Luttes des classes et des classements dans les médias – Programme du RT37 pour le 8e Congrès de l’AFS (Aix, 8/2019)

Luttes des classes et des classements dans les médias – Programme du RT37 pour le 8e Congrès de l’AFS (Aix, 8/2019)

VIIIe congrès de l’Association Française de Sociologie

 « Classer, déclasser, reclasser »

Université d’Aix-Marseille

Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines

Aix-en-Provence | 27-30 août 2019


Programme des sessions du réseau thématique « Sociologie des médias » (RT37)

 Luttes des classes et des classements dans les médias


Comment les professionnels des médias décrivent-ils et pensent-ils le monde social ? Comment articuler l’analyse sociologique de ces représentations médiatiques aux conditions matérielles de leur production ? La sociologie du journalisme et des médias montre que, loin de n’être que de simples « reflets » du monde social, les médias d’information contribuent à la sélection et au cadrage des sujets jugés dignes d’être portés à la connaissance de leurs publics, au prix d’un travail de construction qui est largement dépendant de logiques économiques (rôle des actionnaires, des annonceurs), politiques (rôle des soutiens, des sources, des publics, etc.) et professionnelles (hiérarchies internes, critères d’excellence). Dans le cadre du VIIIe Congrès de l’Association Française de Sociologie qui porte sur le thème « Classer, déclasser, reclasser », les sessions du réseau thématique «  Sociologie des médias » (RT37) proposent d’appréhender « les médias », ces entreprises économiques de production de biens culturels de grande diffusion, comme des opérateurs centraux des luttes asymétriques pour l’imposition de représentations légitimes de l’ordre social. Dans cette perspective, les communications présentées questionnent les opérations de découpage et de labellisation des agents, des contenus, des supports et des registres d’expression qui composent aujourd’hui l’univers médiatique, dans un contexte de subordination accrue aux logiques commerciales (session 1). Elles cherchent parallèlement à analyser les opérations de typifications de l’univers médiatique, conduites par des agents des champs politiques et bureaucratique (session 2). Il s’agit ensuite de saisir le travail de classement du monde social opéré par les professionnels des médias, en fonction des contraintes qui pèsent sur ce travail, sous forme d’injonctions économiques, politiques, professionnelles, et des intérêts spécifiques liés à leurs trajectoires et positions sociales (session 3). Elles interrogent également la manière dont les transformations des catégories de l’entendement médiatique informent des normes dominantes en vigueur chez les professionnels des médias, notamment les journalistes, comme de l’état des rapports de force entre les différents agents sociaux qu’ils médiatisent (session 4). Enfin, les échanges porteront sur les conditions d’imposition ou de subversion des logiques médiatiques dans d’autres champs de production symbolique susceptibles de contester le monopole journalistique de la production et de la distribution des informations (session 5).


Session 1. Les principes de (di)vision des marchés de l’information : pouvoir économique des dirigeants de médias et organisation du travail journalistique | Mardi 27 août 2019 | 10h30-12h30

Discutant : Karim Souanef (Université de Lille, CERAPS UMR 8026)

  • Julie Sedel (Université de Strasbourg, SAGE-UMR 7363), « Saisir les transformations du champ des médias d’information par leurs dirigeants et actionnaires »

Quels liens peut-on établir entre les structures économiques des médias et leurs dirigeants ? L’objectif de cette présentation est de tenter d’y répondre à travers une étude statistique longitudinale des dirigeants de médias français portant sur les années 1986, 1996, 2006, 2016. En reliant les caractéristiques des dirigeants de médias aux actionnaires de ces institutions (Etat, filiale de groupe industriel, groupe de presse, société civile), l’on se propose de saisir les liens entre structures économiques et éditoriales. Cette communication repose sur l’analyse prosopographique des dirigeants d’une vingtaine de médias nationaux complétée par des entretiens auprès d’une fraction d’entre eux.

  • César Castellvi (EHESS), « La distribution organisationnelle des sources au Japon : analyse d’un mécanisme de segmentation de l’activité journalistique »

En étudiant la manière dont les journalistes obtiennent leur accès aux sources d’information, cette communication met en lumière l’existence d’une forme tacite de classement des reporters en fonction de leur entreprise et de leur statut. À partir de l’analyse des clubs de presse japonais (kisha kurabu), l’objectif est de présenter un cas où le rattachement salarial devient un moyen d’instaurer une juridiction professionnelle et de segmenter le marché du travail en donnant le monopole de l’accès aux sources institutionnelles aux reporters travaillant en tant que salariés réguliers d’une entreprise de presse ou d’une chaîne de télévision. On se basera sur une observation participante de deux ans et demi dans la rédaction d’un quotidien national, des observations non-participantes menées dans plusieurs clubs de presse en mairie, en préfecture et dans un commissariat de police, ainsi que des entretiens avec des reporters.

  • Claire Ducournau (Université Paul-Valéry – Montpellier 3, RIRRA21-EA4209), « Awa : la revue de la femme noire en ses (dé)classements : contribution à une cartographie socio-historique de la presse africaine de langue française (années 1960-1970) »

Des années 1950 aux années 1970, paraissent une série de magazines panafricains de langue française d’un nouveau genre : parmi cet ensemble incluant Bingo : l’illustré africain ou La Vie africaine, seuls Amina et Jeune Afrique poursuivent leur existence aujourd’hui. Le (dé)classement de ces périodiques pour une bonne part produits en France mais distribués jusqu’en Afrique fait réfléchir aux contours en partie néocoloniaux du champ journalistique français comme à ses découpages en termes de rapports sociaux de race et de sexe. En s’intéressant aux conditions sociales de la production et de la disparition de l’un de ces périodiques, Awa : la revue de la femme noire, publié à Dakar de 1964 à 1973, cette communication voudrait éclairer, au prisme du genre, la genèse transnationale d’un secteur de la presse magazine contemporaine alors peu professionnalisé à partir d’entretiens, des trajectoires de ses responsables et de leurs modes de signature.

  • Dimitris Trimithiotis & Sophia Stavrou (Université de Chypre, Département des Sciences Sociales et Politiques), « L’organisation du travail journalistique face aux contraintes du numérique : entre classements professionnels et déclassements économiques (Chypre, 2017-2019) »

Cette communication s’intéresse aux reclassements des professionnels et de leurs compétences dans le champ journalistique. Elle propose d’examiner comment les nouvellement formés au métier de journaliste négocient leur activité entre, d’une part, leur formation à la profession-vocation basée sur une culture journalistique (des principes éthiques, d’intérêt général) et d’autre part leur position d’agent sur un marché soumis aux contraintes du numérique. Pour ce faire, l’étude articule des analyses sur les effets de la numérisation du travail à des recherches sur la précarisation du champ journalistique. Elle s’appuie sur une approche méthodologique qui traite la couverture journalistique dans les médias en ligne au le niveau du message, par l’analyse du discours médiatique, et au niveau du processus de production, par le biais d’entretiens avec des agents de la production médiatique. Les résultats présentés sont tirés d’une enquête empirique menée à Chypre entre 2017 et 2018. Le premier volet des données concerne les conditions de travail et les pratiques des journalistes, recueillis à partir de récits de pratique des professionnels. 45 entretiens semi-directifs ont été réalisés avec des jeunes journalistes diplômés de l’enseignement supérieur, ainsi qu’avec des employeurs du champ des médias. Le deuxième volet des données comprend un corpus de données d’analyse des discours médiatiques sur trois thèmes distincts : les affaires européennes, l’immigration, et le chômage des jeunes. Le cas de Chypre permet de mettre à l’épreuve empirique nos hypothèses dans un contexte qui associe deux caractéristiques fondamentales : premièrement, une consommation des médias numériques d’information qui rivalise avec celle de la télévision ; deuxièmement, une crise économique qui a touché le pays à partir de 2013 a affecté dramatiquement de nombreux secteurs d’activités, y compris celui des médias.


Session 2. Gouverner les hiérarchies médiatiques : les luttes politiques et bureaucratiques pour les classements légitimes de la presse | Mardi 27 août 2019 | 16h30-18h30

Discutant : Jérémie Nollet (Sciences Po Toulouse, Lassp – EA 4175)

  • Simon Mangon (Cherpa – EA 4261, SciencesPo Aix), « Retour en classe. Les journalistes des médias “citoyens” face à l’éducation aux médias et à l’information (EMI) »

De nombreux journalistes sont investis dans des ateliers d’éducation aux médias et à l’information (EMI). Ces dispositifs se sont multipliés depuis les attentats contre Charlie Hebdo en 2015, avec une volonté politique affichée de développer « l’esprit critique » à l’école. La communication propose d’analyser ces dispositifs d’EMI comme des instruments de gouvernement du champ médiatique, qui impliquent une hiérarchisation des agents selon des catégories exogènes, et la diffusion de « bonnes pratiques » professionnelles. Cette enquête de terrain menée dans la région Sud montre que les médias « citoyens » sont les principaux acteurs de ces dispositifs, malgré leur position marginale dans le champ médiatique. La recherche analyse comment l’EMI, à la fois source de financement et de « distraction » pour les journalistes, interroge les frontières de la profession et le rapport aux autorités politiques.

  • Barbara Gonçalves das Virgens (EHESS, CESSP), « Entre logiques d’exclusion et enjeux sécuritaires : la (dis)qualification des ‘jeunes de banlieue’ par la presse à Rio de Janeiro »

Le présent travail interroge le processus de qualification et disqualification des jeunes des quartiers défavorisés par la presse de Rio de Janeiro. A partir de l’analyse des journaux produits par le plus grand groupe de communication du pays, on entend démontrer comment les médias participent à la construction du malaise social envers cette population, la plus exposée à la violence, et dans quelle mesure cette vision médiatique est mobilisée au profit des intérêts des classes dominantes qui assurent la gestion de la ville. Cette enquête s’appuie sur le croisement des données extraites de l’analyse des textes journalistiques de la presse locale sur la jeunesse de banlieue et sur un ensemble d’observations et d’entretiens réalisés lors d’une enquête de terrain exploratoire au cours de l’année 2018. Après avoir présenté les principales caractéristiques des journaux et leur positionnement dans le champ journalistique, on montrera en quoi les représentations médiatiques contribuent à la stigmatisation de la jeunesse de banlieue, avant d’interroger les possibles liens entre ce discours et les intérêts des classes dominantes.

  • Pelin Ünsal (IRISSO, Université Paris-Dauphine, CETOBaC, EHESS), « Un passage irréversible : les trajectoires de journalistes turcs des médias généralistes vers les médias d’opposition »

En Turquie, chaque rupture de contrat d’un journaliste des médias généralistes (les chaînes de télévision et les journaux appartenant aux grands groupes médiatiques comme Demirören, Doğuş, Ciner, qui s’adressent à un large public) suscite des soupçons de menace sur le « quatrième pouvoir ». La rupture du contrat des reporters, des rédacteurs en chef ou des chroniqueurs, surtout s’ils sont connus par leur opposition au gouvernement AKP ou Président Erdoğan, est considéré comme une démonstration de l’extrême dépendance des politiques éditoriales sur les intérêts des élites ou de l’asservissement de la direction au conformisme intellectuel. Cette communication, fondée sur un travail de terrain (52 entretiens effectués avec les journalistes et les chefs de rédaction), porte sur le transfert unidirectionnel des journalistes des médias grand public vers les médias d’opposition dans un espace médiatique clivé. L’analyse se base sur les trajectoires et les conditions matérielles des journalistes dans un contexte « exceptionnel ». Elle interroge la (non) circulation des journalistes entre les médias soumis des contraintes commerciales (les médias grand public) et les médias qui font face au tarissement  de leurs sources de financement. La communication propose ainsi de contribuer l’analyse des frontières et circulation entre les médias dits « traditionnelles » et les médias d’« opposition ».


Session 3. Instaurer/restaurer l’ordre professionnel : les logiques d’autonomisation et de circulation des catégories indigènes du champ journalistique | Mercredi 28 août 2019 | 9h-10h30

Discutante : Julie Sedel (Université de Strasbourg, SAGE-UMR 7363)

  • Olivier Baisnée, Alizé Cavé, Cyriac Gousset & Jérémie Nollet (Sciences Po Toulouse, LaSSP), « La médiatisation des ‘gilets jaunes’ à Toulouse. Luttes des classes et de classements dans la presse locale »

La communication vise à rendre compte des luttes symboliques à l’œuvre au sein du champ journalistique, et plus particulièrement dans le travail des journalistes locaux, à l’occasion de la mobilisation des « gilets jaunes ». Elle interroge l’émergence et la légitimation de pratiques journalistiques dans la couverture des mouvements sociaux, et met au jour des principes de division au sein de l’espace des agents contribuant à la médiatisation des « gilets jaunes ». L’enquête, localisée à Toulouse, repose sur la réalisation d’entretiens semi-directifs avec les journalistes, professionnels et non professionnels, couvrant la mobilisation. Ils sont complétés par des observations lors des manifestations et une analyse des productions journalistiques. Une première analyse des matériaux accumulés laisse envisager trois types de luttes de classement sur les pratiques professionnelles des journalistes locaux : d’abord entre journalistes des rédactions nationales et régionales, ensuite au sein de l’espace des journalistes locaux, et enfin entre journalistes et « médiactivistes ».

  • Keyvan Ghorbanzadeh (Université Paris 1, CESSP), « L’agence de communication, une rédaction comme une autre ? Interroger la frontière entre journalisme et communication au prisme des transferts de normes professionnelles»

Cette communication revient sur le brouillage progressif des frontières entre journalisme et  communication commerciale. Envisageant le champ de la production d’information à partir de son pôle le plus commercial, représenté par les agences de communication, nous étudions l’importation croisée des catégories indigènes de « public » et de « cible ». Après un an d’ethnographie dans des agences de communication complétée par un travail prosopographique, nous montrons que l’instauration de routines de classements comparables chez les journalistes et les « communicants » est liée à des trajectoires scolaires, sociales et professionnelles homologues. L’arrivée de jeunes journalistes précaires dans les agences permet à ces dernières de revendiquer la production d’une information légitime. Les normes professionnelles du journalisme sont ainsi au cœur de la promesse d’enrôlement du « public » faite aux clients. L’institutionnalisation de cette logique s’observe au sein des rédactions, comme l’indiquent des entretiens réalisés avec des journalistes travaillant dans une agence de communication qui entend fonctionner comme une rédaction et se présente à ses publics – et à ses clients – comme un « média généraliste ». En son sein, des « communicants » occupant des postes de coordination (secrétaire de rédaction, direction éditoriale) dirigent des journalistes produisant du contenu en faisant valoir l’enjeu « de la cible et non plus du public » (entretien). On voit ainsi comment ces agences participent de l’instauration d’un nouvel ordre professionnel dans la production de l’information.

  • Samuel Coavoux (Orange Labs/SENSE, Centre Max Weber) & Noémie Roques (Université Paris 13, Experice), « Les carrières médiatiques dans l’économie de plateforme. Trajectoires et compétences des professionnels de la diffusion de jeux vidéo sur Twitch et Youtube »

Les plateformes vidéo sur Internet reposent sur des travailleurs indépendants pour la production des contenus. En quoi les conditions d’accès au travail sur ces plateformes modifient-elles l’offre médiatique ? Nous présentons une étude de cas des trajectoires de professionnels de l’animation vidéoludique, des vidéastes et commentateurs spécialisés dans le jeu vidéo, dont l’emploi oscille entre travail indépendant et travail salarié dans des webTV. Prenant appui sur une série de 18 entretiens biographiques complétée par l’examen de leur production, nous montrons comment les contraintes propres à ce marché du travail forgent les contenus produits.


Session 4. Luttes de classes et de classements : l’import-export symbolique des visions médiatiques du monde social | Mercredi 28 août 2019 | 11h-13h

Discutant : Samir Hadj Belgacem (Université Jean Monnet, Centre Max Weber UMR 5283)

  • Corentin Roquebert (ENS Lyon, Centre Max Weber), « Le hipster et l’ouvrier – Classements journalistiques et catégories sociologiques dans la presse »

Cette communication vise à étudier la diffusion des catégories de perception et de classement des groupes sociaux dans le champ médiatique. On compare les usages de catégories de classement qui ont une origine médiatique forte (beauf, bobo, hipster, etc.) à celles plus propres au registre sociologique (les classes sociales par exemple) ou socio-administratif (les catégories socioprofessionnelles notamment). Il s’agira de tester l’hypothèse selon laquelle les médias déforment les représentations des groupes sociaux, en utilisant beaucoup plus fortement des termes plus iréniques qui permettent de mieux capter le public, dans un contexte de domination des logiques commerciales. Ce travail poursuit les analyses d’un article (Roquebert, 2018) qui montre une double opposition entre un pôle généraliste et un pôle spécialisé d’une part et, d’autre part, entre un pôle commercial favorisant des catégories iréniques et un pôle utilisant plutôt des catégories proches des classes sociales. Il s’agit d’intégrer ici des classements sociologiques à l’analyse, mais également d’autres désignations de groupes sociaux, afin de voir si cette structure émerge de façon analogue. Les méthodes employées seront des méthodes d’analyse textuelle qui permettent de mettre en rapport les propriétés des discours avec les propriétés des locuteurs. Le corpus analysé est constitué de l’ensemble des articles de presse française des quinze dernières années employant des expressions telles que « classe sociale », « bourgeois » (petit ou grand), « ouvrier » (qualifié/non qualifié), « prolétariat », « prolétaires », « professions intermédiaires », « catégorie socioprofessionnelle », « classe dominante », « CSP+ », « classe(s) populaire(s) », « jeune cadre dynamique », « dominants dominants » (ou dominés), « aristocrates », « élites financières », « col blanc/bleu », « paysannerie », « ménagère de plus de 50 ans », etc.

  • Paul Le Derff (Université de Lille, CERAPS-UMR 8026), « Silence, fait-divers ou scandale ? L’inégale visibilité médiatique des interventions policières mortelles en France (1990-2016) »

Comment certaines interventions policières mortelles parviennent-elles à s’ancrer dans l’actualité sous la forme de « scandales », tandis que la majorité ne dépasse pas la catégorie des « faits divers » ? Si la plupart des victimes sont issues des classes populaires et n’ont qu’une faible visibilité dans les médias, certaines mobilisations parviennent néanmoins à subvertir les classements habituels des médias pour y dénoncer un problème public d’envergure nationale. La communication présente la démarche et les résultats intermédiaires d’une enquête en cours sur les « carrières médiatiques » des interventions policières mortelles ayant lieu en France entre 1990 et 2016. A partir d’un échantillon de 316 interventions policières mortelles ayant fait 350 victimes, nous mesurons l’intensité du volume de productions médiatiques afin d’identifier les facteurs qui, statistiquement, favorisent leur visibilité médiatique.

  • Florent Parruitte (Université Paris-Nanterre, Institut des Sciences Sociales du politique, UMR 7220), « Le périmètre variable d’une labellisation médiatique, le ‘modèle allemand’ et ses avatars dans la presse française».

S’appuyant sur une analyse d’articles et d’interventions parus dans la presse écrite française entre 2010 et 2018, ainsi que sur une étude de leurs auteur.e.s, cette communication a pour objectif d’interroger le processus de catégorisation des sujets d’actualité à travers la labellisation « modèle allemand ». De la transition énergétique au financement des clubs de football, les tentatives pour raccorder ces thématiques, pourtant éloignées, à celle du « modèle allemand » sont nombreuses et dépassent la classification par rubriques. Si l’hypothèse mimétique, centrée sur l’intérêt pour les acteur.e.s à correspondre à une « tendance », constitue un début d’explication, ce processus de labellisation tient également à des contextes sociaux favorables à la politisation de ces thématiques sous l’angle de l’exemplarité de l’étranger.


Session 5. Un « pouvoir médiatique » (dé)structurant ? Co-production et subversion des catégories de l’entendement journalistique | Jeudi 29 août 2019 | 9h-10h30

Discutante : Sophie Noël (Université Paris 13, LabSic)

  • Boris Attencourt (EHESS, CESSP), « Ce que la visibilité médiatique fait aux classements intellectuels : Sartre, Foucault, et les ‘nouveaux philosophes’ »

On assiste au développement à partir des années 1970 de tout un ensemble de circuits de célébration culturelle ayant en commun de mêler référence à la culture légitime, accessibilité et action (presse de qualité, revues intellectuelles à grand tirage, institutions culturelles prestigieuses, lieux de conférences, émissions culturelles de radio et/ou de télévision, maisons d’édition, organismes d’études parapublics, commissions gouvernementales, conseils d’administration de grandes entreprises, laboratoires d’idées, etc.). Or ces nouveaux circuits qui ont instauré pour les producteurs intellectuels une circulation multisectorielle dont émane une visibilité plurielle (grand public cultivé, journalistes, personnel politique, patronat, cadres, etc.), se sont imposés au début des années 1990 comme l’espace au sein duquel se joue désormais la valeur publique des idées et de leurs porteurs. À partir d’une perspective sociohistorique comparée entre les carrières de Sartre et Foucault et celles des « nouveaux philosophes », cette communication se propose donc de contribuer à éclairer les effets sur la production des classements intellectuels de cette visibilité proprement médiatique advenant le plus souvent en bout de chaîne pour parachever toutes les autres.

  • Julie Bouchard (Université Paris 13, LabSic), « Les critiques des classements académiques : ce que les journalistes en font »

Si le champ médiatique a acquis de fait depuis les années 1970 dans différents cadres nationaux le pouvoir de décider de produire ou non des classements sur le monde académique, l’étude à petite échelle de la fabrique des classements académiques médiatiques (cam) a révélé les rapports d’interdépendance entre le champ journalistique et le champ académique qui sont à l’œuvre dans leur production. Entité évaluée subissant positivement ou négativement la parution des cam, l’espace académique sait se montrer aussi engagé dans cette production journalistique : en tant que source pour la définition de critères, la mise en place de méthodologies, la fourniture des données, voire en tant que ressource pour le traitement statistique, le monde académique contribue sur un plan cognitif et pratique à la production de cam ; en tant qu’annonceur, il participe au volet commercial de l’opération. La communication sera fondée sur l’étude de deux titres de la presse magazine française grand public spécialisée en éducation : Le Monde de l’Éducation, qui a produit des classements de 1976 à 1998, et l’Étudiant, qui a réalisé des classements de 1979 jusqu’à nos jours. Trois méthodes seront croisées. Une analyse de corpus fondée sur l’ensemble des classements produits par ces titres et limitée aux critiques publiées dans les supports, une série de 25 entretiens réalisés auprès de journalistes et dans lesquels la question des critiques a été abordée et l’étude d’archives prenant appui sur des courriels de réaction. Le croisement de ces méthodes nous permettra d’approcher la réactivité journalistique aux critiques des classements comme un travail organisé.

  • Ysé Vauchez (Université Paris 1, CESSP/CRPS, INA), « Bienvenue à tous les membres de la PQRR, Presse Quotidienne Régionale de Réinformation !’ : les hommages paradoxaux des militants d’extrême-droite au champ du journalisme professionnel ».

Cette communication souhaite interroger la nature des relations entre les agents issus de deux espaces sociaux que tout semble opposer – les journalistes dits « fact-checkeurs », d’un côté, et les militants de la « réinformation » d’extrême-droite, d’un autre – autour de la question de l’énonciation de la « bonne » information. Cette recherche est fondée sur une étude empirique à la fois « online » (analyse d’un corpus de 55 sites web) et « offline » (entretiens et observations) des activités de ces groupes d’extrême-droite qui prétendent mener une bataille culturelle en revendiquant un journalisme très engagé politiquement. Il s’agit plus précisément de saisir les mécanismes paradoxaux par lesquels ces « réinformateurs » importent dans ce sous-espace militant des pratiques et des normes issues du champ journalistique professionnel, les menant à adopter une double posture de détestation et de mimétisme à son égard.


 Comité d’organisation

Berthaut, B. Ferron

Comité scientifique

Hadj Belgacem, J. Berthaut, S. Bouron, I. Chupin J.-B. Comby, B. Ferron, N. Hubé, N. Kaciaf, M. Mille, J. Sedel, K. Souanef.


Créé en 2002, le réseau thématique « Sociologie des médias » (RT 37) est l’un des cinquante réseaux thématiques de l’Association Française de Sociologie. Il vise à fournir un espace de travail commun à l’ensemble des chercheurs travaillant sur le journalisme et les médias dans une perspective sociologique. Ce domaine de recherche analyse la structure et les dynamiques d’autonomisation du champ journalistique, en particulier vis-à-vis des champs politique, économique et culturels ; les conditions de travail et les propriétés sociales des journalistes et des autres professionnels des médias ; le fonctionnement et les formes d’organisation des différentes organisations et institutions médiatiques ; l’analyse des productions et des visions du monde social que véhiculent les médias ; et enfin leur réception et leurs usages par les publics. Dans une démarche sociologique critique intégrée, l’objectif est d’articuler ces différents niveaux d’analyse pour réinscrire la sociologie du journalisme et des médias dans une sociologie générale. Le RT37 entend ainsi structurer un espace de débat scientifique en sociologie du journalisme et des médias, lui donner une meilleure visibilité académique, y compris internationale, et développer les échanges et passerelles avec les autres secteurs et spécialités de la sociologie.

Contact :  rt37afs.sociologiedesmedias@gmail.com

Groupe Facebook :  https://www.facebook.com/groups/534322137039485/

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