AAC Revue Sciences et Actions Sociales : Déviances, délinquance, sans-abrisme et mondes de la rue – Classements, déclassements et réactions sociales

AAC Revue Sciences et Actions Sociales : Déviances, délinquance, sans-abrisme et mondes de la rue – Classements, déclassements et réactions sociales

Appel à contributions pour un dossier de la revue

Sciences et Actions Sociales

Déviances, délinquance, sans-abrisme et mondes de la rue

Classements, déclassements et réactions sociales

 

Coordination :

Manuel Boucher, Professeur des universités en sociologie, UPVD-CORHIS

Thibaut Besozzi, Docteur en sociologie, 2L2S, Université de Lorraine ; CEREP, Université de Reims Champagne Ardenne

Mohamed Belqasmi, Chargé de recherche, Laboratoire d’Étude et de Recherche Sociales/IRTS-IDS Normandie, URMIS – Université Côte d’azur

 

Contexte

Le 8ème congrès de l’Association Française de Sociologie – « Classer, déclasser, reclasser » – a interrogé les processus de classement et de catégorisation à la croisée des activités sociales ordinaires, de la production de l’ordre social, des modes de gouvernement ou encore des catégories analytiques produites par les sociologues eux-mêmes.

Dans ce cadre, le Réseau Thématique « Normes, déviances et réactions sociales » (RT3) a mené une réflexion focalisée sur l’articulation entre le sans-abrisme, les mondes de la rue, la délinquance, la déviance, le contrôle social et la gestion sociale et pénale de ces mondes. Car les procédés de classement, déclassement et reclassement sont au centre des questionnements et des pratiques assistancielles et socio-judiciaires liées à la gestion des mondes de la rue. C’est en se concentrant sur la situation sociale, sanitaire, juridique, etc. des personnes sans-abri (incluant de façon élargie les personnes privées de logements, les habitants de bidonvilles, de squats, d’habitat non conventionnel…) que les participants ont interrogé les réalités des mondes de la rue.

Cet appel à propositions d’articles s’inscrit dans la continuité de cette réflexion en s’intéressant à l’expérience quotidienne des personnes en situation de grande pauvreté et stigmatisées, notamment en ce qui concerne leurs représentations et pratiques de la déviance et de la délinquance. L’ambition de cet appel est notamment d’offrir un espace scientifique permettant de se situer à la croisée des chemins entre l’expérience vécue et la gestion institutionnelle de la grande précarité – particulièrement à l’égard des « illégalismes » – et de pouvoir ainsi articuler des espaces de recherche qui ont parfois eu tendance à traiter ces problématiques de façon séparée.

Parler des « SDF », des « squatters », des « mal-logés », des habitants des bidonvilles, etc., permet d’interroger les processus de catégorisation, de marginalisation et d’exclusion qui traversent les sociétés occidentales ainsi que les dispositifs institutionnels d’assistance et de répression mis en place pour accompagner et contrôler les acteurs des mondes de la rue. Les sciences sociales traitent bien souvent de ces questions à partir d’une sociologie des inégalités sociales, des classes (ou cultures) populaires ou encore de l’intervention sociale. D’autres angles d’approches se concentrent sur l’analyse des structures sociales macrosociologiques ou des institutions relatives aux politiques de « cohésion sociale » par exemple. D’autres travaux encore traitent de pratiques ou d’expériences vécues au niveau plus microsociologique. Or, les recherches sur la délinquance, la violence ou la prison sont souvent peu intégrées aux travaux sur le sans-abrisme et les mondes de la rue. Il ressort que les sciences sociales, et particulièrement la sociologie, se sont nettement concentrées sur l’histoire du traitement médiatique et politique de ces « problèmes sociaux », sur les politiques publiques et les dispositifs d’assistance mise en place pour les sans-abri, sur les formes d’engagement et d’intervention qui se sont développées, ou encore sur la vie quotidienne des personnes sans-abri, de manière plus anthropologique.

 

Objectifs de l’appel à propositions

Dans ce contexte, ce numéro de Sciences et Action Sociales a l’ambition d’aborder le sans-abrisme et les mondes de la rue sous l’angle de la sociologie de la déviance, de la délinquance et de la réaction sociale. Il s’agit d’explorer plusieurs dimensions relatives aux pratiques déviantes et de délinquance impliquant des personnes sans-abri et des réactions sociales face ces phénomènes : de quelles perceptions de la loi, des institutions d’encadrement, de la prison, etc. les populations en grande marginalité sont-elles porteuses ? Quels sens ces personnes donnent-elles à leurs pratiques déviantes et/ou illégales ? Endossent-elles l’étiquetage ou bien le dénoncent elles ? Dans quelle mesure une situation d’extrême pauvreté et de marginalisation peut conduire à commettre des infractions ? Quels sont les effets des sanctions pénales dans les parcours de vie ou de « survie » de ces personnes ? Ces sanctions favorisent-elles d’abord un processus de marginalisation ou permettent-elles d’enclencher un processus de réinsertion ?

En définitive, cet appel interroge les manières de « classer, reclasser et déclasser » les populations fortement précarisées, mais aussi leurs manières « indigènes » de se classer, se reclasser et se déclasser. Dans cette optique, nous n’oublierons pas de questionner la pertinence même des catégories sociologiques que nous produisons à l’égard des sans-abri et des mondes de la rue.

 

Les propositions attendues peuvent se situer au croisement de plusieurs axes non exhaustifs :

1er axe : Les pratiques déviantes et délinquantes au quotidien : cet axe se focalise sur les pratiques catégorisées comme déviantes et délinquantes des personnes sans-abri et des mondes de la rue, notamment en décrivant les formes et les conséquences de celles-ci sur la vie quotidienne des individus et des groupes. Cet axe s’intéresse également aux représentations, justifications et rapports à la loi des sans-abri. Il interroge la diversité des personnes en situation de rue, leurs rapports à la légalité et le sens qu’elles accordent à leurs actes délinquants.

2ème axe : L’expérience carcérale dans les parcours biographiques : cet axe prête attention à l’expérience judiciaire et carcérale et à ses effets sur la « carrière de survie » et les parcours biographiques. Ces effets peuvent être très divers, allant par exemple, de l’enclenchement d’un parcours de réinsertion à l’enfoncement dans la marginalité, en passant par l’utilisation stratégique de la prison (comme protection ou abri).

3ème axe : Les dispositifs et modes d’intervention sociale ciblant les sans-abri : cet axe s’intéresse aux modalités concrètes d’intervention sociale, culturelle, sportive, etc. ciblant précisément les personnes précarisées connaissant des problématiques de marginalisation, de délinquance, d’enfermement carcéral et/ou psychiatrique, etc.

4ème axe : Les approches méthodologiques dans l’étude des mondes de la rue : ce dernier axe est consacré aux réflexions méthodologiques et/ou déontologiques au sujet de l’étude du sans-abrisme et des populations fortement précarisées. Il vise à interroger les catégories d’analyse et les techniques de recherche adoptées pour étudier les réalités des mondes de la rue, tout comme les types de réflexivité à mettre en œuvre dans les enquêtes auprès de populations marginalisées et stigmatisées.

  

Bibliographie

 

Anderson Nels, 1993, Le Hobo, sociologie du sans-abri, Paris, Armand Colin.

Beauchez Jérome, 2017, « Zone stupéfiante : l’espace du deal », Espaces et Sociétés, n°171, pp. 55-72.

Becker Howard, 1985, Outsiders, Paris, Métaillé.

Bellot, Céline, Sylvestre, Marie-Eve,  « La judiciarisation de l’itinérance à Montréal : les dérives sécuritaires de la gestion pénale de la pauvreté », Revue générale de droit, Vol.47, 2017, pp. 11-44.

Boucher Manuel, Belqasmi Mohamed (dir.), 2014, L’État social dans tous ses états, Paris, L’Harmattan.

Chantraine Gilles, 2004, Par-delà les murs. Expériences et trajectoires en maison d’arrêt, Paris, PUF.

Fernandez Fabrice, 2010, Emprises, Drogues, errance, prison : figures d’une expérience totale, Bruxelles, Larcier.

Foucault Michel, 1975, Surveiller et punir, Paris, Gallimard.

Goffman Erving, 1975, Stigmate, Paris, Éditions de Minuit.

Hardy Guy, 2004, S’il te plaît, ne m’aide pas ! L’aide sous injonction administrative ou judiciaire, Paris, Erès.

Mauger Gérard, 1991, « Enquêter en milieu populaire », Genèses, n°6, p. 125-143.

Pichon Pascale, 2010, Vivre dans la rue, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne.

Pimor Tristana, 2014, Zonards. Une famille de rue, Paris, PUF.

Laberge Danielle, Landreville Pierre, 2000, « De l’événement à l’infraction. Du sans-abri au délinquant. Réflexions sur le processus de catégorisation dans le champ pénal », in Laberge Danielle (dir.), L’errance urbaine, Sainte-Foy, MultiMondes, p. 121-136.

Lanzarini Corinne, 2000, Survivre dans le monde sous-prolétaire, Paris, PUF.

Mucchielli Laurent, 2018, Sociologie de la délinquance, Paris, Armand Colin.

  

Procédure d’évaluation des propositions de contributions

En lien avec la ligne éditoriale de la revue (voir présentation de la revue), les textes proposés doivent être originaux et ne pas avoir déjà fait l’objet d’une publication dans des revues. Néanmoins, à la condition qu’il demande l’accord préalable à la revue Sciences & Actions Sociales, l’auteur d’un article dans la revue SAS peut publier son article dans un ouvrage ou des actes de colloque à la condition de citer la source de première publication, c’est-à-dire la revue SAS.

Les propositions de contribution doivent respecter les recommandations aux auteurs présentées dans la rubrique : « proposer un article ». Ces propositions doivent être envoyées par courrier électronique au format .doc ou .rtf à l’adresse suivante : redaction@sas-revue.org au plus tard le 31 janvier 2020. Un accusé de réception est alors adressé en retour. Les textes font l’objet d’une évaluation anonyme par trois lecteurs désignés au sein des comités de rédaction et scientifique de la revue. Sur la base de leurs évaluations, après une discussion de l’article au sein du comité de rédaction, une décision collective est prise : accepté en l’état, accepté avec modifications mineures, accepté sous réserve de modifications majeures, refusé. Cette décision est transmise à l’auteur par la revue SAS au maximum trois mois après la réception de la proposition de l’article.

 

Calendrier de l’appel à contributions

Les propositions d’articles sont à envoyer à redaction@sas-revue.org au plus tard le 31 janvier 2020.

Les retours aux auteurs sont prévus pour le pour le 13 mars 2020, pour une publication dans le numéro de mai 2020.

 

Plus d’informations : https://www.sas-revue.org/appels-thematiques/19-appels-a-contribution/appels-thematiques/163-appel-thematique-n-11

 

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