RT9

Les dimensions urbaines et territoriales des processus de classement, déclassement et reclassement

Dans le cadre de la problématique générale du 8econgrès de l’AFS (« Classer, déclasser, reclasser »), le RT9 propose de consacrer ses sessions aux questionnements portant sur la dimension proprement spatiale des processus sociaux de classement (profane ou savant) en considérant les trajectoires et positions objectivement occupées dans l'espace physique et social.

Cette approche, qui se veut sensible aux dimensions à la fois objective et subjective des rapports sociaux, offre la possibilité d’analyser les liens étroits entre les positions occupées dans les hiérarchies sociales à différentes échelles, locale, nationale ou globale. La distribution des individus et groupes sociaux dans l’espace urbain, et plus largement dans les territoires, est en partie le reflet de la place qu’ils occupent dans l’ordre social. Néanmoins, l’espace ne peut être seulement pensé comme un simple réceptacle passif, dans la mesure où il contribue en tant que système de représentations et de significations à les classer et à les positionner dans l’ordre social. Des situations de décalage entre les positions sociales et résidentielles des individus peuvent alors s’observer, notamment dans les contextes urbains affectés par de fortes évolutions (par exemple d’embourgeoisement, de gentrification, de paupérisation qui peuvent enclencher des processus de déclassement ou de reclassement) ou lorsque les individus voient leur situation personnelle profondément modifiée sous les effets de changements divers (familiaux, économiques, professionnels, relationnels et socio-spatiaux), dans un contexte général d’effritement de la société salariale, de précarisation et de creusement des inégalités sociales. Il s’agira donc, dans le cadre de cet appel à communications, de réfléchir aux dimensions urbaines et territoriales des processus de classement, et des trajectoires de déclassement, et de reclassement socio-résidentielles. Bien évidemment, la prise en considération de ces effets spatiaux nécessite de s’affranchir de toute pensée substantialiste des espaces. De même, elle demande de se montrer attentif aux manières dont les propriétés et les trajectoires (sociales, résidentielles) des individus et des groupes interagissent avec les propriétés physiques et sociales des espaces de vie et leurs évolutions. 

 

Pour répondre à ces questionnements, trois axes de réflexion guideront la construction des sessions thématiques.

Le RT9 propose également un quatrième axe, dédié à la session conjointe avec le RT26 « Réseaux sociaux », dont l’appel est disponible sur le site de l’AFS.

 

Axe 1 : Catégoriser les populations, catégoriser les espaces 

 

Toute opération de classement social implique en amont la production de mécanismes de catégorisation. Les catégorisations spatiales participent à ces mécanismes de production de la « différence » fondés sur des rapports sociaux de divers ordres (la classe, le genre, la génération, les identifications ethno-raciales, les lieux et les territoires), bien souvent articulés les uns aux autres, et qui servent de base à la délimitation des frontières sociales entre les groupes. Ces modes de catégorisation mettent en jeu des populations, différenciant des individus dans des ensembles sociaux dont les délimitations sont plus ou moins définies et fixes dans le temps et selon les situations. Ils sont également activés pour différencier les espaces, sur la base d’éléments physiques (morphologie de l’habitat, localisation, équipements collectifs, etc.) et de propriétés sociales attachées aux caractéristiques des lieux et de leurs usagers. Il s’agira donc ici de s’interroger sur les conditions sociales d’émergence des catégories de classement, de leur circulation, de leur réception par les populations ainsi mises en catégorie et de leur négociation, ces catégorisations pouvant être discutées voire disputées dans le cadre de la mise en œuvre de dispositifs publics, d’initiatives privées (construction d’un nouvel équipement par exemple) ou encore de compétitions ordinaires entre divers modes d’occupation de l’espace. Quels acteurs sont producteurs de catégorisations spatiales ? Dans quelles scènes ? Comment les acteurs du marché du logement, des agents immobiliers aux plateformes digitales (AirBnb, Se Loger, etc.), mais aussi les militants et acteurs associatifs, participent-ils aux processus de marquage et de classement des espaces, et avec quels types d’outils ou de dispositifs ? Quels critères sont utilisés pour différencier les espaces qui composent la ville et les territoires et penser les spécialisations sociales des espaces ? A quelles échelles ? Des propositions pourraient également analyser le travail de catégorisation effectué par exemple dans le cadre des dispositifs de la géographie prioritaire ou dans des sites faisant l’objets d’investissements publics et privés massifs (redéveloppement, politiques d’attractivité) sur lesquels les acteurs politiques et les médias communiquent

 

Axe 2 : Classements sociaux et hiérarchies résidentielles

 

Le travail de catégorisation et de hiérarchisation des populations et des espaces alimente les processus de classement et d’auto-classement utilisés par les individus et par les groupes sociaux pour se définir les uns par rapport aux autres, tracer des limites entre eux et les autres, et négocier leur place dans les sociétés locales. De nombreux travaux ont montré les effets du lieu de résidence sur la façon dont les individus mesurent les écarts entre leur position sociale et celle des autres populations présentes localement, mais également la façon dont ils se positionnent dans l’espace social. De même, les mobilités quotidiennes mettent en jeu des processus de classement, de déclassement et de reclassement, selon les distances et les lieux que les populations doivent parcourir. Dans quelle mesure le travail de catégorisation effectué par les citadins contribue-t-il à la hiérarchisation des espaces et à la stigmatisation de certains d’entre eux ? Comment les classements sociaux des territoires interviennent-ils dans la construction des choix résidentiels ? Comment influencent-ils l’arbitrage souvent difficile que doivent effectuer les individus au moment d’« élire domicile »  ? Au-delà des classements relatifs aux espaces résidentiels, quels autres types de classement (notamment environnementaux, scolaires ou fiscaux) peuvent entrer en jeu et contribuer à la construction des rapports au territoire des populations ? Les expériences territoriales quotidiennes sont-elles orientées par ces catégorisations sociales et spatiales ? Participent-elles en retour à une relecture de la hiérarchie sociale nationale, voire internationale (pour les populations les plus mobiles) ? 

 

Axe 3 : Classements scientifiques, classements politiques

 

Un troisième axe invite à réfléchir à la façon dont les chercheurs eux-mêmes, et notamment les sociologues, contribuent au travail social de catégorisation et de classement des espaces et des territoires, et en dernière analyse des individus et des groupes qui les fréquentent. Les riches discussions scientifiques relatives à la pertinence et à la portée du concept de « gentrification », tout comme les vifs débats actuels portant sur l’existence d’une supposée « France périphérique » constituent autant d’exemples de la façon dont les chercheurs participent à la production, à la discussion et à la diffusion de catégories de pensée susceptibles d’être mobilisées à différents effets dans le champ politique et médiatique. Comment les chercheurs, dans le cadre de leurs activités de recherche, mobilisent-ils ou (re)produisent-ils des catégories et des classements spatiaux susceptibles de les classer, de les conforter ou de les distinguer au sein du champ scientifique ? Comment ce travail de catégorisation est-il repris dans les débats publics et par quels types d’acteurs ? Dans quelle mesure la comparaison internationale nous offre-t-elle un éclairage sur la circulation d’idées et de représentations qui travaillent nos modes de classer la ville, les territoires et leurs habitants ? Enfin, certains outils méthodologiques sont-ils plus propices que d’autres à l’élaboration de classements socio-spatiaux ?

 

Comment proposer une communication ? 

Les propositions de communication (3000 signes espaces compris maximum, hors bibliographie) doivent être transmises sur le site de l’AFS, selon les modalités indiquées d’ici le 1er mars au plus tard.

 

Elles devront impérativement répondre aux normes suivantes pour faciliter les opérations d’anonymisation et d’évaluation : 

Page 1 : 

Nom, prénom

Institution de rattachement 

Adresse mail de contact

 

Page 2 : 

Axe(s) souhaité(s) 

Titre de la communication 

Résumé de la communication (cadre théorique, matériaux empiriques et bibliographie à préciser)

Le bureau du RT9 :

Vincent Baggioni (Université Aix-Marseille/LAMES)

François Cusin (Université Paris-Dauphine-PSL/IRISSO)

Eleonora Elguezabal (INRA-CESAER)

Camille François (Université Paris 1/ CESSP)

Rémi Habouzit (Université de Versailles St-Quentin/ Printemps, Université Aix-Marseille/LEST)

Anne Lambert (INED/CMH)

Lydie Launay (INUC/LISST)

Clément Rivière (Université de Lille/CeRIES)













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