Dans le cadre du 12ème congrès de l’Association Française de Sociologie (AFS) qui se tiendra du 6 au 9 juillet 2027 à Tours, le réseau thématique «
Sciences et techniques en société : savoirs, pratiques, instruments et institutions » (RT29) organise ses sessions consacrées à la sociologie des sciences, techniques et savoirs en société.
Deux types de sessions seront organisés :
1- des sessions thématiques du réseau accueilleront des communications de 20 minutes (discussion incluse). Les communications pourront porter plus spécifiquement sur la thématique du congrès, organisée autour de trois axes, ou s’inscrire dans un axe varia (axe 4)
2- des sessions croisées organisées avec d'autres réseaux de l'AFS suivront des modalités spécifiques précisées dans les appels dédiés.
Lors de votre dépôt, nous vous invitons à respecter la charte du RT29 et notamment la
limite stricte de 3 000 signes espaces compris (voir ci-dessous).
1. Émancipation et conservatisme dans l’usage des savoirs et des techniques
L’usage des savoirs scientifiques par les personnes engagées dans la défense d’une cause est une thématique qui traverse depuis plusieurs années maintenant la littérature sur les mouvements sociaux à visée émancipatrice. Par exemple, de nombreux cas ont été documentés de production de savoirs “profanes” ou “citoyens” dans la lutte contre les dégâts du progrès technique, notamment lorsque les savoirs conventionnels venaient à manquer et afin de compenser des situations d’“injustice épistémique” (Gibbon et al. 2010 ; Fricker, 2007). Cet axe s’intéressera à ces usages émancipateurs des savoirs et des technologies, dont la mise en perspective pourra s’appuyer sur une épaisse littérature existante. Mais il encourage aussi les communications sur les usages de la science qui, à l’inverse, entendent aller à l’encontre des logiques d’émancipation, par la défense de causes conservatrices, qu’elles soient le fait de professionnel-les ou de profanes. Ces communications pourront aussi s’intéresser aux revendications prônant une forme de liberté dans une perspective conservatrice (libertés individuelles, libertés économiques, etc.) (Slobodian, 2025). Au-delà des stratégies de “production d’ignorance”, solidement documentées, comment les savoirs scientifiques sont-ils arrimés à des mouvements pour la restrictions de droits , le maintien du statu quo ou d’un ensemble de rapports de pouvoir et de domination (Edwards-Grossi, 2021) ? Quels sont alors les relais de ces savoirs et quels types de coalitions rendent possibles leur production et leurs usages ? Comment certains discours savants en viennent-ils, selon les espaces sociaux où ils sont travaillés, à être associés à des revendications émancipatrices ou au contraire réactionnaires (Hauchecorne, 2009) ? Quels domaines scientifiques et techniques paraissent particulièrement propices à une appropriation émancipatrice ou conservatrice de leurs savoirs et outils ?
2. Libertés académiques et obstructions à l’enquête
Cet axe questionne la notion de "liberté académique”, souvent travaillée sous un angle plus philosophique et politique (Boncourt 2024) que sociologique. Les mouvements sociaux actuels qui animent les professionnels de l’enseignement supérieur et la recherche mobilisent cette notion de "liberté académique" (Soler 2025), mais la définition renvoie tantôt à l’idée d'autonomie professionnelle vis-à-vis des établissements, de conservation des instances collégiales, d'absence de programmation en amont vis-à-vis du ministère, de non-régulation des contenus produits et diffusés, etc. Or ces propositions sont des choses que la sociologie des sciences et des techniques distingue (e.g. Barrier 2011 ; Bedessem 2018 ; Gozlan 2015 ; Laurens 2023 ; Musselin 2001) : on peut avoir la liberté de choisir ses objets, sans avoir celle de publier les résultats là où on le voudrait. Se poser cette question invite à regarder envers qui la recherche souhaite être libre (le gouvernement, l'armée, les citoyens...). Elle invite aussi à interroger le caractère collectif ou individuel de cette liberté, puisque l’un des principes les plus invoqués de la recherche académique est la forte interdépendance qui caractérise les relations entre ses membres et entre gouvernance et évaluation : les modes d’action des personnels de recherche visent-ils à acquérir une liberté à l’échelle individuelle, des équipes, des laboratoires, des établissements, des communautés ? Ont-ils pour conséquence de redéfinir les liens vis-à-vis de "l'extérieur" de la science (Gieryn, 1983), y compris via des rhétoriques de l'exceptionnalité du champ scientifique (Bourdieu, 1976) ? Les communications pourront ainsi s’efforcer de remettre en contexte les usages de la notion d’autonomie, dans une perspective d’histoire des idées. Elles pourront aussi analyser les luttes pour la définition légitime des libertés académiques, les relations de dépendance ou d’interdépendance prescrites, explicitement ou en creux, et quels rapports entre les chercheur·ses et entre l’espace de la recherche et les autres espaces sociaux ces luttes viennent façonner.
L’axe s'intéresse aussi aux menaces qui pèsent sur les libertés académiques dans le cadre spécifique des études sociales des sciences et des techniques. Il s’agit de prêter un intérêt particulier à la fois aux conditions matérielles des professionnel·les de la recherche, et aux obstructions formelles à la production des savoirs. Ces dernières années, des phénomènes d’obstruction à la production libre de savoirs se sont multipliés et ont été documentés à la fois par des travaux de sociologie des sciences et des techniques (Edwards, 2026), des travaux journalistiques et des discours politiques. C’est notamment le cas des procédures baillons, des intimidations ou encore de la chasse au wokisme (Laurens & Neyrat, 2010 ; Silhol & Mahoudeau, 2024). Comment ces phénomènes se manifestent (ou non) pour les personnels scientifiques et techniques face à de nombreux enjeux tels que le secret industriel, la protection des innovations, ou les obligations statutaires. Enquêter dans une industrie ou un laboratoire de R&D implique ainsi régulièrement la signature de clauses de confidentialité et un droit de regard, variable selon les situations, des enquêté·es sur la publicisation des résultats (Lanciano-Morandat 2013). Les politiques de financement de la recherche sur projet produisent des contraintes sur les conditions de réalisation de la recherche (fabrique des agendas scientifiques, conflits d’intérêts, dépendances économiques, allocation du temps de travail, etc.). Récemment, l’instauration de Zones à Régime Restrictif pour certaines Unités Mixtes de Recherche restreignent l’accès de chercheurs extérieurs à ces laboratoires. Les communications pourront analyser les implications méthodologiques et épistémologiques de ces problématiques pour les sociologues des sciences et des techniques. Notamment, les vulnérabilités régulières des infrastructures numériques de l’ESR relancent des débats sur notre réelle capacité à protéger les données issues de nos enquêtes, et donc sur le risque que fait peser notre enquête même sur les configurations étudiées.
3. Liberté, sécurité et inégalités d’accès à la technique
Dès la fin du XVIIIème siècle, l’innovation technologique et les avancées scientifiques ont nourri un imaginaire d’une humanité libérée par le progrès technique. C’est particulièrement saillant à partir du milieu du XXème siècle dans le domaine de l’automobile ou encore de l’électroménager qui deviennent de véritables avatars de la modernité. D’importants travaux ont depuis montré que cette liberté n’a jamais concerné toutes les populations, et que son accroissement est à remettre en perspective dans les hiérarchies et les rapports de force internes aux sociétés dans lesquelles elle se déploie. Qu’en est-il de la liberté dans les sciences et les techniques à l’ère de la sécurité ?
Nous invitons les propositions de communication à interroger les rapports ambivalents entre sécurité et liberté.
Dans le domaine du numérique, le déploiement grand public d’internet dans les années 1990 fut par exemple marqué par des tensions entre des idéaux libertaires d’un côté et marchands et de surveillance de l’autre (Cardon, 2010 ; Turner 2006). Certains outils d’intelligence artificielle formulent la promesse d’émanciper les travailleur-ses de tâches répétitives au travail, alors que de récents travaux montrent à l’inverse le déplacement de la charge de travail vers de nouvelles activités, notamment de préparation des données (ETNA, 2026). De même, certaines grandes infrastructures sont présentées comme des vecteurs de sécurité des populations, tout en restreignant les accès d’une partie de la population à certaines ressources (mega-bassines, autoroutes, villes intelligentes etc.).
Quels idéaux sont inscrits dans les innovations scientifiques et technologiques, dans les scripts ou dans les promesses technoscientifiques, et dans quelles configurations ? Comment des personnes inscrivent-elles dans la pratique des conceptions de liberté, de sécurité, de contrôle, etc. dans leurs usages des dispositifs socio-techniques ? A qui sont adressées ces innovations, et comment leurs scripts sont retraduits ou contestés dans les usages ? Quels sont les effets émancipateurs et/ou aliénants des technologies en fonction des configurations étudiées (producteurs, usages, inégalités d’accès) ?
4. Varia
Fidèle à sa mission d’animation d’une communauté de chercheur·ses spécialisée dans l’étude sociale des sciences et des techniques, le RT29 accueillera également les propositions de communications relevant de son périmètre thématique, qui ne trouverait pas leur place dans les axes ci-dessus. Les propositions pourront ainsi concerner, sans que cette liste soit exhaustive, des recherches en sociologie des institutions scientifiques et techniques (professions, laboratoires, disciplines…), des connaissances et des pratiques scientifiques et techniques, de l’expertise, des régimes de preuve, des relations sciences-industries-technologies, des processus d’innovation, ainsi que des analyses des relations science-politique-société.
Modalités de soumission
- Les propositions de communications devront respecter la charte d'évaluation du RT29. Notez en particulier que chaque personne ne peut déposer qu’une seule proposition de communication au RT.
- Elles ne dépasseront pas 3 000 signes espaces compris. Elles seront déposées dans l’onglet “proposition” sur l’interface de l’AFS. Le RT29 n’attend pas de bibliographie. Les références essentielles pourront être mises entre parenthèses sous la forme (Auteur, date) et compteront dans le décompte des 3 000 signes. Attention : le RT29 n’évaluera pas les propositions allant au-delà de cette limite.
- Lors du dépôt de la proposition, le bureau du RT29 ne demande pas de résumer la proposition de communication. A la place, sur l’interface de l’AFS, l’onglet “résumé de la communication” contiendra les informations suivantes:-Auteur·e 1 : NOM Prénom, adresse mail de contact, statut [doctorant·e, docteur·e, titulaire], affiliation. [si pertinent, répétez pour tous·tes les auteur·ices] -Mots-clés (5 maximum) -Axe de la proposition [“Appel thématique” si elle relève de l’argumentaire du congrès (le cas échéant, précisez l’axe considéré) ou “communication varia” si la proposition correspond au périmètre plus général du RT29, en dehors des appels thématiques du congrès]. -Noms des porteur·euses du projet finançant la recherche présentée [si pertinent]. Les auteurices qui estiment important de préciser en détails leur bibliographie pourront le faire dans cet onglet, sans que cela soit une attente du RT29.
Assemblée générale et renouvellement du bureau
Par ailleurs, le RT29 tiendra son assemblée générale durant le congrès. Ce sera l’occasion de dresser un bilan des activités au cours du mandat écoulé, mais également de renouveler la composition du bureau pour le mandat 2027-2029 du réseau thématique. Les règles de fonctionnement du bureau sont les suivantes (
détaillées dans la charte de fonctionnement du bureau) : les membres du bureau n’ayant pas atteint la durée maximale de leur mandat peuvent choisir de rester ; le nombre de sièges ouverts dépend ainsi du nombre de départs ; cette élection est organisée à bulletin secret et sur des critères stricts de parité. Toute personne ayant déjà communiqué ou soumis une proposition de communication lors d’un événement organisé par le RT29 est la bienvenue pour rejoindre le bureau. Les candidatures peuvent être soumises à l’avance, par mail, au bureau du RT29 ou déposées au début de l'assemblée générale. Les personnes intéressées, quel que soit leur avancement dans leur carrière, ne doivent pas hésiter à se manifester auprès du bureau, et nous nous réjouissons de vous voir nous rejoindre bientôt.
Informations générales
Nous relayons ci-dessous une série d’informations quant à l’organisation du congrès de Tours afin de permettre à toustes d’anticiper au mieux son déroulement.
Attention : le RT29 n’est pas en mesure de répondre aux questions que ces différentes informations suscitent, qui devront être directement adressées au CE de l’AFS.
Pour participer au Congrès de Tours, il faudra adhérer à l’AFS et s’acquitter de droits d’inscription. L’adhésion s’élèvera à 45€ pour les non-titulaires et 114€ pour les titulaires. L’inscription au Congrès à 74€ pour les non-titulaires et 182€ pour les titulaires. Toutes les informations quant au déroulement général du congrès sont disponibles sur le site de l’AFS.
Les collègues non-titulaires qui ne peuvent être financé·es par leur laboratoire pourront, sur présentation de dossier, bénéficier d’un soutien financier à la prise en charge de leurs frais de transports et d’hébergement, à l’adhésion à l’AFS restant à leur charge.
De plus, certains laboratoires ne prennent plus en charge les adhésions. Nous vous invitons ainsi à vérifier en amont auprès de votre laboratoire les modalités de leur prise en charge. Pour pallier ce problème, l’AFS a fait les démarches pour être reconnue comme association d’intérêt général de sorte à permettre, aux adhérent·es imposables, d’obtenir une réduction d’impôts de 66 % en 2026. Par ailleurs, des adhésions collectives sont possibles. Si cela permet une prise en charge des adhésions par votre laboratoire, le ou la gestionnaire doit envoyer un message au comité exécutif pour préciser que vous demandez une facture collective (qui précise clairement les noms des personnes prises en charge). L’objet de la facture sera « frais d’inscription au congrès et à l’AFS ». Son montant correspondra à la somme des adhésions individuelles indiquées.
L’accès au Congrès se veut le plus inclusif possible :
- Des dispositifs de lutte contre les violences sexistes et sexuelles seront mis en place.
- Si vous avez besoin de services d’accompagnement en raison d’une situation de handicap, vous pourrez le signaler dans le cas où votre communication est retenue. Le comité d’organisation mettra tout en œuvre pour essayer de répondre à vos demandes.
- Si vous avez besoin de services de crèche pendant le Congrès vous pourrez le signaler au moment de l’inscription. Le comité local tentera de proposer un mode de garde.
Bibliographie
Agrikoliansky, É. et Collovald, A. (2014). Mobilisations conservatrices : comment les dominants contestent ?
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Barrier, J. (2011). La science en projets : Financements sur projet, autonomie professionnelle et transformations du travail des chercheurs académiques.
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Bedessem, B. (2018).
Quelle autonomie pour la recherche ? Analyse épistémologique des conditions de la gouvernance des sciences [Thèse de doctorat en philosophie, Université Grenoble Alpes, Université du Québec à Montréal].
https://theses.hal.science/tel-03191935
Boncourt, T. (2024) La liberté académique comme catégorie de la pratique : à propos de la constitution du rôle d'universitaire en problème public.
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Edwards-Grossi E. (2021), Bad Brains : la psychiatrie et la lutte des Noirs américains pour la justice raciale, XXème et XXIème siècles, Rennes: Presses Universitaires de Rennes, 286 p.
Edwards, P. N. (2026). The End of Science? Agnosis and American Fascism.
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ETNA, "Les algorithmes au défi de l’ethnographie : retours d'enquêtes", Journées d’études du RT29 “Faire de la sociologie des sciences et des techniques aujourd'hui : problèmes, pratiques et perspectives”, 28 octobre 2026
Hauchecorne, M. (2009). Le « professeur Rawls » et le « Nobel des pauvres » La politisation différenciée des théories de la justice de John Rawls et d'Amartya Sen dans les années 1990 en France.
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Gibbon, S., Frickel, S., Howard, J., Kempner, J., Ottinger, G., & Hess, D. J. (2010). « Undone Science: Charting Social Movement and Civil Society Challenges to Research Agenda » Setting.
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Gozlan, C. (2015). L’autonomie de la recherche scientifique en débats : Évaluer l’« impact » social de la science ?
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Lanciano-Morandat, C. (2013). Temps officiels et disponibilités temporelles des travailleurs de la recherche académique et industrielle.
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Laurens, S. (2023). Liberté académique j’écris ton « non ». Retour sur deux publications récentes sur l’autonomie de la recherche en sciences sociales.
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Fricker, M.,
Epistemic Injustice: Power and the Ethics of Knowing, Oxford University Press, 2007
Sylvain Laurens, Frédéric Neyrat (dir.),
Enquêter : de quel droit ? Menaces sur l'enquête en sciences sociales, Éditions du Croquant, 2010, 320 p
Musselin, C. (2001).
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Guillaume Silhol and Margot Mahoudeau, “En rangs et en tribunes : une analyse d’interventions intellectuelles sur le « wokisme » en France (2020-2023)”,
Mots. Les langages du politique, 136, 2024, 41-61.
Slobodian, Q. (2025),
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