RT33

Appel à communication: Les relations de parenté dans des mondes contemporains en transformation (Besançon – Laboratoire de Sociologie et d’Anthropologie - LaSA)

Date limite d’envoi des propositions : 1 mars 2019
 
Les relations de parenté dans des mondes contemporains en transformation : persistances, conflictualités et redéfinitions (Besançon – Laboratoire de Sociologie et d’Anthropologie - LaSA)
27 - 29 mai 2019
Les études contemporaines en sociologie de la famille française ont tendance à se focaliser sur les relations de couple, la famille conjugale, et les relations verticales grands-parents/parents/enfants. Or, des travaux menés dans des régions françaises présentent une vivacité des relations de parenté plus élargies (Amiotte-Suchet et Chevalier, 2012  ; Segalen et Manceron, 2012). Inversement, un étiolement de la parenté apparaît là où on l’attendrait le moins, en Europe du Sud, par exemple (Papa et Adriano, 2016) ; les solidarités sont remises en cause dans les pays du Sud en raison des migrations et de l’individualisation des trajectoires (De Jong, Roth et Badini-Kinda, 2005). Si les relations de parenté contemporaines ne vont pas de soi, si elles doivent être activées par des processus d’échanges économiques, des affects, des fréquentations régulières, constituants une «  parenté pratique  » (Weber, 2013), l’étude de leurs contours, de leurs effets autant que des formes de leurs ruptures mérite d’être approfondie.
L’objectif de ce colloque est alors d’explorer des points aveugles de la sociologie et de l’anthropologie de la famille en élargissant les regards aux relations familiales dans toutes leurs étendues (collatérales, alliés, lignées...). Il s’agira de s’intéresser notamment aux effets de distance, de présences et d’obligations, de conflictualités, en tenant compte des conditions sociales, matérielles, économiques des groupes, du genre mais aussi des redéfinitions individuelles et collectives des relations de parenté. Nous souhaitons donc réunir des contributions sociologiques, anthropologiques et en sciences humaines concernant autant la France et l’Europe que les autres continents.
La parenté contemporaine est multiple : tantôt «  biologisée  » – voire potentiellement rebiologisée avec les techniques de procréation médicalement assistée – tantôt élective, affective, nourricière ou encore adoptive. Elle peut être aussi sollicitée, dépréciée par les politiques publiques européennes ou bien seul support des solidarités. Les différentes formes de parenté peuvent se combiner et interrogent, au-delà du couple et des relations filiales, la répartition des charges et des rôles des différents protagonistes d’une famille, l’implication, ou non, des parents plus éloignés, des membres de la fratrie... Les diverses séparations (divorces, distanciations géographiques, individualisation...) entraînent un questionnement sur la nécessité de la proximité pour maintenir vivace des relations de parenté. Le divorce amène-t-il nécessairement du conflit ? L’éloignement entraîne-t-il l’oubli, l’individualisation une contractualisation des liens  ? Les relations familiales ne sont pas immuables et sont corrélées aux âges et aux parcours de vie. L’objet de ce colloque est donc de s’interroger sur la mobilisation des liens de parenté dans différentes temporalités, spatialités, configurations socio-économiques et culturelles.
Dans le cadre de cet appel à communication, nous proposons 6 axes qui pourront être traités de manière distincte ou transversale :
1. Persistances et redéfinitions du réseau de parenté et des transmissions
Les transmissions mobilisent les liens verticaux et mettent en jeu les liens collatéraux, notamment dans les transmissions de biens mobiliers et immobiliers (Billaud et al., 2015), des patrimoines immatériels ou professionnels (Jacques-Jouvenot, 1997  ; Jacques-Jouvenot et Schepens, 2007). Les familles contemporaines proposent-elles d’autres modalités de transmission  ? Les rapports de genre et les rôles familiaux sont-ils toujours centraux dans l’organisation des lignées  ? On pourra aussi porter une attention aux configurations moins habituelles (héritages des filles, transmissions frères-sœurs, mariages en gendre). Le rôle persistant de la parenté et des alliances dans les transmissions pourra également être travaillé au regard de la reproduction des inégalités.
Des relations intergénérationnelles, autrefois chargées d’obligations, se réarticulent dans de nouveaux contextes (Lahouari, 1999  ; Yunxiang, 2003) où elles se réinventent sous l’effet de la globalisation. Les solidarités peuvent s’inverser lorsque les parents âgés prennent en charge leurs descendants adultes sans emploi (Roth, 2010). Les migrations génèrent des configurations de familles dispersées de par le monde, tout en perpétuant des obligations plus ou moins formelles.
Cet axe accueillera des enquêtes de terrain venant explorer les facteurs de mutation/redéfinition de la parenté et de la descendance dans différentes parties du monde.
2. La place de la parenté élargie dans l’accompagnement des périodes de fragilité (axe soutenu par les RT7 et 30 de l’AFS et le CR6 de l’AISLF)
Dans les pays d’Europe Occidentale, malgré le développement des soins professionnels, la famille se trouve au centre de la gestion des maladies chroniques et des soins auprès des proches vieillissants. Dans des pays plus éloignés, où les services publics sont absents ou quasi absents, le poids du soin repose entièrement sur la famille (Antoine, 2009). Si de nombreux travaux ont révélé une distribution très inégale du travail de care au sein de la famille (Membrado et al., 2005), force est de constater que les analyses se concentrent sur les conjoints et les enfants. Nous proposons ici au contraire de nous intéresser à ce que représente la famille élargie à l’aune de la maladie et du vieillissement. Comment la parenté juridique s’articule avec la parenté pratique, les relations activées au quotidien à travers les contacts, l’aide, le soutien moral et les relations interpersonnelles (Duprat-Kushtanina, 2016) ? Comment des liens privilégiés, des relations de «  quasi-parenté  » (Weber, Gojard et Gramain, 2003) (voisin.e.s, ami.e.s, aidants professionnels), peuvent être inventés dans des temps et des lieux où les apparentés sont absents en raison des distances géographiques, sociales, relationnelles  ? Enfin, comment ces tensions et négociations autour de l’aide s’inscrivent-elles dans l’histoire de famille (Billaud et al., 2015)  ? Et comment viennent-elles réarticuler celle-ci  ?
3. Les transformations des liens familiaux au long du parcours de vie
S’interroger sur la mobilisation des liens de parenté et des affects à différentes étapes de la vie amène à la dynamique temporelle des relations familiales. Ainsi, si les liens collatéraux (fratrie, cousins.ines) sont bien présents à l’enfance (Vinel, 2017), comment se déclinent-ils selon les contextes sociaux et géographiques ? Dans quelle mesure survivent-ils à la mise en couple, à la création du groupe domestique, puis à la formation de sa propre lignée (Déchaux, 2007)  ? L’enfance se décline au pluriel. Alors que l’obligation parentale reste première en Europe occidentale, qu’en est-il des situations où prédomine une fragilisation d’attache familiale (enfants des rues, en ruptures de liens, orphelins...)  ? Par ailleurs, la transformation du salariat en Europe, son absence ailleurs, pose la question des soutiens familiaux autour d’une jeunesse qui s’étire (Galland, 1990  ; Van De Velde, 2008). Avec l’allongement de la vie, il n’est pas rare que 4 à 5 générations vivent dans les mêmes temps ce qui reconfigure l’étendue de la parenté ; comment cette extension s’articule-t-elle avec l’individualisation des relations ? De nombreuses pistes autour des redéfinitions des liens au regard des changements des âges de la vie restent à explorer.
4. Conflictualités et ruptures
Les conflictualités sont rarement étudiées par la sociologie et l’anthropologie de la famille qui privilégient l’analyse des solidarités (Petite, 2016). Pourtant, dans les familles où les relations ne sont plus gérées par des obligations statutaires mais davantage par des relations interpersonnelles, les conflictualités et ruptures sont fréquentes. Les effets des divorces, des migrations, des fractures familiales et sociales sur les fratries, les collatéraux et les lignées sont multiples. Ils se présentent bien souvent sous forme d’affinités et de jalousies interpersonnelles, mais il s’agit ici d’en analyser les fondements sociaux (Eideliman, 2003). Nous proposons d’explorer ces tensions au prisme des histoires de famille, du genre, des clivages sociaux au sein de la parenté.
5. Familles et habiter : des réaménagements contemporains  ?
Si les espaces de vie familiale aiguisent l’attention des sociologues et des anthropologues depuis les origines des sciences sociales (Bonvalet, 1997), les transformations des sociétés et de la parenté contemporaine invitent à réinterroger les modes d’habiter des générations (Némoz, 2017). Alors que la taille moyenne des ménages a diminué au cours des dernières décennies, les façons d’habiter en famille se complexifient et méritent d’être étudiées tant au-dedans qu’au-dehors du logement (redéfinitions matérielles et immatérielles des territorialités dédiées aux liens de parenté à travers les pratiques quotidiennes, les loisirs, les soins, la consommation, l’environnement, le numérique notamment, mais aussi les doubles logements des familles recomposées, les résidences professionnelles...). Habiter renvoie en ce sens à un ensemble d’expériences non uniquement résidentielles. Dans quelle mesure les variations des situations familiales renouvellent-elles les manières d’occuper les lieux (services d’hébergement temporaire de personne à personne, jardins partagés, colocations de familles monoparentales, «  résidence alternée des parents  », etc.)  ? Quels sont les espaces qui recomposent les conditions de vie et de développement de la parenté (par exemple l’appropriation éphémère des espaces comme reconstruction événementielle des maisons familiales)  ? Avec quels enjeux  ? Ce questionnement pourra être approfondi tout au long des parcours de vie, dans les transmissions, les conflictualités et les ruptures, mais aussi d’un point de vue transversal, à travers les politiques, les pratiques et les représentations des territorialisations familiales.
6. Repenser la famille et la biologie
La parenté contemporaine est traversée par des dispositifs socio-techniques liés au développement des technologies biologiques et médicales (Carsten, 2000  ; Strathern, 1992). Les enjeux peuvent paraître contradictoires entre eux. D’un côté, la parenté se voit redéfinie avec les techniques de procréation médicalement assistée, le don de gamètes, la gestation pour autrui, les technologies génétiques. L’artificialisation croissante de la procréation permet de s’éloigner d’une parenté qui ne serait pensée, en Occident, que sur le registre d’un lien de nature ou biologique (Courduriès et Herbrand, 2014  ; Fine et Martial, 2010). D’un autre, l’usage de ces technologies peut aussi susciter un appel à une rebiologisation des liens de parenté (i.e. les revendications à connaître l’identité des donneurs de gamètes, des «  vrais parents  »...), et être associé à une véritable génétisation de la filiation, de l’ancestralité, voire de l’identité, avec le développement des tests génétiques dits d’«  origine  » (Ducournau, 2018). Les enjeux seront ici à identifier.
Les propositions de communication de 2500 signes (espaces compris, hors bibliographie) sont attendues le 1 mars 2019 au plus tard à l’adresse colloque.parente@univ-fcomte.fr. La sélection des communications sera communiquée le 1 avril.
Comité d’organisation
AGENOR Lucile (doctorante, LaSA, Université Bourgogne Franche-Comté), DUCOURNAU Pascal (Professeur des Universités, LaSA, Université Bourgogne Franche-Comté), KUSHTANINA Veronika (MCF, LaSA, Université Bourgogne Franche-Comté), NEMOZ Sophie (MCF, LaSA, Université Bourgogne Franche-Comté), SCHEPENS Florent (Professeur des Universités, LaSA, Université Bourgogne Franche-Comté), SPOSITO-TOURIER Maylis (docteure, LaSA, Université Bourgogne Franche-Comté), VINEL Virginie (Professeure des Universités, LaSA, Université Bourgogne Franche-Comté).
Comité scientifique
AGENOR Lucile (Doctorante, LaSA, Université Bourgogne Franche-Comté), BILLAUD Solène (Maîtresse de conférences, PACTE, Université de Grenoble-Alpes), CHAMAHIAN Aline (Maîtresse de conférences, CeRIES, Université de Lille), CHARLAP Cécile (Docteure en sociologie, ATER, CeRIES, Université de Lille), DIASIO Nicoletta (Professeure des Universités, Laboratoire DynamE, Université de Strasbourg), DUCOURNAU Pascal (Professeur des Universités, LaSA, Université Bourgogne Franche-Comté), EIDELIMAN Jean-Sébastien (Maître de conférences, CERLIS, Paris Descartes), HENCHOZ Caroline (Maitre d'enseignement et de recherche, Université de Fribourg), HUMMEL Cornélia (Maître d'enseignement et de recherche, IRS, Université de Genève, Suisse), INOWLOCKI Lena (Professeure, Goethe-Universität Frankfurt-am-Main, Université des Sciences Appliquées de Francfort, Allemagne), JACQUES -JOUVENOT Dominique (Professeure des Universités, LaSA, Université Bourgogne Franche-Comté) JULIEN Marie-Pierre (Maîtresse de conférences, 2L2S, Université de Lorraine), KUSHTANINA Veronika (Maîtresse de conférences, LaSA, Université Bourgogne Franche-Comté), LE PAPE Marie-Clémence (Maîtresse de conférences, Centre Max Weber, Université de Lyon 2), GOLLAC Sibylle (Chargée de recherche au CNRS, C RESPPA), NEMOZ Sophie (Maîtresse de conférences, LaSA, Université Bourgogne Franche-Comté), OESER Alexandra (Maîtresse de conférences, ISP, Université Paris Nanterre), PETITE Ségolène (Maîtresse de conférences, CeRIES, Université de Lille), RAMOS Elsa (Maîtresse de conférences, HDR, CERLIS, Université Paris Descartes), RUSSKIKH Svetlana (Doctorante, ATER, CERLIS, Université Paris Descartes/INED), SCHEPENS Florent (Professeur des Universités, LaSA, Université Bourgogne Franche-Comté), SPOSITO -TOURIER (Maylis, Docteure, LaSA, Université Bourgogne Franche-Comté), VINEL Virginie (Professeure des Universités, LaSA, Université Bourgogne Franche-Comté), VOLERY Ingrid (Professeure des Universités, 2L2S, Université de Lorraine), WALENTOWITZ Saskia (Chargée de recherche, Institut d’Anthropologie Sociale, Université de Berne).  
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