Au cours des cinq dernières années, la santé des étudiant·es a gagné en visibilité dans l'espace public. Cette recherche analyse la manière dont les personnels définissent et prennent en charge les vulnérabilités des étudiants dans un contexte institutionnel caractérisé par la transformation de leurs conditions de travail et, plus largement, par des inégalités croissantes entre les établissements d’enseignement supérieur. Elle s’appuie sur une étude de cas que je mène dans deux universités françaises et un BAPU (Bureau d'aide psychologique universitaire) depuis début 2024. Il ressort de l’enquête en cours que les récentes mesures de santé publique se heurtent d'une part à la résistance de la majorité du personnel travaillant dans le domaine de la santé universitaire et d'autre part au désaccord de ce personnel sur la situation actuelle de leur patientèle.
Ilona Cler, doctorante en sociologie (Clersé, Université de Lille). ilona.cler@univ-lille.fr
Structures de placement pénal pour mineur·e·s, les centres éducatifs renforcés (CER) accueillent des jeunes placé·e·s par un·e juge des enfants pour une durée de 3 à 6 mois. L’objectif institutionnel des séjours en CER est de « faire rupture » avec l’environnement social et géographique ordinaire des jeunes, dont l’influence sur elles et eux est considérée comme mauvaise, pour pouvoir construire leur réinsertion. Le placement est organisé autour de plusieurs activités sportives et éducatives, proposées par les éducateur·ice·s du CER ou des intervenant·e·s extérieur·e·s, ainsi que de stages professionnels.
Les trajectoires institutionnelles des jeunes placé·e·s questionnent l’attachement au territoire, que l’on peut définir comme l’ancrage local et les ressources qui découle des liens sociaux au sein d’un espace social et géographique défini. En effet, une grande partie de ces jeunes ont connu un ou plusieurs épisodes de déscolarisation et ont parfois déjà été placé·e·s dans une autre institution (au pénal ou dans une structure de l’aide sociale à l’enfance), voire été incarcéré·e·s. Le CER intervient ainsi dans les trajectoires de jeunes considéré·es comme « déplaçables » et à déplacer par les institutions de prise en charge de la déviance. Cette décision pénale implique alors un éloignement des réseaux de sociabilité habituels, ancrés dans un territoire, dans le but d’insérer les jeunes dans un autre espace. Pourtant, l’importance des fugues dans les structures donnent à voir le désir des jeunes de se soustraire à l’environnement imposé par les CER, voire parfois de repartir dans leur territoire d’origine. Dans certains cas, plus rares, certain·e·s jeunes peuvent rester à proximité du CER après le placement, à la suite par exemple d’une proposition d’apprentissage par une entreprise.
S’inscrivant dans l’axe 2 de la session 5 du RT, cette proposition de communication interroge les conditions d’émergence de résistances, ou au contraire des formes d'acceptation, face au déplacement géographique imposé par la décision pénale chez les jeunes placé·e·s.
Pour ce faire, je mobiliserai les données récoltées sur deux terrains ethnographiques : des observations réalisées lors de deux sessions de 5 mois dans deux CER situés en milieu rural, et une trentaine d’entretiens avec les professionnel·le·s des CER, les jeunes, leur famille, et des chefs de services de CER.
Le propos se structurera en deux axes. Il s’agira dans un premier temps de questionner la manière dont l’attachement au territoire des jeunes intervient dans la prise en charge en CER. En effet, l’assignation à une origine géographique intervient régulièrement dans les interactions entre jeunes. La construction des logiques de groupe dans la structure est ainsi tributaire de l’évocation des appartenances territoriales, qui conduit à des rapprochements entre jeunes ainsi qu’à la construction d’une hiérarchie au sein du groupe. Un deuxième temps permettra d’interroger la manière dont la distance géographique au lieu de vie d’origine, le rapport des jeunes à ce dernier, et les ressources dont ils et elles disposent ou non dans l'espace associé, déterminent les déplacements des jeunes dans l’environnement du CER, notamment lors de sorties non autorisées ou de fugue. La communication cherchera aussi, en retour, à saisir ce qui peut inciter les jeunes à rester dans l’environnement du CER après la fin de leur placement.
Cette proposition s'intéresse aux inégalités socio-spatiales concernant les pratiques de l'espace résidentiel au prisme des rapports d'âge et de générations au sein de la jeunesse des cités.
Nathan Lévêque
Doctorant contractuel à l’Ined, l’Iris et l’EHESS
nathan.leveque@ined.fr