18 Mai AAC JE RT 31 x RT 17 : Activités physiques, santé et gouvernements des corps – Lyon – 19/20 novembre 2026
Activités physiques, santé et gouvernements des corps : politiques publiques, institutions et usages corporels contemporains
AAC de deux journées d’études organisées par le RT17 (Gestion politique du corps et des populations) et le RT31 (Sociologie du sport et des activités physiques) de l’AFS, en collaboration avec l’Institut ReCAPPS (Recherches Collaboratives sur l’Activité Physique et la Promotion de la santé).
Depuis le tournant des années 2000, l’activité physique est devenue un instrument central des politiques de santé publique et, plus largement, des politiques sociales territorialisées. Promue comme ressource universelle de prévention, de soin et de bien-être, elle s’inscrit dans un ensemble de dispositifs, de discours et de pratiques qui visent à orienter durablement les conduites corporelles des individus et des groupes sociaux.
Dans le prolongement des travaux consacrés aux inégalités sociales d’activité physique et de santé et des rencontres organisées à Nîmes en 2024 sur ce thème, ces nouvelles journées d’études proposent de déplacer le regard vers la dimension politique du corps, en analysant l’activité physique comme un instrument privilégié de gouvernement contemporain des corps et des populations. Il s’agit d’interroger les formes d’intervention publique sur le vivant, les modalités de normalisation corporelle, les processus d’(auto)contrôle et d’incorporation des normes sanitaires, ainsi que les rapports de pouvoir qu’ils engagent. Ces questionnements pourront également être saisis à travers l’analyse de pratiques situées aux marges ou aux frontières des normes sanitaires, telles que les usages de produits dopants, les conduites à risque ou les engagements corporels intensifs, qui interrogent les limites des politiques contemporaines de gouvernement des corps.
À l’interface des questionnements portés par le RT31 et par le RT17, l’activité physique apparaît comme un analyseur particulièrement heuristique des transformations actuelles de l’action publique : hybridation des registres sanitaires, sociaux, sportifs et éducatifs ; territorialisation des politiques de santé ; multiplication des dispositifs ciblant des corps dits « à risque », « vulnérables » ou « éloignés des normes » ; développement de modes de gouvernement fondés sur la responsabilisation individuelle, la quantification de soi et la participation encadrée. Ces évolutions invitent à poser une question centrale : dans quelle mesure l’activité physique constitue-t-elle à la fois un instrument de normalisation et un espace – socialement situé – de reconfiguration des normes corporelles et sanitaires contemporaines ?
En mobilisant la notion de gouvernement(s) des corps – entendue comme l’ensemble des interventions publiques, professionnelles et institutionnelles visant à administrer les conduites corporelles – ces journées entendent analyser les tensions qui traversent ces processus : 1) entre emprise et déprise, 2) entre contrainte et consentement, 3) entre objectivation des corps et valorisation de l’autonomie, 4) entre réduction des inégalités et redéfinition des responsabilités individuelles. Il s’agira ainsi d’examiner ce que l’activité physique fait aux corps, mais aussi ce que les corps font aux politiques publiques. Il sera ainsi question d’analyser aussi bien les logiques d’adhésion, d’intériorisation, de consolidation, de reproduction et de renforcement, que les dynamiques de résistance, de réinterprétation, de mise à distance et de contournement, à l’œuvre dans les processus de différenciation sociale.
Les propositions pourront s’inscrire dans l’un ou plusieurs des axes suivants.
1. Politiques du corps, activité physique et inégalités
Les communications pourront analyser la place de l’activité physique dans les dispositifs contemporains de prévention et de promotion de la santé, en l’envisageant comme une technologie biopolitique : moralisation des comportements, injonction à l’auto-discipline corporelle, naturalisation des normes de santé active, responsabilisation différenciée face aux risques. Une attention particulière pourra être portée aux effets de ces injonctions selon les rapports sociaux de racisation, de classe, de genre, d’âge ou de territoire, ainsi qu’aux processus de territorialisation de l’action publique (jeux d’échelles, gouvernance multi-niveaux, ciblage de populations dites « à risque »). Il s’agira notamment d’interroger la manière dont ces politiques participent à la production, à la gestion ou à la réduction des inégalités sociales et territoriales de santé, en reconfigurant les responsabilités individuelles et collectives. Une attention particulière pourra également être portée aux formes différenciées de régulation des conduites corporelles jugées « à risque » ou déviantes, telles que le dopage ou les usages de substances, et à la manière dont leur traitement contribue à la construction de frontières morales et sociales entre pratiques légitimes et illégitimes.
2. Dispositifs, instruments et technologies de gouvernement des corps
Cet axe invite à étudier les dispositifs concrets (sport-santé, activité physique adaptée (APA), prescription médicale, programmes territoriaux, cadres scolaires ou médico-sociaux) comme des instruments d’action publique participant au gouvernement contemporain des corps. Les communications pourront analyser les formes d’administration politique des conduites corporelles, à travers les logiques d’accompagnement, de contrôle, de quantification et de responsabilisation. Une attention particulière pourra être portée aux tensions entre emprise et déprise, entre contrainte et consentement, ainsi qu’aux formes de délégation ou de retrait de l’intervention publique. Les approches par les instruments (indicateurs, prescriptions, dispositifs numériques, auto-mesure) seront particulièrement bienvenues.
3. Professionnel·les, savoirs du corps et rapports de pouvoir
Les communications pourront analyser les groupes professionnels impliqués dans la mise en œuvre des politiques d’activité physique (professionnel·les de santé, de l’APA, du sport, de l’éducation, du travail social), leurs savoirs sur le corps, leurs pratiques d’intervention et leurs rapports de concurrence, de coopération ou de hiérarchisation. Une attention pourra être portée aux modalités de légitimation des savoirs experts, aux usages du chiffre, aux dynamiques de professionnalisation, ainsi qu’à la place accordée aux savoirs profanes et à l’expérience corporelle des publics. Cet axe pourra également interroger la manière dont ces professionnel·les participent à la coproduction des normes corporelles, à leur diffusion ou à leur mise en discussion.
4. Expériences corporelles, incorporations et résistances
Les propositions pourront s’intéresser aux processus d’incorporation des normes corporelles, en analysant les effets concrets des politiques et dispositifs sur les pratiques, les dispositions et les expériences vécues, notamment les logiques d’adhésion ou d’intériorisation en jeu. Il s’agira également d’explorer les formes de résistance, de contournement, de réappropriation ou de rejet des injonctions à l’activité physique : usages ordinaires du corps, pratiques alternatives, critiques de la médicalisation du sport, appropriations différenciées selon les groupes sociaux. Ces analyses permettront d’examiner ce que les corps font aux politiques publiques, en mettant en lumière les marges d’autonomie, les formes de négociation et les capacités d’agir des individus et des collectifs.
Modalités de soumission :
Les propositions de communication sont attendues au plus tard le 5 juillet 2026. Une réponse sera apportée mi-juillet après expertise.
Elles sont à envoyer par mail à : jert17.31@gmail.com
Les travaux de jeunes chercheur·ses sont vivement attendus, tout comme les propositions venant de professionnel·les de terrain et d’acteur·rices institutionnel·les qui interrogent leurs pratiques, leurs outils de mesure et le fonctionnement de leurs dispositifs.
Le format des propositions est de 2000 signes maximum, comprenant :
– le titre,
– l’objet de recherche,
– la question de recherche ou la problématique,
– les sources et/ou données de première main ainsi que les méthodes mobilisé·es,
– les principaux résultats,
– merci de mentionner également s’il s’agit d’un travail de thèse en cours.
Les propositions seront sélectionnées de manière anonymisée en fonction de leur qualité scientifique et de l’intérêt du matériau empirique mobilisé. La participation aux journées d’études sera gratuite pour les non-titulaires (doctorant·es, post-doctorant·es, ATER, sans poste). Une participation pourra être demandée pour les repas aux participant·es titulaires, fonction des financements obtenus.
Ces Journées d’études donneront lieu à une valorisation scientifique. L’objectif est de publier un ouvrage collectif et/ou un numéro thématique, élaboré à partir de communications sélectionnées.
Coordination des JE : Charlotte Bruneau (Université Lyon 1 – P2S, RT31) ; Dominique Memmi (Cresspa – CSU, RT17) ; Clément Perrier (Université de Nîmes – APSY-V, RT31) ; Gilles Raveneau (Université Lyon 2 – EVS, RT17) ; David Sayagh (Université Paris-Saclay – CIAMS, RT31) ; Emmanuel Taieb (Sciences-Po Lyon – Triangle, RT17), avec l’aide des laboratoires P2S, L-ViS, EVS et Triangle.
Comité scientifique : les membres des bureaux des RT 17 et 31 de l’AFS ; le conseil d’administration de l’Institut ReCAPPS
