RT14

Appel à communication du RT14 (Sociologie des arts et de la culture) pour le congrès 2021 (Lille)

Dans la lignée de la thématique générale du congrès, le réseau thématique 14 souhaite susciter une réflexion sur le changement dans les arts et les pratiques culturelles en croisant les échelles d’analyse et en multipliant les points de vue. Il propose également d’objectiver, dans une approche réflexive, les changements  survenus au sein de la sociologie des arts et de la culture en France.

Les communications proposées devront :

- veiller à identifier les indices ou indicateurs du changement en regard de ceux qui indiquent la permanence : rendre compte du changement implique dans le même mouvement de saisir ce qui en limite l’accomplissement et de préciser les reproductions ou permanences,

- s’efforcer de proposer des montées en généralité à partir des objets étudiés empiriquement, afin de favoriser les discussions entre communications, discussions qui prendront appui sur les axes de réflexion présentés ci-dessous.

 
  1. Saisir les changements en variant les échelles temporelles


Un premier axe de réflexion porte sur la variation des échelles temporelles (Lahire, 2012) en tant qu’elle permet de saisir des changements dans le domaine culturel. Par exemple, en se focalisant sur le temps long (un ou plusieurs siècles), certains travaux socio-historiques ont permis de comprendre les mécanismes sociaux conduisant à la naissance et à la cristallisation d’un canon artistique (Weber, 1996), aux conditions sociales rendant possible la figure du « génie » artistique (Elias, 1991), ou aux changements des réceptions d’un même objet artistique ou encore de la valeur sociale relative des différentes réceptions (Levine, 2010, Roueff 2013). On peut également noter comment le maintien d’un effort de mesure quantifié des pratiques culturelles des Français sur plusieurs décennies par le DEPS du Ministère de la culture permet aujourd’hui de particulièrement bien distinguer les effets d’âge, de génération et de période qui structurent les changements de ces pratiques dans le temps. On peut également se donner les moyens de saisir un effet d’âge dans un moment précis du cycle de vie, via l’étude d’une même cohorte, sur à peine quelques années (Octobre et al., 2010). Enfin, les enquêtes qualitatives, à une échelle microsociologique, peuvent également éclairer les liens entre changements biographiques et évolution des pratiques artistiques ou des goûts culturels.

Les communications proposées dans cet axe peuvent ainsi insister sur la manière dont elles articulent la question du changement à celle du choix d’une échelle temporelle. Ce premier axe serait l’occasion d’aller plus loin et réfléchir collectivement à partir de quelques questions centrales (mais non exhaustives) : comment ajuster les variations d’échelles temporelles selon le changement empirique visé ? Certains types de changement appellent-ils des variations d’échelles temporelles spécifiques ? Quelles méthodes peuvent être mobilisées, sur les différentes échelles temporelles, pour saisir au mieux les changements ?

  
  1. Comment objectiver le changement culturel et artistique individuel ?

Un deuxième axe se propose d’aborder la question des transformations artistiques et culturelles chez les individus. Cet axe se subdivise en 2 sous axes:

Un premier angle de réflexion porte sur l’étude des causes et des formes de modifications effectives dans les pratiques artistiques et culturelles des individus. Différents travaux ont déjà mis en évidence que les socialisations culturelles amicales et médiatiques peuvent venir modifier les pratiques des adolescents (Pasquier, 2005) ou encore que la socialisation scolaire peut amener des artistes à modifier leur rapport à la pratique artistique (Faure et Garcia, 2005 ; Deslyper, 2018). Dans le prolongement de ces travaux, il s’agira alors d’identifier et d’analyser d’autres types de socialisations de transformation (Darmon, 2016) et leurs effets.

Un second angle de réflexion consiste à interroger les discours que tiennent les individus concernant les changements dans leurs pratiques artistiques et culturelles ou la manière dont l’art et culture ont pu participer à des transformations de leur vie. Indépendamment de la réalité objective de ces changements, on peut s’interroger sur le sens de ces discours (Mauger, Poliak, Pudal, 1999). Que nous disent-ils du rapport à l’art et à la culture des individus qui les tiennent ? D’un point de vue méthodologique, on peut se demander comment le/la sociologue doit il/elle se positionner par rapport à ces discours ?
 
  1. Le pouvoir de transformation de l’art et de la culture

Un troisième axe propose de se pencher sur le pouvoir de transformation prêté à l’art et la culture. Si l’art et la culture ont depuis longtemps une ambition transformatrice (Arnaud, 2018), celle-ci s’est peut-être particulièrement renforcée depuis les années 1980 avec le développement d’une « domination progressive des définitions culturelles du monde social » (Lahire, 1999 : 312) dont rend bien compte l’apparition d’une cause de « l’art pour l’enfance » (Desmitt, 2018 : 247-271). L’art et la culture sont ainsi très souvent mobilisés, par des individus ou des institutions, pour venir « en aide » à des groupes sociaux perçus comme « en difficulté », posture qui a déjà pu être analysée comme une entreprise d’imposition de normes de comportement dominantes, et notamment scolaires, aux membres des classes populaires (Bonnéry et Renard, 2013; Deslyper et Eloy, 2020). Dans le prolongement ou en opposition à ces travaux, il s’agira ici de s’intéresser à ces entreprises de transformation par l’art et la culture. Qui, socialement parlant, porte ces opérations de transformation par l’art et la culture et par quelle(s) modalité(s) de socialisation passent-elles ? Quel(s) regard(s) les individus ciblés par ces actions portent-ils sur ces entreprises de transformation par l’art ?

Enfin, si l’art et la culture sont perçus comme des moyens d’agir sur les individus, rares sont les recherches qui mettent en évidence de réels effets, qu’ils soient souhaités ou non. Des analyses portant sur les effets de l’art et de la culture, transformations effectives ou absence de transformation, sont les bienvenues.

 

  1. Les changements de la sociologie des arts et de la culture

Cet axe vise à réunir des communications permettant de saisir comment la sociologie des arts et de la culture se transforme au fur et à mesure du temps. Le colloque inter-congrès du RT14 avait posé en 2014 la question des frontières de cette sociologie et nous estimons qu’il faut continuer à poser cette question : est-ce que ces frontières changent ? Comment les méthodes principales utilisées pour analyser les pratiques artistiques et culturelles ont-elles évolué ? Comment pourraient-elles ou devraient-elles changer pour saisir des phénomènes peut-être restés invisibles ? Comment ont évolué les concepts principaux sur lesquels se fondent les analyses et qu’est-ce que ces changements conceptuels ont permis d’apporter dans les connaissances produites ? Les communications peuvent par exemple poursuivre la réflexion proposée par Delphine Serre (et d’autres) sur les usages précis et les apports du capital culturel comme concept (Serre, 2012).

En 2018, Géraldine Bois et Adrien Thibault ont voulu déterminer si la sociologie des arts et de la culture était un sous-champ de la sociologie à partir d’une analyse des communications proposées à l’AFS entre 2004 et 2013 (2018). Les propositions pour le prochain congrès peuvent essayer de poursuivre ce questionnement : est-ce que sa place dans le champ de la sociologie a évolué au fur et à mesure du temps ?  Comment peut et/ou doit évoluer l’interaction entre la sociologie des arts et de la culture et la sociologie « générale » ?

  1. Varia

Les personnes qui souhaitent communiquer sont invitées à privilégier les propositions qui s’inscrivent dans les axes  précédents, issus du thème général du congrès. Cependant, ces axes ne sont pas exhaustifs. En effet, le RT14 entend représenter l’actualité de la sociologie des arts et de la culture dans sa globalité. Il est donc ouvert à toutes les propositions de communication présentant des recherches inscrites dans ce champ.
 

Comité scientifique et d'organisation 

Le comité scientifique est composé des membres du bureau du RT14.

Le comité d’organisation est composé de : Rémi Deslyper, Elodie Hommel, Tomas Legon, Alexandre Robert, Emilie Saunier.

Les membres du comité scientifique ne proposent pas de communication.

 

 

Format attendu des réponses à l’appel à communication

- Auteur/trice(s)

- Statut(s)

- Discipline(s)

- Établissement(s) et laboratoire(s) de rattachement

- Adresse(s) électronique(s)

- Titre de la communication

- N° d’axe choisi

- Résumé de la proposition : environ 3000 signes maximum, espaces compris, précisant la méthodologie mise en œuvre par l’auteur/trice

- Principales références bibliographiques

- Jours du Congrès auxquels l’auteur/trice est disponible

 

 

Calendrier

- 29 janvier : date limite pour l’envoi des propositions de communication sur le site internet du congrès de l’AFS

- 19 mars : communication du résultat de la sélection après évaluation par deux membres du comité scientifique ; ouverture des inscriptions au Congrès et début de l’enregistrement en ligne de leur résumé par les communicant(e)s retenus
- 29 juin : date limite pour l’envoi des communications (25 000 signes maximum bibliographie non-incluse) au comité d’organisation (pour transmission aux discutant·es).    

Informations importantes

Pour rappel, la participation au Congrès de l’AFS est soumise au règlement des frais d’adhésion à l’association et des frais d’inscription au Congrès auxquels aucun intervenant ne peut déroger. De plus, l’AFS ne prend pas en charge les frais de transport, ni les frais d’hébergement. Il convient donc que les candidats fassent une demande de financement auprès de leurs institutions de rattachement.    

Bibliographie

Arnaud Lionel (2018), Agir par la culture. Acteurs, enjeux et mutations des mouvements culturels, Paris, Éditions de l’Attribut.

Bois Géraldine et Thibault Adrien (2018), « Sociologues en soi, sociologues pour soi », Biens symboliques / Symbolic Goods[En ligne], 3.

Bonnéry Stéphane et Renard Fanny (2013), « Des pratiques culturelles contre l’échec et le décrochage scolaires. Sociologie d’un détour », Lien social et politiques, n° 70, pp. 135-15.

Darmon Muriel (2016) (3èmeed.), La socialisation, Paris, Armand Colin.

Deslyper Rémi,  Eloy Florence(2020), « Redresser les dispositions des enfants de milieux populaires et de leurs familles par l’éducation artistique et culturelle : les ambitions normalisatrices de deux dispositifs d’orchestres d’enfants à dimension sociale », Cahiers de la recherche sur l’éducation et les savoirs, Hors-série n° 7, pp.87-109.

Deslyper Rémi (2018), Les élèves des écoles de musiques actuelles. La transformation d’une pratique musicale, Lille, Presses universitaires du septentrion.

Desmitt Claire (2019), Comment l’amour de l’art vient aux enfants. Ethnographie des dispositifs, pratiques et acteurs de la « démocratisation culturelle » entre École primaire et musée d’art, Thèse en Sciences de l’éducation, Université de Lille.

Elias Norbert (1991), Mozart – Sociologie d'un génie. Paris, Seuil.

Faure Sylvia, Garcia Marie-Carmen (2005),Culture hip-hop, jeunes des cités et politiques publiques, Paris, La Dispute.

Lahire Bernard (2012), Monde pluriel, penser l’unité des sciences sociales, Paris, Seuil.

Lahire Bernard (1999), L’invention de l’« illettrisme », Paris, La Découverte.

Lawrence W. Levine (2010), Culture d'en haut, culture d'en bas. L'émergence des hiérarchies culturelles aux États-Unis, Paris, La Découverte.

Octobre Syvie, Détrez Christine, Mercklé Pierre, & Berthomier, Nathalie (2010), L’enfance des loisirs. Trajectoires communes et parcours individuels de la fin de l’enfance à la grande adolescence. Paris : DEPS, Ministère de la Culture et de la Communication.

Mauger Gérard, Poliak Claude F. & Pudal Bernard (1999), Histoires de lecteurs, Paris, Nathan.

Pasquier Dominique (2005), Cultures lycéennes : la tyrannie de la majorité, Paris : Autrement.

Roueff Olivier (2013), Jazz, les échelles du plaisir. Intermédiaires et culture lettrée en France au vingtième siècleParis : La Dispute.

SerreDelphine (2012). « Le capital culturel dans tous ses états », Actes de la recherche en sciences sociales, 191-192(1), pp, 4-13.

Weber William (1996), The Rise of musical classics in Eighteenth-century England. A study in canon, ritual and ideology. Clarendon, Oxford.	












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