RT15

Appel général du RT : La sociologie de la jeunesse au cœur des classements sociaux

Prolongation jusqu'au 1er mars

La “jeunesse” des sociologues apparaît d’emblée comme une affaire de classement, dont l’un des enjeux consiste à ranger des individus et groupes sociaux divers dans une catégorie abstraite, en rendant compte de la complexité qu’il y a à décrire une génération vécue par des jeunes faisant des expériences sensiblement différentes du monde social et de ses hiérarchies (Bourdieu, 1979). La jeunesse, période de la vie marquée par la reproduction sociale, mais aussi par le processus d’autonomisation vis-à-vis des déterminismes familiaux, est un moment où se jouent et rejouent les classements sociaux. De nombreuses recherches se sont données pour tâche de montrer en quoi la vie des jeunes se construit via la production sociale de hiérarchies fondées sur des critères aussi divers que le genre - socialisation masculine (Bertrand et al., 2015) et socialisation féminine (Rubi, 2005) -, la sexualité - jeunesse “majoritaire” hétérosexuelle (Fidolini, 2018) et jeunesses aux sexualités minoritaires (Allard, 2001), la race - jeunesse blanche (Grossman, Charmaraman, 2009) et non-blanche (Santelli, 2007) - la classe - jeunesse des classes supérieures (Darmon, 2003) et jeunesse populaire (Mauger, 2009), le territoire - jeunes ruraux (Renahy, 2005) et jeunes urbains (Guérandel, Marlière, 2017). Ces distinctions, parfois trop schématiques, sont fondées sur des critères de classement à la fois émiques / intériorisés (liés aux identités des jeunes) et externes (construits par imposition de légitimité, et de hiérarchisation découlant de cette légitimité). Elles traversent les expériences des jeunes et donnent du « grain à moudre » à l’analyse sociologique, qui cherche à saisir ce qu’il y a de commun dans l’expérience d’une génération d’une part, et ses divisions profondes, héritées des distinctions sociales au sein de la jeunesse, d’autre part.

 

Au-delà de ces critères, c’est l’expérience des jeunes durant leur jeunesse qui fait “travailler” les catégorisations sociales, à travers les orientations multiples que les institutions leur imposent (Sicot, 2007), à travers les “choix” et “contraintes” pesant sur leur scolarité (Chauvel, 2016, Darmon 2003), à travers la réduction de leur expérience à une identité négative, lorsque les institutions du contrôle social classent les jeunes dont elles ont la charge : “jeunes détenus” (Amsellem-Mainguy, Coquard, Vuattoux, 2017), “jeunes décrocheurs” (Zaffran, Vollet, 2018), et autres jeunes en “galère” (Dubet, 1987). Les travaux sur le passage à l’âge adulte, qu’il s’agisse de poser la question des seuils pertinents, des expériences de placement et de classement ou encore des parcours de vie sont, eux aussi, traversés par des catégorisations qui éclairent la compréhension des vécus juvéniles. Bien que les classements sociaux de la jeunesse ne soient pas figés et qu’ils soient à envisager dans leur temporalité, les recherches montrent à quel point ces catégories résistent à la critique, à quel point leurs usages sont ancrés et tendent à naturaliser les individus qu’elles pensent désigner.

 

Mais parler des classements qui s’appliquent à la jeunesse, du point de vue des expériences vécues (avec l’idée selon laquelle ces classements pourraient rendre raison des propriétés sociologiques de la jeunesse), ou du point de vue des “classants” (institutions, chercheurs, relais “ordinaires” des classements sociaux), fait parfois oublier à quel point les premiers concernés sont conscients des catégorisations multiples de la jeunesse. Les jeunes se savent classés (Amsellem-Mainguy, Vuattoux, 2018), mais sont aussi à l’origine de nombreuses formes de classements ou d’auto-classements de la jeunesse. Les recherches sur l’engagement des jeunes résultent parfois du constat de divisions pesant sur la société (Becquet, 2014) et peuvent aboutir à des parcours “radicaux” (Lacroix, Lardeux, 2018). Elles montrent combien les pratiques d’engagement des jeunes font l’objet de catégorisations qui ne recouvrent pas nécessairement leur réalité. Les recherches menées sur l’enfance montrent, de la même manière, des récits du monde social marqués par l’intériorisation des divisions entre groupes sociaux, et par les aspirations légitimes ou illégitimes construites à partir de sa propre position sociale (Miller et al., 2012).

 

Parce que les classements sont au cœur de la sociologie de la jeunesse, et qu’il serait vain de tenter d’en faire une synthèse générale ou de chercher une “règle” générale des mécanismes de classements qui opèrent dans la société vis-à-vis des jeunes ou à partir de leur position sociale, nous avons choisi de construire l’ensemble de notre appel à communication en dialogue avec d’autres réseaux thématiques (la plupart de nos sessions sont co-animées avec d’autres RT), afin de sonder les spécificités des classements de la jeunesse là où il nous semble que la question se pose avec le plus d’acuité, à travers les questions des classes sociales, des parcours de vie, des migrations, des sexualités, à partir du point de vue de la sociologie politique.

 

  • Session 1 : La construction des positions sociales au sein des jeunesses populaires - Session commune avec le RT 5 Classes, inégalités, fragmentations
  • Session 2 : Les jeunes migrants face aux catégories de l’action publique : (dé)classements par les institutions, usages et appropriations des classements par les jeunes - Session commune avec le RT 2 Migrations, altérité et internationalisation
  • Session 3 : Catégorisation des partenaires lors de l’entrée dans l’âge adulte - Session commune avec le RT 28 Recherches en sciences sociales sur la sexualité
  • Session 4 : Des parcours de vie juvéniles en prise avec les classements institutionnels  - Session commune avec le RT 22 Parcours de vie et dynamiques sociales
  • Session 5 : Quand l’action publique classe et catégorise l’engagement des jeunes - Session commune avec le RT 34 Sociologie politique
  • Session 6 : Catégorisations et classements en sociologie de la jeunesse : problématisations et méthodologies de recherche

 

Pour répondre à l’appel à communications, veuillez consulter les appels de chacune des sessions conjointes et l’appel spécifique sur la méthodologie de recherche.

 

Références citées

 Allard, O., 2001, “Un ghetto à la fac? Quand une association homosexuelle s’installe à l’Université”, Terrains & travaux, vol. 1, n°2, p.68-91.

Amsellem-Mainguy, Y., Coquard, B., Vuattoux, A., 2017, Sexualité, amour et normes de genre. Enquête sur la jeunesse incarcérée et son encadrement, INJEP, Paris.

Amsellem-Mainguy, Y., Vuattoux, A., 2018, Enquêter sur la jeunesse. Outils, pratiques d’enquête, analyses, Armand Colin, Paris.

Becquet, V., 2014 Jeunesses engagées, Syllepses, Paris.

Bourdieu, P., 1979, La distinction. Critique sociale du jugement, Editions de Minuit, Paris.

Brasseur P., Nayak L., 2018, « Handicap, genre et sexualité: Actualité des recherches francophones », Genre, sexualité et société, 19.

Chauvel, S., 2016, Course aux diplômes: qui sont les perdants? Textuel, Paris.

Darmon, M., 2013, Classes préparatoires. La fabrique d’une jeunesse dominante, La Découverte, Paris.

Dubet, F., 1987, La galère: jeunes en survie, Fayard, Paris.

Fidolini, V., 2018, La production de l’hétéronormativité. Sexualités et masculinités chez de jeunes Marocains en Europe, Presses universitaires du Midi, Toulouse.

Guérandel, C., Marlière, E., 2017, Filles et garçons des cités aujourd’hui, Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve d’Ascq.

Grossman, J., Charmaraman, L., 2009, “Race, Context and Privilege: White Adolescents’ Explanations of Racial-ethnic Centrality”, Journal of youth and adolescence, vol. 38, n°2, p.139-152.

Lacroix, I., Lardeux, L., 2018, “Introduction. Parcours d’engagement de jeunes dans des causes et des pratiques politiques radicales”, Agora Débats/Jeunesses, vol.3, n°80, p.41-52.

Mauger, G., 2009, “Les styles de vie des jeunes de classe populaire (1975-2005), in : Bantigny, L., Jablonka, I., Jeunesse oblige. Histoire des jeunes en France XIXe-XXIe siècle, PUF, Paris.

Miller, P. J., Cho, G., Bracey, J., Lignier, W., 2012, « L’expérience des enfants des classes populaires au prisme des récits personnels », Politix, vol.99, no 3, p.79-108.

Renahy, N., 2005, Les gars du coin. Enquête sur une jeunesse rurale, La Découverte, Paris.

Rubi, S., 2005, Les “crapuleuses”, ces adolescentes déviantes, PUF, Paris.

Santelli, E., 2007, Grandir en banlieue. Parcours et devenir de jeunes Français d’origine maghrébine, CIEMI, Paris.

Sicot, F., 2007, “Déviances et déficiences juvéniles: pour une sociologie des orientations”, ALTER, vol.1, n°1, p.43-60.

Zaffran, J., Vollet, J., 2018, Zadig après l’école. Pourquoi les décrocheurs scolaires raccrochent-ils? Editions Le Bord de l’eau, Lormont.

 

 

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