RT42

AAC RT 42 Lille 2021 : Elites et changement

Axe 1: Le statut du changement dans la théorie des élites

Poser la question du changement dans le domaine de la théorie sociologique des élites suppose de considérer les liens entre parcours individuels, morphologie sociale et domination économique et politique. Trois perspectives théoriques principales opérent le passage de l’analyse microsociologique à une perspective macrosociale. La première insiste sur l’idée que le changement procède d’une circulation des élites, entendue non au sens de la mobilité géographique, mais de la moblité sociale. Dans cette perspective, les élites au sommet de la pyramide sociale et politique sont aussi généralement les plus talentueuses et les plus riches. La reconnaissance de leurs capacités exceptionnelles les place en situation de rente, ce qui les rend vulnérables à l’émergence de nouveaux entrants, comme l’exprime l’opposition chez Pareto entre le lion qui vise la stabilité et le spéculateur (ou oiseau) qui vise l’innovation et le changement. Dans ce schéma explicatif, la circulation des élites procède d’une double trahison : pour conserver leurs positions dominantes, les rentiers doivent promouvoir des innovateurs en trahissant certains des leurs ; ceux qui sont promus trahissent également les autres membres de leur groupe. L’entrepreneur schumpeterien apparaît, lui, dans ce paysage, comme une sorte de surhomme qui, par ses seuls talents et sa capacité à prendre des risques, bouleverse l’ordre économique établi. Cette approche conduit ainsi généralement à mettre l’accent sur les dons personnels et la conjonction des mobilités sociales ascendantes et descendantes comme facteur de changement. La seconde insiste sur la reproduction sociale des dominant·e·s. Elle conduit à mettre l’accent sur les modes de valorisation et de conversion des capitaux sociaux, économiques et culturels menées pour conserver des positions acquises, avec des effets structurels massifs en termes de reproduction sociale. Cette question conduit plus généralement à mettre l’accent, au-delà de la rente économique, sur les stratégies de distinction culturelle comme facteur de reproduction. La troisième, qui insiste sur les désencastrements et les réencastrements sociaux de l‘économie, met en exergue des épisodes de changements de politiques économiques qui font évoluer rapidement et sensiblement les compétences valorisées et les parcours élitaires. Cette question place au centre de l’analyse les changements de politique économique comme produits d’interdépendances globales et leurs effets structurants du point de vue des configurations élitaires.

Axe 2:  Les structures sociales empêchant le changement

Dans un contexte où les élites, en particulier politiques et médiatiques, se présentent souvent en adversaires du statu quo, plusieurs travaux sur les classes supérieures de la société montrent au contraire que dès lors que les élites se trouvent en position de revendiquer le changement social, celui-ci est réorienté à leur seul profit. De fait, les agents qui se présentent et se représentent au public en hérauts du changement sont bien souvent ceux et celles qui ont le plus à perdre dans le bouleversement profond des structures sociales. En d’autres termes, les élites donnent le change : elles changent le changement en dictant ce que le changement social signifie. Il paraît dès lors nécessaire de procéder à une objectivation des mots (« réformes », « innovation », « conservatismes », « rigidités », « immobilismes », « résilience », etc.) qui alimentent cette rhétorique du changement en étudiant leur circulation, selon les époques et les configurations. Cet axe a pour vocation d’accueillir des contributions documentant et problématisant ce phénomène de captation, par les élites, du changement social. Il est en particulier ouvert à des propositions (émanant de terrains historiques ou contemporains) relatives aux différentes structures et organisations revendiquant l’intérêt général (bureaucraties, think tanks, fondations, philanthropie d’entreprise). Les communications pourront ainsi interroger les effets sur le monde social de ces versions sophistiquées du désintéressement en même temps que l’influence des stratégies élitaires dans la reconfiguration de l’État et dans la redéfinition des frontières entre public et privé. Cet axe invite également à questionner le maintien ou le renouvellement de certaines de ces stratégies (foncières, matrimoniales ou clientélistes pour les plus anciennes) en fonction des contextes étudiés (conflits, crises politiques, révolutions) et des différentes échelles d’analyse requises (locale, nationale, internationale).

Axe 3:  Les changements dans la représentation et la mise en scène des élites

Les deux dernières décennies ont été celles d’un profond bouleversement des espaces médiatiques, lié sur le plan économique, à la concentration de l’actionnariat et au renouvellement des modèles d’affaires, sur le plan technologique, à l’essor de l’Informatique,  et d’Internet, sur le plan sociologique, à une transformation des pratiques de consommation et de production des actualités. Ces transformations ont sensiblement changé la nature des modes d’accès des élites au débat public. L’apparition des pureplayers, blogs, chaînes youtube, permettant d’ouvrir le cercle de parole et des réseaux sociaux a ainsi bousculé les figures du journaliste établi, « gatekeeper » et de l’expert ayant un monopole de délivrance de la parole savante. Il convient donc de s’interroger sur ce qui relève simplement d’un élargissement des spectres couverts par certains types de médias et ce qui relève de profondes transformations de l’accès à la position perçue comme élitaire dans le monde de l’information, de la communication (savante ou non). Cette remise en cause des acteurs traditionnels du débat public conduit les élites à repenser ses stratégies de communication. Il s’agit ainsi d’étudier, d’une part, les stratégies offensives de captation du débat public par les élites, et d’autre part, les réponses défensives en terme de censure, de traque des « fake news », de procédures bâillons (loi sur le secret des affaires). Dans l’étude de ces différentes stratégies, une attention à l’émergence de nouvelles professionnalités de contrôle et de conseil pourrait enrichir les perspectives.  
Envoi des propositions de communication Les propositions de communication, d’une taille maximale de 2 500 signes (espaces compris), devront mentionner les informations suivantes :
  • Nom et prénom du/des auteur.e.s
  • Adresse(s) électronique(s)
  • Fonction(s)
  • Discipline(s)
  • Institution(s) de rattachement
  • Le cas échéant, session croisée dans laquelle s’inscrit la proposition
Les propositions de communication sont à déposer avant le 30 janvier 2021 sur le site de l’AFS (voir en bas de cette page) Le bureau du RT 42 serait en outre reconnaissant aux candidat.e.s d’en envoyer une copie immédiatement après à l’adresse du RT : afs_rt42@protonmail.com Les décisions seront communiquées aux auteur.e.s fin février.
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