Vœux de l’AFS : la sociologie résolue pour 2022

Vœux de l’AFS : la sociologie résolue pour 2022

Le comité exécutif de l’Association française de sociologie vous souhaite une excellente année 2022. Qu’elle soit pleine de grands bonheurs personnels, de belles découvertes sociologiques et de transmissions joyeuses à nos étudiant·es. Cette année est une année sans congrès, pendant laquelle les différents Réseaux Thématiques assurent l’animation de notre association, en proposant des colloques, séminaires et rencontres. Le CE de l’AFS tient à remercier tou·tes les membres des bureaux des RT qui font vivre ce lien entre nous, dans une période où sa préservation est cruciale pour créer les conditions de production de travaux scientifiques et socialiser les plus jeunes collègues aux pratiques de la recherche collective. Nous adressons un remerciement particulier à tou·tes celles et ceux qui assurent ces tâches de coordination bénévolement, sans bénéficier d’un poste pérenne.

Notre première réunion de 2022 avec des délégations de chaque RT aura lieu en mars. Nous commencerons à évoquer le thème de notre prochain congrès qui se tiendra en juillet 2023 à Lyon et sur lequel nous travaillons depuis plusieurs mois avec les collègues des laboratoires de sociologie de Lyon (Centre Max Weber et Triangle).

En ce début d’année, nous souhaitions évoquer les risques qui pèsent dangereusement sur l’Université et la recherche en général et sur la sociologie en particulier. Les réformes successives de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) ont fragilisé les personnels de l’enseignement supérieur et de la recherche publique et instaurent progressivement des conditions de sélection sociale pour l’entrée à l’Université. En novembre 2020, la Loi de programmation de la recherche a poursuivi le travail de démantèlement en attaquant à la fois nos statuts, en introduisant de nouveaux contrats précaires, et le cadre national de l’ESR. En dépouillant le Conseil national des universités (CNU) de ses prérogatives (qualification, avancement de grade) et en renforçant le rôle du Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES) et de l’Agence nationale de la recherche (ANR), c’est notre autonomie scientifique et notre liberté académique qui sont menacées. La recherche sur projet que nous proposent ces administrations va à l’encontre des temporalités et des conditions de pérennisation nécessaires à l’émergence d’une recherche scientifique de qualité. En quelques années, le nombre de postes mis au concours a considérablement diminué, en particulier en sociologie. Afin de documenter ce désastre qui ébranle nos collectifs de travail et qui plonge dans une précarité toujours plus grande les chercheur·ses sans poste, le CE de l’AFS, en collaboration avec l’Association des sociologues enseignants du supérieur (ASES), a commencé un travail « d’observatoire de l’emploi en sociologie » qui permettra de rendre compte précisément des transformations de nos métiers depuis une vingtaine d’années.

Ces transformations de nos conditions d’exercice s’accompagnent de discours attaquant directement notre discipline et particulièrement certains de ses champs de recherche. Les propos sur les universitaires qui « cassent la République en deux », les discours des ministres sur le supposé « islamo-gauchisme » ou plus récemment le « wokisme » sont non seulement sans fondement, mais aussi navrants, infamants et anxiogènes. Dernièrement, c’est dans la cadre d’un soi-disant « colloque » – qui tenait moins de l’événement scientifique que d’une réunion politique – que ces attaques ont été renouvelées. Nous sommes régulièrement alerté·es par nos collègues qui subissent des menaces inédites ces dernières années, et se demandent parfois si elles et ils pourront poursuivre leurs travaux de recherche ; c’est le cas en particulier des sociologues qui pensent les inégalités sociales dans leur pluralité, leur articulation et leur intersection. À tou·tes ces collègues, nous apportons notre plein et entier soutien.

Ces attaques sur le plan des conditions de travail à l’Université et la virulence des discours contre les universitaires, chercheur·ses, et tou·tes celles et ceux qui font fonctionner au quotidien notre recherche et notre enseignement supérieur, sont les deux faces d’une même pièce : le contrôle croissant de nos activités de recherche et d’enseignement et leur précarisation sont des moyens à plus ou moins court terme de marginaliser davantage les sciences sociales et les savoirs critiques. Le recours du gouvernement à des cabinets de consultant·es privé·es pour évaluer l’action publique témoigne du peu de crédit accordé aux chercheur‧ses et enseignant‧es chercheur‧ses et à l’expertise publique en général, et inscrit dans la durée la stratégie managériale du gouvernement. Ces faits nous amènent à être particulièrement inquiet·es quelques semaines avant le début de la période électorale. Nous veillerons à ce que l’intégrité professionnelle et scientifique de la discipline reste respectée. Nous aurions souhaité que nos travaux soient convoqués pour éclairer les débats de société, malheureusement ces discours, portés jusqu’au sommet de l’Etat, ont renforcé la défiance envers les sciences sociales en général et la sociologie en particulier.

Ces vœux seront aussi envoyés à la presse et serviront de déclaration de l’Association française de sociologie. Ils accompagneront également une demande conjointe avec d’autres sociétés savantes de rencontre au Ministère de l’ESRI pour exiger des garanties et des protections pour les sciences sociales.

Bien cordialement,
Le comité exécutif de l’AFS

Image par pixi acid sous licence CC
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