Silvia Sigal (1939-2022) 

Silvia Sigal (1939-2022) 

Silvia Sigal nous a quitté-es récemment. L’AFS adresse toutes ses condoléances à ses collègues et à ses proches. Vous trouverez ci-dessous un texte collectif en son souvenir, publié sur le site du CEMS (Centre d’étude des mouvements sociaux) dont elle était membre. 

Silvia Sigal est décédée à Paris le 1 août 2022 à l’âge de 82 ans.

Elle quitte l’Argentine alors sous dictature militaire et arrive en France en 1971. Comme tant d’autres intellectuels latino-américains, elle fuit la persécution politique, une attaque à l’université, à la liberté. Un cycle de répression avait été inauguré le 29 juillet 1966, la noche de los bastones largos pendant laquelle l’armée entre dans les universités pour envoyer à l’exil de milliers de chercheurs. L’Argentine vit la dictature dite de la Revolución argentina (1966-1972).

D’à peine trente ans, elle est alors une jeune et brillante sociologue. Silvia Sigal fait partie de la génération formée par Gino Germani et participe de la fondation de la sociologie comme discipline scientifique à l’Université de Buenos Aires.

Chargée de recherches au CNRS, elle a été rattachée au Centre d’étude des mouvements sociaux (CEMS) à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Dès le début des années 1970, elle intègre les équipes formées par Alain Touraine qui attirent alors les meilleurs sociologues de l’Amérique latine aux côtés de José Nun, Fernando Henrique Cardoso et Daniel Pécaut. Parmi ses livres comptent des œuvres majeures de la sociologie et de la pensée politique de l’Amérique latine tels Perón o muerte. Estrategias discursivas del peronismo (1986, avec Eliseo Verón), Intelectuales y poder en la década del sesenta (1991), Le rôle politique des intellectuels en Amérique latine (1991) et La Plaza de Mayo. Una crónica (2006).

Après une première période où elle s’intéresse au mouvement ouvrier, aux classes populaires et à la « marginalité urbaine », Silvia Sigal fera de la sociologie des intellectuels l’un de ces principaux centres de préoccupation avec une réorientation vers la sociologie politique et la démocratie. Comme un fil rouge qui traverse toute sa trajectoire, le péronisme constitue l’un des objets qui anima sa réflexion jusqu’à ces derniers jours car elle n’a jamais cessé de travailler. Silvia Sigal aura été l’une des grandes intellectuelles argentines faisant irruption dans la pensée politique dans les années 1960, une génération qu’elle a grandement contribué à penser et à définir.

Pour la génération suivante, dont nous faisons partie, Silvia a joué un rôle majeur de professorat, de tutorat et de formation. Non seulement parce que ces livres et ses nombreux articles constituent pour nous des références imprescriptibles ; mais parce qu’elle a été une lectrice hors pair de nos travaux au moment crucial d’écriture de nos mémoires, de nos thèses doctorales, et bien au-delà. Nous avons aujourd’hui le sentiment que tout ce que nous avons fait à Paris, pendant ces années, fait référence à elle, à son soutien, à sa disponibilité et à sa générosité, à sa forte personnalité et à sa rigueur implacable. Silvia était un être humain unique pour les spécialistes des sciences sociales de nombreuses générations, en particulier pour ceux d’entre nous qui avons été formés en France. Nous nous souvenons tous et pensons aux heures passées dans sa chaleureuse maison de la rue du Docteur Lucas Championnière où Silvia, avec une générosité sans bornes et une lucidité implacable, nous a lus et nous a fait réfléchir, comme personne ne l’a jamais fait. Nous avons beaucoup appris d’elle, nous lui devons beaucoup et nous lui garderons pour toujours une énorme affection et gratitude.

Esteban Buch, Mariana Cerviño, Marina Farinetti, Gabriel Kessler, Denis Merklen, Maristella Svampa

Source : site du CEMS













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