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Les institutions de défense-sécurité face aux processus de classification sociale

La thématique générale du congrès retenue pour l’édition 2019 est la suivante : « Classer, déclasser, reclasser ».

Le monde professionnel de la défense et de la sécurité est évidemment interpellé par cette préoccupation sociologique. En effet, ce monde institutionnel prend usuellement la forme organisationnelle de la bureaucratie dont l’une des propriétés est très exactement de procéder à des rangements, à des comptabilisations, à des classifications. Historiquement, par exemple, de par son mode de sélection et de recrutement, les armées ont été amenées de façon continue à modéliser en masse les individus pour mieux les évaluer et les classer. Mais cette propriété de fonctionnement bureaucratique ne s’applique pas uniquement aux individus ; elle concerne aussi les objets, les matériels, etc. et, sur un plan plus tactique, les armées, les troupes adverses et ennemies. Les fonctions organisationnelles sociales et sociologiques de classification, déclassification et reclassification seront questionnées dans le cadre du colloque de l’Association française de sociologie et des activités du réseau thématique Sociologie du militaire.

Compte-tenu des dimensions rapidement et précédemment évoquées, plusieurs axes se dégagent.

 1/ La classification sociale et hiérarchique dans les institutions de sécurité-défense

En tant qu’organisations bureaucratiques pyramidales, les institutions régaliennes produisent de la hiérarchisation sociale par la classification des individus en corps, grades, groupes de métiers, etc. Cette classification, base du pilotage RH de l’institution, renvoie également à une dimension symbolique extrêmement prégnante qui contribue à réguler en profondeur les modes de relations sociales au sein de l’institution. Ces modes de classification et de hiérarchisation sociale ont-ils évolué ces dernières années et en particulier depuis la deuxième phase de professionnalisation il y a une dizaine d’années ? Où en sont les travaux sociologiques en la matière ? En quoi cette hiérarchisation produit-elle aujourd’hui un éventuel nouvel ordre social professionnel au sein des armées ?

 2/ La classification comme mode de gouvernance et d’évaluation de la performance

La classification offre, lorsqu’elle est couplée aux dispositifs évaluatifs, de pouvoir produire une action organisationnelle et/ou de construire des politiques publiques. Cela vaut à la fois pour le système évaluatif RH mais aussi et peut-être surtout sur les formes d’évaluation des risques et des menaces, et des formes de réponses à apporter à celles-ci. Comment les institutions de défense et de sécurité entrent-elles dans ce mode de pilotage ? Quels en sont les effets et les conséquences ? En quoi ces modalités renseignent-elles sur un fonctionnement professionnel ? Y a-t-il des formes de résistance qui se mettent en place ?

 3/ La classification / déclassification des informations

Les institutions de sécurité-défense manipulent au quotidien, dans leurs activités de renseignement par exemple, ou encore dans le cadre du traitement des archives, des informations et des données. Celles-ci donnent lieu à des traitements, des rangements, des analyses, des modalités de protection. Pour autant, nous connaissons assez peu le fonctionnement de cette « boîte noire » institutionnelle de classification / déclassification de ces informations et données. De plus, à l’heure des cyber menaces et d’une nécessaire protection accentuée des données toujours produites en plus grand nombre, ces fonctions comportent une dimension stratégique avérée. Comment les institutions de sécurité-défense procèdent-elles ? Quels sont les garde-fous dont elles se dotent ? Que produisent ces opérations de classification sur la perception du réel et du social par les acteurs ? Cet axe permet d’interroger, selon des dimensions complémentaires juridiques et historiques, le processus de classification des informations produites par les administrations et qui sont de plus de plus réglementées, d’une part ; une nécessaire déclassification au nom de la transparence démocratique, d’autre part.

 4/ Le reclassement des militaires

Le dernier axe vise à s’intéresser à la reconversion des militaires professionnels après leur temps de service et au reclassement professionnel dans d’autres organisations. Il s’agit ici d’une thématique peu investie par la sociologie militaire qui porte plus volontiers son regard sur l’entrée et le recrutement que sur la sortie et la reconversion. Pour autant, l’armée de métier porte intrinsèquement la promesse d’une armée qui sait aussi promouvoir les anciens militaires dans le monde civil afin qu’ils puissent y poursuivre leur carrière professionnelle après une expérience acquise dans les forces. Quelles sont aujourd’hui les politiques de reconversion des armées ? Quels effets produisent-elles sur le reclassement des militaires dans le secteur civil (privé ou public) ? Quel regard les militaires eux-mêmes qui peuvent en bénéficier portent-ils sur ce processus ? Comment les recruteurs civils analysent les candidatures d’anciens militaires ?

Cet appel à communications est résolument ouvert et ne saurait se limiter à ces quatre seuls axes qui ont pour mission de permettre une première approche de la question et de guider les réflexions des contributeurs.

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