RT19

AAC RT19 Congrès AFS 2019

Le thème du Congrès, « Classer, déclasser, reclasser », renvoie aux logiques et aux dynamiques de catégorisation/qualification/évaluation/hiérarchisation/arbitrage, particulièrement nombreuses dans le champ de la santé. Nous proposons dans le présent appel de les décliner selon quatre entrées principales que les propositions de communication pourront explorer (sans s’y limiter). Ces entrées concernent des entités ou acteurs qui peuvent être à la fois classés (objets de classements, catégorisations etc.) et classants (opérateurs actifs dans les processus considérés). Par commodité, elles sont ici exposées selon un ordre allant du plus « classé » au plus « classant ». Dans la veine réflexive du travail engagé au sein du RT 19 lors de précédents congrès ou colloques, l’appel invite par ailleurs à envisager une cinquième entrée qui concerne la place de la sociologie de la santé dans la production de classements.

 

1- Le travail de classification portant sur les entités pathologiques, pathogènes, médicales ou thérapeutiques constitue une première entrée. La construction de ces entités et le tracé de leurs frontières se font bien souvent en tension entre catégories expertes et catégories profanes, portées par différents acteurs. L’activité de classement des troubles (symptômes, syndromes…) est l’objet même de la nosologie : comment des maladies sont-elles décrites, définies, distinguées, assimilées, produites, dans le domaine de la santé physique et mentale ou dans celui du handicap ? Comment les frontières entre le sain et le malsain, le normal et le pathologique se négocient-elles, se stabilisent-elles, évoluent-elles, sont-elles contestées, au sein de la bio-médicine ou de l’extérieur (médecines alternatives, mouvements sociaux, groupes d’intérêt divers) ? La sociologie des sciences, a fortiori s’agissant du vivant, a montré que ces entités ne sont pas forcément inertes : les instruments et procédures d’objectivation, voire les entités elles-mêmes, peuvent jouer un rôle dans ces opérations de classement.

 

CCes sujets touchent aux processus de médicalisation/démédicalisation de certains troubles mais aussi des états de santé ou plus largement des modes de vie en amont de la maladie (champs de la prévention et du bien-être). Entre aussi dans cette réflexion la catégorisation des formes de handicap, en lien avec les dispositifs de compensation mais aussi avec des risques de stigmatisation.

 

Les classifications relatives aux traitements ou prises en charge sont, elles aussi, omniprésentes dans le champ, via les opérations d’évaluation/réévaluation des bénéfices et des risques, de hiérarchisation, de formulation de standards de bonnes pratiques, plus ou moins contraignants pour les médecins et les patients. L’attention du sociologue est, là aussi, attirée sur les luttes de classement, les opérations de qualification et disqualification des manières de faire, sur fond d’arbitrages politiques et économiques entre des risques.

 

2- Derrière les classements/reclassements/déclassements d’états de santé, de maladie ou de handicap, se trouvent des individus et des groupes sociaux qu’il s’agisse de malades et de patients, de groupes considérés à risque, ou plus largement de populations, usagers, clients ou publics. Ceux-ci constituent l’objet des travaux qui s’intéressent aux modes de sélection, aux logiques de triage ou d’orientation, de privilège ou de relégation parfois des personnes dans le système de soins. Ces processus méritent d’être examinés à différentes échelles : gestion des flux de patients dans les établissements de santé, entre différents acteurs professionnels ou sur les territoires, mais aussi dans les interactions rapprochées constitutives de la relation soignant/soigné. Des contraintes organisationnelles ou institutionnelles jouent dans les processus de catégorisation et d’orientation des patients entre « offreurs de soins ». Des professionnels conservent toutefois des marges de manœuvre pour mettre en œuvre un certain pouvoir discrétionnaire.

 

Les « parcours de soins » sont aussi des parcours sociaux. Comment interfèrent ici les caractéristiques de classe, genre, « race », âge, statut d’assuré social, ressources culturelles ou sociales diverses et capacité à payer ? Comment ces critères sont-ils utilisés, articulés, légitimés ou pas par les acteurs et les institutions ? Quid des catégorisations morales associées ? La question des formes d’adaptation des pratiques, ou de discrimination dans l’accès aux soins et leur dispensation, se repose. Comment les personnes objets de ces classements (leurs proches ou leurs représentants…) participent-elles à ce travail de catégorisation ou y résistent-elles, individuellement ou collectivement ? Que pèsent leurs mobilisations, leurs élaborations, leurs réticences face à telle étiquette diagnostique ou pour la reconnaissance d’un syndrome dans telle ou telle forme orientant sa prise en charge ? De nouvelles figures de patients, usagers, citoyens, etc. s’affirment, qui participent aussi, et de plus en plus, à évaluer des établissements, des professionnels ou à rendre publics des risques - dans les formes prévues par les institutions ou non.

 

3- Les professionnels de la santé ou du secteur médico-social, dont le travail de classement apparaissait déterminant dans les deux premières entrées, font eux-mêmes l’objet de divers classements, déclassements, reclassements. Comment les frontières entre les différentes catégories de professionnels sont-elles construites, contestées, négociées ? Comment rendre compte de catégorisations apparemment aussi classiques que celles qui distinguent les professions médicales des paramédicales, des professionnels de la psychologie ou du travail social par exemple ? Quelles luttes de territoires professionnels, quels outils et enjeux politiques, quelles dynamiques de coopération, d’association, d’alliance permettent de rendre compte d’un univers professionnel qui reste hiérarchisé et polarisé tout en étant grandement bousculé par les transformations des organisations et de leur gouvernance ?

 

Les concours et épreuves jalonnant la formation médicale constituent de ce point de vue des objets d’étude privilégiés, en tant que moments d’évaluation déterminants pour situer les futurs médecins les uns par rapport aux autres, et aussi par rapport aux autres corps de métier. La concurrence, le classement, la hiérarchie des professionnels du soin se rejouent toutefois pour partie, sur le plan statutaire, économique ou symbolique, dans la suite de la carrière et au fil des réformes et réorganisations du secteur (parmi les salariés comme en libéral). Comment le genre, l’origine géographique ou ethnique, la trajectoire migratoire, l’ancienneté ou le statut administratif pèsent-ils sur les carrières ? Jusqu’où les innovations managériales ou organisationnelles, les reconfigurations en matière de formation/qualification (spécialités nouvellement reconnues, pratiques avancées, re-certification) rebrassent-elles les cartes ? Là aussi, les professionnels considérés ne font pas que subir ces processus de reclassement mais peuvent se mobiliser, individuellement ou collectivement, pour les freiner, les neutraliser ou se les approprier. Enfin, de nouveaux professionnels (consultants, professionnels de l’audit, bio-informaticiens, coordinateurs de projets, gestionnaires…) viennent s’inscrire dans le secteur sanitaire où ils participent souvent directement à la production de nouveaux classements.

 

4- Les institutions du champ sanitaire ou médico-social, au sens large, n’échappent pas aux processus et aux dynamiques de classement. Certaines ont même une responsabilité particulière en la matière puisqu’elles autorisent, interdisent, suspendent, accréditent, décident de l’allocation des ressources selon telle ou telle procédure, sur la base de tel ou tel critère. Les politiques publiques en matière de santé ou d’assurance-maladie constituent en elles-mêmes des formes de classifications, via la création de normes juridiques organisant les instances et procédures de gestion. Des nomenclatures et des indicateurs d’activité président par exemple au classement des actes, des professionnels, des services ou des établissements. Il s’agit alors, dans les grandes lignes, de classer pour gouverner. Le financement des professionnels et des organisations du champ tend d’ailleurs à dépendre, au nom de l’efficience revendiquée, d’opérations de classement des actes. La pratique du benchmarking qui accompagne le nouveau management public signe ainsi l’importance politique des outils de classement produits et manipulés par/pour les administrations gestionnaires dans le champ de la santé.

 

Mais sur quelles catégories se fonde l'action publique en santé ? Quelles luttes d'expertises traversent les établissements de santé, les bureaucraties sanitaires, les organisations professionnelles ou les associations de patients ? Comment cohabitent divers modes d’évaluation quand les médias, les usagers ou les lanceurs d’alerte pèsent aussi sur la production des classements des risques ou des hôpitaux par exemple ? Quels effets en retour sur les institutions mises en tension, dont la légitimité peut vaciller ? Comment remet-on en cause des catégories et hiérarchies établies dans le domaine de la santé ? Comment des catégories perdurent-elles ou se recomposent-elles, face à des contestations parfois fortes ?

 

5- L’activité des sociologues de la santé ne se situe pas en apesanteur des différentes logiques de classement évoquées au travers de ces quatre entrées principales. Les sociologues, dans leur activité scientifique, statuent en permanence sur la pertinence des informations auxquelles ils ont accès ; ils classent leurs observations pour produire de l’intelligibilité. Les choix faits en matière de méthode et protocole d’enquête, parfois dans des collaborations interdisciplinaires avec les autres sciences de santé, souvent dans le cadre d’une réponse à un appel à projet constitué autour de la demande sociale d’un commanditaire, gagnent à être objet de retour réflexif et mis en discussion. L’analyse sociologique passe parfois par l’élaboration de typologies qui peuvent être prises dans des lectures normatives plus ou moins critiques, que ce soit de la part de chercheurs qui assument cette dimension, ou bien d’acteurs ou de régulateurs du champ investigué, lorsqu’elles se trouvent mises en circulation. Nombreux sont aussi les sociologues de la santé aujourd’hui engagés dans l’enseignement de leur discipline aux (futurs) professionnels de santé. Ces enseignements donnent généralement lieu à des évaluations diverses, au travers desquelles se joue parfois la question de la légitimité du regard et des exigences disciplinaires des sociologues.

 

Au-delà de leur mission de recherche et d’enseignement, il arrive enfin que les sociologues soient sollicités au titre d’experts dans des procédures d’évaluation au sein de comités ou d’agences, et donc amenés à s’inscrire dans des activités de classement plus larges touchant aux objets sur lesquels ils travaillent. L’expérience des chercheurs dans ces collectifs est, là encore, une épreuve de classement de la sociologie et de ses contributions parmi d’autres formes d’expertises ou de savoirs. Le RT 19 souhaite contribuer à la mise en discussion de ces processus et des questions épistémologiques, éthiques ou politiques qui les sous-tendent.

 

Modalités de soumission

 

Les propositions de communication devront être déposées sur l’espace dédié au RT 19 sur le site du Congrès 2019

Vous trouverez un tutoriel pour vous aider à déposer ici : https://afsrt19.files.wordpress.com/2019/01/afs-de%CC%81po%CC%82t-proposition-de-communication.pdf

Le format attendu des propositions est de 2 500 à 3 000 signes maximum (espaces compris), comprenant :

- le titre,

- l’objet de recherche,

- la problématique,

- la méthodologie,

- les principaux résultats.

- la ou les entrées privilégiées (en gras dans l’AAC ci-dessus),

- Merci de mentionner également s’il s’agit d’un travail de thèse en cours.

Les propositions seront sélectionnées en fonction de leur qualité scientifique et de l’intérêt du matériau empirique mobilisé.

A noter : le RT 19 co-organisera une session commune avec le RT 38 (environnement et risques) en fonction des propositions de communication qui pourront être faites au croisement des thématiques santé et environnement.

 
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