Appel à communications – sessions du RT 43 au congrès AFS 2021

Approches croisées des changements religieux

La sociologie des religions française s’est structurée dans les années 1960 autour de concepts – la sécularisation, la pluralisation religieuse, l’individualisation des pratiques et croyances– qui accordent une place centrale à la notion de changement, en y associant des connotations positives (la « modernité » religieuse) ou négatives (le registre de la perte) et analysée à différents échelles (individuelle, organisationnelle etc.). Tout en tenant compte des apports de ces paradigmes, l’objectif du réseau thématique sera de s’éloigner des approches théoriques qui seraient spécifiques aux religieux en s’interrogeant sur le travail de sélection et de catégorisation à l’œuvre (comment définir ce qui est « religieux « ? Comment appréhender objectivement ou subjectivement le changement ?). Pour ce faire, ces sessions privilégieront des approches croisées, fondées sur des enquêtes empiriques, de manière à interroger l’articulation entre changements religieux et d’autres types de changements sociaux en associant sociologie des religions et sociologie politique, sociologie urbaine et des territoires, sociologie de la famille et du genre, des associations, du militantisme etc. Nous accorderons une attention particulière aux relations entre religions et territoires, et aux changements affectant aujourd’hui l’exercice du métier de sociologue lorsque celui-ci prend pour objet la religion.

Changements religieux, changements sociaux

En analysant les interactions entre changements religieux et changements sociaux il s’agira à la fois de rendre compte de l’inscription du religieux dans son environnement social et de mesurer l’autonomie relative de la variable religieuse dans des contextes donnés. Autrement dit, l’objectif est de réfléchir à des approches du changement religieux qui prennent en compte l’imbrication des rapports sociaux. Cette réflexion pourra prendre appui aussi bien sur des méthodes quantitatives, afin de mesurer les corrélations entre des affiliations religieuses et des pratiques sociales, que sur des méthodes qualitatives ancrées dans l’observation directe des imbrications du religieux et du social.

Religions et territoires en changement

En nous intéressant plus particulièrement aux approches croisant sociologie des religions et sociologie des territoires (urbains, périurbains, ruraux etc.), l’objectif est de questionner la dimension territoriale des pratiques et croyances religieuses catégorisées comme « nouvelles » (mobilité, circulation, multiappartenance) ou mettant en avant la mobilité géographique (pèlerinages). On pourra aussi analyser, dans cette perspective, les reconstitutions discursives, rituelles ou matérielles que le registre du changement religieux est susceptible de produire en référence à des territoires : patrimonialisation du religieux, nostalgie ou discours politico-religieux sur les « racines », réappropriations symboliques, préoccupations environnementales et sacralisation de la nature etc.

La transformation du métier de sociologue des religions

Enfin, il s’agira de s’interroger sur les transformations du métier de sociologue et les enjeux méthodiques, théoriques et épistémologiques que ces transformations soulèvent pour les sociologues spécialistes du religieux ou qui croisent le religieux sur leur terrain d’enquête. Dans un contexte marqué par la contractualisation de la recherche et par la place grandissante que les religions occupent dans l’espace public, politique et médiatique la thématique du changement religieux est-elle même l’objet de discours idéologiques et normatifs qui ont une incidence sur les conditions de l’enquête en terrain religieux. L’objectif ici est d’analyser collectivement, à partir d’expériences de terrain et d’une approche réflexive du champ académique, les principaux facteurs sociaux, politiques et scientifiques pesant aujourd’hui sur nos pratiques de recherche et les questions méthodologiques qu’ils soulèvent.

Envoi des propositions de communication

Les propositions de communications, d’une demi-page à une page, doivent indiquer : nom et prénom du ou des auteur.e.s ; affiliation institutionnelle ; adresse email.

Les propositions sont à déposer sur le site de l’AFS selon les modalités communes à tous les réseaux thématiques, avant la date limite fixée au 31 janvier 2021. La décision sera communiquée aux auteur.e.s mi-mars 2021.




Appel à communication – sessions du RT 43 au congrès AFS 2019

 

 

 

Frontières et mobilités religieuses : quelles catégories, pour quelle sociologie ?

Le déclin tendanciel de l’autorité institutionnelle, la diversification des pratiques et la subjectivisation de l’expérience religieuse – décrite par D. Hervieu-Léger comme « un déplacement du lieu de la vérité du croire, de l’institution vers le sujet croyant » (1993 : 245) – ont conduit au cours des dernières décennies à réinterroger les catégories classiques de l’analyse sociologique des religions. La plus grande mobilité des parcours individuels rendant plus incertaine la notion d’appartenance, les frontières confessionnelles ont semblé s’estomper pour laisser place à des élaborations plus personnelles. Enfin, la circulation mondiale de contenus de croyance possiblement déconnectés du contexte social et culturel dont ils sont issus nourrit des formes d’« exotisme religieux » (Altglas, 2014).

À l’occasion du prochain congrès, et en lien avec sa thématique générale « Classer, déclasser, reclasser », nous souhaitons nous intéresser à l’articulation entre frontières et mobilités religieuses, et réfléchir aux enjeux de classement ou de catégorisation qui y sont associés. À partir de communications basées sur des enquêtes empiriques, il s’agira de se demander comment les différents types de mobilités contemporaines – sociales, géographiques, économiques – interagissent avec les pratiques religieuses, tout en restant attentifs aux inégalités sociales qui structurent ces mobilités : si les circulations s’amplifient, elles n’offrent pas les mêmes opportunités en fonction du capital social, culturel ou économique dont les croyants sont dotés (Friedman, 2000 : 195-196). De même, la relativisation d’un certain nombre de frontières externes (confessionnelles, politiques ou sociales) ne peut faire oublier le poids de frontières internes qui contribuent à établir des lignes de différenciation et de distinction, voire de discrimination et de ségrégation (Fassin, 2012 : 15), au sein de la société ou des espaces religieux eux-mêmes. La complexité de ces processus oblige à envisager le religieux dans son imbrication avec le contexte social où il prend place, plutôt que comme un champ à distance de la vie sociale « ordinaire ». Plusieurs axes peuvent permettre de construire cette réflexion collective.

Axe 1. Où passent les frontières du religieux contemporain

Dans cet axe, on pourra notamment s’intéresser aux relations entre religion et nationalisme ; aux relations entre religion, ethnicité ou racialisation. Nous aimerions aussi examiner les dynamiques de dépassement et de renforcement des frontières sociales ou raciales qui travaillent chaque institution ou milieu religieux. Enfin, cet axe invite à porter l’attention aux logiques de distinction et de hiérarchie sociale qui structurent les pratiques religieuses individuelles.

Axe 2. Frontières, mobilités et autorité

On se demandera ici qui circule, qui « bricole » et quelles sont les régularités sociologiques à l’œuvre, au-delà d’une apparente autonomisation du religieux vis-à-vis des déterminations sociales. Dans le prolongement des sessions du dernier congrès (« Faire autorité : sociologie du pouvoir en contexte religieux »), nous nous intéressons à la pluralisation des normes en terrain religieux, à la manière dont les institutions s’efforcent de maintenir des frontières et d’encadrer les mobilités, notamment en reconfigurant les modalités du travail et de l’autorité institutionnels.

Axe 3. Questions de méthode : les catégories d’analyse du religieux

Enfin, dans une perspective plus réflexive, nous aimerions réfléchir aux enjeux méthodologiques que soulève la catégorisation de faits sociaux comme « religieux ». Compte tenu de l’imbrication de la pratique religieuse dans un ensemble de rapports sociaux, il s’agit ici de se demander ce qui distingue, d’un point de vue empirique, les faits religieux des faits sociaux « ordinaires » : plus qu’une donnée de départ, la religion ne peut-elle pas être considérée avant tout comme une catégorie socialement construite ? En croisant les concepts et les outils théoriques de la sociologie des religions avec les approches développées dans d’autres domaines de la sociologie générale, l’objectif est donc d’interroger aussi les limites de la spécificité religieuse et les frontières disciplinaires.

Références bibliographiques

 

 

Altglas, V., 2014. From Yoga to Kabbalah. Religious exoticism and the logics of bricolage, Oxford, Oxford University Press.

Fassin, D., 2012. Introduction à Les nouvelles frontières de la société française. Paris, La découverte, pp. 5-24.

Friedman, J., 2000. Des racines et (dé)routes. Tropes pour trekkers ». L’Homme 156, pp. 187-206.

La religion pour mémoire, Paris, éditions du Cerf.

 

 

Envoi des propositions de communication

Les propositions de communications, d’une demi-page à une page, doivent indiquer : nom et prénom du ou des auteur.e.s ; affiliation institutionnelle ; adresse email. Les propositions sont à déposer sur le site de l’AFS selon les modalités communes à tous les réseaux thématiques, avant la date limite fixée au 15 février 2019. La décision du comité d’organisation sera communiquée aux auteur.e.s fin mars 2019.

Le réseau thématique “Sociologie & religions” organise par ailleurs une session commune avec le réseau “Recherches en sciences sociales sur la sexualité”. Cet appel est consultable sur cette page:

Appel à communication

Les réponses aux deux appels se font de manière distincte, en sélectionnant l’un ou l’autre appel sur la page du réseau ou dans la liste générale des appels.




Appel à propositions – journée d’étude “Religions et associations”

 

Religions et associations

Journée d’étude

Université Paris Nanterre – 4 juin 2019

 

Argumentaire

Le projet de cette journée d’étude est né du constat selon lequel la sociologie des religions et la sociologie du monde associatif ont peu dialogué au cours des vingt dernières années. Les objets « religions » et « associations » sont pourtant largement imbriqués : les chercheuses et chercheurs qui s’intéressent au monde associatif rencontrent souvent le religieux, et réciproquement.

En France, les questions religieuses ont joué un rôle important dans la structuration du monde associatif. Elles ont été déterminantes dans l’élaboration de la loi de 1901, qui garantit la liberté d’association tout en encadrant plus strictement les congrégations catholiques. Après 1901, de nombreux secteurs associatifs (l’éducation populaire, la représentation des familles, le sport, etc.) se sont constitués autour d’un pôle laïque et d’un pôle confessionnel. Les questions religieuses n’ont d’ailleurs pas été absentes du pôle laïque, où des pratiques issues d’univers religieux ont pu être érigées en contre-modèles : ce fut le cas, par exemple, dans les secteurs caritatif et humanitaire (Siméant, 2009). Parallèlement certaines activités organisées par les institutions religieuses – comme les patronages paroissiaux dans l’entre-deux-guerres – se sont constituées par opposition aux mouvements laïques dans un contexte de concurrence entre l’Eglise catholique et l’Etat pour l’encadrement de la jeunesse (Tranvouez, 1987, 2006). Par ailleurs, des recherches menées sur des associations ont mis en évidence l’importance des socialisations religieuses antérieures dans les logiques d’engagement associatif (Siméant, 1998) et ont montré que certains recrutements associatifs reposaient largement sur des relations d’interconnaissance liées à des activités religieuses (Passy, 1998).

Cette journée d’études entend renouer le dialogue entre la sociologie du monde associatif et la sociologie des religions. Elle vise notamment à décloisonner l’objet religieux en montrant dans quels contextes et selon quelles modalités les institutions et acteurs religieux recourent au statut associatif (loi 1901). Ce recours s’effectue de manière exclusive ou complémentaire, en distinguant dans ce dernier cas les activités directement liées à l’exercice du culte (réglementées par la loi 1905 de Séparation des Eglises et de l’Etat) des autres (loi 1901) comme les activités sociales et d’entraide, les activités sportives (patronages paroissiaux), culturelles et éducatives (associations de parents d’élèves) ou de sauvegarde du patrimoine religieux. Le statut associatif, largement utilisé par les institutions et acteurs religieux, contribue ainsi à mettre en forme des activités qui, sans être directement liées à l’exercice du culte, participent néanmoins pleinement à la vie de ces communautés religieuses. Les associations loi 1901 doivent se doter d’instances spécifiques (assemblée générale, bureau, etc.) et mettre en œuvre des modes de prise de décision particuliers (élections, principe démocratique d’un homme égale une voix, etc.). Le statut d’association loi 1901 permet par ailleurs l’accès à un certain nombre de ressources, qu’il s’agisse des subventions publiques, de la reconnaissance d’utilité publique, des agréments par les ministères, de la possibilité de participer à des instances telles que l’UNAF, ou encore de recourir au volontariat ou aux emplois aidés du secteur non-marchand. Loin de se résumer à une question purement formelle, le recours à la forme associative constitue donc une dimension importante du religieux contemporain qui incite à s’interroger sur le rapport à la hiérarchie et à l’institution religieuses que ces associations et militants associatifs entretiennent et sur la manière dont l’institution tente d’y répondre (Lagroye, 2006). Dans un contexte de sécularisation et de crise des institutions religieuses, les activités « associatives » (non directement liées à l’exercice du culte) peuvent d’ailleurs apparaître comme une des solutions pour maintenir une attractivité et une utilité sociale du religieux.

 

Nous sollicitons pour cette journée d’étude des communications issues de recherches sociologiques sur des terrains associatifs dans lesquels est présent le religieux sous toutes ses formes. Nous encourageons particulièrement les propositions issues de recherches mobilisant des approches socio-historiques. Les communications pourront choisir plusieurs entrées pour aborder ces relations entre associations et religions.

On pourra s’intéresser en premier lieu aux modalités d’organisation collective, aux formes de légitimité et de pouvoir. Comment des pratiques organisationnelles forgées dans des espaces religieux (paroisses, églises, etc.) sont-elles retraduites, maintenues ou adaptées dans le champ associatif ? À l’inverse, comment la forme associative vient-elle structurer des activités organisées par les institutions religieuses ? Dans quelle mesure celles-ci sont-elles travaillées par les logiques de salarisation et de professionnalisation observables dans le monde associatif (Hély, 2009) ? L’analyse socio-historique d’associations caritatives d’origine confessionnelle (Armée du Salut, Secours catholique, Emmaüs, Cimade, etc.) peut aussi fournir des éclairages utiles sur les logiques de réaffirmation ou de mise à distance des héritages religieux. On pourra également réfléchir à la manière dont des injonctions ou des normes juridiques contemporaines, comme l’égalité des sexes, la parité et la diversité – qui connaissent des traductions inégales dans le monde associatif – rencontrent des croyances et pratiques religieuses.

Une autre entrée possible consiste à porter une attention plus spécifique aux propriétés sociales des acteurs, à leurs dispositions et à leurs trajectoires d’engagement. Grâce aux enquêtes de l’INSEE (Burricand et Gleizes, 2016), on dispose de données relativement complètes sur les déterminants sociaux de la participation associative. Une comparaison avec les déterminants sociaux de l’engagement religieux est-elle éclairante ? Et quelles corrélations peut-on observer statistiquement entre appartenance religieuse et engagement associatif ? L’analyse croisée des dispositions susceptibles de nourrir l’engagement associatif et religieux permettra d’éclairer les processus de socialisation et leurs effets sur les pratiques religieuses et associatives.

 

Lieu et date

La journée d’étude se tiendra le 4 juin 2019 à l’université Paris Nanterre.  

 

Modalités de soumission

Les propositions de communication (une demi-page à une page) préciseront le contenu de la communication et les matériaux utilisés. Il doit s’agir de propositions originales car la journée d’étude donnera lieu à une publication.

. Les auteur.e.s seront informé.e.s mi-février 2019 de la réponse du comité.

Les textes des communications retenues devront être envoyés 15 jours avant la journée d’étude.

 

Comité d’organisation

Yannick Fer (CNRS, Centre Maurice Halbwachs)

Gwendoline Malogne-Fer (Centre Maurice Halbwachs)

Camille Martin (Université Lyon 2, Centre Maurice Halbwachs)

Sophie Rétif (Université Paris Nanterre, IDHE.S)

Sbeih Sbeih (LabexMed, Aix-Marseille Université, Iremam)

 

Comité scientifique

Julien Beaugé (Université Picardie, Curapp)

Axelle Brodiez-Dolino (CNRS, Centre Norbert Elias)

Claude Dargent (Université Paris 8, Cresppa)

Johanna Siméant-Germanos (ENS, Centre Maurice Halbwachs)

Et les membres du comité d’organisation

 

Bibliographie

Béraud, Céline, Prêtres, diacres, laïcs. Révolution silencieuse dans le catholicisme français, Paris, PUF, 2007.

Bréchon, Pierre, Duriez, Bruno, Ion, Jacques (dir.), Religion et action dans l’espace public, Paris, L’Harmattan, 2000.

Burricand, Carine, Gleizes, François, « Trente ans de vie associative. Une participation stable mais davantage féminine », INSEE Première, n°1580, janvier 2016.

Della Sudda, Magali, « La charité et les affaires. Le cas de la Ligue patriotique des françaises (1901-1914) », Entreprises et histoire, n°56, vol. 3, 2009, pp. 11-29.

Donegani, Jean-Marie, La liberté de choisir. Pluralisme religieux et pluralisme politique dans le catholicisme français contemporain, Paris, Presses de Sciences Po, 1993.

Duriez, Bruno, Mabille François, Rousselet Kathy (dir)., Les ONG confessionnelles. Religions et action internationale, Paris, L’Harmattan, 2007.

Hély, Matthieu, Les métamorphoses du monde associatif, Paris, Presses Universitaires de France, 2009.

Lagroye, Jacques, La vérité dans l’Eglise catholique, Paris, Belin, 2006.

Passy, Florence, L’action altruiste, Genève/Paris, Droz, 1998.

Rétif, Sophie, Logiques de genre dans l’engagement associatif, Paris, Dalloz, 2013.  

Siméant, Johanna, La cause des sans-papiers, Paris, Presses de Sciences Po, 1998.

Siméant, Johanna, « Socialisation catholique et biens de salut dans quatre ONG humanitaires françaises », Le Mouvement Social, avril-juin 2009.

Simonet, Maud, Le travail bénévole. Engagement citoyen ou travail gratuit ?, Paris, La Dispute, 2010.

Simonet, Maud, Travail gratuit : la nouvelle exploitation ?, Paris, Textuel, 2018.

Tranvouez Yvon, « Les patros revisités », Vingtième Siècle. Revue d’histoire n°16, 1987, p. 106-109.

Tranvouez Yvon, « Le sport catholique en France », Vingtième Siècle. Revue d’histoire n°92, 2006, p. 171-180.