Appel à communications du RT 24 pour le Congrès AFS 2021 – Lille

Le IXè Congrès de l’Association Française de Sociologie (AFS)

devrait se tenir du mardi 6 juillet au vendredi 9 juillet 2021

à l’Université de Lille – Cité scientifique (Villeneuve d’Ascq).

 

Appel à communications du RT 24

 

Ce IXè Congrès s’organisera autour du thème : « Changer ? ». Voir l’argumentaire sur le site de l’AFS. Le Réseau Thématique 24 de l’AFS « Genre, Classe, Race. Rapports sociaux et construction de l’altérité » lance son appel à communications :

Le RT24 entend interroger frontalement la question du changement dans les rapports sociaux de sexe, de classe, de race mais également dans leurs modes d’articulation. Notre appel s’appuie aussi sur les séminaires internes qui ont animé la vie du réseau depuis 2009 et au cours desquels nous avons réfléchi aux concepts, à la méthodologie et à l’épistémologie de l’articulation des rapports sociaux de sexe, de classe, de race.

Les propositions de communication devront s’inscrire dans une perspective qui tienne compte de l’articulation des rapports sociaux dans la production d’un éventuel changement social, que cette prise en compte se fasse en termes de consubstantialité, d’intersectionnalité, d’imbrication… La sélection donnera priorité aux propositions croisant au moins deux rapports sociaux. Si nous accueillerons toute proposition susceptible de répondre à l’appel de l’AFS, nous souhaitons plus particulièrement développer la réflexion commune autour des questions suivantes : Comment les rapports sociaux se transforment-ils ? Comment observer et administrer la preuve d’éventuels changements dans les rapports sociaux de sexe-classe-race ? Dans quelle mesure les changements dans un rapport social affectent-ils les autres rapports sociaux et leurs modes d’articulation ? Quels sont les rapports entre les échelles individuelles et les échelles structurelles du changement social ? L’action de se transformer individuellement a-t-elle un impact sur la matrice de la domination ? Comment analyser les interactions entre les résistances individuelles et les résistances collectives qui visent à changer les rapports de pouvoir ? Dans quelle mesure les outils de la sociologie des rapports sociaux ont-ils changé dans la dernière décennie ? La sociologie des rapports sociaux vise-t-elle la transformation ou l’abolition des rapports sociaux ?

Pour ce faire, nous distinguons quatre axes directeurs. Quel que soit l’axe privilégié, nous attendons que les propositions de communication – de 5000 signes maximum, espaces et bibliographie compris – présentent les dispositifs méthodologiques mobilisés. Chaque proposition sera déposée sur le site de l’AFS, en indiquant le ou les axes au(x)quel(s) la proposition se rattache, avant le 15 février (si problème nous contacter à cette adresse rt24.afs@gmail.com, mais toutes les propositions devront être déposées sur le site de l’AFS). La procédure de sélection des propositions sera anonymisée et une réponse sera apportée à chacun·e courant mars.

 

Axe 1 – Le travail des rapports sociaux : transformation et/ou persistance ?

Les rapports sociaux de sexe, de classe et de race sont fréquemment présentés comme subissant de profondes transformations – ou, à l’inverse, l’on en pointe l’immobilité. Chaque événement appelle son lot d’interprétations, souvent à brûle pourpoint, dans un sens ou dans l’autre.

Ainsi, au-delà des analyses médiatiques ou lancées « à chaud », le RT24 entend questionner la profondeur des changements contemporains affectant les rapports sociaux. Ces derniers étant complexes et imbriqués : dans quelle mesure sont-ils renouvelés ? Les changements affectant un rapport social affectent-ils les autres rapports de pouvoir ? Si oui, comment ? Observe-t-on des transformations ou une persistance des rapports sociaux et de leurs modalités ? Peut-on parler de mouvement ou d’immobilisme de la division sociale, sexuelle, raciale du travail ?

Si l’on admet que les mondes du travail (professionnel, domestique, militant, scolaire…) connaissent de profondes transformations : comment administrer la preuve des mutations ? Quels sont les indicateurs des changements structurels affectant les rapports sociaux dans le travail ? Quels sont les signaux de ce que font les « nouvelles formes » de travail aux rapports de pouvoir et aux identifications de classe dans les mobilisations ?

Parce que le changement est souvent illusoire, se défaire de l’illusion qu’il produit implique de l’appréhender collectivement au travers de champs divers (travail, violence, mobilisations, etc.), en faisant varier les échelles et les temporalités d’analyse. Aussi, le RT24 propose quelques pistes de réflexion ou exemples d’enjeux qui permettent de saisir la persistance ou les transformations des rapports sociaux :

  • Que reste-t-il de la « classe ouvrière » quand les collectifs de travail se fragmentent et que l’hégémonie du salariat se délite à la faveur du développement de l’auto-entreprenariat et de l’économie de plateformes, au temps de l’essor du bénévolat et du volontariat ?
  • Que font les transformations de l’organisation du travail de care et du travail reproductif à la classe des femmes ?
  • Quelle continuité de la division internationale du travail et des migrations, des liens entre racisation et précarisation, voire exclusion du marché du travail ?
  • Dans quelle mesure la prise de conscience des violences structurelles (violences d’Etat/policières ; violences sexistes et sexuelles ; violences contre les enfants ; violences racistes ; …) change-t-elle les rapports sociaux et/ou leur représentation ?
  •  Quelles analyses des mouvements sociaux récents peut-on mener et quel impact peut-on identifier en termes de changement social et de transformation des rapports de pouvoir ?

 

AXE 2 – Micro- ou macro- changements ?

On accueillera avec intérêt les propositions qui s’intéressent aux échelles des changements sociaux et qui interrogent l’articulation micro-macro. En particulier, la distinction proposée dans différents travaux entre les relations sociales (quotidiennes, tangibles et interpersonnelles) et les rapports sociaux (abstraits, structurels) permet d’interroger le changement à différentes échelles. Selon l’échelle des actions ou des luttes, qu’est-ce qui peut être changé ? La transformation des relations sociales est-elle suffisante pour transformer les rapports sociaux ? Les stratégies individuelles de subversion de la norme (blanche et/ou bourgeoise et/ou masculine et/ou hétérosexuelle) peuvent-elles contribuer à la transformation des rapports structurels de pouvoir ? Dans quelle mesure ces stratégies peuvent-elles contribuer à la constitution de collectifs mobilisés pour la transformation des rapports sociaux ?

D’un point de vue plus méthodologique, comment observer et analyser le changement à différentes échelles (micro et macro) ? Une possibilité est d’observer sur le moyen et le long termes les effets des pratiques des individus, des groupes familiaux, professionnels, associatifs etc., ou celles des groupes mobilisés et engagés dans des luttes anti-racistes, anti-sexistes, anti-classistes… On pourra s’intéresser aux stratégies matrimoniales (par exemple de blanchiment de la descendance) déployées par les individus et les groupes pour (empêcher les autres de) produire une descendance légitime et socialement puissante, ou préserver l’entre-soi. Des analyses en termes de « combinatoire straight » seront alors bienvenues. Enfin, on s’intéressera aux rapports sociaux tels qu’ils se déploient à l’intérieur même de chaque classe (y compris de sexe, de race) : comment les différentes fractions de classe, à travers les relations intra-groupe et inter-groupes, sont-elles impliquées dans le changement ?

 

AXE 3 – Changer de classe ?

Nous souhaitons également interroger les questions du changement de classe au sens large. Nous nous intéresserons ici aux passages de frontières entre les groupes ou les classes (y compris de sexe ou de race) : quelles en sont les diverses modalités (plus ou moins durables, plus ou moins définitifs, désirés, subis, etc.) et comment s’articulent-ils ?

Il s’agira d’une part d’appréhender les conditions de possibilités d’une mobilité sociale (ascendante ou descendante) au regard de l’ensemble des rapports sociaux dans lesquels sont pris les individus. Dans cette perspective, on pourra chercher à saisir les modalités, les logiques et les effets multiples de l’articulation entre mobilité sociale et place dans les autres rapports sociaux. Cela permettra par exemple, d’éclairer les processus imbriqués de minorisation sexiste et raciste en jeu dans les trajectoires de mobilité socio-économique. Ce type de questionnement permettra en outre de réfléchir à des enjeux méthodologiques tels que : à quel moment peut-on considérer une mobilité sociale comme réalisée ? À travers quels critères mesurer ces changements de positions sociales ? Et pour quelle échelle temporelle opter ?

Il s’agira d’autre part d’interroger les passages de frontières, incarnés notamment à travers des expériences de transitions et de passing, du point de vue de la sociologie des rapports sociaux. Dans cette perspective, on pourra d’abord se demander si et comment ces changements individuels participent d’une reconfiguration des relations de pouvoir au sein de divers collectifs (notamment militants), et comment ils impactent (ou non) la théorisation en termes de rapports sociaux. On pourra ensuite appréhender les effets structurels en interrogeant les logiques, en apparence contradictoires, de contestation et d’acceptation de l’ordre établi en jeu dans ces changements : il s’agira alors d’explorer comment ces changements participent autant à entériner des mécanismes de différenciation et de hiérarchisation sociales qu’à les remettre en cause.

 

AXE 4 – Changement méthodologique et épistémologique en cours ?

Une autre manière d’interroger le changement consiste à faire retour sur l’évolution des méthodes et des outils conceptuels de nos disciplines. On peut notamment chercher à voir si le développement, ces quinze dernières années, des recherches en termes de genre, d’intersectionnalité, de race dans l’espace francophone a contribué à faire évoluer les façons de faire de la recherche. A-t-on progressé dans les façons de saisir et d’articuler les différents rapports sociaux ?

Sur le plan méthodologique, nous questionnerons l’existence de méthodes renouvelées pour observer et capter les rapports sociaux. En effet, le développement d’enquêtes quantitatives d’ampleur nationale suivies de post-enquêtes qualitatives (“Virages” en 2015-2017 ; “Trajectoires et origines” en 2008-2012 puis en 2018-2019 ; “Acadiscri” depuis 2018) s’inscrit dans une tentative de relever certains défis méthodologiques posés par l’approche dite intersectionnelle. À côté de ces recherches portant sur la mesure statistique et sur l’analyse qualitative de phénomènes d’inégalités et discriminatoires combinés, le déploiement de nouveaux dispositifs d’enquête visant à saisir les rapports sociaux racistes et sexistes encourage à poursuivre les réflexions. Enfin, comment observer et administrer la preuve d’éventuels changements dans les rapports sociaux de sexe-classe-race ? Et dans quelle mesure l’âge, le handicap, la sexualité sont-ils des rapports sociaux comme les autres qu’il s’agirait d’articuler aussi dans l’analyse ?

Sur un plan plus épistémologique, nous accueillerons avec intérêt les communications qui reviennent sur l’apport du cadre conceptuel de l’articulation des rapports sociaux et de l’intersectionnalité aux différents champs d’étude de la sociologie et sur les controverses que cela provoque. On pense par exemple aux rencontres récentes sur l’intersectionnalité dans les recherches en éducation (« Penser l’intersectionnalité dans les recherches en éducation. Journées d’études interdisciplinaires », Créteil, mai 2017), en sociologie des arts et de la culture (« Penser l’articulation des rapports sociaux de sexe, de classe et de race en sociologie des arts et de la culture », RT 14 et RT24, novembre 2018), ou en sociologie des âges (« Âges et rapports sociaux », RT7, RT15 et RT24, janvier 2017).

Enfin, on pourra aussi examiner à partir de cas empiriques les usages des outils conceptuels : intersectionnalité et consubstantialité sont-elles interchangeables ou reposent-elles en dernière instance sur des approches épistémologiques distinctes ? Le souci de l’articulation des rapports sociaux encourage-t-il l’interdisciplinarité et, si oui, selon quelles modalités ?

 

Tout au long du congrès et dans le cadre des activités du RT24, une réflexion collective pourra être menée (et des communications proposées) quant aux objectifs et effets de la sociologie des rapports sociaux. Dans quelle mesure ce paradigme joue-t-il un rôle dans les changements sociaux ? L’analyse sociologique de la réalité se fait-elle avec un objectif (dissimulé, revendiqué…) de transformation sociale, de subversion ou d’abolition des rapports de pouvoir ? À quoi et à qui sert la sociologie des rapports sociaux ? Comment est-elle sollicitée dans les mouvements sociaux ? Dans quel(s) contexte(s) et avec quel(s) objectif(s) ? En somme, il s’agirait d’interroger les possibilités et les modalités d’une sociologie des rapports sociaux au service d’un éventuel changement social…