme des institutions. Nous supposons que l’hégémonie des discours médiatiques s’est heurtée aux dispositifs numériques tels que les réseaux socionumériques (RSN). En offrant aux acteurs l’accès à des points de vue alternatifs, ces derniers les ont aidés à s’émanciper des représentations médiatiques dominantes. En nous appuyant sur des entretiens compréhensifs visant à éclairer le rapport des participants au mouvement des Gilets jaunes aux médias et à l’engagement politique à l’ère des RSN, nous analyserons également le rôle de ces derniers dans l’accès aux représentations de la réalité sociale, et dans la possibilité pour les acteurs de rapprocher leur vécu de celui des autres, permettant ainsi de sortir de l’isolement puis de s’investir dans un mouvement de contestation.


Session 2. Médias, socialisation et formation des dispositions individuelles | Mercredi 7 juillet 2021 | 9h-10h30 (session croisée avec le RT50)

Discutant : David Pichonnaz (Haute école de travail social, HES-SO Valais-Wallis)

  • Maialen Pagiusco (IEP de Toulouse, LaSSP), « Homosexualités et socialisations par les ‘médias’. Le rôle variable des pratiques médiatiques dans les biographies sexuelles »

Si l’homosexualité semble toujours plus visible et plus explicite dans les « médias », le passage de l’invisibilité à l’omniprésence ne doit pas tromper sur la question de leurs « effets » d’autant que les travaux disponibles nous apprennent peu de choses, non seulement des sources et cadrages médiatiques opérés sur ces sujets, mais surtout sur la réalité des appropriations du côté des publics. Cette communication s’intéresse ainsi à la façon dont les « médias » peuvent contribuer à la formation de représentations, de pratiques et d’identifications non-hétérosexuelles. On se concentrera sur les variations de ces effets socialisateurs, d’une part au cours des trajectoires, en analysant les différents temps de socialisation, et d’autre part au sein de l’espace social. La comparaison entre une cinquantaine d’enquêté.e.s de divers milieux sociaux et genres éclairera à la fois la construction de rapports différenciés à l’homosexualité et la pluralité des réceptions et des appropriations de contenus médiatiques en lien avec les questions LGBT+.

  • Muriel Mille (Université de Versailles-Saint Quentin, PRINTEMPS), Florence Eloy (Université Paris 8, CIRCEFT-ESCOL), Morgane Mabille (Chargée d’études socio-économiques, Musée du Louvre) & Constance Thierry, « La fiction en famille. Contextes de réception et effets socialisateurs du feuilleton Plus belle la vie »

La communication propose d’analyser les processus de socialisation en jeu dans la consommation régulière d’un feuilleton télévisé quotidien français, Plus belle la vie (PBLV), en portant l’attention sur les contextes de réception, en particulier celui de la famille. Elle repose sur une enquête collective combinant entretiens et observations (n=32) avec des téléspectateur.trices de PBLV, recruté·es par interconnaissance dans des milieux variés. Selon la position sociale, l’âge, le genre et la configuration familiale, la consommation du feuilleton est plus ou moins collective et objet de «conversations télé ». Les effets socialisateurs du feuilleton sont ainsi modulés selon les contextes de réception du feuilleton et les réseaux de sociabilité ou les pratiques culturelles qui lui sont associées. L’analyse des résultats ne révèle donc pas d’effet socialisateur « direct » de la consommation du feuilleton, mais montre bien davantage comment les effets socialisateurs du feuilleton s’ancrent dans les contextes de réception. Ces contextes orientent par exemple la manière de s’approprier les messages politiques portés par le feuilleton dans une logique comparable à celle du two-step flow of communication décrite par Katz et Lazarsfeld. Nous nous intéresserons alors à la manière dont l’appropriation et l’interprétation des intrigues varie alors selon leurs contextes de réception et de socialisation des enquêté·es.

  • Noémie Roques (Université Sorbonne Paris Nord, EXPERICE), « Pratiques numériques et socialisation des adolescents aux déplacements dans la France rurale »

Cette communication propose d’interroger la socialisation à la mobilité des adolescents sur un territoire français rural à l’aune du numérique, notamment du smartphone et des diverses applications de discussion en ligne. Prenant appui sur une enquête monographique, cette communication souhaite mettre en lumière le phénomène d’hyper-coordination entre parents et enfants ainsi qu’entre les enfants et ce qu’il implique en termes d’autonomie juvénile sur le territoire.


Session 3. Formation et variations des représentations du métier de journaliste | Mercredi 7 juillet 2021 | 11h-13h

Discutant : Géraud Lafarge (Université de Nantes, CENS)

  • Ysé Vauchez (Université Paris I, CESSP), « Form(at)er à la “bonne information” : de l’éducation aux médias en milieu scolaire »

Ce travail se propose d’analyser empiriquement des cours d’éducation aux médias et à l’information (EMI), tels qu’ils se développent en France depuis 2016 pour des publics scolaires, en tant que dispositifs de socialisation aux et par les médias. A travers une série d’observations et d’entretiens, il apparaît que selon les dispositions sociales des acteurs menant ce type de dispositifs, les normes transmises ou diffusées varient profondément : dans le rapport au système médiatique et à sa critique, comme dans le type de pratiques médiatiques valorisé voire imposé.

  • Nathalie Nouailles (Université Toulouse 3, LERASS), « L’éducation à l’information par les journalistes : entre justification et inclusion des publics »

Cette communication s’intéresse aux rôles que se donnent les journalistes dans les dispositifs scolaires en éducation aux médias et à l’information. Notre étude s’appuie sur neuf entretiens semi-directifs menés avec des journalistes intervenant dans le cadre de résidences et d’ateliers consacrés aux fake news. De l’application d’un genre journalistique comme démarche pédagogique à la mise en avant d’une approche créative de l’éducation à l’information d’actualité, en quoi ces démarches permettent-elles de réduire la défiance des collégien.nes et lycéen.nes à l’égard de l’information, des médias et des journalistes ?

  • Camila Moreira Cesar (Université Paris 3, IRMÉCCEN / Université Laval, GRCP), « Le journalisme au pluriel : profils, motivations et définitions de l’activité selon des étudiant-e-s en journalisme en France »

Quelle(s) conception(s) du journalisme inspire(nt) les étudiant-e-s s’orientant vers cette profession en 2021 en France ? Comment définissent-ils le journalisme par rapport à d’autres activités voisines, à l’instar des métiers de la communication ? Quels liens peut-on établir entre les expériences de socialisation de ces acteurs et les rapports différenciés qu’ils entretiennent au journalisme ? Sans prétendre à l’exhaustivité, cette communication vise à répondre au moins en partie à ces questions. L’analyse est basée sur les résultats d’une enquête exploratoire menée auprès d’un échantillon d’étudiant-e-s inscrit-e-s dans différents établissements de formation en France.


Session 4. Les médias, agents de conversion et de conservation idéologique | Jeudi 8 juillet 2021 | 9h-10h30

Discutant : Philippe Riutort (IRISSO/Dauphine/CNRS)

  • Ariane Benoliel (Université Paris 2, Centre d’analyse et de recherche interdisciplinaires sur les médias – CARISM), Ysé Louchet (Université Paris 2, Institut Français de Presse – IFP) & Elsa Régnier (EHESS, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales), « Une politisation du récit écologique ? La collapsologie dans les médias de 2015 à 2019 »

À travers une étude de la médiatisation de la « collapsologie » dans la presse généraliste française, cette communication pose la question de savoir si le traitement journalistique du récit « collapsologique » relève d’une politisation des enjeux écologiques dans les médias. L’étude porte sur un corpus composé de 197 articles publiés entre janvier 2015 et octobre 2019 dans 13 journaux généralistes ainsi qu’une dizaine d’entretiens menés avec des « collapsologues » et des journalistes. L’introduction de propositions politiques – telles que la décroissance ou la valorisation de l’action locale – ainsi que l’inscription des questions environnementales en dehors des rubriques scientifiques constituent une transformation politisante de leur cadrage médiatique. Toutefois, celle-ci n’est que partielle : les « collapsologues » ne sont pas « autrement socialisés » que les entrepreneurs de cause traditionnellement médiatisés et le récit qu’ils portent ne relève d’aucune grille de lecture politique – institutionnelle ou militante. Ce travail s’inscrit, dans ce sens, dans une réflexion plus large sur le rôle des organisations médiatiques et des journalistes dans la transformation et/ou la reproduction de l’ordre social et politique.

  • Antoine Aubert (Université Paris I Panthéon-Sorbonne, CESSP), « Les médias, principaux acteurs de la ‘révolution conservatrice’ des années 1980 ? »

Cette communication revient sur le rôle des médias français dans la “révolution conservatrice” des années 1980. A partir d’une dense enquête prosopographique sur le devenir d’intellectuels révolutionnaires actifs entre 1968 et 1981 (n=813), à laquelle s’ajoute un important travail de dépouillement d’archives et la conduite d’une centaine d’entretiens, il s’agit de revenir sur le double rôle des médias, qui furent à la fois les principaux acteurs de l’invisibilisation des marxismes au sens large mais aussi de la justification du tournant, comme le montre le cas de Libération. Le principal résultat de l’enquête est que, parmi les intellectuels étudiés, très rares sont ceux dont la trajectoire au cours des années 1980 est marquée par le « changement » et donc par une conversion idéologique. Ce résultat ne signifie pas que les années 1980 ne sont pas marquées par une emprise croissante des idées conservatrices dans le champ intellectuel français, mais il nous encourage à déplacer le regard vers le rôle des médias dans ce changement.

  • Martin Baloge (Université Paris I Panthéon-Sorbonne, CESSP / Université de Lorraine, CREM), Nicolas Hubé (Université de Lorraine, Centre de Recherche sur les Médiations – CREM) & Pierre Mayance (Université Paris I Panthéon-Sorbonne, CESSP), « Jean-Jacques Bourdin au service de la démocratie ? Sociologie des rôles et conflictualité lors des interviews matinales »

En France jusqu’alors, l’apparition du politique à la télévision a fait l’objet d’une analyse sociologique, consistant pour l’essentiel à analyser les logiques structurales de domination d’un capital médiatique et de la représentation politique. Nous proposons de nous pencher sur ces manières d’agir en public en observant les interactions fines des journalistes et des élu.e.s en interview, moment à partir desquels se donnent à voir la “bonne distance” entre les deux acteurs. Nous cherchons à voir comment en pratique se joue la transformation/reproduction de l’ordre social et politique à travers les interviews politiques. Notre communication s’appuie sur un corpus de 64 interviews télévisées tirées de deux chaînes de télévision, l’une publique (France 2) et l’autre privée (BFM TV), et de deux chaînes de radio, l’une publique (France Inter) et l’autre privée (RTL) lesquelles diffusent des émissions politiques matinales (respectivement Les quatre vérités présentée par Caroline Roux, Bourdin direct, présenté par Jean-Jacques Bourdin ; l’interview de 7h50 présentée par Léa Salamé et l’invité de RTL, présenté par Elizabeth Martichoux). Pour l’analyse, nous avons développé avec l’INA un outil numérique d’aide à l’annotation. L’objectif ce faisant est d’identifier les dynamiques précises des interactions, en particulier celle des interruptions et des coupures de paroles. En effet, cette analyse des formes oppositionnelles des échanges permet de mesurer les effets de domination (de genre, de classe ou statutaire) d’un acteur sur un autre : qui peut « se permettre » d’interrompre son interlocuteur ? sur quels sujets ? et qui accepte une telle interpellation ? Notre enquête cherche à croiser l’analyse de discours, l’analyse positionnelle, les effets de conjoncture et les propriétés socio-biographiques des intervenants. C’est donc une sociologie dynamique quali-quanti des échanges sur un plateau lors de ces moments matinaux stratégiques que nous proposons.


Assemblée générale du RT37 Vendredi 9 juillet 2021 | 13h-14h


Session 5. La conservation/transformation de l’ordre social par la production des biens symboliques | Vendredi 9 juillet 2021 | 14h-16h

Discutante : Julie Sedel (Université de Strasbourg, SAGE)

  • Keyvan Ghorbanzadeh (Université Paris I Panthéon-Sorbonne, CESSP), « Le miroir et la boule de cristal. L’ajustement des positions conservatrice et progressiste au sein de la régulation publicitaire »

Cette communication revient sur la polarisation des positions “conservatrices” et “progressistes” au sein de la régulation publicitaire en France. En s’appuyant sur une enquête ethnographique au sein des espaces de construction et d’évaluation de l’ordre du discours publicitaire, on montrera qu’en fonction des espaces les acteurs revendiquent un rôle et une fonction différente pour la publicité. D’un côté, il y a une institution presque centenaire, l’ARPP, qui définit la publicité en tant que “miroir de la société” : elle ne devrait que reproduire cette dernière. De l’autre, des jeunes entrants regroupés au sein d’associations de “communication responsable” estiment que la publicité devrait être “en avance sur son temps” et faire advenir un ensemble de changements sociaux (écologie, genre, diversité etc.). La régulation est alors pour eux une démarche de définition positive. Ces jeunes entrants étiquettent leurs aînés en tant que “conservateurs” et revendiquent une étiquette “progressiste”, mais au-delà de cette opposition pertinente au premier abord, on verra dans un second temps que ces deux registres sont en réalité complémentaires et permettent ensemble la réaffirmation des effets du message publicitaire.

  • Sandrine Leveque (Sciences Po Lille, CERAPS), « La frivolité comme « combat politique » : le projet journalistique des fondatrices du magazine ELLE, entre émancipation et conservatisme »

Cette communication revient sur la création du magazine ELLE en cherchant à comprendre, à partir d’une analyse du projet éditorial et des trajectoires des journalistes qui l’ont porté, comment s’invente un discours journalistique à la fois émancipateur et conservateur de l’ordre social. Il s’agit de comprendre les fondements de l’identité d’une presse féminine prise dans ce double discours d’émancipation des femmes et de conservation de l’ordre du genre. A partir du dépouillement de la collection du magazine ELLE de la date de sa création en octobre 1945 à 1970 (date à laquelle sont organisés les Etats généraux de la Femme) et d’une analyse biographique des journalistes, nous chercherons à montrer comment s’invente alors une lectrice-consommatrice à la fois suffisamment émanciper pour acheter les produits dont le journal fait la promotion et suffisamment « femme » pour les consommer et rester sans son rôle. Nous mettrons en relation ce positionnement éditorial avec les conditions même de production du journal et nous chercherons à comprendre à partir d’une analyse sociologique des dispositions de celles qui ont porté ce projet comment s’impose une forme de journalisme qui servira pendant longtemps de « maitre étalon » du journalisme au féminin.

  • Ivan Chupin (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, Printemps), Pierre Mayance (Université Paris I Panthéon-Sorbonne, CESSP), « La presse agricole, une presse de libertés ? »

A priori rien n’est plus dépendant politiquement et économiquement qu’une presse professionnelle. La presse agricole apparaît comme dépendante du syndicalisme majoritaire auquel elle appartient majoritairement sur un plan capitalistique, elle apparaît comme dépendante économiquement des annonceurs (phytosanitaires, machinisme…) auxquels elle vend ses pages et ses encarts. Cet espace ne saurait donc revendiquer une autonomie tant il semble hétéronome de prime abord. L’analyse du rôle d’une telle presse dans la reproduction de l’ordre social et politique serait ainsi a priori entendue. Or, nous montrerons que cette presse n’exclut pas d’abord tout un mouvement d’autonomisation professionnelle perceptible au travers de la création d’une association spécialisée (l’Association française des journalistes agricoles – AFJA) depuis les années 1950. Elle cherche à se construire comme un sous champ spécialisé autonome, dans lequel les journalistes constituent une avant-garde de l’affirmation du monde agricole dans l’espace social et sont les accompagnateurs de ses changements sociaux. Sur le plan de la dépendance syndicale, cette presse apparaît ensuite dans son contenu comme relativement autonome. En effet, son caractère très technique (plus de 70% des articles produits dans la France agricole par exemple) et, par là, faiblement syndicalisé lui permet de se prémunir des interventions directes des actionnaires. Cette presse si elle parvient à s’assurer, contre toute attente, une certaine autonomie à l’égard des actionnaires et des annonceurs n’échappe pourtant pas au néo-libéralisme. Son caractère de presse de conseil d’achats en fait un outil de conservation d’un ordre social au service du marché agricole. C’est de ce point de vue, que l’étude de la presse professionnelle entend concourir à une étude du néolibéralisme et de l’emprise marchande.


Session 6. Analyser le changement de l’idéologie dominante sur le temps long | Vendredi 9 juillet 2021 | 16h30-18h

Discutant :  Julien Duval (CNRS, CESSP) (sous réserve)

  • Salomé Do (ENS, LATTICE / Sciences Po Paris, Médialab), Étienne Ollion (Ecole polytechnique, CNRS), Rubing Shen (Sciences Po Paris, Médialab / ENSAE, CREST), « La langue du pouvoir. Le journalisme politique d’hier à aujourd’hui, une étude outillée par l’intelligence artificielle. »

L’étude du récit politique produit par les journalistes nous renseigne sur les intrications entre le champ journalistique et le champ politique. Si la montée d’une narration stratégiste et des schèmes censés révélés les coulisses sont désormais des résultats classiques de la sociologie des médias, d’autres questions telles que les étapes et la chronologie des évolutions, l’ampleur de diffusion, et bien sûr ses causes, sont toujours sujettes à débats. Dans cette intervention, nous nous proposons de revisiter cette question classique en déployant une méthodologie innovante issue du domaine de traitement automatique du langage (Natural Language Processing) via un recours raisonné à des algorithmes d’apprentissage profond. Une fois entraînés par un humain expert sur un échantillon limité, l’algorithme annote un corpus massif d’articles de presse avec succès. L’étude présente cette méthode, qui pourrait être utile pour une sociologie du journalisme intéressée au contenu des textes. Elle permet aussi d’actualiser et compléter les résultats classiques sur ce sujet ( l’augmentation de la place consacrée aux politics au détriment des policies, la montée d’une couverture stratégiste, l’importance croissante des révélations des coulisses…), mais aussi de les préciser en montrant des étapes et des chronologies différenciées de ces évolutions. Ce faisant, on revient empiriquement armé sur les différentes hypothèses sur les causes de ces transformations (concurrence économique, montée du journalisme d’investigation, renouvellement générationnel des journalistes…).

  • Boris Attencourt (Université de Paris / EHESS, CESSP), « La visibilité intellectuelle dans la légitimation de l’idéologie dominante : le cas des conférences savantes à diffusion élargie »

À partir des années 1970, on assiste à l’émergence de tout un ensemble de circuits de visibilité des intellectuels : presse de qualité, revues intellectuelles à grand tirage, grands établissements culturels, cercles de réflexion, instances de conférences, émissions culturelles de radio et de télévision, maisons d’édition, organismes d’études parapublics, commissions gouvernementales, conseils d’administration de grandes entreprises, etc. En instaurant une circulation circulaire à grande échelle des idées et de leurs porteurs au sein des univers du pouvoir (médias, haute administration, personnel politique, patronat, lieux neutres, etc.), de tels circuits ont fini par s’imposer au milieu des années 1980 comme l’un des principaux espaces où s’actualise l’idéologie dominante par laquelle la classe dirigeante fonde sa domination. Dans cette communication, il s’agira d’établir que les instances de conférences savantes à diffusion élargie ayant acquis une place cardinale au sein de ces nouveaux circuits de célébration culturelle participent depuis la fin des années 1980 de la subordination de représentants du monde intellectuel aux ordres économique et politique.


Comité d’organisation

Berthaut, S. Dahani, B. Ferron, C. Gousset, P. Mayance

Comité scientifique

Hadj Belgacem, F. Brisset-Foucault, J. Berthaut, I. Chupin, S. Dahani, B. Ferron, C. Gousset, N. Hubé, N. Kaciaf, P. Mayance, J. Sedel, K. Souanef


Créé en 2002, le réseau thématique « Sociologie des médias » (RT 37) est l’un des cinquante réseaux thématiques de l’Association Française de Sociologie. Il vise à fournir un espace de travail commun à l’ensemble des chercheurs travaillant sur le journalisme et les médias dans une perspective sociologique. Ce domaine de recherche analyse la structure et les dynamiques d’autonomisation du champ journalistique, en particulier vis-à-vis des champs politique, économique et culturels ; les conditions de travail et les propriétés sociales des journalistes et des autres professionnels des médias ; le fonctionnement et les formes d’organisation des différentes organisations et institutions médiatiques ; l’analyse des productions et des visions du monde social que véhiculent les médias ; et enfin leur réception et leurs usages par les publics. Dans une démarche sociologique critique, l’objectif est d’articuler ces différents niveaux d’analyse pour réinscrire la sociologie du journalisme et des médias dans une sociologie générale. Le RT37 entend ainsi structurer un espace de débat scientifique en sociologie du journalisme et des médias, lui donner une meilleure visibilité académique, y compris internationale, et développer les échanges et passerelles avec les autres secteurs et spécialités de la sociologie.


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