Joseph Cacciari (1982-2022)

Joseph Cacciari (1982-2022)

Joseph Cacciari nous a quitté-e-s le vendredi 10 juin 2022. Nous adressons toutes nos condoléances à ses proches et à ses collègues. Charles Bosvieux-Onyekwelu, Pauline Delage et Paul Pasquali lui rendent hommage dans un texte que nous relayons ci-dessous :

Nous avons la tristesse de vous faire part de la disparition, survenue la semaine dernière, de notre ami et collègue Joseph Cacciari.

Né à Bastia dans le quartier ouvrier de Lupinu, Joseph, qui avait eu plus d’une vie avant de devenir sociologue, s’était trouvé tôt déscolarisé. Il avait repris ses études à l’âge de 25 ans et était venu à la sociologie par le travail social. Ses recherches abordaient les questions écologiques sous l’angle d’une sociologie des classes sociales et des pratiques économiques. Soutenue en 2017 à Aix-Marseille Université, la thèse de Joseph, dirigée par Pierre Fournier, portait sur la consommation énergétique des ménages populaires et les injonctions à la « transition écologique ». Il y déconstruisait cette notion institutionnelle à partir, notamment, de monographies de familles attentives à la socialisation des individus et à leur trajectoire biographique.

Après sa soutenance, Joseph avait obtenu un post-doctorat au laboratoire Ville Mobilité Transport. Il avait pu affermir ses travaux sur les déterminants sociaux de la conversion à l’écologie par une enquête sur la mobilité spatiale et la démotorisation des ménages. Il avait ensuite été recruté comme ATER au département de sociologie de l’Université Paris Nanterre.

Joseph allait avoir 40 ans.

La cruauté de la maladie l’a fait partir alors qu’il était proche d’obtenir un poste de chargé de recherche à l’INRAE.

Celles et ceux qui voudraient en savoir plus sur ses travaux novateurs pourront lire son article, publié dans Sociétés contemporaines, sur « les guichets de la misère énergétique », ainsi que celui sur « La démotorisation des ménages comme analyseur de la diversité des expériences de socialisation à la « norme automobile » », coécrit avec Leslie Belton-Chevallier et paru dans la revue Flux.

Au sein d’une production prolifique, deux papiers inédits, que Joseph avait tenu, malgré la maladie, à achever en y mettant beaucoup d’énergie, sont par ailleurs à paraître dans les revues Ethnologie française et Genre, sexualité & société.

Toujours collectif, remarquablement intègre et droit comme un i dans les luttes sociales, Joseph était à des années lumières du militantisme de la chaire. Ce travailleur acharné et lecteur passionné n’écrasait pas les autres avec ses hautes exigences intellectuelles. Sa trajectoire, qui lui a fait traverser les frontières sociales pour de bon et expérimenter la violence de ce monde, n’y était évidemment pas pour rien. Il ne faisait pas pour autant de ses origines populaires un titre de gloire sociologique. Il avait l’humilité, la pudeur et la retenue de celles et ceux qui n’aiment ni le clinquant ni l’esbroufe, conscient de la dureté du monde social et de l’importance d’y faire face avec bonté et générosité.

Les obsèques de Joseph auront lieu ce jeudi matin (16 juin) à Bastia.

Nous nous souviendrons toujours de notre collègue. Nous rendons aujourd’hui hommage à son courage, à sa justesse et à sa délicatesse.

Charles Bosvieux-Onyekwelu
Pauline Delage
Paul Pasquali

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