RT20

AAC RT20 - Congrès de Tours - « Libertés et émancipation »

Appel à communication

 

Le « Réseau Méthodes » s’est constitué en reconnaissant le caractère indissociable des résultats de la recherche sociologique et des démarches organisant cette recherche, des analyses produites et des modalités de leur production. Autrement dit, les méthodes ne constituent pas un secteur ou un domaine particulier de la discipline, mais une dimension transversale à toute production de recherche sociologique. Par ailleurs, il ne peut y avoir de discours de la méthode déconnecté de la recherche vivante, d’enquêtes à réaliser, de pratiques de la recherche scientifique en actes.

 

Le « Réseau Méthodes » offre donc un espace pour approfondir et renforcer cette orientation en sociologie et dans les disciplines qui lui sont proches. Il soutient le développement d’une réflexivité sur les méthodes et les données de la recherche (production, traitement, analyse, valorisation, réflexion sur l’ouverture des données...). Pour le congrès de Tours, qui porte sur le thème « Libertés et émancipation », le réseau encourage la soumission de propositions de communication autour de trois axes : (1) Les libertés académiques et les pratiques de recherche sous contrainte, (2) L’enquête comme outil d’émancipation des enquêté·es et (3) Quelles libertés dans le choix des méthodes aujourd’hui ?

 

Nous encourageons également des communications sur des enjeux méthodologiques plus transversaux. Le bureau encourage par ailleurs vivement les personnes intéressées à s’enregistrer comme membres du RT 20 sur le site de l’AFS à partir de leur compte ainsi que les personnes désireuses de s’investir dans l’animation du réseau à participer à l’assemblée générale qui aura lieu lors du congrès.

 

Axe 1 : Libertés académiques et recherche sous contrainte

 

Inscrites dans un contexte social donné, les recherches sociologiques ne peuvent être dissociées des conditions dans lesquelles elles sont produites. Les sociologues, comme d’autres chercheur·euses, sont confronté·es à un certain nombre de contraintes institutionnelles, juridiques, éthiques et politiques. Si ces contraintes ne sont pas nécessairement nouvelles, leurs modalités se reconfigurent, transformant ainsi les conditions dans lesquelles la recherche se fait. Par exemple, les attaques récentes contre la sociologie (comme les dispositions prises par l’administration Trump outre-Atlantique ou les accusations d’« islamo-gauchisme » auxquelles fait face la recherche en France) constituent des atteintes aux libertés académiques lorsqu’elles conduisent à restreindre le choix des objets de recherche, des terrains ou des méthodes.

 

Mais les contraintes sur la recherche peuvent également découler d’opérations concourant à des objectifs légitimes : garantir l’intégrité scientifique, protéger les enquêté·es, favoriser l’ouverture des savoirs, etc. C’est le cas, par exemple, de la mise en place de comités d’éthique, qui selon leur composition, leurs critères d’évaluation ou leurs modalités de fonctionnement conduisent parfois à remettre en cause, voire empêcher, le recours à certaines méthodes sociologiques, notamment qualitatives. Des communications portant sur les enjeux éthiques, juridiques et méthodologiques de l’enquête à couvert sont les bienvenues. En outre, le Règlement général sur la protection des données (RGPD), qui vise à garantir la protection des données personnelles des personnes enquêtées, s’applique également à la recherche sociologique. S’il constitue une protection importante pour les enquêté·es, il leur confère aussi la possibilité de faire supprimer leurs données de l’enquête. L’exercice de ces droits pourrait compliquer l’enquête auprès des groupes dominants, plus à même de les mobiliser pour restreindre l’accès aux données les concernant.

 

De façon analogue, les injonctions à la science ouverte, alors qu’elles résultent d’un objectif de décloisonner la recherche, peuvent faire peser des risques tant sur les professionnel·les de la recherche que sur leurs enquêté·es. En effet, à la différence des journalistes les chercheur·euses ne bénéficient par exemple pas de protection « en cas de mise en œuvre à leur égard de techniques de recueil de renseignement dans le cadre de la police administrative »[1].

 

Des communications pourront ainsi interroger les effets de ces différents dispositifs sur les méthodes de recherche, en questionnant notamment la façon dont ils peuvent parfois entraver les libertés académiques et certaines pratiques d’enquête. Les propositions pourront également porter sur les stratégies développées par les chercheur·euses pour composer avec ces contraintes. Des communications s’intéressant à la manière dont ces contraintes s’exercent différemment selon les positions occupées dans le champ académique (entre chercheur·euses titulaires, doctorant·es, ingénieur·es ou autres professionnel·les de la recherche) seront également appréciées, notamment lorsqu’elles permettent de documenter les inégalités de ressources et de marges de manœuvre face à ces contraintes.

 

Plus généralement, nous encourageons les propositions qui adoptent une démarche réflexive sur les conditions de production de la recherche sociologique. Une attention particulière sera portée aux communications analysant l’influence des caractéristiques sociales des chercheur·euses et des contextes institutionnels sur les recherches et leurs méthodes. À ce titre, les contributions fondées sur la comparaison de plusieurs enquêtes, mettant en lumière les effets de différents contextes sur la réalisation d’enquêtes sociologiques, sont bienvenues.

 

Axe 2 : L’enquête comme outil d’émancipation des enquêté·es ?

 

Si les conditions dans lesquelles les recherches sont menées peuvent ainsi contraindre les marges de manœuvre des personnels de recherches, les pratiques d’enquête ne sont pas sans poser question quant aux libertés dont disposent les personnes interrogées, tant au cours de la collecte des données que dans les usages qui en sont faits.

 

En effet, l’enquête, en tant que dispositif de production de connaissance, s’inscrit dans une dynamique relationnelle entre chercheur·euses et enquêté·es. Dynamique qui peut être traversées par une asymétrie de ressources. Cet axe invite à interroger les conditions dans lesquelles les personnes enquêtées peuvent exercer leurs libertés au cours de la recherche et au-delà. Des propositions de communication traitant de méthodes permettant de donner une place aux enquêté·es dans l’enquête, comme les démarches de recherche-action ou de recherche participative par exemple, seront particulièrement appréciées. De manière plus générale, il s’agira de questionner la façon dont ces méthodes peuvent permettre d’intégrer les enquêté·es aux différentes phases de la recherche : quelle place accorder aux enquêtés dans la production de données, de résultats, les publications qui en découlent, etc.

 

Dans le prolongement de cette idée, les communications pourront également porter sur les problématiques de vulnérabilité dans l’enquête, avec un accent sur deux moments où des asymétries de pouvoir sont saillantes : le consentement et l’anonymisation. D’abord, les différentes formes de consentement et de retrait dans l’enquête sont à interroger : que signifie concrètement donner “son consentement libre et éclairé”, en particulier lorsque les finalités de l’enquête ne peuvent pas toujours être pleinement explicitées par les chercheur·euses ? Comment penser la possibilité, pour les enquêté·es, de revenir sur leur participation, de contester certaines interprétations ou de demander la suppression des données les concernant ? À quoi peut-on s’attendre en termes d’inégalités de ressources pour exercer ce droit ? Par ailleurs, les utilisations des données peuvent avoir des effets préjudiciables pour certains groupes sociaux, par exemple si un défaut d’anonymisation les expose à des discriminations. Comment les modalités de pseudonymisation sont-elles expliquées, imposées ou négociées avec les personnes enquêtées ?

 

Enfin les propositions pourront porter sur les méthodes de restitution de la recherche et sur les attentes qu’elles peuvent susciter chez les enquêté·es. Dans quelle mesure la restitution peut être envisagée comme une forme de don/contre-don ? Comment envisager un terrain sur lequel l’accès est conditionné à une restitution, quelle qu’elle soit ?

 

Axe 3 : Quelles libertés dans le choix des méthodes d’enquête aujourd’hui ?

 

Les transformations contemporaines des conditions de la recherche soulèvent également la question de la diversité des méthodes d’enquête, à laquelle le RT20 est particulièrement attaché.

 

L’essor des données numériques et plus généralement des matériaux qui ne sont pas initialement produits pour la recherche, comme les données et les documents administratifs, invite à interroger les conditions de leur réutilisation à des fins scientifiques. De même, l’ouverture croissante des données soulève des questions méthodologiques liées à l’appropriation et à l’exploitation de corpus produits par d’autres acteur·rices. Ces transformations peuvent toutefois être envisagées non seulement comme de nouvelles contraintes ou de nouvelles ressources pour l’enquête, mais aussi comme vectrices de libertés et d’innovations méthodologiques. En rendant accessibles de nouveaux matériaux, elles permettent d’explorer des terrains jusque-là difficilement observables ou de déplacer le regard porté sur des objets déjà étudiés avec de nouvelles possibilités d’enquête et de problématisation.

 

Par ailleurs, le développement de certaines pratiques d’enquête plus coûteuses, telles que la rétribution des enquêté·es, l’appariement de bases de données ou la généralisation du recours au centre d’accès sécurisé aux données (CASD), interroge sur les inégalités d’accès aux méthodes de recherche. Dans quelle mesure les ressources des établissements, la présence de personnels d’appui à la recherche ou les positions occupées dans le champ académique influent-elles sur le recours à ces pratiques qui se généralisent ?

 

Plus généralement les conditions de la recherche jouent sur les méthodes employées. Les communications pourront ainsi interroger les effets de la généralisation des modes de financement par projet sur la définition des objets de recherche et le choix des méthodes d’enquête. Elles pourront également porter sur les conditions de réalisation de la recherche en l’absence de financements dédiés ou de temps à y consacrer : dans un contexte de surcharge de travail et de sous-financement des universités, certaines méthodes sont-elles plus compatibles avec les contraintes temporelles du métier d’enseignant·e-chercheur·euse ? Les propositions pourront enfin questionner les effets du raccourcissement de la durée des thèses ou encore l’importance des financements CIFRE sur la recherche et les méthodes utilisées. De plus, quelles sont les conséquences de la mise en compétition croissance des non-titulaires pour l’obtention de postes de plus en plus rares sur le choix des méthodes ? Cela interroge notamment sur le développement d’une pression à la multiplication des méthodes au travers des méthodes mixtes. Dans quelle mesure ces contraintes peuvent-elles contribuer à standardiser les objets, les méthodes et les temporalités d’enquête ?

 

Informations complémentaires et consignes

 

Le thème général du congrès étant assez spécifique, nous accepterons également des communications sur des questions méthodologiques transversales. Les propositions doivent faire 5 000 signes maximum et sont à déposer avant mi-janvier sur le site de l’AFS (https://afs-socio.fr/). Elles doivent inclure, outre le titre et le résumé, vos nom(s), rattachement(s) institutionnel(s) et adresse(s) électronique(s).

 

Les résultats seront transmis aux auteur·es mi-mars.

 

Pour participer au Congrès, il faudra adhérer à l’AFS et s’acquitter de droits d’inscription. L’adhésion (qui vaut pour deux ans) s’élève à 45€ pour les non-titulaires et 114€ pour les titulaires ; l’inscription au Congrès à 74 € pour les non-titulaires et 182€ pour les titulaires. Les tarifs pour le Congrès de Tours sont légèrement plus élevés que lors du précédent congrès (inflation).

   

L’accès au Congrès se veut le plus inclusif possible :

      • Les collègues non-titulaires qui ne peuvent être financé·es par leur laboratoire pourront, sur présentation de dossier, être exonéré.es des droits d’inscription et bénéficier d’une aide pour le transport et le logement. La procédure pour la demande d’exonération des droits d’inscription sera précisée plus tard.

      • Des dispositifs de lutte contre les violences sexistes et sexuelles seront mis en place.

      • Si vous avez des besoins d’accessibilité (salle accessible PMR, format de documents spécifiques, prise en compte de contraintes horaires...), vous pourrez le signaler dans le cas où votre communication est retenue. Le comité d’organisation mettra tout en œuvre pour essayer de répondre à vos demandes.
 

[1] Décision n° 2015-713 DC du 23 juillet 2015, https://www.conseil-constitutionnel.fr/decision/2015/2015713DC.htm

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