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Les “médias”, agents conservateurs de l’ordre social ? Programme RT37 Congrès AFS 2021

Dans le cadre du IXe Congrès de l’AFS qui porte sur le thème « Changer ? », le réseau thématique « Sociologie des médias » (RT37) propose un programme de sessions qui interroge le rôle des médias dans la transformation et la conservation de l’ordre social.

Le programme regroupe six sessions, chacune animée par un.e discutant.e. L’une des sessions est croisée avec le RT50 « Socialisations ».

17 communications scientifiques préparées par 24 auteur.e.s sont présentées. En raison de la situation sanitaire, l’ensemble des échanges est dématérialisé.


Université de Lille | Campus scientifique de Villeneuve-d’Ascq

En ligne | 6-9 juillet 2021

Programme des sessions du réseau thématique « Sociologie des médias » (RT37)

Les “médias”, agents conservateurs de l’ordre social ?


Session 1. Critiques de l’ordre médiatique et légitimation politique | Mardi 6 juillet 2021 | 10h30-12h30

Discutant : Samuel Bouron (Université Paris Dauphine, IRISSO)

  • Alan Ouakrat (Université Paris 3, IRMECCEN) et Jérôme Pacouret (Université Paris I, CESSP), « Consécration politique et légitimation médiatique des idées d’extrême droite, le cas Valeurs Actuelles. »

La communication porte sur le « médiactivisme » réactionnaire porté par l’hebdomadaire Valeurs Actuelles (VA) et les conditions de sa légitimation auprès d’autres médias et de professionnels de la politique. Sur les plans théorique et méthodologique, l’enjeu de cette communication est de concilier l’approche monographique d’un titre de presse avec une approche relationnelle du champ journalistique. La position de Valeurs Actuelles dans le champ journalistique, objectivée à l’aide de données statistiques sur les circulations d’informations, sera rapportée à une stratégie économique, éditoriale et numérique de conquête de l’espace public. La légitimation de Valeurs Actuelles apparaît être le résultat d’un travail de construction de respectabilité, dont il importe de comprendre les ressorts dans sa capacité à orienter le débat public en mettant à l’agenda politique et médiatique un certain nombre de thèses et de personnalités réactionnaires. Nous proposons d’analyser l’attrait exercé par VA dans les champs journalistique et politique, malgré un lectorat relativement faible comparativement à d’autres médias. À partir des données statistiques sur les circulations d’informations collectées par l’INA, d’entretiens semi-directifs auprès de journalistes et de responsables de la rédaction de l’hebdomadaire et d’autres professionnels du groupe Valmonde, ainsi que d’entretiens auprès de journalistes d’autres titres, nous explorons les déterminants du relatif succès de la stratégie de VA. Par ailleurs et en complément, l’étude de la médiatisation de VA par les controverses que le média suscite dans le champ journalistique, et en particulier auprès des médias dominants de la presse écrite, permet d’objectiver dans quelle mesure et dans quels termes l’hebdomadaire provoque des réactions qui participent aussi à la légitimation de sa place et de ses idées dans l’espace médiatique et politique.

  • Ariane Bénoliel, (Université Paris 2, CARISM), « Lutter contre l’invisibilisation sans chercher à devenir visible ? Les pratiques médiatiques et politiques de collectifs militants féministes antiracistes français (23 novembre 2019 – 8 mars 2020) »

La critique des modalités de représentation des groupes minoritaires – notamment leur invisibilisation ou leurs traitements stéréotypants – est au cœur des revendications portées par les militantes féministes antiracistes. Si celles-ci s’emparent des outils numériques afin de produire des contre-discours politiques, cette communication propose de rendre compte des stratégies médiatiques et politiques de collectifs et d’associations moins visibles que des figures militantes ou des producteur-ice-s de contenus en ligne et plus axés sur des actions de terrain. Elle se fonde sur une observation ethnographique, des entretiens semi-directifs ainsi qu’une étude de contenus en ligne menés dans le cadre d’un travail de mémoire de recherche de Master 2.

  • Raphaël Lupovici (Université Paris 3, IRMECCEN), « Les Gilets jaunes, des critiques face aux institutions médiatiques? »

Le mouvement des Gilets jaunes s’est distingué par un rejet des médias qui a conduit certains d’entre eux à s’interroger publiquement sur les raisons de ce désaveu. Cette communication aura pour objet de présenter les résultats préliminaires d’une enquête exploratoire qui questionne les conditions sociales de possibilité de cette « défiance » dans le rapport des Gilets jaunes aux médias – conçus comme des institutions. Nous supposons que l’hégémonie des discours médiatiques s’est heurtée aux dispositifs numériques tels que les réseaux socionumériques (RSN). En offrant aux acteurs l’accès à des points de vue alternatifs, ces derniers les ont aidés à s’émanciper des représentations médiatiques dominantes. En nous appuyant sur des entretiens compréhensifs visant à éclairer le rapport des participants au mouvement des Gilets jaunes aux médias et à l’engagement politique à l’ère des RSN, nous analyserons également le rôle de ces derniers dans l’accès aux représentations de la réalité sociale, et dans la possibilité pour les acteurs de rapprocher leur vécu de celui des autres, permettant ainsi de sortir de l’isolement puis de s’investir dans un mouvement de contestation.


Session 2. Médias, socialisation et formation des dispositions individuelles | Mercredi 7 juillet 2021 | 9h-10h30 (session croisée avec le RT50)

Discutant : David Pichonnaz (Haute école de travail social, HES-SO Valais-Wallis)

  • Maialen Pagiusco (IEP de Toulouse, LaSSP), « Homosexualités et socialisations par les ‘médias’. Le rôle variable des pratiques médiatiques dans les biographies sexuelles »

Si l’homosexualité semble toujours plus visible et plus explicite dans les « médias », le passage de l’invisibilité à l’omniprésence ne doit pas tromper sur la question de leurs « effets » d’autant que les travaux disponibles nous apprennent peu de choses, non seulement des sources et cadrages médiatiques opérés sur ces sujets, mais surtout sur la réalité des appropriations du côté des publics. Cette communication s’intéresse ainsi à la façon dont les « médias » peuvent contribuer à la formation de représentations, de pratiques et d’identifications non-hétérosexuelles. On se concentrera sur les variations de ces effets socialisateurs, d’une part au cours des trajectoires, en analysant les différents temps de socialisation, et d’autre part au sein de l’espace social. La comparaison entre une cinquantaine d’enquêté.e.s de divers milieux sociaux et genres éclairera à la fois la construction de rapports différenciés à l’homosexualité et la pluralité des réceptions et des appropriations de contenus médiatiques en lien avec les questions LGBT+.

  • Muriel Mille (Université de Versailles-Saint Quentin, PRINTEMPS), Florence Eloy (Université Paris 8, CIRCEFT-ESCOL), Morgane Mabille (Chargée d’études socio-économiques, Musée du Louvre) & Constance Thierry, « La fiction en famille. Contextes de réception et effets socialisateurs du feuilleton Plus belle la vie »

La communication propose d’analyser les processus de socialisation en jeu dans la consommation régulière d’un feuilleton télévisé quotidien français, Plus belle la vie (PBLV), en portant l’attention sur les contextes de réception, en particulier celui de la famille. Elle repose sur une enquête collective combinant entretiens et observations (n=32) avec des téléspectateur.trices de PBLV, recruté·es par interconnaissance dans des milieux variés. Selon la position sociale, l’âge, le genre et la configuration familiale, la consommation du feuilleton est plus ou moins collective et objet de «conversations télé ». Les effets socialisateurs du feuilleton sont ainsi modulés selon les contextes de réception du feuilleton et les réseaux de sociabilité ou les pratiques culturelles qui lui sont associées. L’analyse des résultats ne révèle donc pas d’effet socialisateur « direct » de la consommation du feuilleton, mais montre bien davantage comment les effets socialisateurs du feuilleton s’ancrent dans les contextes de réception. Ces contextes orientent par exemple la manière de s’approprier les messages politiques portés par le feuilleton dans une logique comparable à celle du two-step flow of communication décrite par Katz et Lazarsfeld. Nous nous intéresserons alors à la manière dont l’appropriation et l’interprétation des intrigues varie alors selon leurs contextes de réception et de socialisation des enquêté·es.

  • Noémie Roques (Université Sorbonne Paris Nord, EXPERICE), « Pratiques numériques et socialisation des adolescents aux déplacements dans la France rurale »

Cette communication propose d’interroger la socialisation à la mobilité des adolescents sur un territoire français rural à l’aune du numérique, notamment du smartphone et des diverses applications de discussion en ligne. Prenant appui sur une enquête monographique, cette communication souhaite mettre en lumière le phénomène d’hyper-coordination entre parents et enfants ainsi qu’entre les enfants et ce qu’il implique en termes d’autonomie juvénile sur le territoire.


Session 3. Formation et variations des représentations du métier de journaliste | Mercredi 7 juillet 2021 | 11h-13h

Discutant : Géraud Lafarge (Université de Nantes, CENS)

  • Ysé Vauchez (Université Paris I, CESSP), « Form(at)er à la “bonne information” : de l’éducation aux médias en milieu scolaire »

Ce travail se propose d’analyser empiriquement des cours d’éducation aux médias et à l’information (EMI), tels qu’ils se développent en France depuis 2016 pour des publics scolaires, en tant que dispositifs de socialisation aux et par les médias. A travers une série d’observations et d’entretiens, il apparaît que selon les dispositions sociales des acteurs menant ce type de dispositifs, les normes transmises ou diffusées varient profondément : dans le rapport au système médiatique et à sa critique, comme dans le type de pratiques médiatiques valorisé voire imposé.

  • Nathalie Nouailles (Université Toulouse 3, LERASS), « L’éducation à l’information par les journalistes : entre justification et inclusion des publics »

Cette communication s’intéresse aux rôles que se donnent les journalistes dans les dispositifs scolaires en éducation aux médias et à l’information. Notre étude s’appuie sur neuf entretiens semi-directifs menés avec des journalistes intervenant dans le cadre de résidences et d’ateliers consacrés aux fake news. De l’application d’un genre journalistique comme démarche pédagogique à la mise en avant d’une approche créative de l’éducation à l’information d’actualité, en quoi ces démarches permettent-elles de réduire la défiance des collégien.nes et lycéen.nes à l’égard de l’information, des médias et des journalistes ?

  • Camila Moreira Cesar (Université Paris 3, IRMÉCCEN / Université Laval, GRCP), « Le journalisme au pluriel : profils, motivations et définitions de l’activité selon des étudiant-e-s en journalisme en France »

Quelle(s) conception(s) du journalisme inspire(nt) les étudiant-e-s s’orientant vers cette profession en 2021 en France ? Comment définissent-ils le journalisme par rapport à d’autres activités voisines, à l’instar des métiers de la communication ? Quels liens peut-on établir entre les expériences de socialisation de ces acteurs et les rapports différenciés qu’ils entretiennent au journalisme ? Sans prétendre à l’exhaustivité, cette communication vise à répondre au moins en partie à ces questions. L’analyse est basée sur les résultats d’une enquête exploratoire menée auprès d’un échantillon d’étudiant-e-s inscrit-e-s dans différents établissements de formation en France.


Session 4. Les médias, agents de conversion et de conservation idéologique | Jeudi 8 juillet 2021 | 9h-10h30

Discutant : Philippe Riutort (IRISSO/Dauphine/CNRS)

  • Ariane Benoliel (Université Paris 2, Centre d’analyse et de recherche interdisciplinaires sur les médias – CARISM), Ysé Louchet (Université Paris 2, Institut Français de Presse – IFP) & Elsa Régnier (EHESS, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales), « Une politisation du récit écologique ? La collapsologie dans les médias de 2015 à 2019 »

À travers une étude de la médiatisation de la « collapsologie » dans la presse généraliste française, cette communication pose la question de savoir si le traitement journalistique du récit « collapsologique » relève d’une politisation des enjeux écologiques dans les médias. L’étude porte sur un corpus composé de 197 articles publiés entre janvier 2015 et octobre 2019 dans 13 journaux généralistes ainsi qu’une dizaine d’entretiens menés avec des « collapsologues » et des journalistes. L’introduction de propositions politiques – telles que la décroissance ou la valorisation de l’action locale – ainsi que l’inscription des questions environnementales en dehors des rubriques scientifiques constituent une transformation politisante de leur cadrage médiatique. Toutefois, celle-ci n’est que partielle : les « collapsologues » ne sont pas « autrement socialisés » que les entrepreneurs de cause traditionnellement médiatisés et le récit qu’ils portent ne relève d’aucune grille de lecture politique – institutionnelle ou militante. Ce travail s’inscrit, dans ce sens, dans une réflexion plus large sur le rôle des organisations médiatiques et des journalistes dans la transformation et/ou la reproduction de l’ordre social et politique.

  • Antoine Aubert (Université Paris I Panthéon-Sorbonne, CESSP), « Les médias, principaux acteurs de la ‘révolution conservatrice’ des années 1980 ? »

Cette communication revient sur le rôle des médias français dans la “révolution conservatrice” des années 1980. A partir d’une dense enquête prosopographique sur le devenir d’intellectuels révolutionnaires actifs entre 1968 et 1981 (n=813), à laquelle s’ajoute un important travail de dépouillement d’archives et la conduite d’une centaine d’entretiens, il s’agit de revenir sur le double rôle des médias, qui furent à la fois les principaux acteurs de l’invisibilisation des marxismes au sens large mais aussi de la justification du tournant, comme le montre le cas de Libération. Le principal résultat de l’enquête est que, parmi les intellectuels étudiés, très rares sont ceux dont la trajectoire au cours des années 1980 est marquée par le « changement » et donc par une conversion idéologique. Ce résultat ne signifie pas que les années 1980 ne sont pas marquées par une emprise croissante des idées conservatrices dans le champ intellectuel français, mais il nous encourage à déplacer le regard vers le rôle des médias dans ce changement.

  • Martin Baloge (Université Paris I Panthéon-Sorbonne, CESSP / Université de Lorraine, CREM), Nicolas Hubé (Université de Lorraine, Centre de Recherche sur les Médiations – CREM) & Pierre Mayance (Université Paris I Panthéon-Sorbonne, CESSP), « Jean-Jacques Bourdin au service de la démocratie ? Sociologie des rôles et conflictualité lors des interviews matinales »

En France jusqu’alors, l’apparition du politique à la télévision a fait l’objet d’une analyse sociologique, consistant pour l’essentiel à analyser les logiques structurales de domination d’un capital médiatique et de la représentation politique. Nous proposons de nous pencher sur ces manières d’agir en public en observant les interactions fines des journalistes et des élu.e.s en interview, moment à partir desquels se donnent à voir la “bonne distance” entre les deux acteurs. Nous cherchons à voir comment en pratique se joue la transformation/reproduction de l’ordre social et politique à travers les interviews politiques. Notre communication s’appuie sur un corpus de 64 interviews télévisées tirées de deux chaînes de télévision, l’une publique (France 2) et l’autre privée (BFM TV), et de deux chaînes de radio, l’une publique (France Inter) et l’autre privée (RTL) lesquelles diffusent des émissions politiques matinales (respectivement Les quatre vérités présentée par Caroline Roux, Bourdin direct, présenté par Jean-Jacques Bourdin ; l’interview de 7h50 présentée par Léa Salamé et l’invité de RTL, présenté par Elizabeth Martichoux). Pour l’analyse, nous avons développé avec l’INA un outil numérique d’aide à l’annotation. L’objectif ce faisant est d’identifier les dynamiques précises des interactions, en particulier celle des interruptions et des coupures de paroles. En effet, cette analyse des formes oppositionnelles des échanges permet de mesurer les effets de domination (de genre, de classe ou statutaire) d’un acteur sur un autre : qui peut « se permettre » d’interrompre son interlocuteur ? sur quels sujets ? et qui accepte une telle interpellation ? Notre enquête cherche à croiser l’analyse de discours, l’analyse positionnelle, les effets de conjoncture et les propriétés socio-biographiques des intervenants. C’est donc une sociologie dynamique quali-quanti des échanges sur un plateau lors de ces moments matinaux stratégiques que nous proposons.


Assemblée générale du RT37 Vendredi 9 juillet 2021 | 13h-14h


Session 5. La conservation/transformation de l’ordre social par la production des biens symboliques | Vendredi 9 juillet 2021 | 14h-16h

Discutante : Julie Sedel (Université de Strasbourg, SAGE)

  • Keyvan Ghorbanzadeh (Université Paris I Panthéon-Sorbonne, CESSP), « Le miroir et la boule de cristal. L’ajustement des positions conservatrice et progressiste au sein de la régulation publicitaire »

Cette communication revient sur la polarisation des positions “conservatrices” et “progressistes” au sein de la régulation publicitaire en France. En s’appuyant sur une enquête ethnographique au sein des espaces de construction et d’évaluation de l’ordre du discours publicitaire, on montrera qu’en fonction des espaces les acteurs revendiquent un rôle et une fonction différente pour la publicité. D’un côté, il y a une institution presque centenaire, l’ARPP, qui définit la publicité en tant que “miroir de la société” : elle ne devrait que reproduire cette dernière. De l’autre, des jeunes entrants regroupés au sein d’associations de “communication responsable” estiment que la publicité devrait être “en avance sur son temps” et faire advenir un ensemble de changements sociaux (écologie, genre, diversité etc.). La régulation est alors pour eux une démarche de définition positive. Ces jeunes entrants étiquettent leurs aînés en tant que “conservateurs” et revendiquent une étiquette “progressiste”, mais au-delà de cette opposition pertinente au premier abord, on verra dans un second temps que ces deux registres sont en réalité complémentaires et permettent ensemble la réaffirmation des effets du message publicitaire.

  • Sandrine Leveque (Sciences Po Lille, CERAPS), « La frivolité comme « combat politique » : le projet journalistique des fondatrices du magazine ELLE, entre émancipation et conservatisme »

Cette communication revient sur la création du magazine ELLE en cherchant à comprendre, à partir d’une analyse du projet éditorial et des trajectoires des journalistes qui l’ont porté, comment s’invente un discours journalistique à la fois émancipateur et conservateur de l’ordre social. Il s’agit de comprendre les fondements de l’identité d’une presse féminine prise dans ce double discours d’émancipation des femmes et de conservation de l’ordre du genre. A partir du dépouillement de la collection du magazine ELLE de la date de sa création en octobre 1945 à 1970 (date à laquelle sont organisés les Etats généraux de la Femme) et d’une analyse biographique des journalistes, nous chercherons à montrer comment s’invente alors une lectrice-consommatrice à la fois suffisamment émanciper pour acheter les produits dont le journal fait la promotion et suffisamment « femme » pour les consommer et rester sans son rôle. Nous mettrons en relation ce positionnement éditorial avec les conditions même de production du journal et nous chercherons à comprendre à partir d’une analyse sociologique des dispositions de celles qui ont porté ce projet comment s’impose une forme de journalisme qui servira pendant longtemps de « maitre étalon » du journalisme au féminin.

  • Ivan Chupin (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, Printemps), Pierre Mayance (Université Paris I Panthéon-Sorbonne, CESSP), « La presse agricole, une presse de libertés ? »

A priori rien n’est plus dépendant politiquement et économiquement qu’une presse professionnelle. La presse agricole apparaît comme dépendante du syndicalisme majoritaire auquel elle appartient majoritairement sur un plan capitalistique, elle apparaît comme dépendante économiquement des annonceurs (phytosanitaires, machinisme…) auxquels elle vend ses pages et ses encarts. Cet espace ne saurait donc revendiquer une autonomie tant il semble hétéronome de prime abord. L’analyse du rôle d’une telle presse dans la reproduction de l’ordre social et politique serait ainsi a priori entendue. Or, nous montrerons que cette presse n’exclut pas d’abord tout un mouvement d’autonomisation professionnelle perceptible au travers de la création d’une association spécialisée (l’Association française des journalistes agricoles – AFJA) depuis les années 1950. Elle cherche à se construire comme un sous champ spécialisé autonome, dans lequel les journalistes constituent une avant-garde de l’affirmation du monde agricole dans l’espace social et sont les accompagnateurs de ses changements sociaux. Sur le plan de la dépendance syndicale, cette presse apparaît ensuite dans son contenu comme relativement autonome. En effet, son caractère très technique (plus de 70% des articles produits dans la France agricole par exemple) et, par là, faiblement syndicalisé lui permet de se prémunir des interventions directes des actionnaires. Cette presse si elle parvient à s’assurer, contre toute attente, une certaine autonomie à l’égard des actionnaires et des annonceurs n’échappe pourtant pas au néo-libéralisme. Son caractère de presse de conseil d’achats en fait un outil de conservation d’un ordre social au service du marché agricole. C’est de ce point de vue, que l’étude de la presse professionnelle entend concourir à une étude du néolibéralisme et de l’emprise marchande.


Session 6. Analyser le changement de l’idéologie dominante sur le temps long | Vendredi 9 juillet 2021 | 16h30-18h

Discutant :  Julien Duval (CNRS, CESSP) (sous réserve)

  • Salomé Do (ENS, LATTICE / Sciences Po Paris, Médialab), Étienne Ollion (Ecole polytechnique, CNRS), Rubing Shen (Sciences Po Paris, Médialab / ENSAE, CREST), « La langue du pouvoir. Le journalisme politique d’hier à aujourd’hui, une étude outillée par l’intelligence artificielle. »

L’étude du récit politique produit par les journalistes nous renseigne sur les intrications entre le champ journalistique et le champ politique. Si la montée d’une narration stratégiste et des schèmes censés révélés les coulisses sont désormais des résultats classiques de la sociologie des médias, d’autres questions telles que les étapes et la chronologie des évolutions, l’ampleur de diffusion, et bien sûr ses causes, sont toujours sujettes à débats. Dans cette intervention, nous nous proposons de revisiter cette question classique en déployant une méthodologie innovante issue du domaine de traitement automatique du langage (Natural Language Processing) via un recours raisonné à des algorithmes d’apprentissage profond. Une fois entraînés par un humain expert sur un échantillon limité, l’algorithme annote un corpus massif d’articles de presse avec succès. L’étude présente cette méthode, qui pourrait être utile pour une sociologie du journalisme intéressée au contenu des textes. Elle permet aussi d’actualiser et compléter les résultats classiques sur ce sujet ( l’augmentation de la place consacrée aux politics au détriment des policies, la montée d’une couverture stratégiste, l’importance croissante des révélations des coulisses…), mais aussi de les préciser en montrant des étapes et des chronologies différenciées de ces évolutions. Ce faisant, on revient empiriquement armé sur les différentes hypothèses sur les causes de ces transformations (concurrence économique, montée du journalisme d’investigation, renouvellement générationnel des journalistes…).

  • Boris Attencourt (Université de Paris / EHESS, CESSP), « La visibilité intellectuelle dans la légitimation de l’idéologie dominante : le cas des conférences savantes à diffusion élargie »

À partir des années 1970, on assiste à l’émergence de tout un ensemble de circuits de visibilité des intellectuels : presse de qualité, revues intellectuelles à grand tirage, grands établissements culturels, cercles de réflexion, instances de conférences, émissions culturelles de radio et de télévision, maisons d’édition, organismes d’études parapublics, commissions gouvernementales, conseils d’administration de grandes entreprises, etc. En instaurant une circulation circulaire à grande échelle des idées et de leurs porteurs au sein des univers du pouvoir (médias, haute administration, personnel politique, patronat, lieux neutres, etc.), de tels circuits ont fini par s’imposer au milieu des années 1980 comme l’un des principaux espaces où s’actualise l’idéologie dominante par laquelle la classe dirigeante fonde sa domination. Dans cette communication, il s’agira d’établir que les instances de conférences savantes à diffusion élargie ayant acquis une place cardinale au sein de ces nouveaux circuits de célébration culturelle participent depuis la fin des années 1980 de la subordination de représentants du monde intellectuel aux ordres économique et politique.


Comité d’organisation

Berthaut, S. Dahani, B. Ferron, C. Gousset, P. Mayance

Comité scientifique

Hadj Belgacem, F. Brisset-Foucault, J. Berthaut, I. Chupin, S. Dahani, B. Ferron, C. Gousset, N. Hubé, N. Kaciaf, P. Mayance, J. Sedel, K. Souanef


Créé en 2002, le réseau thématique « Sociologie des médias » (RT 37) est l’un des cinquante réseaux thématiques de l’Association Française de Sociologie. Il vise à fournir un espace de travail commun à l’ensemble des chercheurs travaillant sur le journalisme et les médias dans une perspective sociologique. Ce domaine de recherche analyse la structure et les dynamiques d’autonomisation du champ journalistique, en particulier vis-à-vis des champs politique, économique et culturels ; les conditions de travail et les propriétés sociales des journalistes et des autres professionnels des médias ; le fonctionnement et les formes d’organisation des différentes organisations et institutions médiatiques ; l’analyse des productions et des visions du monde social que véhiculent les médias ; et enfin leur réception et leurs usages par les publics. Dans une démarche sociologique critique, l’objectif est d’articuler ces différents niveaux d’analyse pour réinscrire la sociologie du journalisme et des médias dans une sociologie générale. Le RT37 entend ainsi structurer un espace de débat scientifique en sociologie du journalisme et des médias, lui donner une meilleure visibilité académique, y compris internationale, et développer les échanges et passerelles avec les autres secteurs et spécialités de la sociologie.


Contact : rt37afs.sociologiedesmedias@gmail.com

Page Web : https://afs-socio.fr/rt/rt37/

Groupe Facebook : https://www.facebook.com/groups/534322137039485/

Carnet Hypothèses : https://sociomedias.hypotheses.org/




Le RT 37 en grève : suspension des activités en soutien aux mobilisations contre la réforme des retraites

Motion des membres du RT Sociologie des Médias de l’A.F.S

Nous, membres du Réseau Thématique Sociologie des Médias (RT37) de l’Association Française de Sociologie, déclarons suspendre les activités scientifiques du réseau en soutien aux mobilisations contre la réforme des retraites.

La mobilisation continue en cette nouvelle année, suite au maintien des propositions du rapport Delevoye, avec pour objectif une proposition de loi qui continuerait à creuser les inégalités sociales et détruirait notre système actuel de retraite. Pour nous, personnels titulaires ou jeunes chercheur.e.s de l’ESR, comme pour d’autres salarié.es du privé et du public, il s’agit d’un nouveau recul de notre rémunération et d’un coup de plus donné à la reconnaissance de nos métiers.

Face à l’absence de prise en compte des propositions des syndicats par le gouvernement, face à l’absence de reconnaissance des mobilisations en cours, face à un horizon de plus grande précarité déjà fortement institutionnalisée dans l’E.S.R, nous nous opposons à cette réforme et appelons à la mobilisation et à la grève.

Les activités scientifiques du RT sont donc suspendues et nous espérons vous voir nombreux.ses en manifestation et dans les diverses mobilisations.

Les membres du RT37 Sociologie des Médias de l’AFS, le 10 janvier 2020.




Media and Social Violence / Médias et violence sociale – JE RT37/LaSSP à SciencesPo Toulouse le 20 novembre 2019

  Le Réseau Thématique « Sociologie des médias » (RT37) de l’Association Française de Sociologie et le LaSSP (Laboratoire des Sciences Sociales du Politique – SciencesPo Toulouse) ont le plaisir de vous inviter à une journée d’étude :

Médias et violence sociale | Media & Social Violence

20 novembre 2019 |SciencesPo Toulouse

Cette journée d’étude se propose de profiter de la venue de Silvio Waisbord (Université George Washington, Editor-in-chief du Journal of Communication) en tant que professeur invité à Sciences Po Toulouse pour explorer une des thématiques qu’il a récemment étudié (notamment dans : News of Baltimore: Race, Rage and the City, Routledge, 2017) en rassemblant la communauté des chercheurs toulousains et français sur le journalisme et les médias et/ou travaillant des objets pertinents pour la problématique (travaux sur l’urbain, l’action collective, la construction des problèmes publics, etc.). Il s’agit ainsi de visibiliser les travaux sur le journalisme et les médias au sein de ce champ de recherche tant au niveau national qu’international. L’ambition est en effet de mieux faire connaître les derniers travaux français au sein de la communauté de recherche internationale en engageant un dialogue fructueux avec l’un de ses acteurs majeurs.

Cette journée d’étude répond à deux objectifs principaux. Il s’agit tout d’abord d’avancer scientifiquement dans une meilleure connaissance de la contribution des médias à l’émergence et à la mise en forme et en publicité de problématiques (et des mouvements qui leurs sont liés) ayant trait aux divers phénomènes de violence sociale. Promouvoir une réflexion en termes de violence sociale permet de ne pas en rester aux réalités les plus visibles et les plus stigmatisées (violences urbaines, faits-divers) qui concernent les franges les plus dominées de l’espace social mais d’analyser de front d’autres modalités, longtemps (et parfois toujours) invisibilisées ou euphémisées, de violence sociale émanant d’autres groupes sociaux souvent plus dominants (violence de classe, de genre, raciale, des rapports au travail, etc.). En envisageant de manière globale ces phénomènes, on s’autorise à ne pas en rester aux différences faciales et à mieux comprendre les logiques générales de leur médiatisation (ou de leur non-médiatisation). Il s’agit ensuite de contribuer à la visibilité de la recherche française sur ces questions à l’échelle internationale en profitant de la présence d’un de ceux qui fait office de « passeur » international des problématiques et des travaux dans l’espace scientifique mondial (Silvio Waisbord publie tant en anglais qu’en espagnol, est et a été à la tête de revues centrales : International journal of Press/Politics, puis du Journal of Communication). Pour ce faire les présentations se dérouleront en anglais.

La thématique retenue est volontairement large. Si bien entendu elle s’adresse à la communauté de recherche sur le journalisme et les médias, elle vise surtout à faire dialoguer ces recherches avec d’autres menées dans d’autres sous-espaces scientifiques (sociologie urbaine, conflits du travail, action collective et mouvements sociaux, sociologie politique) qui sont confrontées à la question de la médiatisation des phénomènes qu’ils observent sans toujours pouvoir en faire un aspect central de l’analyse. Cette journée d’étude sera donc l’occasion d’un enrichissement mutuel des problématiques et des connaissances et de constituer en objet scientifique ce qui est traditionnellement analysé de façon séparée. L’ambition est de travailler ensemble la médiatisation de ces rapports de force et les logiques sociales communes qui président à leur médiatisation ou à leur absence de médiatisation : routines professionnelles des journalistes, rapport structuré des journalistes à la société au travers de leurs réseaux de sources d’information, cadrages médiatiques dominants, etc.

S’il existe parfois une proximité d’objet (les travaux sur la communication et le journalisme se retrouvant tout à la fois en sociologie, en science politique et en information-communication) elle ne s’incarne par toujours, par un effet classique de fonctionnement disciplinaire, dans des espaces communs de dialogue et d’échange scientifique. Par ailleurs, le thème retenu invite aussi des chercheurs qui travaillent de manière prédominante sur des objets et selon des perspectives qui ne font pas de la question de la médiatisation un aspect central de l’analyse à explorer cet angle mort voire ce « remords de recherche » à l’occasion de cette rencontre. La journée est organisée en partenariat entre le LaSSP (Laboratoire des Sciences Sociales du Politique) et le réseau thématique « sociologie des médias » (RT37) de l’Association française de sociologie. La discussion des communications sera assurée par Erik Neveu (Arènes, UMR 5061).


Program

| 9h-9h20 | Welcome & coffee

| 9h20-9h30 |Media and Social Violence: international and interdisciplinary perspectives“, introductory speech by Olivier Baisnée (LaSSP, SciencesPo Toulouse) & Benjamin Ferron (Céditec EA3119, UPEC)

| 9h30-12h30 | The Media, witnesses or agents of social violence?

  • Julie Sedel (Strasbourg University, SAGE-UMR 7363) & Jérôme Berthaut (Bourgogne University, CIMEOS EA 4177), “Building consensus on social problems: the media coverage of French inner cities
  • Paul Le Derff (Lille University, CERAPS-UMR 8026), “Between silence and scandal: a police deadly use of force event analysis in France (1990-2016)
  • Silvio Waisbord (George Washington university), “Back to News of Baltimore: Race, Rage and the City (Routledge, 2017)

| 12h30-14h | Lunch break

|14h-17h | The (auto)mediatization of social conflicts as political work

  • Ysé Vauchez (Paris Sorbonne University, CESSP/CRPS, INA), “French ’Re-information’: producing, mediatizing, legitimizing a racist and reactionary discourse
  • Nikos Smyrnaios & Brigitte Sebbah (Toulouse III University, LERASS), “What do the Yellow Vests say online about violence and what the media say about them? A discourse analysis
  • Olivier Baisnée, Jérémie Nollet, Cyriac Gousset & Alizé Cavé (SciencesPo Toulouse, LaSSP), “Between denial, testimony and riot porn: disclosing physical violence, disguising social violence in  the media coverage of the Yellow Vests movement

Discussion: Erik Neveu (Arènes, UMR 5061)


Contacts : Olivier Baisnée (olivier.baisnee@gmail.com) & Benjamin Ferron (benjam1ferron@gmail.com)

Adress : SciencesPo Toulouse, 2 Ter Rue des Puits Creuses, 31000 Toulouse




Luttes des classes et des classements dans les médias – Programme du RT37 pour le 8e Congrès de l’AFS (Aix, 8/2019)

VIIIe congrès de l’Association Française de Sociologie

 « Classer, déclasser, reclasser »

Université d’Aix-Marseille

Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines

Aix-en-Provence | 27-30 août 2019


Programme des sessions du réseau thématique « Sociologie des médias » (RT37)

 Luttes des classes et des classements dans les médias


Comment les professionnels des médias décrivent-ils et pensent-ils le monde social ? Comment articuler l’analyse sociologique de ces représentations médiatiques aux conditions matérielles de leur production ? La sociologie du journalisme et des médias montre que, loin de n’être que de simples « reflets » du monde social, les médias d’information contribuent à la sélection et au cadrage des sujets jugés dignes d’être portés à la connaissance de leurs publics, au prix d’un travail de construction qui est largement dépendant de logiques économiques (rôle des actionnaires, des annonceurs), politiques (rôle des soutiens, des sources, des publics, etc.) et professionnelles (hiérarchies internes, critères d’excellence). Dans le cadre du VIIIe Congrès de l’Association Française de Sociologie qui porte sur le thème « Classer, déclasser, reclasser », les sessions du réseau thématique «  Sociologie des médias » (RT37) proposent d’appréhender « les médias », ces entreprises économiques de production de biens culturels de grande diffusion, comme des opérateurs centraux des luttes asymétriques pour l’imposition de représentations légitimes de l’ordre social. Dans cette perspective, les communications présentées questionnent les opérations de découpage et de labellisation des agents, des contenus, des supports et des registres d’expression qui composent aujourd’hui l’univers médiatique, dans un contexte de subordination accrue aux logiques commerciales (session 1). Elles cherchent parallèlement à analyser les opérations de typifications de l’univers médiatique, conduites par des agents des champs politiques et bureaucratique (session 2). Il s’agit ensuite de saisir le travail de classement du monde social opéré par les professionnels des médias, en fonction des contraintes qui pèsent sur ce travail, sous forme d’injonctions économiques, politiques, professionnelles, et des intérêts spécifiques liés à leurs trajectoires et positions sociales (session 3). Elles interrogent également la manière dont les transformations des catégories de l’entendement médiatique informent des normes dominantes en vigueur chez les professionnels des médias, notamment les journalistes, comme de l’état des rapports de force entre les différents agents sociaux qu’ils médiatisent (session 4). Enfin, les échanges porteront sur les conditions d’imposition ou de subversion des logiques médiatiques dans d’autres champs de production symbolique susceptibles de contester le monopole journalistique de la production et de la distribution des informations (session 5).


Session 1. Les principes de (di)vision des marchés de l’information : pouvoir économique des dirigeants de médias et organisation du travail journalistique | Mardi 27 août 2019 | 10h30-12h30

Discutant : Karim Souanef (Université de Lille, CERAPS UMR 8026)

  • Julie Sedel (Université de Strasbourg, SAGE-UMR 7363), « Saisir les transformations du champ des médias d’information par leurs dirigeants et actionnaires »

Quels liens peut-on établir entre les structures économiques des médias et leurs dirigeants ? L’objectif de cette présentation est de tenter d’y répondre à travers une étude statistique longitudinale des dirigeants de médias français portant sur les années 1986, 1996, 2006, 2016. En reliant les caractéristiques des dirigeants de médias aux actionnaires de ces institutions (Etat, filiale de groupe industriel, groupe de presse, société civile), l’on se propose de saisir les liens entre structures économiques et éditoriales. Cette communication repose sur l’analyse prosopographique des dirigeants d’une vingtaine de médias nationaux complétée par des entretiens auprès d’une fraction d’entre eux.

  • César Castellvi (EHESS), « La distribution organisationnelle des sources au Japon : analyse d’un mécanisme de segmentation de l’activité journalistique »

En étudiant la manière dont les journalistes obtiennent leur accès aux sources d’information, cette communication met en lumière l’existence d’une forme tacite de classement des reporters en fonction de leur entreprise et de leur statut. À partir de l’analyse des clubs de presse japonais (kisha kurabu), l’objectif est de présenter un cas où le rattachement salarial devient un moyen d’instaurer une juridiction professionnelle et de segmenter le marché du travail en donnant le monopole de l’accès aux sources institutionnelles aux reporters travaillant en tant que salariés réguliers d’une entreprise de presse ou d’une chaîne de télévision. On se basera sur une observation participante de deux ans et demi dans la rédaction d’un quotidien national, des observations non-participantes menées dans plusieurs clubs de presse en mairie, en préfecture et dans un commissariat de police, ainsi que des entretiens avec des reporters.

  • Claire Ducournau (Université Paul-Valéry – Montpellier 3, RIRRA21-EA4209), « Awa : la revue de la femme noire en ses (dé)classements : contribution à une cartographie socio-historique de la presse africaine de langue française (années 1960-1970) »

Des années 1950 aux années 1970, paraissent une série de magazines panafricains de langue française d’un nouveau genre : parmi cet ensemble incluant Bingo : l’illustré africain ou La Vie africaine, seuls Amina et Jeune Afrique poursuivent leur existence aujourd’hui. Le (dé)classement de ces périodiques pour une bonne part produits en France mais distribués jusqu’en Afrique fait réfléchir aux contours en partie néocoloniaux du champ journalistique français comme à ses découpages en termes de rapports sociaux de race et de sexe. En s’intéressant aux conditions sociales de la production et de la disparition de l’un de ces périodiques, Awa : la revue de la femme noire, publié à Dakar de 1964 à 1973, cette communication voudrait éclairer, au prisme du genre, la genèse transnationale d’un secteur de la presse magazine contemporaine alors peu professionnalisé à partir d’entretiens, des trajectoires de ses responsables et de leurs modes de signature.

  • Dimitris Trimithiotis & Sophia Stavrou (Université de Chypre, Département des Sciences Sociales et Politiques), « L’organisation du travail journalistique face aux contraintes du numérique : entre classements professionnels et déclassements économiques (Chypre, 2017-2019) »

Cette communication s’intéresse aux reclassements des professionnels et de leurs compétences dans le champ journalistique. Elle propose d’examiner comment les nouvellement formés au métier de journaliste négocient leur activité entre, d’une part, leur formation à la profession-vocation basée sur une culture journalistique (des principes éthiques, d’intérêt général) et d’autre part leur position d’agent sur un marché soumis aux contraintes du numérique. Pour ce faire, l’étude articule des analyses sur les effets de la numérisation du travail à des recherches sur la précarisation du champ journalistique. Elle s’appuie sur une approche méthodologique qui traite la couverture journalistique dans les médias en ligne au le niveau du message, par l’analyse du discours médiatique, et au niveau du processus de production, par le biais d’entretiens avec des agents de la production médiatique. Les résultats présentés sont tirés d’une enquête empirique menée à Chypre entre 2017 et 2018. Le premier volet des données concerne les conditions de travail et les pratiques des journalistes, recueillis à partir de récits de pratique des professionnels. 45 entretiens semi-directifs ont été réalisés avec des jeunes journalistes diplômés de l’enseignement supérieur, ainsi qu’avec des employeurs du champ des médias. Le deuxième volet des données comprend un corpus de données d’analyse des discours médiatiques sur trois thèmes distincts : les affaires européennes, l’immigration, et le chômage des jeunes. Le cas de Chypre permet de mettre à l’épreuve empirique nos hypothèses dans un contexte qui associe deux caractéristiques fondamentales : premièrement, une consommation des médias numériques d’information qui rivalise avec celle de la télévision ; deuxièmement, une crise économique qui a touché le pays à partir de 2013 a affecté dramatiquement de nombreux secteurs d’activités, y compris celui des médias.


Session 2. Gouverner les hiérarchies médiatiques : les luttes politiques et bureaucratiques pour les classements légitimes de la presse | Mardi 27 août 2019 | 16h30-18h30

Discutant : Jérémie Nollet (Sciences Po Toulouse, Lassp – EA 4175)

  • Simon Mangon (Cherpa – EA 4261, SciencesPo Aix), « Retour en classe. Les journalistes des médias “citoyens” face à l’éducation aux médias et à l’information (EMI) »

De nombreux journalistes sont investis dans des ateliers d’éducation aux médias et à l’information (EMI). Ces dispositifs se sont multipliés depuis les attentats contre Charlie Hebdo en 2015, avec une volonté politique affichée de développer « l’esprit critique » à l’école. La communication propose d’analyser ces dispositifs d’EMI comme des instruments de gouvernement du champ médiatique, qui impliquent une hiérarchisation des agents selon des catégories exogènes, et la diffusion de « bonnes pratiques » professionnelles. Cette enquête de terrain menée dans la région Sud montre que les médias « citoyens » sont les principaux acteurs de ces dispositifs, malgré leur position marginale dans le champ médiatique. La recherche analyse comment l’EMI, à la fois source de financement et de « distraction » pour les journalistes, interroge les frontières de la profession et le rapport aux autorités politiques.

  • Barbara Gonçalves das Virgens (EHESS, CESSP), « Entre logiques d’exclusion et enjeux sécuritaires : la (dis)qualification des ‘jeunes de banlieue’ par la presse à Rio de Janeiro »

Le présent travail interroge le processus de qualification et disqualification des jeunes des quartiers défavorisés par la presse de Rio de Janeiro. A partir de l’analyse des journaux produits par le plus grand groupe de communication du pays, on entend démontrer comment les médias participent à la construction du malaise social envers cette population, la plus exposée à la violence, et dans quelle mesure cette vision médiatique est mobilisée au profit des intérêts des classes dominantes qui assurent la gestion de la ville. Cette enquête s’appuie sur le croisement des données extraites de l’analyse des textes journalistiques de la presse locale sur la jeunesse de banlieue et sur un ensemble d’observations et d’entretiens réalisés lors d’une enquête de terrain exploratoire au cours de l’année 2018. Après avoir présenté les principales caractéristiques des journaux et leur positionnement dans le champ journalistique, on montrera en quoi les représentations médiatiques contribuent à la stigmatisation de la jeunesse de banlieue, avant d’interroger les possibles liens entre ce discours et les intérêts des classes dominantes.

  • Pelin Ünsal (IRISSO, Université Paris-Dauphine, CETOBaC, EHESS), « Un passage irréversible : les trajectoires de journalistes turcs des médias généralistes vers les médias d’opposition »

En Turquie, chaque rupture de contrat d’un journaliste des médias généralistes (les chaînes de télévision et les journaux appartenant aux grands groupes médiatiques comme Demirören, Doğuş, Ciner, qui s’adressent à un large public) suscite des soupçons de menace sur le « quatrième pouvoir ». La rupture du contrat des reporters, des rédacteurs en chef ou des chroniqueurs, surtout s’ils sont connus par leur opposition au gouvernement AKP ou Président Erdoğan, est considéré comme une démonstration de l’extrême dépendance des politiques éditoriales sur les intérêts des élites ou de l’asservissement de la direction au conformisme intellectuel. Cette communication, fondée sur un travail de terrain (52 entretiens effectués avec les journalistes et les chefs de rédaction), porte sur le transfert unidirectionnel des journalistes des médias grand public vers les médias d’opposition dans un espace médiatique clivé. L’analyse se base sur les trajectoires et les conditions matérielles des journalistes dans un contexte « exceptionnel ». Elle interroge la (non) circulation des journalistes entre les médias soumis des contraintes commerciales (les médias grand public) et les médias qui font face au tarissement  de leurs sources de financement. La communication propose ainsi de contribuer l’analyse des frontières et circulation entre les médias dits « traditionnelles » et les médias d’« opposition ».


Session 3. Instaurer/restaurer l’ordre professionnel : les logiques d’autonomisation et de circulation des catégories indigènes du champ journalistique | Mercredi 28 août 2019 | 9h-10h30

Discutante : Julie Sedel (Université de Strasbourg, SAGE-UMR 7363)

  • Olivier Baisnée, Alizé Cavé, Cyriac Gousset & Jérémie Nollet (Sciences Po Toulouse, LaSSP), « La médiatisation des ‘gilets jaunes’ à Toulouse. Luttes des classes et de classements dans la presse locale »

La communication vise à rendre compte des luttes symboliques à l’œuvre au sein du champ journalistique, et plus particulièrement dans le travail des journalistes locaux, à l’occasion de la mobilisation des « gilets jaunes ». Elle interroge l’émergence et la légitimation de pratiques journalistiques dans la couverture des mouvements sociaux, et met au jour des principes de division au sein de l’espace des agents contribuant à la médiatisation des « gilets jaunes ». L’enquête, localisée à Toulouse, repose sur la réalisation d’entretiens semi-directifs avec les journalistes, professionnels et non professionnels, couvrant la mobilisation. Ils sont complétés par des observations lors des manifestations et une analyse des productions journalistiques. Une première analyse des matériaux accumulés laisse envisager trois types de luttes de classement sur les pratiques professionnelles des journalistes locaux : d’abord entre journalistes des rédactions nationales et régionales, ensuite au sein de l’espace des journalistes locaux, et enfin entre journalistes et « médiactivistes ».

  • Keyvan Ghorbanzadeh (Université Paris 1, CESSP), « L’agence de communication, une rédaction comme une autre ? Interroger la frontière entre journalisme et communication au prisme des transferts de normes professionnelles»

Cette communication revient sur le brouillage progressif des frontières entre journalisme et  communication commerciale. Envisageant le champ de la production d’information à partir de son pôle le plus commercial, représenté par les agences de communication, nous étudions l’importation croisée des catégories indigènes de « public » et de « cible ». Après un an d’ethnographie dans des agences de communication complétée par un travail prosopographique, nous montrons que l’instauration de routines de classements comparables chez les journalistes et les « communicants » est liée à des trajectoires scolaires, sociales et professionnelles homologues. L’arrivée de jeunes journalistes précaires dans les agences permet à ces dernières de revendiquer la production d’une information légitime. Les normes professionnelles du journalisme sont ainsi au cœur de la promesse d’enrôlement du « public » faite aux clients. L’institutionnalisation de cette logique s’observe au sein des rédactions, comme l’indiquent des entretiens réalisés avec des journalistes travaillant dans une agence de communication qui entend fonctionner comme une rédaction et se présente à ses publics – et à ses clients – comme un « média généraliste ». En son sein, des « communicants » occupant des postes de coordination (secrétaire de rédaction, direction éditoriale) dirigent des journalistes produisant du contenu en faisant valoir l’enjeu « de la cible et non plus du public » (entretien). On voit ainsi comment ces agences participent de l’instauration d’un nouvel ordre professionnel dans la production de l’information.

  • Samuel Coavoux (Orange Labs/SENSE, Centre Max Weber) & Noémie Roques (Université Paris 13, Experice), « Les carrières médiatiques dans l’économie de plateforme. Trajectoires et compétences des professionnels de la diffusion de jeux vidéo sur Twitch et Youtube »

Les plateformes vidéo sur Internet reposent sur des travailleurs indépendants pour la production des contenus. En quoi les conditions d’accès au travail sur ces plateformes modifient-elles l’offre médiatique ? Nous présentons une étude de cas des trajectoires de professionnels de l’animation vidéoludique, des vidéastes et commentateurs spécialisés dans le jeu vidéo, dont l’emploi oscille entre travail indépendant et travail salarié dans des webTV. Prenant appui sur une série de 18 entretiens biographiques complétée par l’examen de leur production, nous montrons comment les contraintes propres à ce marché du travail forgent les contenus produits.


Session 4. Luttes de classes et de classements : l’import-export symbolique des visions médiatiques du monde social | Mercredi 28 août 2019 | 11h-13h

Discutant : Samir Hadj Belgacem (Université Jean Monnet, Centre Max Weber UMR 5283)

  • Corentin Roquebert (ENS Lyon, Centre Max Weber), « Le hipster et l’ouvrier – Classements journalistiques et catégories sociologiques dans la presse »

Cette communication vise à étudier la diffusion des catégories de perception et de classement des groupes sociaux dans le champ médiatique. On compare les usages de catégories de classement qui ont une origine médiatique forte (beauf, bobo, hipster, etc.) à celles plus propres au registre sociologique (les classes sociales par exemple) ou socio-administratif (les catégories socioprofessionnelles notamment). Il s’agira de tester l’hypothèse selon laquelle les médias déforment les représentations des groupes sociaux, en utilisant beaucoup plus fortement des termes plus iréniques qui permettent de mieux capter le public, dans un contexte de domination des logiques commerciales. Ce travail poursuit les analyses d’un article (Roquebert, 2018) qui montre une double opposition entre un pôle généraliste et un pôle spécialisé d’une part et, d’autre part, entre un pôle commercial favorisant des catégories iréniques et un pôle utilisant plutôt des catégories proches des classes sociales. Il s’agit d’intégrer ici des classements sociologiques à l’analyse, mais également d’autres désignations de groupes sociaux, afin de voir si cette structure émerge de façon analogue. Les méthodes employées seront des méthodes d’analyse textuelle qui permettent de mettre en rapport les propriétés des discours avec les propriétés des locuteurs. Le corpus analysé est constitué de l’ensemble des articles de presse française des quinze dernières années employant des expressions telles que « classe sociale », « bourgeois » (petit ou grand), « ouvrier » (qualifié/non qualifié), « prolétariat », « prolétaires », « professions intermédiaires », « catégorie socioprofessionnelle », « classe dominante », « CSP+ », « classe(s) populaire(s) », « jeune cadre dynamique », « dominants dominants » (ou dominés), « aristocrates », « élites financières », « col blanc/bleu », « paysannerie », « ménagère de plus de 50 ans », etc.

  • Paul Le Derff (Université de Lille, CERAPS-UMR 8026), « Silence, fait-divers ou scandale ? L’inégale visibilité médiatique des interventions policières mortelles en France (1990-2016) »

Comment certaines interventions policières mortelles parviennent-elles à s’ancrer dans l’actualité sous la forme de « scandales », tandis que la majorité ne dépasse pas la catégorie des « faits divers » ? Si la plupart des victimes sont issues des classes populaires et n’ont qu’une faible visibilité dans les médias, certaines mobilisations parviennent néanmoins à subvertir les classements habituels des médias pour y dénoncer un problème public d’envergure nationale. La communication présente la démarche et les résultats intermédiaires d’une enquête en cours sur les « carrières médiatiques » des interventions policières mortelles ayant lieu en France entre 1990 et 2016. A partir d’un échantillon de 316 interventions policières mortelles ayant fait 350 victimes, nous mesurons l’intensité du volume de productions médiatiques afin d’identifier les facteurs qui, statistiquement, favorisent leur visibilité médiatique.

  • Florent Parruitte (Université Paris-Nanterre, Institut des Sciences Sociales du politique, UMR 7220), « Le périmètre variable d’une labellisation médiatique, le ‘modèle allemand’ et ses avatars dans la presse française».

S’appuyant sur une analyse d’articles et d’interventions parus dans la presse écrite française entre 2010 et 2018, ainsi que sur une étude de leurs auteur.e.s, cette communication a pour objectif d’interroger le processus de catégorisation des sujets d’actualité à travers la labellisation « modèle allemand ». De la transition énergétique au financement des clubs de football, les tentatives pour raccorder ces thématiques, pourtant éloignées, à celle du « modèle allemand » sont nombreuses et dépassent la classification par rubriques. Si l’hypothèse mimétique, centrée sur l’intérêt pour les acteur.e.s à correspondre à une « tendance », constitue un début d’explication, ce processus de labellisation tient également à des contextes sociaux favorables à la politisation de ces thématiques sous l’angle de l’exemplarité de l’étranger.


Session 5. Un « pouvoir médiatique » (dé)structurant ? Co-production et subversion des catégories de l’entendement journalistique | Jeudi 29 août 2019 | 9h-10h30

Discutante : Sophie Noël (Université Paris 13, LabSic)

  • Boris Attencourt (EHESS, CESSP), « Ce que la visibilité médiatique fait aux classements intellectuels : Sartre, Foucault, et les ‘nouveaux philosophes’ »

On assiste au développement à partir des années 1970 de tout un ensemble de circuits de célébration culturelle ayant en commun de mêler référence à la culture légitime, accessibilité et action (presse de qualité, revues intellectuelles à grand tirage, institutions culturelles prestigieuses, lieux de conférences, émissions culturelles de radio et/ou de télévision, maisons d’édition, organismes d’études parapublics, commissions gouvernementales, conseils d’administration de grandes entreprises, laboratoires d’idées, etc.). Or ces nouveaux circuits qui ont instauré pour les producteurs intellectuels une circulation multisectorielle dont émane une visibilité plurielle (grand public cultivé, journalistes, personnel politique, patronat, cadres, etc.), se sont imposés au début des années 1990 comme l’espace au sein duquel se joue désormais la valeur publique des idées et de leurs porteurs. À partir d’une perspective sociohistorique comparée entre les carrières de Sartre et Foucault et celles des « nouveaux philosophes », cette communication se propose donc de contribuer à éclairer les effets sur la production des classements intellectuels de cette visibilité proprement médiatique advenant le plus souvent en bout de chaîne pour parachever toutes les autres.

  • Julie Bouchard (Université Paris 13, LabSic), « Les critiques des classements académiques : ce que les journalistes en font »

Si le champ médiatique a acquis de fait depuis les années 1970 dans différents cadres nationaux le pouvoir de décider de produire ou non des classements sur le monde académique, l’étude à petite échelle de la fabrique des classements académiques médiatiques (cam) a révélé les rapports d’interdépendance entre le champ journalistique et le champ académique qui sont à l’œuvre dans leur production. Entité évaluée subissant positivement ou négativement la parution des cam, l’espace académique sait se montrer aussi engagé dans cette production journalistique : en tant que source pour la définition de critères, la mise en place de méthodologies, la fourniture des données, voire en tant que ressource pour le traitement statistique, le monde académique contribue sur un plan cognitif et pratique à la production de cam ; en tant qu’annonceur, il participe au volet commercial de l’opération. La communication sera fondée sur l’étude de deux titres de la presse magazine française grand public spécialisée en éducation : Le Monde de l’Éducation, qui a produit des classements de 1976 à 1998, et l’Étudiant, qui a réalisé des classements de 1979 jusqu’à nos jours. Trois méthodes seront croisées. Une analyse de corpus fondée sur l’ensemble des classements produits par ces titres et limitée aux critiques publiées dans les supports, une série de 25 entretiens réalisés auprès de journalistes et dans lesquels la question des critiques a été abordée et l’étude d’archives prenant appui sur des courriels de réaction. Le croisement de ces méthodes nous permettra d’approcher la réactivité journalistique aux critiques des classements comme un travail organisé.

  • Ysé Vauchez (Université Paris 1, CESSP/CRPS, INA), « Bienvenue à tous les membres de la PQRR, Presse Quotidienne Régionale de Réinformation !’ : les hommages paradoxaux des militants d’extrême-droite au champ du journalisme professionnel ».

Cette communication souhaite interroger la nature des relations entre les agents issus de deux espaces sociaux que tout semble opposer – les journalistes dits « fact-checkeurs », d’un côté, et les militants de la « réinformation » d’extrême-droite, d’un autre – autour de la question de l’énonciation de la « bonne » information. Cette recherche est fondée sur une étude empirique à la fois « online » (analyse d’un corpus de 55 sites web) et « offline » (entretiens et observations) des activités de ces groupes d’extrême-droite qui prétendent mener une bataille culturelle en revendiquant un journalisme très engagé politiquement. Il s’agit plus précisément de saisir les mécanismes paradoxaux par lesquels ces « réinformateurs » importent dans ce sous-espace militant des pratiques et des normes issues du champ journalistique professionnel, les menant à adopter une double posture de détestation et de mimétisme à son égard.


 Comité d’organisation

Berthaut, B. Ferron

Comité scientifique

Hadj Belgacem, J. Berthaut, S. Bouron, I. Chupin J.-B. Comby, B. Ferron, N. Hubé, N. Kaciaf, M. Mille, J. Sedel, K. Souanef.


Créé en 2002, le réseau thématique « Sociologie des médias » (RT 37) est l’un des cinquante réseaux thématiques de l’Association Française de Sociologie. Il vise à fournir un espace de travail commun à l’ensemble des chercheurs travaillant sur le journalisme et les médias dans une perspective sociologique. Ce domaine de recherche analyse la structure et les dynamiques d’autonomisation du champ journalistique, en particulier vis-à-vis des champs politique, économique et culturels ; les conditions de travail et les propriétés sociales des journalistes et des autres professionnels des médias ; le fonctionnement et les formes d’organisation des différentes organisations et institutions médiatiques ; l’analyse des productions et des visions du monde social que véhiculent les médias ; et enfin leur réception et leurs usages par les publics. Dans une démarche sociologique critique intégrée, l’objectif est d’articuler ces différents niveaux d’analyse pour réinscrire la sociologie du journalisme et des médias dans une sociologie générale. Le RT37 entend ainsi structurer un espace de débat scientifique en sociologie du journalisme et des médias, lui donner une meilleure visibilité académique, y compris internationale, et développer les échanges et passerelles avec les autres secteurs et spécialités de la sociologie.

Contact :  rt37afs.sociologiedesmedias@gmail.com

Groupe Facebook :  https://www.facebook.com/groups/534322137039485/




Sociologie du journalisme et des médias : nouveaux terrains et nouvelles pistes de la recherche doctorale (RT37)

Journée de travail du RT37 | 19 février 2019 |Centre Pouchet (Paris)

10h-10h30 | Introduction de la journée (B. Ferron, J. Berthaut)  

  • Bilan des activités 2017-2018 du RT37
  • Présentation du programme 2019

10h30-13h | Présentation de recherches doctorales 

14h-14h30 | Questions diverses

14h30-16h | Présentation du programme 2019 et réflexion sur les axes de travail du RT37 pour 2019-2021