RT18

Appel à communication du RT 18 “Relations professionnelles”

 

Les mutations accélérées du travail et de l’emploi mettent les systèmes de relations professionnelles face à des défis inédits. Les fondamentaux du salariat qu’ils avaient contribué à stabiliser tout au long du 20e siècle et vis-à-vis desquels ils avaient construit leur légitimité sont en effet profondément remis en question. L’entreprise, la relation de subordination, les régimes et statuts, les modes de protection sociale et les formes de rémunérations - entre autres - se redéfinissent sous les effets conjugués de la globalisation, des innovations technologiques, des réformes législatives permanentes et des aspirations nouvelles des individus.

 

On comprend combien ces évolutions peuvent être déstabilisantes pour les institutions et les acteurs qui avaient procédé sur le long terme, à force de négociations et de compromis, de tensions et de conflits, à l’élaboration des principales catégories qui structurent le monde du travail contemporain. C’est particulièrement vrai pour les organisations syndicales, même si les patronats comme l’Etat n’échappent pas à ces bouleversements. Que l’on pense au rôle joué par le droit du travail et la statistique dans l’émergence puis la consécration du classement classiste d’une part, avec une nette différenciation des figures du salarié et de l’employeur, et des professions et catégories socioprofessionnelles d’autre part. Que l’on songe au développement des systèmes de protection sociale collective qui actent la séparation entre actifs et inactifs et associent des statuts d’emploi à un ensemble de droits, devoirs, cotisations et protections collectives. Ou que l’on considère les frontières sectorielles qui ont été au principe de la création des branches professionnelles - longtemps considérées comme les pivots du système français de régulation sociale - et les frontières statutaires et classifications conventionnelles qui hiérarchisent les métiers et les niveaux à l’intérieur de chacun des univers professionnels… Aucune norme ou catégorie héritée du 20e siècle, même les plus centrales, ne semble aujourd’hui pouvoir échapper à ces forces de recomposition. Les crises de légitimité des organisations syndicales et professionnelles  et des institutions du salariat en sont d’ailleurs autant les symptômes, que les principales causes. Jamais l’impression n’a été aussi forte d’un recul de la société salariale et d’un affaiblissement des acteurs de sa régulation.

 

Le contrôle collectif qu’avait permis la grande opération de classement “fordiste” est fragilisé, remis en cause directement - par la critique frontale de sa légitimité, de ses effets - ou indirectement - par son contournement ou par indifférence. L’incertitude se généralise ainsi, à mesure que les classements antérieurs perdent de leurs capacités de structuration et de normalisation du travail et de l’emploi. Le droit du travail dans sa forme actuelle est remis en question par la promotion de principes généraux. L’extension du “halo du chômage”, notamment depuis la crise de 2008, rend de moins en moins pertinente la classification sur laquelle le compromis social hexagonal s’est construit. Les branches et secteurs sont en recomposition pour mieux “rationaliser” / “renforcer” le système de régulation. L’espace national comme les entreprises voient leurs frontières et périmètres se redéfinir sous l’effet de la globalisation et des montages de plus en plus complexes mêlant sous-traitance en cascade, recours aux nouvelles formes d’emploi et de travail et filialisation. La capacité des institutions salariales à procurer une stabilité d’emploi et un revenu suffisant est remise en cause et avec elle la dignité du travail, nourrissant des phénomènes objectifs et subjectifs de déclassement qui sont, notamment, au cœur de la révolte hivernale des gilets jaunes.

 

Basculons-nous pour autant dans un nouveau monde débarrassé des classements et catégories qui étaient au cœur du modèle salarial ? Ces normes sont-elles devenues obsolètes, inadaptées aux réalités actuelles, ou restent-elles au contraire des repères qui permettent aux régulations collectives de s’opposer aux logiques du marché ? Ces régulations peuvent-elles encore produire des catégorisations, classements et reclassements légitimes - et protecteurs pour les travailleurs.euses ?

 

De fait, les acteurs et institutions du salariat paraissent moins dépassés qu’impliqués dans ces recompositions à l’œuvre. Loin d’être relégués au rang de simples spectateurs, ils participent aussi à la dynamique de classement, soit en s’opposant et en luttant contre les opérations de “reclassement” qui visent à redéfinir le sens et la portée des catégories antérieures, soit en s’associant à ces opérations pour les accompagner de droits nouveaux et veiller à défendre les intérêts des travailleurs.euses. Mais ces opérations de reclassement peuvent aussi nourrir le déclassement quand l’enrôlement des acteurs syndicaux dans le “dialogue social” et l’action publique négociée “donnant-donnant” se traduit par l’institutionnalisation de dispositifs précaires ou de nouvelles inégalités. La faiblesse syndicale rend l’exercice difficile dans tous les cas, sans pour autant le rendre impossible. Enfin, aux classements et reclassements institutionnels s’ajoutent les réalités du travail et de l’emploi sur le terrain, les classements “par le bas” qui permettent de jouer à une autre échelle les rapports collectifs et les rapports de force. On peut également penser aux formes de classements plus “culturels” et diffus, qui s’expriment dans et au travers des relations professionnelles par exemple autour des questions de sexe et de genre (masculin / féminin, homme / femme), d’âge, de race…

 

Les communications pourront, sans nécessairement s’y limiter, aborder les thématiques suivantes :

 

  • Quelles résistances des catégories et des “classements” du salariat “classique” (salarié/employeur, actif/inactif, temps de travail/temps de loisir, PCS et classifications conventionnelles…) ?
  • Quels liens entre classements institutionnels / formels et classements informels ? Quel rôle du management et de la hiérarchie ou à l’inverse des collectifs de travail dans la production de catégories endogènes/implicites autour du travail et de l’emploi ?
  • Comment les managers classent-ils les travailleurs ? Comment syndicalistes et travailleurs se classent-ils entre eux ? Le fichage des militants par la direction d’Ikea au début des années 2010, tout comme le scandale du fichier des cadres FO à l’automne 2018 ont montré que les acteurs du monde du travail procèdent à des activités de classement qui peuvent s’avérer pragmatiquement utiles mais symboliquement coûteuses. Que nous disent ces “affaires” de l’état des relations de travail et des organisations qui les structurent ?
  • Quelles réponses syndicales au déclassement ? La révolte des gilets jaunes, accueillie au départ avec beaucoup de méfiance par le mouvement syndical, suscitant ensuite des réponses différenciées selon les syndicats et leurs échelons organisationnels, peut sous certains aspects être interprétée comme un débordement hors de la sphère du travail de conflits de classe, (re)distributifs, auparavant régulés par les institutions salariales. Dans quelle mesure cette grille d’analyse est-elle heuristique ?
  • Quelles opérations de classements conflictuels ou de reclassements négociés ?
  • La réforme des représentativités syndicales et patronales a substitué un système de reconnaissance fondé sur le classement (électoral) à un système garantissant auparavant une nette séparation entre des acteurs reconnus représentatifs bénéficiant d’un même statut et d’autres privés de cette reconnaissance. Quels sont les effets de cette logique de classement dans les relations entre organisations professionnelles, dans leurs pratiques et fonctionnements organisationnels ?
  • Pratiques syndicales et classement. On s’interroge sur le classement tel qu’il émerge des pratiques syndicales sur le terrain. Sur quel classement (institutionnel ou pas) les acteurs syndicaux se basent-ils pour mettre en œuvre leurs pratiques ? Un premier classement peut déjà être employé pour définir la structure syndicale (pensons à l’organisation en fédérations professionnelles pour les syndicats confédéraux). Le classement est aussi employé pour la création de nouvelles structures qui visent par exemple les “travailleurs précaires”, les femmes ou encore les immigrés. Comment ces classements mettent-ils à l’épreuve la pratique syndicale ?
  • Le classement au cœur de l’activité de recherche : comment classe-t-on lors des différentes phases de la recherche ? Comment prend on en compte les classements indigènes ? Il s’agit de revenir de manière réflexive sur notre propre démarche de recherche afin d’analyser la manière dont on déconstruit des classements existants pour en construire des nouveaux.

 

Les communications intégrant une dimension internationale (analyse d’un exemple étranger, comparaison internationale, analyse de dynamiques transnationales...) seront particulièrement bienvenues.

 

Les propositions de communication, précisant la démarche de recherche adoptée, devront compter environ 3000 signes et être déposées sur le site de l'AFS avant le 15 février. Afin d’organiser la discussion scientifique, les auteur.e.s des propositions acceptées devront envoyer une version détaillée de leur contribution (30 000 signes tout inclus environ) avant le 21 juin 2019 aux adresses mails suivantes : herve.champin@lecnam.net et mquijoux@gmail.com

 

 












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