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Appel à communication du RT 21 "Mouvements sociaux" - Congrès de l'AFS 2019

 Congrès AFS 2019

Université Aix-Marseille - Faculté des Arts, Lettres et Sciences humaines

du 27 au 30 août 2019

 Appel à communication du RT 21

« Mouvements sociaux »

 

Les propositions de communication (entre 2500 et 4000 signes, espaces compris) sont à soumettre en ligne sur le lien http://afs-socio.fr/rt/rt21/ avant le 15 février 2019. Pour toute information complémentaire sur cet appel, vous pouvez écrire à :

defariaflavia@gmail.com

sam_seydieh@yahoo.com

 

1) Classer les mouvements sociaux : quelles limites aux délimitations sociologiques ?

Durant les deux dernières décennies, les sociologues des mouvements sociaux observaient une vague mondiale de mouvements contestataires, qualifiés de progressistes, qui a vu le jour  dans divers pays. Ces mouvements des « places », de « ronds-points » (dans le cas récent des « Gilets jaunes » en France), les occupations des espaces publics, les campements de militant.e.s, les ZAD, et de nombreuses manifestations faisaient entendre une critique de la démocratie représentative telle qu’elle existe. Dans le même temps, on se souviendra de ces années comme celles du Brexit, de l’élection de Donald Trump, des violentes répressions policières (contre les participant.e.s à Nuit Débout en France par exemple), du coup d’État au Brésil, du « non » au référendum sur la paix en Colombie, de l’arrivée au pouvoir de plusieurs gouvernements autoritaires, des manifestations réactionnaires contre la loi sur le mariage des personnes de même sexe, etc. Ce scénario polarisé invite la sociologie des mouvements sociaux à revisiter ses définitions et classements afin de les mettre à jour en tenant compte de ces contextes. Que désignent des catégories telles que mouvement et anti-mouvement ? Comment identifier ces acteurs, qui ne sont pas ceux considérés comme entrepreneurs d’action habituels, et classer les revendications et les actions renouvelées des mouvements conservateurs ?

Une première série de questions dans cet axe tentera de comprendre les (re)constructions des catégories d’action protestataire à partir, d’une part, de mouvements de droite et d’extrême droite, de leurs voix émergentes et de leur fonctionnement et, d’autre part, de pratiques alternatives et créatives qui surgissent au sein de mouvements progressistes et de leurs réseaux de résistances, et qui sont ancrées dans des différentes échelles spatiales.  

Plus généralement, distinguer, identifier et proposer une taxinomie des mouvements sociaux constitue une des bases du travail des sociologues des mouvements sociaux. Ainsi, une deuxième série de réflexions s’arrêtera sur les partages établis au sein du champ des mouvements sociaux et les multiples discussions et critiques qu’ils ont suscitées ou suscitent encore aujourd’hui. Ces diverses manières de classer les mouvements sociaux, organisées autour des notions binaires (« nouveau » ou non, « identitaire » ou non) méritent d’être repensées à nouveaux frais. Dans quelle mesure ces opérations de délimitation influent sur les conclusions auxquelles mènent les analyses des sociologues ou bien permettent de s’affranchir des limites qui seraient contenues dans les catégorisations sociologiques ? Dans quelle mesure les formes de participation actuelles reposent les questions classiques sur : les « motivations » des acteurs qui se mobilisent et qui s’engagent dans la durée, les déterminants de l’engagement, les socialisations militantes, la place attribuée à la « rationalité » ou aux « émotions » dans l’analyse des processus d’engagement militant et de mobilisation, etc. ?

 

2) Classer et être classé selon les lieux des actions protestataires

Nous souhaitons nous focaliser plus particulièrement sur les lieux de mobilisations. La catégorisation des espaces définis comme locaux d’une part et nationaux d’autre part, telle que contenue dans la notion de « répertoire d’action collective » de Charles Tilly, a contribué à l’étude des mouvements sociaux sur la longue durée, en opposant un ancien répertoire au nouveau. Cette opposition conserve-t-elle sa pertinence et permet-elle d’appréhender les réalités des mouvements sociaux dont les formes d’action articulent à la fois des niveaux/registres d’action locaux, nationaux et transnationaux ? Les contestations dans les villes suivant qu’elles se déroulent dans des quartiers bourgeois et/ou populaires ne deviennent-elles pas un vecteur de définition et de redéfinition des significations construites dans les mouvements sociaux ? Comment la redistribution de l’espace protestataire opère-t-elle des placements, des replacements, et des déplacements du sens même des actions protestataires ?

 A titre d’exemple, les analyses sociologiques du rôle d’internet dans les protestations distinguent entre mouvements « hors ligne » et « en ligne ». Cette distinction n’est-elle pas mise en question par la pluralité des formes d’action qui combinent des moyens d’action diversifiés, et qui permettent la participation d’individus dans des rues, sur des places, dans des zones à défendre, etc., en même temps que dans des espaces virtuels. Les mobilisations sur internet et par internet plutôt que d’ouvrir à une libre et égale « web participation » ne sont-elles pas mises en forme par des individus suivant qu’ils appartiennent à des catégories sociales spécifiques ? Les mobilisations en ligne lors des « Printemps arabes » en vue d’un changement politique n’auraient-elles pas montré que le cyberactivisme est dominé par les élites de la jeunesse et de la politique relativisant ainsi le poids des catégories populaires (Al-Sumairi, 2013) ou des jeunes des classes moyennes urbanisées (Lecomte, 2013) dans la communication par internet ?

 

3) Les classements comme pratiques de domination

Des pistes non-exhaustives de réflexions peuvent être ouvertes pour comprendre suivant quelles logiques et modalités les institutions et acteurs étatiques fabriquent des catégorisations, classent et qualifient pour gouverner d’une part, et mettre en lumière comment ces qualifications et modes de classement sont ou peuvent être contestés par les gouverné.e.s d’autre part.   

La gestion et l’administration des flux migratoires ont conduit par exemple à catégoriser les personnes en différenciant les « migrants économiques » des autres. De la même manière, les actions menées par les citoyen.ne.s en faveur des immigré.e.s et de la libre circulation peuvent être objets de classements répressifs qui contribuent à stigmatiser et à altériser les arrivant.e.s et à affaiblir la capacité de mobilisation des collectifs et associations qui les soutiennent. En outre, l’intervention de l’État, visant à contrôler, endiguer et réprimer les contestations qui questionnent radicalement l’existence même de l’Etat, passe également par l’imposition des catégories. La réaction étatique face à la situation à Notre-Dame-des-Landes, en mettant au centre du conflit la notion de « propriété » nous fournit une illustration emblématique des stratégies de gouvernance et des possibilités des gouverné.e.s pour s’en émanciper.    

 

4) Mouvements sociaux comme espaces de (dé)construction des catégorisations

Les mouvements sociaux constituent des espaces de production des savoirs : ces productions – pour certaines devenues des savoirs théoriques (comme dans les mouvements ouvriers, anarchistes, syndicalistes, féministes par exemple), pour d’autres relevant de savoirs pratiques, proposent des catégories à partir desquelles les actions sont pensées et les militant.e.s engagé.e.s dans ces mouvements donnent du sens à leur engagement.

Dans quels contextes (politique, historique, institutionnel, (inter)national) ces catégories émergent-elles ? Comment les mouvements sociaux créent, (dé)construisent, (re)définissent, déplacent des classements et des catégorisations ? Quels sont les conflits, tensions, et interactions qui précèdent l’émergence de nouvelles catégories d’action et les nouveaux modes d’identification ? En quoi ces processus structurent l’espace des mouvements sociaux ? Comment les catégories minorisées de la population contribuent-elles à la contestation des identifications les concernant et participent-elles à la mise en œuvre de nouvelles catégories permettant d’agir sur l’ordre social et leur localisation sociale ? L’exemple des mouvements féministes, LGBTQI (Lesbien, Gay, Bisexuel, Trans, Queer, Intersexe), ainsi que des luttes antiracistes et décoloniales présente des pistes d’étude heuristiques dans ce domaine.

Plus largement, nous souhaitons ici ouvrir la discussion sur les frontières entre « savoirs scientifiques » et « savoirs militants ». En quoi l’usage de ces classements nous renseigne sur les rapports de pouvoir et les critères de scientificité et d’« objectivité » à un moment donné ? Comment le travail scientifique s’articule-t-il à l’engagement dans différentes causes ? Dans quelle mesure cette articulation permet-elle de réinterpréter les catégories dominantes et de mettre au jour des possibles théorique, épistémologique et méthodologique ? Les exemples sont multiples au sein des études féministes et des études sur le genre où de nombreuses chercheuses féministes ont permis d’interroger et de déstabiliser les catégories d’analyse mobilisées dans leurs disciplines respectives : le sexe (Mathieu, 2013 ; Guillaumin, 1992 ; Wittig, 2007 ; Fausto-Sterling, 2012), les catégories socio-professionnelles (Delphy, 2013), le travail productif et reproductif (Delphy 2013 ; Tabet, 1998), etc.  

 

Une autre thématique à aborder dans cet axe concerne la circulation des catégories entre acteurs sociaux, chercheur.euse.s, et institutions. A titre d’exemple, des catégories telles que « discrimination » ou « mémoire » sont autant de catégories d’analyse que de catégories de pratique qui peuvent encadrer les actions d’individus et de collectifs. Que désignent-elles selon leur contexte de mobilisation ? Dans quel cadre les chercheur.euse.s sont sollicité.e.s pour donner une « expertise » sur des luttes et des contestations en cours ? Comment leur « expertise » pourrait (dé)légitimer un registre particulier d’action ?

 

Références citées

Al-Sumairi Nashwan M., « Le mouvements sociopolitiques sur internet au Yemen : entre

limites de ressource et influence », in Sihem Najar (dir.), Les Réseaux sociaux sur Internet à l'heure des transitions démocratiques, Paris, Karthala, 2013, pp. 159-174.

Delphy Christine, Ennemi principal, tome 1 : Économie politique du patriarcat, Paris, Éditions Syllepse, 2013 (3ème édition)

Delphy Christine, Ennemi principal, tome 2 : Penser le genre, Paris, Éditions Syllepse, 2013 (3ème édition)

Fausto-Sterling Anne, Corps en tous genres. La dualité des sexes à l’épreuve de la science, Paris, La Découverte, 2012

Guillaumin Colette, Sexe, Race et Pratique du pouvoir. L’idée de Nature, Paris, Côté-femmes, 1992

Lecomte Romain, « De l’expression de soi à l’engagement citoyen : une analyse de la politisation de la prise de parole d’internautes tunisiens », in Sihem Najar (dir.), Les Réseaux sociaux sur Internet à l'heure des transitions démocratiques, Paris, Karthala, 2013, pp. 51-82.

Mathieu Nicole-Claude, « Notes pour une définition sociologique des catégories de sexe », in L’anatomie politique, Paris, Editions iXe, 2013, 19-40

Tabet Paola, La construction sociale de l’inégalité des sexes, Paris, L’Harmattan, 1998

Tilly Charles, « Les origines du répertoire d'action collective contemporaine en France et en Grande-Bretagne », Vingtième Siècle, n°4, 1984, pp. 89-108.

Wittig Monique, La pensée straight, Paris, Editions Amsterdam, 2007

 

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