
03 Avr Journée d’études inter-RT Sociologie de la connaissance et Sociologie clinique : Regards sociologiques sur les circulations et tranferts de connaissance. Circulez, il y a tout à voir!
Regards sociologiques sur les circulations et transferts de connaissance.
Circulez, il y a tout à voir !
Journée d’études inter-RT Sociologie clinique et Sociologie de la connaissance de l’Association Française de Sociologie
Le 1er avril 2025, Université de Lorraine, Espace Rabelais, salle 0.20
Argumentaire :
Les connaissances et savoirs sous toutes leurs formes et dimensions sont au cœur des problématiques traitées par les membres du réseau thématique « Sociologie de la connaissance » de l’AFS. Y sont notamment questionnés la valeur scientifique conférée aux différentes formes de connaissance, leurs usages et fonctions, leur inscription dans des rapports sociaux ou encore leurs modes de production et de diffusion. Dans la continuité du dernier congrès de l’AFS (Lyon, 2023), la question de la circulation et des interactions entre les connaissances expérientielles et les connaissances scientifiques mérite d’être approfondie. L’enjeu se situe dans le rapport science – société et relève d’un double questionnement : il s’agit d’interroger aussi bien l’ouverture et la portée/visée émancipatrice de ces circulations, que leur fermeture et les tensions, points de ‘‘blocage’’ voire opérations de ‘‘confiscation’’ ou de ‘‘privatisation’’ qui peuvent être entreprises par l’une ou l’autre de ces formes de connaissance.
Ces questionnements sont aussi explorés par les chercheurs du réseau thématique « sociologie clinique » de l’AFS, depuis des principes et avec des perspectives différentes. Les sociologues cliniciens se montrent particulièrement sensibles à l’analyse de la dialectique des rapports qui se tissent entre d’un côté l’expérience subjective et les processus de subjectivation par lesquels les individus cherchent à advenir comme ‘‘sujets’’ et de l’autre l’objectivation des processus sociaux, mais aussi psychiques, dans lesquels ils sont « pris ». Ainsi se trouve posé l’enjeu théorique, méthodologique mais aussi politique de produire des connaissances sur le social non pas ‘‘sur’’ mais ‘‘avec’’ les sujets, à partir de leur vécu et des savoirs qu’ils parviennent à en dégager.
Cette journée d’études aura comme objectif premier de permettre aux chercheurs engagés dans ces deux réseaux thématiques de l’AFS d’échanger et débattre sur ces questions. Plus précisément, il s’agira tout d’abord de discuter du statut épistémologique conféré aux savoirs expérientiels, notamment des processus de construction des connaissances expérientielles en savoirs expérientiels et donc de leurs conditions sociales et scientifiques d’émergence et de possibilité. Or, la « conversion épistémologique de l’expérience en savoir expérientiel » (Godrie, 2022) pose de multiples questions relatives aux modalités par lesquelles s’opèrent cette conversion : quels sont concrètement les processus sociaux qui transforment son statut épistémologique ? L’expérience (cognitive, affective, corporelle…) est-elle, fait-elle savoir ? Suffit-il de témoigner d’une expérience vécue pour en être le dépositaire d’un savoir ? Le savoir est-il inhérent à l’expérience ou doit-il être plutôt considéré comme un ‘‘dérivé’’ de l’expérience, supposant donc un transfert, une traduction, une mise en forme de l’expérience en savoir d’expérience ? Les mêmes questions se posant concernant la « conversion épistémologique » des savoirs expérientiels en savoirs scientifiques : y’a-t-il tout d’abord rencontre et circulation possible à ce niveau ou plutôt séparation ou confrontation entre deux ‘‘circuits fermés’’ (auquel cas il ne s’agit pas d’une ‘‘conversion’’ mais plutôt d’une ‘’rupture’’ épistémologique entre savoirs expérientiels et scientifiques) ? Mettre en relation savoirs expérientiels et savoirs scientifiques dans le cadre d’une « épistémologie pluraliste » (Rhéaume, 2007) qui défend l’existence et la valeur des savoirs expérientiels, implique-t-il nécessairement d’emprunter la voie du relativisme (tout savoir, toute forme de savoir se vaut) ?
Un regard sur les différentes modalités de circulation et de transfert des connaissances pourra aussi être proposé, afin de mieux identifier ce qui circule (ou pas) et comment. Quid par conséquent des flux ‘‘horizontaux’’ qui s’opèrent dans un même régime de connaissance (les savoirs qui circulent dans le circuit ‘‘fermé’’ des savoirs expérientiels ou dans celui des savoirs scientifiques) ? Quid des flux ‘‘verticaux’’ qui s’opèrent dans le passage, la circulation, le transfert d’un régime de connaissance à un autre (comment du savoir expérientiel advient, ou non, un savoir scientifique…) ? Par quelles modalités sociales mais aussi psychiques ou psycho-affectives, ces connaissances peuvent-elles circuler au sein d’un même régime de connaissance ou entre plusieurs régimes de connaissance ? Des modalités qui peuvent être distinguées mais aussi pensées dans leur enchevêtrement. De même, quid des espaces et dispositifs (de recherche, recherche-action, recherche participative, recherche-formation, recherche-intervention) qui visent à favoriser la circulation et le transfert de connaissances ? Avec quels effets, vertueux ou pervers, quels impacts ? Au final, pourront être donc aussi questionnées les finalités pour lesquelles ou au nom desquelles circulent, sont transférées ces connaissances…
Cette journée d’études entre nos deux RT est donc l’occasion d’ouvrir et poursuivre des échanges sur les enjeux épistémologiques et méthodologiques d’une sociologie attentive aux enjeux sociaux de production et de diffusion de connaissances et de leur circulation entre « savoirs » académiques et savoirs expérientiels « au plus près » du réel. Cette journée s’adresse donc aux membres des RT ainsi qu’à toutes personnes intéressées par ces enjeux qui traversent différents mondes sociaux et pratiques sociales : l’éducation et l’enseignement, la formation professionnelle, le « travail » et l’activité, la culture…