RT34

Appel général du RT34

Prolongation jusqu'au 1er mars 2019  

Axe 1 : Lutter pour classer : catégorisations « ordinaires » et luttes de classements politiques

Que ce soit en écrivant un tract ou une pétition, en manifestant ou en appelant une population à la grève, en réunissant son quartier ou en discutant avec ses élus, en analysant une proposition de loi, en s’opposant à une réforme ou en revendiquant de nouveaux droits sociaux, les acteurs et les organisations des mobilisations sociales usent de catégories, participent à (dé)classer les groupes sociaux et s’inscrivent des hiérarchies et des rapports sociaux de classe, de race et de sexe. De ce fait, les mobilisations sociales et la publicisation des causes relèvent notamment de luttes pour définir le monde social, le nommer et le catégoriser. Il s’agira ici de comprendre comment – au sein d’interactions « ordinaires » ou au cours de modes d’action « politiques » et politisés – les acteurs sociaux appréhendent des catégories formulées au sein d’espaces légitimes institués (champ politique, scientifique, médiatique, etc.) et les font leurs, se les approprient, les contournent, les détournent ou les contestent pour en créer de nouvelles et tenter de les légitimer à leur tour. En ce sens, ces acteurs appréhendent le monde social et lui donnent du sens.

À l’instar des travaux sur la cause des femmes et son institutionnalisation, sur les usages politiques des catégories ethno-raciales issues de la Marche pour l’égalité de 1983 ou à l’inverse sur l’usage des « bons exemples » de classements socio-professionnels politisés par l’action syndicale, il s’agira ici de repérer comment ces catégories se font, se défont, se transforment et impactent (ou non) les rapports sociaux. En retraçant l’histoire de ces catégories et des modalités de classement issus du monde social « ordinaire », entendu comme un quotidien des acteurs en apparence non-politisé, nous nous intéresserons donc à leur création tout autant qu’à leur (non) circulation et à leur (non) intégration dans le discours médiatique, dans les principes de légitimation de l’action publique ou dans les travaux scientifiques par exemple. Nous nous proposons ainsi de revenir sur l’articulation entre des luttes quotidiennes de classements (au sein d’un territoire, entre des groupes sociaux, dans diverses arènes ou champs, etc.) et leurs formulations en catégories sociales et politiques.

 

 

Axe 2 : Quand l’action publique classe et catégorise l’engagement des jeunes

Proposition conjointe avec le réseau thématique 15 « Sociologie de la jeunesse »

http://afs-socio.fr/appel-a-communication/92/appel-session-croisee-rt-15-rt-34-quand-laction-publique-classe-et-categorise-lengagement-des-jeunes/

 

 

Axe 3 : La sociologie politique des institutions. Actualités et prolongements

En 2011, Jacques Lagroye et Michel Offerlé dirigeaient un ouvrage collectif intitulé Sociologie de l’institution, qui a eu un fort retentissement en science politique (probablement moindre en sociologie), et tendait à synthétiser les apports d’une approche et d’un cadre épistémologique et méthodologique propre à la science politique française, qui n’a pas forcément son équivalent dans d’autres espaces académiques nationaux. Si les liens avec le néo-institutionnalisme historique (New historical institutionnalism) américain sont réels, et d’ailleurs discutés dans l’ouvrage, la sociologie politique des institutions (SPI) française a connu son propre « sentier de développement », faisant par exemple une plus large place à l’étude microsociologique et à l’observation directe des pratiques instituées, ou encore à l’influence des travaux de Pierre Bourdieu.  

Cette session propose de revenir sur cette approche dans sa diversité, en questionnant son actualité ainsi que ses prolongements, mais aussi ses liens avec d’autres sous-champs des sciences sociales.

Un premier axe reviendra sur ce qui fait la ou les spécificités de l’approche de sociologie politique des institutions par rapport à d’autres perspectives comme celles relatives aux classes sociales, à la sociologie des champs ou des professions, et vis-à-vis d’autres façons d’appréhender les institutions comme peuvent le faire les courants du néo-institutionnalisme ou de la sociologie des organisations. Quels sont les usages spécifiques et l’heuristique de concepts comme ceux de « rôle », d'« intérêt » ou d’ « institutionnalisation » proposés par la SPI ? Quels sont ses liens avec la socio-histoire, ou le développement de la sociologie de l’action publique en France ? En quoi la SPI propose-t-elle une articulation originale entre praxis et croyances ? (orthopraxie et orthodoxie).Outre des contributions théoriques autour des concepts et méthodes de la SPI, des travaux de sociologie des sciences sociales portant sur la circulation et l’hybridation des outils de la SPI (dans différents sous-champs de la sociologie politique, de l’étude des partis et des mouvements sociaux à celle des relations internationales) sont attendus.

Un deuxième axe entend questionner la contribution de la SPI à la sociologie de l’État et de l’action publique. À partir d’enquêtes de terrain, à différentes échelles (du local au transnational) à l’international), nous nous interrogerons sur ce que la sociologie politique des institutions fait à l’analyse de l’État et de l’action publique. Dans quelle mesure, l’État peut être saisi comme un espace de luttes et de relations de pouvoir dont les outils de la SPI permettent de restituer les logiques et surtout les mécanismes ? Qu’apporte l’analyse des processus d’institutionnalisation à la sociologie de l’action publique ? Comment saisir empiriquement à partir des outils de la sociologie politique des institutions les processus d’institutionnalisation qui mènent à des réformes (ou les entravent), à des prises de décision (ou à des renoncements), ou encore à leur retraduction ? Plus largement, en quoi la sociologie de l’institution permet de penser les dynamiques de subversion et de retour à l’ordre ? Dans le droit fil de la filiation constructiviste de la SPI, nous nous intéresserons également au pouvoir de l’État sur les représentations et les pratiques des gouvernés, notamment aux différentes façons dont les publics jouent leurs rôles, s’ajustent, s’accommodent, ou au contraire, résistent et contestent les pouvoirs de l’État. En retour, on essaiera de comprendre ce que les analyses de l’État, de l’action publique et du travail bureaucratique, les études sur les street-level-bureaucrats, les travaux sur la construction des problèmes publics, ou encore sur les élites étatiques, peuvent apporter à la sociologie politique des institutions, particulièrement à l’analyse de l’ordre institutionnel et à la formation des catégories d’action publique.

Un troisième axe entend confronter les outils de la sociologie politique des institutions à des terrains et à des objets encore peu investis sous ce prisme. Dans quelle mesure (et avec quelles limites) les outils d’analyses proposés par la SPI – à partir de terrains essentiellement français – peuvent être ou non déployés à la fois sur des terrains éloignés de leur lieu de production (par exemple en Amérique latine, en Asie, aux Etats-Unis, etc.) ou sur des objets a priori éloignés ? L’enjeu est ici, à partir d’enquêtes, d’intégrer dans les discussions autour de la SPI des travaux portant sur des institutions non spécifiquement politiques ou bureaucratiques (par exemple des institutions marchandes), afin de questionner, en creux, l’éventuelle spécificité de l’ordre politique. On posera ainsi la question du domaine de validité des propositions théoriques et empiriques esquissées par la SPI, parfois elles-mêmes issues d’autres champs des sciences sociales.

De manière générale, cette session accueillera des travaux empiriques variés portant sur des objets et des contextes divers, en France ou à l’étranger, saisis à partir de différentes méthodes, qualitatives et/ou quantitatives, mais qui entrent tous en discussion – notamment critique – avec la SPI, dans la perspective d’en proposer une actualisation comme des prolongements.

 

 

Axe 4 : Que fait l’étude des relations internationales à la sociologie politique ?

L’étude des relations internationales devient, de plus en plus largement, malgré de fortes résistances, une sociologie des relations internationales, adoptant des méthodes et des démarches sociologiques pour analyser les relations entre États. Les sociologues de l’international peuplent les institutions internationales d’individus, en analysent les propriétés sociales, les systèmes de relations et de contraintes, les pratiques et les routines professionnelles à partir d’enquêtes empiriques. Les acquis de cette sociologie des relations internationales sont désormais importants. Elle a contribué à améliorer la compréhension des processus de fabrication des politiques « extérieures », de la « structure » du système international, des guerres, des organisations multilatérales, des acteurs transnationaux ou encore de la circulation internationale des idées, de l’expertise ou des règles de droit.

Alors que l’on insiste souvent sur ce que la sociologie politique fait à l’étude des relations internationales, se pose aussi et en retour, la question de ce que la sociologie politique des relations internationales fait à la sociologique (politique) en général. En quoi cette branche de la sociologie contribue à renouveler les savoirs et les méthodes de la sociologie politique ? Que font les nouvelles études des relations internationales à la sociologie ? Quels en sont les apports ? De telles questions entendent mesurer l’apport du décloisonnement de la sociologie des relations internationales et dresser des perspectives et de nouvelles pistes de recherche découlant de cette reconnaissance accrue de la dimension internationale du monde social. 

La sociologie des relations internationales a contribué à revisiter les objets classiques de la sociologie politique. Elle a apporté des outils et des méthodes pour penser l’encastrement des bureaucraties nationales dans des systèmes de contraintes internationaux, l’usage de ressources internationales pour établir des positions institutionnelles ou individuelles dans des espaces nationaux ou locaux, la « circulation » des idées et des normes et leur fabrication sur de multiples sites administratifs. La sociologie des relations internationales a aussi contribué à renouveler la sociologie du droit à travers de nombreux travaux pionniers sur la production et les usages du droit international. Encore plus généralement, la sociologie des relations internationales a remis sur le métier des réflexions sur la reproduction de l’ordre social, les phénomènes de domination ou la fabrication des « décisions » au sein des organisations.

Cette séance entend donc ouvrir un espace de discussion entre sociologie des relations internationales et d’autres branches de la sociologie – sociologie de l’Etat et de l’action publique, sociologie du droit, sociologie de l’Europe, des groupes professionnels, des classes sociales etc.  – et dresser un bilan des apports de la sociologie des relations internationales aux autres branches de la sociologie (politique).

Les propositions devront interroger, sur la base de travaux empiriques, ces apports de l’analyse des relations internationales à la sociologie politique.

Les contributions de cette session pourront faire partie d’un projet de publication interdisciplinaire qui vise à montrer, plus largement, ce que l’étude des relations internationales fait aux sciences sociales.

   

Propositions de communication :

Les propositions de communication seront à déposer entre le 15 janvier et le 15 février 2019. Le texte devra comporter :
  • nom, prénom, fonction et institution(s) de rattachement
  • le titre de la communication
  • une présentation de 4000 signes maximum (espaces compris)
  • l'axe de l'appel à communications dans lequel votre proposition s'inscrit.
Pour répondre à cet appel à communication, merci de vous connecter :













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